Venise

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Posté par marvin 15/04/2009 @ 05:13

Tags : venise, italie, europe, international

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Venise

Lagune de Venise

Venise (Venezsia en vénitien, Venezia en italien), la Cité des Doges, est une ville du nord-est de l'Italie et capitale de la région de la Vénétie, dans la plaine du Pô. Fondée peu après 568, capitale pendant huit siècles (1001-1797) de l'un des plus prestigieux États européens: la République de Venise, la ville est célèbre pour ses canaux, sa place Saint-Marc, son palais des Doges ainsi que son carnaval. Venise comptait 268 934 habitants fin 2006.

Venise et sa lagune sont inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO.

La région à l'extrémité nord-ouest de la mer Adriatique, où se jettent plusieurs fleuves issus des Alpes, est habitée dès l'Antiquité par des pêcheurs, mariniers et sauniers. Cette zone faisait partie de la région X créée par Auguste ; Aquilée — sur la terre ferme — était le centre religieux et portuaire important.

Les invasions des Goths d'Alaric Ier et des Huns d'Attila poussent les populations locales à se réfugier dans les îles des marais situés le long de la mer Adriatique, près du delta du Pô. En 452, un premier établissement est fondé par des réfugiés de Padoue et d'Aquilée. La région échut, par la suite, au royaume des Ostrogoths puis fut reconquise avec le reste de l'Italie par le général Bélisaire, devenant une province de l'Empire romain d'orient sous Justinien Ier.

La ville de Venise a été fondée vers la fin du VIe siècle par des habitants des régions voisines venus se réfugier en nombre dans les îles de la lagune formée par l'estuaire du Pô après l'invasion de l'Italie du nord par les Lombards en 568. En effet, cette zone marécageuse, difficile d'accès pour des navires à quille, était restée sous la juridiction de l'exarchat de Ravenne, province de l'Empire romain d'Orient. Elle fut donc initialement un refuge de la civilisation romano-byzantine, mais au fur et à mesure de son développement, son autonomie s'accrut pour aboutir à l'indépendance.

Profitant de l'antagonisme entre l'exarchat de Ravenne et les Lombards, les Vénitiens élargirent leur marge de manœuvre politique et se dotèrent d'un pouvoir local incarné par le premier duc ou « doge », Paolucio Anafesto (697-717), personnage aux confins de la légende et de l'histoire. La ville de Venise ne devint réellement indépendante qu'après le retrait des Byzantins de l'Adriatique, peu après l'an 1000, lors de l'émergence du royaume de Hongrie. La cité-État s'appuya dès lors sur la mer pour étendre son pouvoir.

Le commerce du sel, puis le dynamisme commercial vers la Méditerranée orientale, entraîna une forte croissance de la ville. Après la 4e croisade, que Venise détourna sur Constantinople, la République s'empare des richesses de l'Empire byzantin et se constitue un empire maritime constitué par la plupart des îles grecques et dalmates. Elle le complète en conquérant la Dalmatie continentale, l'Istrie et un vaste domaine entre les Alpes et le Pô, incluant les cités de Bergame, Brescia, Vérone, Padoue, Trévise et Udine. Elle entre en conflit avec Gênes, sa grande rivale en Italie du nord et en Méditerranée. Au XIVe siècle, Venise était le plus important port de Méditerranée, surclassant son ancienne métropole Constantinople. Il lui fallut conquérir des terres sur la lagune pour étendre la surface urbaine de la cité. Son déclin commença avec la progression turque en Méditerranée (qui la priva progressivement de toutes ses terres grecques, à l'exception des Îles Ioniennes, et de ses accès aux débouchés de la Route de la Soie) et s'accentua à cause du détournement du commerce européen vers les océans (découverte de l'Amérique).

Mais Venise avait maintenu son rayonnement culturel, en devenant la ville européenne la plus élégante et raffinée du XVIIIe siècle, avec une forte influence sur l'art, l'architecture et la littérature.

Redevenue politiquement un état italien parmi d'autres, Venise fut annexée par Napoléon Bonaparte le 12 mai 1797, durant la première coalition. L'invasion des Français mit un terme à près de 800 ans d'indépendance; en revanche, Napoléon fut perçu comme une sorte de libérateur par la population pauvre et juive de Venise, république aristocratique où le pouvoir et la plupart des richesses étaient monopolisés par quelques familles. Napoléon supprima les barrières du Ghetto ainsi que les restrictions de circulation imposées aux Juifs.

Entre 1797 et 1805 Napoléon, par le Traité de Campo-Formio, livra Venise et ses territoires aux Habsbourg en échange de la Belgique, puis il la leur reprit pour l'intégrer au royaume d'Italie dont il se fit couronner roi. À la fin de l'époque napoléonienne, ce royaume d'Italie fut intégré dans l'Empire d'Autriche de 1815 à 1866. La domination Autrichienne sur Venise et la Vénétie ne s'acheva que le 3 octobre 1866 après sa défaite de Sadowa contre l'alliance Prusso-Italienne. Venise est, au sein de l'Italie, un chef-lieu de province, devenu progressivement un des hauts-lieux du tourisme mondial.

Après la Première guerre mondiale, l'Italie revendiqua à l'Autriche vaincue l'ensemble des territoires jadis vénitiens, mais se heurta aux revendications yougoslaves et n'obtînt au Traité de Rapallo que l'Istrie, la ville de Zara en Dalmatie et les îles de Veglia, Cherso et Lagosta. Le ressentiment développé à ce moment contribua au succès ultérieur de Mussolini. Après la Deuxième guerre mondiale, l'Italie perdit aussi ces possessions au profit de la Yougoslavie, ne conservant que Trieste qui ne fait pas partie des territoires jadis vénitiens, mais où les populations italophones expulsées de Yougoslavie se réfugièrent.

Venise occupe une situation géographique exceptionnelle, dans une lagune de la mer Adriatique.

Les principales autres îles de la lagune sont : le Lido, Murano, Burano, Torcello. Sans oublier : San Michele (l'île cimetière de la ville), San Erasmo, Mazzorbo, Le Vignole, Certosa, San Francesco del Deserto, San Giacomo in Paludo, San Servolo, San Lazzaro degli Armeni, Giudecca.

La ville est parcourue par 177 canaux, 400 ponts et s'étend sur 118 îles situées entre l'embouchure de l'Adige (au sud) et du Piave (au nord). Le centre historique est entièrement piétonnier, les canaux faisant fonction de route, et les divers bateaux sont l'unique moyen de transport avec la marche à pied. Venise est une ville contre nature, constatait déjà Chateaubriand.

Au XIXe siècle, un pont ferroviaire relie Venise au continent et une gare y est construite. Au XXe siècle, une liaison routière fut également établie, menant à un grand parking en périphérie nord. Malgré ces aménagements, Venise demeure au XXIe siècle la seule ville de taille importante à être libre d'automobiles et de camions. Le transport individuel traditionnel est la gondole vénitienne, bien qu'elle ne soit quasiment plus utilisée que par les touristes ou pour des occasions particulières (cérémonies, mariages et enterrements). Son coût est en effet prohibitif. Les Vénitiens utilisent surtout des bateaux-autobus, appelés vaporetti, qui desservent les différentes îles en sillonnant les principaux canaux. Il existe également nombre d'embarcations privées. Les seules gondoles non motorisées encore fréquemment utilisées sont les traghetti, des bacs pour piétons qui traversent le Grand Canal à quelques endroits dépourvus de pont.

Le climat de Venise, comme celui de la plaine du Pô, est à tendance continentale, marqué par des hivers assez froids, qui peuvent être rigoureux et par des étés très moites. Les précipitations, minimales en hiver, tombent en été sous forme de pluies orageuses, ainsi qu'en automne.

Venise est desservie par l'aéroport de Venise - Marco Polo, en l'honneur de cet ancien et célèbre citoyen vénitien. L'aéroport est situé sur le continent et a été reconstruit à l'intérieur des terres, de sorte que les visiteurs doivent prendre le bus puis un bateau-taxi ou un bateau-bus pour se rendre dans la ville.

La gare Santa Lucia, terminus des trains de nuit, amène au cœur de la cité, à deux pas du grand canal, permettant une totale indépendance du voyageur, depuis les capitales européennes.

Les bâtiments de Venise sont construits sur des piliers de bois (voir ci-dessous). Ils sont exposés à la menace de marées, notamment entre l'automne et le début du printemps. La ville est périodiquement inondée. C'est ce que les Vénitiens appellent acqua alta.

Les conséquences sont importantes dans la vie quotidienne des habitants, qui doivent abandonner les niveaux inférieurs des maisons et emprunter des systèmes de passerelles pour se déplacer. Mais les conséquences les plus importantes sont la détérioration inexorable des monuments historiques et de l'habitat due à la montée des eaux et l'apport qui s'en suit de produits nocifs à la pierre et à la brique.

On ne sait pas mesurer avec précision l'affaissement de Venise, et son évolution est un sujet de controverse. La dernière initiative, initiée par un consortium d'industriels italiens, consiste à poser 79 portes mobiles dans les trois passes de la lagune pour protéger la ville. Ces portes, en temps normal, seraient remplies d'eau et lors des marées supérieures à un mètre, elles évacueraient cette eau en faisant pénétrer de l'air, ce qui aura pour conséquence de dresser les portes. Ainsi la lagune sera séparée de la mer par une véritable barrière.

Le projet, nommé MOSE (Module expérimental électromagnétique) a démarré en 2003 et les travaux doivent se poursuivre jusqu'en 2011. Il suscite aujourd'hui de nombreuses polémiques notamment au vu de son coût pharaonique et du doute de plus en plus répandu parmi les scientifiques et les spécialistes des marées sur l'efficacité effective de ce système qui ne serait réellement utile que pour les très grandes marées.

Les îlots de la lagune de Venise, composés de matériaux de remblais et alluvionnaires ne permettaient pas de construction traditionnelle car le sol humide et instable ne pouvait supporter le poids des bâtiments. La solution a été l'utilisation de pilotis, permettant la construction au dessus de l’eau. La technique consiste à enfoncer ceux-ci dans le sol afin de leur faire porter une plate forme constituée de madriers en chêne et en mélèze solidement attachés les uns aux autres, consolidant et nivelant le terrain. Ainsi par exemple, afin d’ériger la Basilique Santa Maria della salute, les vénitiens utilisèrent 1 006 657 pilotis de 4 mètres de long, en chêne, aulne et mélèze.

Les contraintes liées à une construction sur l’eau avec des pilotis comme fondations font que les palais sont conçus à l’inverse des règles traditionnelles de l’architecture. En effet si dans les palais terrestres, l'usage veut que l’on commence par les fondations sur lesquelles on pose l’infrastructure destinée à supporter le poids de l’ensemble architectural, à Venise la méthode est totalement inversée : on pose d’abord une grande "boîte" sur des portiques afin de transmettre la charge directement aux pilotis des fondations par un système d'arcs et de voûtes appropriés.

Dans Venise il y a près de 84 églises pratiquement intactes et voici les plus connues.

En Chine, Suzhou, est la Venise d'Asie, malheureusement de plus en plus défigurée par le modernisme ambiant. Venise est jumelée avec Suzhou.

Le Maire de Venise n'est pas élu par la seule partie dite historique de Venise, mais par l'ensemble des municipalités du territoire, qui pèsent nettement plus en termes de population que les habitants du centre historique de Venise. Venise fut longtemps un fief du PCI, le Parti Communiste Italien, dont Massimo Cacciari était membre. À la mort d'Enrico Berlinguer, il s'éloigna du parti, devenant proche de Romano Prodi.

Massimo Cacciari a été élu Maire (sindaco) de Venise de 1993 à 2000 avec le soutien de Prodi. On parle alors de lui comme futur Président du parti de l'Olivier. En vue des élections régionales de 2000, Cacciari réalise que, dans une région traditionnellement modérée, la gauche doit séduire une partie de l'électorat de la défunte Démocratie chrétienne italienne et fait quelques pas significatifs en ce sens. Il échoue cependant à séduire l'électorat autonomiste. Après sa défaite aux élections de 2000 au poste de gouverneur de Vénétie, il voit diminuer ses chances de devenir un leader politique d'envergure nationale. Député européen, conseiller régional de Vénétie, il est réélu maire de Venise en 2005 sous l'étiquette du parti La Margherita (affilié à l'union de L'Olivier).

Depuis 1171 la cité des doges comporte 6 quartiers appelés sestiere : Cannaregio, Castello, Dorsoduro, San Marco, San Polo et Santa Croce, auxquels s'ajoutent l'île de la Giudecca, Murano, Pellestrina et le Lido. Les autres îles importantes (Burano, Torcello, San Erasmo) comme les localités de la terre ferme (Mestre, Marghera, Favaro Veneto, Zelarino et Chirignago) font partie du territoire de la Commune de Venise.

L'ensemble des territoires de la Commune représente une superficie totale de 41 317 hectares dont 25 302 sont recouverts par les eaux lagunaires. Les localités de la terre ferme occupent une superficie de 13 028 hectares, le Centre historique mesure à peu près 800 hectares et les principales îles, environ 2 186 hectares.

Campagna Lupia, Cavallino-Treporti, Chioggia, Jesolo, Marcon, Martellago, Mira, Mogliano Veneto (Trévise), Musile di Piave, Quarto d'Altino, Scorzè, Spinea.

Au 31 décembre 2007, la population totale de la commune de Venise est de 268 993 habitants (autant que le centre historique au XVIIIe siècle qui est aujourd'hui compté dans ce que l'on appelle la Venise insulaire (Venise plus les îles de Burano, Murano, Torcello, Sant' Erasmo et la Giudecca) et compte 69 656 habitants. Sans les îles de Burano, Torcello et Murano, la population du centre historique (dont la Giudecca et Sacca Fisola) est au 31 décembre 2007 de 60 755 habitants.

L'avenir et la sauvegarde de Venise passent par le maintien des populations dans leur habitat d'origine et des activités artisanales, commerciales et administratives qui permettent à la population de vivre. Contrairement aux idées reçues, le tourisme n'enrichit pas la ville et il contribue, par sa massification et sa pendularité, à chasser les habitants du centre historique. L'actuelle municipalité s'emploie à renverser cette situation en favorisant l'accès au logement pour les plus défavorisés et en veillant au maintien des activités traditionnelles, des commerces, des écoles et des entreprises du tertiaire qui ont leur siège dans le centre historique.

Mais dans le même temps les hôtels ont été autorisés à ouvrir des chambres dans des appartements situés dans des maisons voisines et le nombre d'appartements loués en tant que locations de vacances à la semaine, ne cesse de monter sans que la municipalité intervienne. D'où une flambée des prix de l'immobilier et des jeunes vénitiens qui n'ont d'autre choix que d'aller habiter en terre ferme, n'étant plus capables d'acheter dans le centre historique.

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Mostra de Venise

Lion de Venise

La Mostra internazionale d'arte cinematografica di Venezia (Festival international d'art cinématographique de Venise) est un festival de cinéma qui se déroule annuellement dans la cité lagunaire, habituellement entre la fin du mois d'août et le début de septembre, dans l'historique Palais du cinéma, sur le lungomare Marconi, au Lido de Venise. C'est le plus ancien festival cinématographique au monde - la première édition s'est tenue en 1932 - et, avec le festival de Cannes créé à l'origine pour le concurrencer, le festival de films le plus connu.

Parvenue en 2006 à sa soixante-troisième édition, la manifestation s'inscrit dans le cadre de l'organisation plus vaste de la Biennale de Venise, festival culturel d'art contemporain dont elle constitue la section cinéma. La première édition de la Mostra s'est déroulée lors de la XVIIIe Biennale. Depuis 2004, les films sont présentés à la Mostra dans le cadre de trois sections : en compétition, dont l'enjeu principal est le Lion d'Or de saint Marc, hors compétition et Horizons.

La principale récompense attribuée est le Lion d'Or, qui doit son nom au symbole de la cité (le lion de la basilique Saint-Marc). Elle est considérée comme l'une des plus importantes du point de vue de la critique cinématographique, à l'égal de celles accordées dans les deux autres festivals du film européens, la Palme d'Or du Festival de Cannes et l'Ours d'Or de la Berlinale. Ce sont tous trois des prix convoités pour leur impact important, souvent de tendance opposée aux Oscars du cinéma américains qui se déroulent habituellement au printemps.

Née dans les années trente, la première Mostra de Venise, dénommée Prima Esposizione Internazionale d'Arte Cinematografica (en français : Première Exposition internationale d'art cinématographique) se déroule du 6 au 21 août 1932. Le festival naît d'une idée du président de la Biennale de Venise, le comte Giuseppe Volpi di Misurata, du sculpteur Antonio Maraini, secrétaire général, et de Luciano De Feo, le secrétaire général de l'Istituto internazionale per il cinema educativo (en français : Institut international pour le cinéma éducatif), émanation de la Société des Nations dont le siège se trouve à Rome, d'accord avec l'idée d'organiser le festival dans la cité lagunaire, et qui fut le premier directeur-sélectionneur.

La Mostra, à juste titre considérée comme la première manifestation internationale de ce type, reçoit un appui important de la part des autorités. La première édition se déroule sur la terrasse de l'Hôtel Excelsior du Lido de Venise. Il ne s'agit pas encore d'une compétition. Les titres sont simplement présentés au public. Malgré cela, les films projetés sont devenus de véritables « classiques » de l'histoire du cinéma dont certains sont encore dans toutes les mémoires : Amour défendu du grand réalisateur américain Frank Capra, Grand Hotel d'Edmund Goulding, Le Champion de King Vidor, le premier et inimitable Frankenstein de James Whale, The Devil to Pay! de George Fitzmaurice, Les Hommes, quels mufles ! de Mario Camerini et À nous la liberté de René Clair et autres œuvres de grands metteurs en scène comme Raoul Walsh, Ernst Lubitsch, Nikolaï Ekk, Howard Hawks, Maurice Tourneur, Anatole Litvak.

Les vedettes de ce premier festival sont les acteurs, apparaissant sur grand écran au travers des films projetés, qui garantissent à la Mostra un succès encore plus grand que celui attendu et attirent dans les salles plus de 25 000 spectateurs. Ce sont les plus grandes stars de l'époque : Greta Garbo, Clark Gable, Fredric March, Wallace Beery, Norma Shearer, James Cagney, Ronald Colman, Loretta Young, John Barrymore, Joan Crawford, sans oublier la gloire italienne Vittorio De Sica et le grand Boris Karloff, entré dans l'histoire pour son rôle de monstre dans le premier Frankenstein.

Le premier film de l'histoire de la Mostra est projeté le soir du 6 août 1932 : il s'agit de Docteur Jekyll et M. Hyde de Rouben Mamoulian ; après le film un grand bal est donné dans les salons de l'Excelsior. Le premier film italien, Les Hommes, quels mufles ! de Camerini, est présenté dans la soirée du 11 août 1932.

En l'absence d'un jury et de l'attribution de prix officiels qui ne seront introduits que plus tard, un référendum extérieur au comité organisateur, présidé par Attilio Fontana de l'ICE (Institut du commerce extérieur), organisé parmi le public accouru à la manifestation, décrète meilleur réalisateur le soviétique Nikolaï Ekk pour le film Le Chemin de la vie, pendant que le film de René Clair À nous la liberté est élu comme le plus amusant ; Helen Hayes est primée meilleure actrice, Fredric March meilleur acteur, le film « le plus émouvant » étant le film américain La Faute de Madelon Claudet de Edgar Selwyn.

La deuxième édition se déroule deux ans plus tard, du 1er au 20 août 1934. Initialement, en effet, le festival était indissolublement lié à la Biennale de Venise et en respectait la périodicité. L'expérience de la première édition entraîne immédiatement une importante innovation : ce sera la première édition compétitive. Les pays en lice avec au moins un représentant sont au nombre de 19. Plus de 300 journalistes sont accrédités pour assister aux projections. La Coupe Mussolini pour le meilleur film étranger et pour le meilleur film italien est instituée mais il n'existe pas encore de véritable jury. C'est la présidence de la Biennale qui, sur l'avis d'experts mais aussi du public et en accord avec l'Institut international pour le cinéma éducatif de Luciano de Feo, également directeur de la Mostra, décerne les prix aux lauréats.

Outre la Coupe Mussolini, sont attribuées les « Grandes Médailles d'or de l'Association nationale fasciste du spectacle » et les prix pour les meilleures interprétations. La meilleure actrice est la jeune Katharine Hepburn, récompensée pour sa splendide interprétation dans Les Quatre Filles du docteur March de George Cukor. Le prix du meilleur film étranger est attribué à L'Homme d'Aran, de Robert Flaherty, un documentaire d'auteur, genre très apprécié à l'époque. Frank Capra est également à nouveau présent avec un de ses films les plus célèbres, New York-Miami, avec Clark Gable et Myrna Loy. Dès la seconde édition, la Mostra connaît son premier scandale : durant une séquence d'Extase, du réalisateur tchécoslovaque Gustav Machaty, Hedwig Kiesler, connue par la suite sous le nom d'Hedy Lamarr, apparaît sur le grand écran dans un nu intégral.

Dès la troisième édition de 1935, la Mostra devient annuelle, conséquence du grand succès public et critique recueilli lors des deux premières éditions, sous la direction d'Ottavio Croze. Avec l'accroissement de la notoriété et du prestige du festival, croît également le nombre d'œuvres et de pays participant au concours. À partir de cette édition et jusqu'à l'après-guerre, les films soviétiques ne participeront plus à la compétition. Le prestigieux premier prix récompensant les acteurs prend le nom de Coupe Volpi, du nom du comte Giuseppe Volpi di Misurata, père du festival.

Encore une fois, le festival présente des films de grande qualité : Le Mouchard de John Ford, La Femme et le Pantin de Josef von Sternberg, avec Marlene Dietrich, et le vainqueur du prix pour le meilleur film étranger, Anna Karénine, de Clarence Brown, avec Greta Garbo, présente pour la seconde fois sur le Lido de Venise.

1936 est l'année d'une autre « première fois », celle du Jury international. Le prestige de la manifestation se consolide avec la présence encore une fois de films de réalisateurs importants comme Frank Capra, John Ford, Max Ophüls, René Clair, Josef von Sternberg, Marcel L'Herbier. Le plus grand succès public toutefois revient à la star italienne Amedeo Nazzari.

D'édition en édition, les innovations de la Mostra se poursuivent : en 1937 est inauguré le nouveau Palais du cinéma, œuvre de l'architecte Luigi Quagliata, construit en un temps record dans le style moderniste qui se répandait à l'époque. En dehors des deux années 1940 et 1948, le palais ne fut jamais abandonné dans toute l'histoire de la manifestation.

Ce nouveau lieu permet l'expansion du festival : le nombre de pays participants et de films acceptés augmente encore. Cette fois, les lumières de la rampe sont toutes pointées sur Marlene Dietrich, qui sème le trouble sur le Lido. Bette Davis s'impose également fortement auprès du public et remporte le prix de la meilleure actrice. La révélation de cette édition est le jeune acteur français Jean Gabin, héros de La Grande Illusion de Jean Renoir, lauréat du grand prix du jury international.

En 1938, la Mostra subit les pesantes pressions politiques du gouvernement fasciste. Les vainqueurs sont imposés au jury international et les films primés sont le long métrage allemand Les Dieux du stade de Leni Riefenstahl et Luciano Serra, pilote de Goffredo Alessandrini, deux films ouvertement de propagande, même si le premier est encore aujourd'hui reconnu comme l'un des chefs-d'œuvre du cinéma des années trente.

Cette édition est aussi la dernière dans laquelle le cinéma américain, jusqu'alors toujours présent de manière importante, tant quantitativement que qualitativement, est présent sur le Lido. Il repart avec un premier prix attribué à l'un des meilleurs longs métrages d'animation de Walt Disney, Blanche-Neige et les Sept Nains.

1938 est aussi l'année de la première grande rétrospective, dans la tradition de constante innovation du festival, rétrospective en l'occurrence consacrée au cinéma français des origines à 1933, celui qui parmi toutes les nations avait offert le plus grand nombre d'authentiques chefs-d'œuvres : À nous la liberté (1932) de René Clair, Un carnet de bal (1937) de Julien Duvivier, La Grande Illusion (1937) et La bête humaine (1939) de Jean Renoir, Quai des brumes (1938) et Le jour se lève (1939) de Marcel Carné.

Les années quarante représentent l'un des moments les plus difficiles de la Mostra.

La fin de la Seconde Guerre mondiale divise la décennie en deux. Si depuis déjà 1938 les pressions politiques faussent les résultats et ruinent le festival, avec l'avènement du conflit la situation dégénère à tel point que les éditions de 1940, 1941 et 1942, par la suite considérées comme « non avenues », se déroulent bien loin du Lido de Venise avec peu de pays participants et l'absolu monopole des œuvres et des réalisateurs appartenant à l'axe Rome-Berlin, dans un climat plus propagandistique qu'artistique, représentés également fortement par les stars italiennes comme Alida Valli, Assia Noris et Fosco Giachetti.

Après cette triste parenthèse, la Mostra reprend à plein régime en 1946 avec le retour de la paix, mais les projections se déroulent cette fois au cinéma San Marco, à cause de la réquisition du Palais du cinéma par les alliés. Le nouveau directeur, Elio Zorzi, veut par son action retrouver la liberté et le caractère international qui avaient fait le succès de la Mostra détruite par les années de guerre. L'édition de 1946 se tient pour la première fois en septembre suite aux accords avec le tout nouveau Festival de Cannes.

La caractéristique de ce nouveau parcours se situe dans l'important courant du Néoréalisme, l'un des mouvements les plus significatifs de l'histoire du cinéma italien représenté par Paisà (1946) de Roberto Rossellini, Il sole sorge ancora (1946) d'Aldo Vergano, Chasse tragique (1947) de Giuseppe De Santis, Sans pitié (1948) de Alberto Lattuada et La Terre tremble (1948) de Luchino Visconti ; malgré leur indiscutable valeur et le succès public rencontré, les œuvres n'obtiennent pas la reconnaissance de la critique.

La Mostra accueille à nouveau de grands réalisateurs internationaux : Orson Welles, Laurence Olivier, Fritz Lang, John Huston, Claude Autant-Lara, David Lean, Henri-Georges Clouzot, Jean Cocteau, Michael Powell et Emeric Pressburger, outre ceux présents les années précédentes, Jean Renoir, Julien Duvivier, Marcel Carné.

Avec le retour à une situation normale, on voit aussi revenir à Venise les grandes icônes du cinéma mondial comme Rita Hayworth, Joseph Cotten, Olivia de Havilland, mais la véritable vedette est l'actrice romaine Anna Magnani récompensée, pour sa splendide interprétation dans L'Honorable Angelina de Luigi Zampa, par la Coupe Volpi pour la meilleure interprétation féminine en 1947.

En 1947, la Mostra se tient au Palais des Doges, dans un cadre unique et splendide, atteignant un record de 90 000 personnes. Il s'agit sûrement de l'une des meilleures éditions de l'histoire du festival qui voit finalement le retour sur le Lido de Venise des œuvres de l'URSS et des nouvelles démocraties populaires comme la Tchécoslovaquie qui, alors à leurs débuts, remportent le premier prix avec Siréna du cinéaste Karel Stekly. 1947 voit également le rétablissement du Jury international pour attribuer le Gran premio internazionale di Venezia.

En 1949, sous la direction du nouveau responsable Antonio Petrucci, la manifestation retourne définitivement au Palais du cinéma sur le Lido de Venise. Une nouvelle récompense est instituée : le Prix du Lion de San Marco pour le meilleur film, remporté pour la première fois par Manon d'Henri-Georges Clouzot, et l'on remarque, parmi les films du toujours présent et apprécié cinéma français, les débuts de Jacques Tati avec Jour de fête.

Dans les années cinquante l'importance de la Mostra est finalement reconnue au niveau international. Le festival connaît une période de forte expansion et participe à l'affirmation de nouvelles écoles de cinéma comme les écoles japonaises et indiennes avec l'arrivée des plus grands réalisateurs et des plus grandes stars.

Durant ces années, à la recherche de nouvelles idées et de nouvelles routes à parcourir, la manifestation change plusieurs fois de directeur : Antonio Petrucci (1949-1953), de nouveau Ottavio Croze (1954-1955), Floris Ammannati (1956-1959).

Ce sont des années importantes pour le monde du cinéma qui semble désormais avoir définitivement laissé derrière lui le fantôme de la guerre. La Mostra contribue à influencer les tendances de l'époque.

Venise lance définitivement le cinéma japonais, qui s'impose sur le devant de la scène en Occident grâce au Lion d'Or remporté avec Rashômon du grand réalisateur nippon Akira Kurosawa en 1951, bissé sept ans plus tard, en 1958, avec L'Homme au pousse-pousse de Hiroshi Inagaki. Les Contes de la lune vague après la pluie (1953), L'Intendant Sansho (1954) de Kenji Mizoguchi et Les Sept Samouraïs (1954), toujours de Kurosawa, gagnent le non moins prestigieux second prix, le Lion d'Argent, pendant que d'autres films japonais en concours, non primés, rencontrent cependant un bon succès : La Vie d'O'Haru femme galante (1952) de Kenji Mizoguchi et La Harpe de Birmanie (1956) de Kon Ichikawa.

Le même succès est remporté par le jeune cinéma indien qui s'impose à son tour, remportant en 1957 un Lion d'Or avec L'Invaincu de Satyajit Ray.

L'école d'Europe de l'Est, déjà récompensée par le Grand Prix du jury international obtenu en 1947 avec l'œuvre du tchécoslovaque Karel Stekly, Siréna, s'impose à nouveau grâce à la présence de nouveaux auteurs de valeur comme Andrzej Wajda et Andrzej Munk.

Après l'exploit, dans les années quarante, des premiers films néoréalistes, les années cinquante marquent l'arrivée sur les écrans du festival de deux des plus grands et des plus aimés réalisateurs italiens de l'après-guerre, Federico Fellini et Michelangelo Antonioni, consacrés par leur présence sur le Lido. Face aux grands maîtres se présente une série de jeunes qui montent, promesse de nouveaux visages dans un panorama national en pleine expansion. Ils donneront vie à la période peut-être la plus brillante du cinéma italien sur le plan international. En 1958 se présentent à Venise Francesco Rosi, avec Le Défi, et surtout Ermanno Olmi, avec l'œuvre primée Le temps s'est arrêté, datée de 1959.

Malgré sa grande réputation, le cinéma italien n'est pas primé à la hauteur de son prestige, déchaînant des polémiques animées. Deux épisodes font exploser les longues discussions : le Lion d'Or non attribué à Luchino Visconti, ni en 1954 pour Senso, au profit du film Roméo et Juliette de Renato Castellani, ni en 1960, pour Rocco et ses frères, cette fois au bénéfice d'un film français, Le passage du Rhin d'André Cayatte. La reconnaissance majeure lui sera conférée seulement en 1964, quand Sandra remporte finalement le prix convoité.

Roberto Rossellini, autre auteur important du cinéma italien de l'époque, présente également nombre de ses films au cours du festival : 1950 est l'année des Onze Fioretti de François d'Assise et de Stromboli. Deux années plus tard, il présente Europe 51.

Scandales mis à part, c'est le cinéma européen qui se taille « la part du lion ». L'école du vieux continent s'impose avec des auteurs déjà bien connus comme le danois Carl Theodor Dreyer, récompensé par le Lion d'Or pour son Ordet (1955) et le suédois Ingmar Bergman qui, avec Le Visage, remporte le Grand Prix du Jury en 1959, après avoir participé à la Mostra, alors complètement inconnu, en 1948, avec Musique dans les ténèbres, passant inaperçu parmi les nouveaux auteurs. Dans ce domaine le cinéma français est encore une fois mis en lumière : Robert Bresson est révélé en 1951 avec Le journal d'un curé de campagne, Louis Malle présente, en 1958 le film scandale Les amants, qui, malgré les polémiques et l'indignation de certains, remporte le Prix spécial. Le dernier exploit est celui de Claude Chabrol, qui présente en 1958 Le beau Serge, considéré plus tard par la critique comme le premier film de la Nouvelle Vague.

Durant ces années, Venise peut finalement célébrer le retour à la Mostra du cinéma américain qui se présente avec de nouveaux metteurs en scène comme Elia Kazan, Billy Wilder, Samuel Fuller, Robert Aldrich.

Les nouvelles stars se font connaître sur le Lido : en 1954 c'est le tour de Marlon Brando, avec le film Sur les quais, d'Elia Kazan, quatre ans plus tard, en 1958, Brigitte Bardot, vedette du film En cas de malheur de Claude Autant-Lara monopolise l'attention, mais les stars italiennes, surtout les stars féminines, se font aussi connaître : Sophia Loren, lauréate de la Coupe Volpi en 1958 pour son interprétation dans L'Orchidée noire de Martin Ritt, et Gina Lollobrigida, mais aussi Alberto Sordi, Vittorio Gassman et Silvana Mangano, acteurs du film vainqueur du Lion d'Or en 1959, La grande guerre de Mario Monicelli, et Giulietta Masina, lancée par son interprétation des films de Federico Fellini.

Les années soixante enregistrent un développement continuel de la Mostra, fidèle au parcours artistique suivi dans l'après-guerre.

L'édition de 1960 est la plus contestée de l'histoire du festival, lorsque le Lion d'Or est refusé à un extraordinaire film de Luchino Visconti, Rocco et ses frères, auquel le jury préfère l'œuvre du français André Cayatte, Le Passage du Rhin. Dans la salle, le public siffle tout le temps que dure la cérémonie des prix et la projection du film lauréat. C'est une seconde grande désillusion pour le réalisateur, déjà désavoué en 1954 lors de la présentation de Senso.

Au début de la décennie, le festival est le promoteur d'un profond renouvellement du cinéma. De nombreuses sections sont créées pour diversifier l'offre et élargir le champ d'action. D'importants films, jusqu'alors à demi méconnus, du free cinema anglais sont présentés comme Samedi soir, dimanche matin (1961) de Karel Reisz, Un goût de miel (1962) de Tony Richardson, ou Billy le menteur (1963) de John Schlesinger, tandis que la Nouvelle Vague française, présente grâce à Jean-Luc Godard et Alain Resnais trouve sa pleine consécration.

Certains jeunes metteurs en scène italiens se présentent pour la première fois devant le grand public : Pier Paolo Pasolini, Bernardo Bertolucci, Paolo Taviani et son frère Vittorio, Vittorio De Seta, Valerio Zurlini, Marco Ferreri, Florestano Vancini, Marco Bellocchio, Giuliano Montaldo, Tinto Brass, pendant que d'autres réalisateurs du calibre de Francesco Rosi, Ermanno Olmi e Gillo Pontecorvo confirment les espoirs de leurs débuts dans les années cinquante.

Après les polémiques de 1960, les prix suivants sont incontestables et non sans courage : l'année suivante le lauréat est L'année dernière à Marienbad d'Alain Resnais, et en 1962 le prix est attribué ex aequo à Valerio Zurlini et Andrej Tarkovskij, avec respectivement Journal intime et L'Enfance d'Ivan.

À partir de 1963, le vent de la nouveauté porte le professore Luigi Chiarini à la direction de la Mostra, ouvrant une ère qui durera jusqu'en 1968. Durant les années de sa présidence, Chiarini s'attache à rénover l'esprit et les structures du festival, misant sur une réorganisation de la base de tout le système. Pendant six ans, la Mostra adopte une ligne cohérente, suivant de rigoureux critères de sélection des œuvres mises au concours, s'opposant aux mondanités, aux pressions politiques et à l'ingérence des maisons de production toujours plus exigeantes, préférant la qualité artistique des films à la croissante commercialisation de l'industrie du cinéma.

L'un des points clés de la gestion de Chiarini est la continuelle et indispensable confrontation des différentes générations et des écoles de réalisation. « Confirmés » et « montants », maîtres et élèves alternent sur les écrans du festival : Jean-Luc Godard, Carl Theodor Dreyer, Ingmar Bergman, Arthur Penn, Pier Paolo Pasolini, Robert Bresson, Akira Kurosawa, Roman Polanski, François Truffaut, Roberto Rossellini, Joseph Losey, Miloš Forman, et encore Carmelo Bene, John Cassavetes, Alain Resnais, Luis Buñuel, lauréat en 1967 du Lion d'Or avec Belle de jour, un film beaucoup moins d'avant-garde comparativement à ceux de la période de sa collaboration avec Salvador Dali.

Le cinéma italien est la véritable marque de fabrique de cette période de la Mostra grâce notamment à la montée de nouvelles stars comme Claudia Cardinale, Marcello Mastroianni et Monica Vitti, mais surtout par l'exceptionnelle série de quatre victoires consécutives du prix le plus prestigieux : 1963, Main basse sur la ville de Francesco Rosi, 1964, Le Désert rouge de Michelangelo Antonioni, 1965, Sandra, la tant attendue victoire de Luchino Visconti et enfin, en 1966, La Bataille d'Alger de Gillo Pontecorvo.

L'agitation sociale et politique de 1968 a de fortes répercussions sur la Biennale de Venise encore sous le statut de l'époque fasciste, et par conséquent sur le festival du film qui en dépend. Celui-ci subit alors de fortes et continuelles contestations, conduisant à une rupture avec la tradition, voulue par le courant de pensée de l'époque. De 1969 à 1979, la manifestation se tient sans que les prix soient attribués, revenant ainsi à la non-compétitivité de la première édition. En 1973, 1977 et 1978, la Mostra n'a même plus lieu. Le Lion d'Or fait son retour seulement en 1980, paradoxalement, ou comme pour rattraper le retard, en deux exemplaires, pour la victoire ex aequo de Louis Malle et John Cassavetes.

Les dix éditions qui se déroulent dans les années soixante-dix, de 1969 à 1979 sont donc non compétitives, l'effet de la contestation soixanthuitarde étant l'abolition de la compétition et par conséquent de l'attribution des prix. Les deux premières années sont placées sous la direction d'Ernesto Laura, direction qui passe successivement à Gian Luigi Rondi et à Giacomo Gambetti. À titre de compensation partielle, de nouvelles sections sont inaugurées, censées élargir l'offre du festival.

Une importante nouveauté est l'introduction, en 1971, du Lion d'Or pour la carrière, dont les premiers récipiendaires sont le réalisateur américain John Ford, plusieurs fois présent au festival, et, l'année suivante, Charlie Chaplin, pour son œuvre d'homme de cinéma complet et éclectique. 1971 demeure en outre l'année de la première projection de l'un des films modèles de la Révolution culturelle chinoise: Le Détachement féminin rouge.

En 1972 est organisée dans le centre historique de Venise une manifestation cinématographique parallèle en contradiction ouverte avec la Mostra « officielle » de la Biennale, les Journées du cinéma italien, sous l'égide de l'ANAC (Association nationale des auteurs de cinéma) et de l'AACI (Association des auteurs de cinéma italiens), critiquant âprement la nouvelle direction.

L'année suivante, le directeur en charge, Gian Luigi Rondi, est contraint à la démission. Avec le statut de la Biennale encore bloqué au Parlement, immuable depuis la période fasciste, toutes les manifestations liées à l'organisation sont supprimées, Mostra comprise. Les deux associations d'auteurs italiens saisissent la balle au bond, organisant à nouveau les Journées du cinéma italien qui, toutefois, ne réussiront pas à s'imposer et encore moins à supplanter le festival officiel.

La direction passe donc à Giacomo Gambetti qui la conserve entre 1974 et 1976 et emprunte une nouvelle voie, cherchant à changer l'image de la Mostra : hommages, rétrospectives, congrès, propositions de nouveaux films, options de projections décentralisées. En 1977, à l'intérieur des projets de la Biennale se déroule une manifestation consacrée entièrement au cinéma d'Europe de l'Est, s'intégrant dans le projet de la fondation sur la « dissidence culturelle ».

L'année suivante la Mostra n'a pas lieu, encore une fois.

Malgré la contestation et le mauvais moment traversé tant par la Mostra que par la Biennale de Venise elle-même, dans les années soixante-dix les éditions se caractérisent par des œuvres montrant des signes forts d'un renouveau du cinéma aussi net qu'attendu, comme Les Diables de Ken Russell, Un dimanche comme les autres de John Schlesinger, ou Prenez garde à la sainte putain, l'énième film-scandale, de Rainer Werner Fassbinder, tous trois datés de 1971 ; en 1972 ce sont Brewster McCloud de Robert Altman, L'Angoisse du gardien de but au moment du penalty de Wim Wenders, ou encore La Balade sauvage de Terrence Malick. Trois ans plus tard, 1976 est l'année de 1900 de Bernardo Bertolucci et de La Dernière Femme de Marco Ferreri.

Parmi tous ces films se détache le chef-d'œuvre que Stanley Kubrick présente au public du festival lagunaire en 1972, Orange mécanique, avec Malcolm McDowell, un film qui fait immanquablement discuter et parler de lui.

La renaissance tant espérée arrive en 1979, grâce au nouveau directeur Carlo Lizzani, décidé à relancer l'image et la valeur que la Mostra avait perdus au cours de la précédente décennie. Cette édition est celle qui jette les fondements qui permettront de recouvrer le prestige international, lequel trouvera son apogée au cours de la décennie suivante. Avec sa précieuse expérience de réalisateur, Lizzani prend un virage historique qui commence par le changement du nom pour un sobre Mostra Internazionale del Cinema, au lieu de Mostra Internazionale d'Arte Cinematografica, la dénomination que le festival porte encore aujourd'hui.

Décidé à offrir une image plus moderne et vivante de la Mostra, le nouveau directeur forme un comité d'experts pour l'aider à sélectionner les œuvres et à maintenir l'orientation du festival. Parmi ses collaborateurs figurent des personnalités du milieu culturel de l'époque : Alberto Moravia, Roberto Escobar, Giovanni Grazzini, Enzo Scotto Lavina et Paolo Valmarana. Comme adjoint et conseiller le plus proche, Lizzani amène à Venise Enzo Ungari.

Une initiative intéressante voit le jour et attire un grand nombre de stars et d'acteurs de renom lors d'un débat titré « Les années 80 du cinéma ». Cette discussion donne le la au débat critique sur les nouvelles technologies cinématographiques portées sur le devant de la scène par La Guerre des étoiles (1977) de George Lucas (non présenté à Venise), d'une importance majeure dans cette phase de transition de la cinématographie mondiale et occupant petit à petit et jusqu'à nos jours une place fondamentale.

Le personnage emblématique de la renaissance de la Mostra est sans doute Carlo Lizzani; directeur du festival entre 1979 et 1982, il s'acquitte brillamment de la difficile tâche de rendre au festival le prestige qu'il mérite et qu'il a perdu au cours de la décennie précédente.

Parallèlement à une sélection de films toujours plus variée, le festival voit se multiplier les rétrospectives revisitant des auteurs ou des mouvements importants; il accueille de nouveaux événements consacrés à la recherche (« Officina ») et aux films à grand spectacle (« Mezzogiorno-Mezzanotte »). Le premier film du cycle des Indiana Jones, Les Aventuriers de l'arche perdue (1981), E.T. l'extra-terrestre (1982) de Steven Spielberg, le deuxième épisode de la trilogie de la Guerre des étoiles de George Lucas, L'Empire contre-attaque, dirigé par Irvin Kershner (1980), La Porte du Paradis de Michael Cimino (1982), le film d'horreur Poltergeist de Tobe Hooper (1982), remake de vieilles gloires ou de films excentriques sont ainsi successivement programmés. Ces initiatives, nées de l'imagination du critique Enzo Ungari, collaborateur de Lizzani, constituent une formule efficace, qui sera reprise pendant des années et pas seulement en Italie.

En 1980, le festival redevient compétitif après une longue traversée du désert. Un double Lion d'Or est attribué aux deux lauréats ex aequo, le français Louis Malle avec Atlantic City, et l'américain John Cassavetes avec Gloria.

Venise joue un rôle important dans l'émergence du nouveau cinéma allemand sur la scène internationale : Margarethe Von Trotta, première lauréate du Lion d'Or en 1981, étonne le jury avec Les Années de plomb, tandis que Wim Wenders s'impose l'année suivante avec L'État des choses. La série Berlin Alexanderplatz de Rainer Werner Fassbinder obtient un grand succès en 1980, mais en 1982, lorsque Querelle, le dernier film et le plus controversé de Fassbinder est présenté à titre posthume, il n'obtient pas le premier prix, divisant le jury et déchaînant de vives polémiques.

La Mostra retrouve sa splendeur après la sombre parenthèse des années soixante. En témoigne la capacité du festival à distinguer pour la première fois des réalisateurs qui s'imposeront ensuite comme les grands auteurs du cinéma contemporain : le jeune Emir Kusturica, lauréat du Lion d'Or pour la meilleure œuvre primée en 1981 avec Te souviens-tu de Dolly Bell ? et Peter Greenaway qui présente l'année suivante Meurtre dans un jardin anglais, le film qui assure sa notoriété.

Le cinéma italien semble lui aussi sur le point d'affronter une « mutation générationnelle » : la Mostra propose des films de réalisateurs quasiment débutants comme Nanni Moretti, Gianni Amelio, Marco Tullio Giordana, Franco Piavoli, Paolo Benvenuti.

En 1983 la direction passe entre les mains de Gian Luigi Rondi qui ne s'écarte pas de la ligne de son prédécesseur. Il jette les bases d'une meilleure organisation de la Mostra, institutionnalisant les événements et donnant la place aux maîtres du cinéma passé et présent.

Le jury international est désormais composé uniquement de cinéastes, affirmant la volonté de Rondi de créer une « mostra degli autori, per gli autori » (un festival d'auteurs, pour les auteurs). Les membres en sont choisis parmi les réalisateurs qui ont émergé au cours de la décennie mythique des années soixante, le premier d'entre eux étant Bernardo Bertolucci. Jean-Luc Godard avec Prénom Carmen, puis en 1984 Krzysztof Zanussi avec L'Année du soleil calme, en 1985 Agnès Varda avec Sans toit ni loi, en 1986 Eric Rohmer avec Le Rayon vert sont parmi les lauréats.

Venise accueille durant ces années beaucoup d'autres grands films, non primés ou simplement hors concours comme Zelig de Woody Allen, E la nave va de Federico Fellini, Heimat d' Edgar Reitz, le cyberpunk Blade Runner de Ridley Scott, daté de 1983 et le mafia-movie Il était une fois en Amérique de Sergio Leone (1984).

En 1984 naît la Semaine internationale de la critique, initiative spontanée, gérée par le Syndicat national des critiques cinématographiques italiens et exclusivement consacrée aux premières et secondes œuvres.

L'écrivain et critique de films du quotidien romain Il Messaggero, Guglielmo Biraghi, déjà directeur du Festival de Taormina devient en 1987 le 14e directeur de la Mostra. Tout au long des cinq éditions qui vont suivre, Biraghi se donne pour mission la recherche incessante d'auteurs nouveaux et d'œuvres originales, qui témoignent de sa passion pour les voyages et les cultures différentes. La première édition qu'il dirige présente en compétition un film indien, libanais, suisse, norvégien, coréen et turc.

La « prima volta » (la « première ») la plus remarquée intervient dans l'édition de 1989 où Biraghi presente O Recado das Ilhas de Ruy Duarte de Carvalho, premier film cap-verdien présenté dans un festival international.

La nouvelle formule, caractérisée par un programme souple et un rythme enlevé, séduit également les festivaliers qui avaient soutenu la candidature de Biraghi et le grand public. La première manifestation qui se déroule sous sa direction récompense un vétéran, Louis Malle, pour Au revoir les enfants, à côté duquel on trouve en « nuove scoperte » de nouveaux espoirs tels que les réalisateurs Carlo Mazzacurati et David Mamet, à côté de réalisateurs confirmés, dont les films sont présentés hors concours, comme Les Intouchables de Brian De Palma ou Gens de Dublin de John Huston.

En 1988 la Mostra s'enrichit de deux importantes manifestations nouvelles, « Horizons » et « Nuits », ainsi que des « Événements spéciaux ». C'est dans ce cadre que se déroule la projection de La Dernière Tentation du Christ, l'un des films les plus controversés de Martin Scorsese. Basé sur les évangiles apocryphes, le film fait scandale dans les milieux religieux, surtout aux États-Unis et en Italie, bien avant son apparition à Venise. Le film est projeté normalement, mais dans un Palais du cinéma surveillé comme un bunker et la conférence de presse au cours de laquelle le réalisateur expose sa problématique est bondée mais se déroule sans désordre.

Ce ne sont pas là les seules qualités de cette édition de 1988, qui a aussi le mérite de découvrir le talent de l'espagnol Pedro Almodóvar et de présenter au monde l'un des plus grands succès comiques de l'histoire, Un poisson nommé Wanda de Charles Crichton, mais aussi Qui veut la peau de Roger Rabbit, splendide mix d'interprétation et d'animation signé Robert Zemeckis. Le Lion d'Or est remporté par La Légende du saint buveur d'Ermanno Olmi.

1989 voit le triomphe de Krzysztof Kieślowski et de ses Dix commandements : projetés au rythme d'un par jour, les films monopolisent l'intérêt de la presse, italienne et étrangère, comme du public. À côté de Kieslowski, Nanni Moretti apparaît aussi sous les feux des projecteurs, avec la très controversée Palombella rossa, exclue de la compétition officielle, mais présentée dans le cadre de la semaine de la critique où elle recueille des avis plutôt positifs, même si les critiques ne manquent pas.

Le troisième chapitre de la saga des Indiana Jones, Indiana Jones et la dernière croisade, toujours signé Steven Spielberg, recueille un grand succès, dû notamment au talent des deux acteurs principaux, Harrison Ford et Sean Connery.

Le premier prix de l'année 1989 revient au film taiwannais La Cité des douleurs de Hou Hsiao-hsien, mettant pour la première fois l'éclairage sur un cinéma asiatique encore méconnu mais destiné à connaître une véritable explosion lors de la décennie suivante, grâce justement aux nombreux prix remportés lors du festival.

Dès le début des années quatre-vingt-dix, l'attribution du Lion d'Or 1990 à Rosencrantz et Guildenstern sont morts de Tom Stoppard suscite de nouvelles polémiques. Le jury, présidé par Gore Vidal, le préfère au talent visionnaire de la débutante Jane Campion. Les âpres discussions, tant dans le public que parmi les festivaliers, rappellent la contestation dans les années cinquante lorsque le jury avait à deux reprise ignoré les films de Luchino Visconti.

L'année suivante, un film surprend tout le monde : Épouses et concubines du chinois Zhang Yimou, mais de nouveau ce n'est pas le film qui reçoit l'accueil public et critique le plus chaleureux qui obtient le Lion d'Or, mais Urga, de Nikita Mikhalkov.

Les dernières édition du festival orchestrées par Guglielmo Biraghi se caractérisent par la richesse d'une sélection qui va révèler de nombreux jeunes réalisateurs américains, notamment Spike Lee et Gus Van Sant. À côté des jeunes espoirs, le festival présente toujours des vétérans confirmés tels que Martin Scorsese, présent en 1990 avec Les Affranchis et Jean-Luc Godard, sélectionné l'année suivante pour Allemagne année 90 neuf zéro.

Le metteur en scène italien Gillo Pontecorvo est nommé éditeur de la Mostra en 1992, avant de devenir son directeur en 1996. Il va immédiatement marquer l'organisation du festival de sa personnalité et définir une politique claire, avec trois priorités : d'abord faire de la cité lacustre la capitale des cinéastes ; ensuite faire revenir sur le Lido de Venise les grands réalisateurs et les stars du cinéma en personne ; et enfin dynamiser la zone du Palais du cinéma de Venise en rajeunissant la programmation.

Grâce à une longue et remarquable série d'innovations et de manifestations, la Mostra semble retrouver une nouvelle vie. Au cours de son mandat, Gillo Pontecorvo réussit à mener sa « mission » à terme. Venise accueille de nombreux congrès dont les Assises des auteurs (1993); l'UMAC (Union mondiale des auteurs de cinéma), née de la fusion de l'AAIC et de l'ANAC, voit le jour.

Le festival « Notte » accueille des films à grand spectacle de référence et le Lido reçoit à nouveau des gloires hollywoodiennes comme Jack Nicholson, Harrison Ford, Bruce Willis, Kevin Costner, Mel Gibson, Nicole Kidman, Tom Hanks et Denzel Washington. Aux interprètes des films en compétition, s'ajoutent les lauréats du prestigieux Lion d'Or pour la carrière : Dustin Hoffman, Al Pacino, Robert De Niro, Francis Ford Coppola, qui, en 1992, reçoit le prix en même temps que « l'idole locale » Paolo Villaggio, premier acteur comique à remporter une telle distinction.

La zone du Lido retrouve une nouvelle vie en accueillant des événements et des concerts de rock sur le piazzale face au Casino et, grâce à une nouvelle initiative, « CinemAvvenire », Pontecorvo amène les jeunes à vivre le festival en tant qu'acteurs de la manifestation en instituant le premier jury des jeunes, lequel attribue le prestigieux prix Anica-Flash à la meilleure première œuvre. Son président, Rosario Pipolo (aujourd'hui journaliste), est un étudiant de la faculté de langues de l'université Federico II de Naples qui réalise des courts-métrages.

Nombreux sont les jeunes talents révélés durant cette période : les italiens Mario Martone, Aurelio Grimaldi, Carlo Carlei et Paolo Virzì, les néozélandais Peter Jackson, peu connu avant son exploit de la trilogie du Seigneur des anneaux, Sally Potter, Neil Jordan, Julian Schnabel, auteur de Basquiat, film biographique sur la vie du peintre américain Jean-Michel Basquiat.

Les années suivantes voient revenir sur le Lido de grands cinéastes comme Robert Altman (Short Cuts, Lion d'Or 1993), Abel Ferrara, Rolf De Heer, Michael Radford et son Facteur (avec Massimo Troisi), Milcho Manchevski (Before the Rain, Lion d'Or 1994), Lee Tamahori, Kathryn Bigelow, Gregg Araki et encore une fois Jane Campion.

Le cinéma oriental est reconnu à la hauteur de son mérite et s'impose sur le marché mondial. Qiu Ju, une femme chinoise du chinois Zhang Yimou est Lion d'Or 1992. Vive l'amour de Tsai Ming-liang reçoit le prix en 1994 (ex aequo avec Altman) et Cyclo de Anh Hung Tran en 1995.

Parmi les auteurs d'outre-atlantique, se distinguent de jeunes espoirs comme Roger Avary (Killing Zoe, 1994, produit par Quentin Tarantino), James Gray, Henry Selick (avec le long-métrage d'animation L'Étrange Noël de Monsieur Jack, imaginé et produits par Tim Burton, 1995), Doug Liman, les frères Andy e Larry Wachowski, James Mangold, Guillermo del Toro et Bryan Singer.

Parmi les innombrables innovations de cette période, le festival « Finestra sulle immagini » (Fenêtre sur images) est une sorte de laboratoire du court, du moyen et du long-métrage, placé sous le signe de l'avant-garde et de l'expérimentation. En 1996 est présenté au public dans le cadre de ce projet l'anime Ghost in the Shell de Mamoru Oshii, véritable chef-d'œuvre révolutionnaire de l'animation nippone, destiné à devenir un film-culte.

En 1995, la Mostra célèbre le retour derrière la caméra du réalisateur italien Michelangelo Antonioni avec Par-delà les nuages, dirigé en collaboration avec l'allemand Wim Wenders.

Après la période Pontecorvo, la Mostra passe entre les mains de Felice Laudadio et la première compétition organisée par le nouveau directeur révèle au niveau international le cinéma de Takeshi Kitano, le réalisateur japonais qui remporte le Lion d'Or 1997 avec Hana-bi.

Ils riaient ainsi de Gianni Amelio est, en 1998, le neuvième Lion d'Or gagné par un film italien. Le cinéma de la péninsule se distingue en outre grâce à Roberta Torre, Giuseppe M. Gaudino et Alessandro d'Alatri.

En 1998, la RAI et l'agence romaine pour le Jubilée produisent le film Eterne le strade di Roma attraverso i deserti (Les Routes éternelles de Rome à travers les déserts) de Filippo Porcelli. Le film, entièrement réalisé avec du matériel de répertoire, est présenté dans la section « Perspectives » et projeté pendant toute l'année 2000 dans les centres d'accueil pour pèlerins à Rome.

À la même époque, la Mostra lance des mesures pour renforcer et développer les infrastructures : est notamment réalisée une structure suspendue, le PalaLido (à partir de 1999 PalaBNL), pour accueillir un public toujours plus nombreux et augmenter le nombre d'écrans disponibles.

Au début des années 2000, la direction se concentre sur un important renforcement des infrastructures, en adjoignant aux palais historiques de nouvelles et vastes structures, réhabilitées ou créées spécialement pour le festival, en améliorant les liaisons entre les différentes zones et en portant la superficie totale à disposition de la manifestation à plus de 11 000 m2.

De 1999 à 2001 le responsable du festival est Alberto Barbera. En 2001 est créée la manifestation, également compétitive, Cinema del Presente. Parallèlement au Lion d'Or apparaît donc un nouveau prix, le Lion de l'Année, visant à donner plus d'importance et une plus grande visibilité à des premières œuvres et à des films plus marginaux; le prix récompense des œuvres qui s'adressent à un public de niche, intéressé par les pratiques innovantes et l'audace créative, témoignant de l'engagement durable du festival en faveur de l'expérimentation.

La Mostra continue à être une vitrine efficace pour les nouveaux talents qui désirent se faire connaître au niveau international. S'inscrivent par exemple dans ce contexte les noms de Spike Jonze avec Dans la peau de John Malkovich, David Fincher avec Fight Club, Kimberly Peirce avec Boys Don't Cry et Harmony Korine avec Julien Donkey-Boy en 1999, Christopher Nolan avec Memento et Tarsem Singh avec The Cell l'année suivante, Alejandro Amenábar avec Les Autres, Antoine Fuqua avec Training Day et Albert et Allen Hughes avec From Hell en 2001.

L'événement des dernières années est sans doute la première posthume, le 13 septembre 1999, de la dernière œuvre de Stanley Kubrick, Eyes Wide Shut, qui ramène sur le Lido de Venise une foule immense de spectateurs, grâce à la présence exceptionnelle des deux acteurs principaux, Nicole Kidman et Tom Cruise.

L'année suivante, l'événement le plus important est sûrement l'avant-première du film-documentaire de Martin Scorsese sur le cinéma italien, Mon voyage en Italie.

Quelques jeunes réalisateurs italiens sortent de l'obscurité, comme Matteo Garrone avec L'Étrange monsieur Peppino, mais la majorité des Lions d'Or attribués au cours de ces années le sont à des œuvres provenant des écoles de cinéma orientales : Pas un de moins du maître chinois Zhang Yimou, Le Cercle de Jafar Panahi et enfin Le Mariage des moussons de Mira Nair.

En 2002, le festival est organisé un peu à la hâte, en quelques mois à peine, sous la direction cette fois de Moritz De Hadeln. La manifestation réussit malgré tout à proposer un programme d'un grand intérêt, regard complet sur le panorama cinématographique d'aujourd'hui, offrant une fois encore un mélange réussi d'auteurs confirmés et de jeunes talents.

De nouveau, le cinéma asiatique crée la surprise au festival; il est remarquablement représenté par le metteur en scène japonais Takeshi Kitano, déjà vainqueur en 1997 avec Hana-bi, qui présente cette fois une œuvre de réflexion poétique, légèrement différente de ses réalisations habituelles, Dolls, et par le débutant Lee Chang-dong, l'auteur d' Oasis, premier représentant du cinéma coréen; la Corée possède une industrie cinématographique en pleine expansion qui s'avère l'une des plus intéressantes de la scène internationale.

11'09"01 est le film collectif présenté comme événement spécial en 2002; l'œuvre se présente comme un hommage aux victimes des attentats du 11 septembre et une invitation à se souvenir de cette tragédie. Le film, divisé en onze épisodes tournés par Youssef Chahine, Amos Gitai, Alejandro González Iñárritu, Shohei Imamura, Claude Lelouch, Ken Loach, Samira Makhmalbaf, Mira Nair, Idrissa Ouedraogo, Sean Penn, Danis Tanovic, attire autant l'attention des médias que le lauréat du Lion d'Or, The Magdalene Sisters de Peter Mullan.

La 60° édition de la Mostra est inaugurée par la projection du nouveau film de Woody Allen, grand amoureux de la cité lagunaire, dont c'est la première apparition sur le Lido de Venise pour l'avant-première d'Anything Else.

Les organisateurs misent de nouveau sur la présence massive de stars hollywoodiennes, obtenant la participation de vedettes du calibre de George Clooney et Catherine Zeta-Jones, en Italie pour présenter la dernière œuvre des frères Joel ed Ethan Coen, Intolérable cruauté, Sean Penn, prix du meilleur acteur avec la Coupe Volpi, et Naomi Watts pour 21 grammes d'Alejandro González Iñárritu, Anthony Hopkins, acteur principal de La Couleur du mensonge de Robert Benton, Salma Hayek et Johnny Depp avec Il était une fois au Mexique de Robert Rodriguez, Bill Murray avec Lost in Translation de Sofia Coppola, Tim Robbins, interprète de Code 46, et enfin Nicolas Cage, vedette du dernier film de Ridley Scott, Les Associés.

De nouvelles polémiques agitent la Mostra autour des films en compétition : le Lion d'Or est remporté par Le Retour, du débutant russe Andreï Zviaguintsev, distinction à laquelle s'ajoute un Lion du Futur, prix de la meilleure première œuvre. À l'origine de la polémique figure Marco Bellocchio, auteur de Buongiorno, Notte, film sur la séquestration d'Aldo Moro, ignoré par le jury. Au-delà de la désillusion personnelle, Bellochio dénonce un parti-pris de ne pas récompenser un cinéma italien à la recherche d'un second souffle (le dernier Lion d'Or, à Gianni Amelio, remonte à 1998) et de lui préférer des œuvres étrangères. La critique et le public prennent position pour le réalisateur italien, réclamant au moins un prix ex aequo; les films italiens en compétition recueillent toutefois un succès important à travers la dernière œuvre de Bernardo Bertolucci, Innocents - The Dreamers.

La sélection des films s'ouvre encore largement au cinéma international, de l'Europe à l'Asie, sans oublier l'espace méditerranéen, lieu de rencontres et d'échanges culturels depuis des millénaires. Takeshi Kitano remporte, après son succès de 1997, une nouvelle statuette avec le prix spécial de la mise en scène. Sont également lauréats Amos Gitai, Randa Chahal Sabbag, Jacques Doillon et Tsai Ming-liang.

Hors concours, le film Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, est associé au Lion d'Or pour la carrière attribué à Omar Sharif, ainsi qu'au producteur Dino de Laurentiis, une des figures les plus importantes du cinéma italien.

La section Controcorrente, grande nouveauté de l'édition 2002, présente des films d'une particulière vitalité et d'une grande originalité, comme les œuvres d'Hiner Saleem, (Vodka Lemon, vainqueur du Prix San Marco), Sofia Coppola, (Lost in Translation couronné ensuite d'un Oscar pour le meilleur scénario original), John Sayles, (Casa de los babys), Michael Schorr, (Schultze Gets the Blues), les deux réalisateurs danois Lars von Trier et Jørgen Leth, (associés pour The Five Obstructions), et enfin les jeunes réalisateurs siciliens Daniele Ciprì et Franco Maresco (Le Retour de Cagliostro).

À partir de 2004, la direction passe à Marco Müller, grand amateur et connaisseur du cinéma asiatique qui acquiert ainsi une plus grande visibilité au sein du festival. Parmi les nouveautés, la section Cinema Digitale est consacrée aux nouvelles technologies du numérique. En 2004 et en 2005 deux rétrospectives sont consacrées à l' Histoire secrète du cinéma italien, projet formé pour remettre en valeur les films des années soixante et soixante-dix (la première partie, en 2004, est intitulée Italian Kings of the B's). En 2005 la rétrospective est consacrée à l' Histoire secrète du cinéma asiatique.

L'édition 2004 récompense les réalisateurs Manoel de Oliveira et Stanley Donen du Lion d'Or pour la carrière, tandis que le Lion d'Or pour le meilleur film va à Vera Drake de Mike Leigh. En 2005 le prix pour l'ensemble de la carrière est attribué au maître du cinéma d'animation japonnais Hayao Miyazaki et à l'actrice italienne Stefania Sandrelli, pendant que le prix de meilleur film va au Secret de Brokeback Mountain d'Ang Lee.

Pour la première fois depuis l'après-guerre, l'édition 2006 ne présente en compétition que des œuvres en avant-première mondiale. L'actrice italienne Isabella Ferrari est la marraine du festival. Le Lion d'Or pour la carrière est remis au réalisateur américain David Lynch. De violentes critiques sont adressées au jury, présidé par Catherine Deneuve, condamnant le choix du film lauréat : la majeure partie de la critique, de la presse spécialisée et du public qui assiste à la projection donne pour vainqueur Nuovomondo, d'Emanuele Crialese, mais le Lion d'Or est attribué à Still Life, de Jia Zhangke, film passé quasiment inaperçu parce qu'intégré à la compétition in extremis et présenté comme « film surprise ». Un Lion d'Argent (Révélation 2006) est toutefois décerné au film de Crialese.

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Histoire de Venise

Carte de l'Italie du nord en 1494

L'histoire de Venise repose sur un paradoxe : comment quelques îlots du nord-ouest de l'Adriatique, cernés par la vase, ont donné naissance à la capitale d'un empire maritime et commercial et au plus grand port du Moyen Âge ? À partir du XVIe siècle, la ville entre dans un déclin politique et économique mais connaît un très fort rayonnement culturel. En 1797, Bonaparte met fin à son indépendance. La cité rejoint ensuite le royaume d'Italie en 1866. L'attraction de Venise continue encore aujourd'hui : nombreux sont les touristes charmés par l'originalité du site et par la richesse de ses monuments, produits d'une histoire prestigieuse.

L'historiographie vénitienne tourne au mythe quand on aborde les premiers siècles de son histoire. Traditionnellement, on raconte que la ville fut précisément fondée en 421 par trois consuls venus de Padoue. L'invasion de l'Italie par les Huns d'Attila aurait provoqué l'installation de réfugiés sur les îlots de la lagune, en particulier sur le Rialto. Au VIIe siècle, les Vénitiens auraient confié le pouvoir à un doge. Il s'avère que ces quelques jalons historiques sont faux ou caricaturaux. Il n'en reste pas moins que Venise est « un fait d'urbanisation exceptionnelle ».

Les fouilles archéologiques ont révélé que les îles et le cordon littoral de la lagune étaient déjà occupée par les hommes au temps de l'empire romain. Il s'agissait surtout de pêcheurs exploitant les salines et vivant dans des hameaux. Depuis 1995-2000, les découvertes sur des sites aujourd'hui immergés révèlent la forte densité de peuplement dans certaines zones. Les vestiges de l'époque romaine sont sous un ou deux mètres d'eau. Des bouleversements hydrographiques, ainsi que la transgression marine, provoquèrent des inondations, et obligèrent la population à évacuer la plupart des îlots aux Ve et VIe siècle : de sorte que lorsque Cassiodore, fonctionnaire du royaume ostrogoth, décrivit la lagune en 537-538 , elle offrait un paysage de roseaux et de vase, où quelques pêcheurs menaient une vie chiche et étriquée.

Couplée à une stabilisation, puis à une baisse, du niveau de la mer, l'invasion des Huns puis des Ostrogoths en Italie amena les premiers réfugiés sur la lagune. Mais ce fut surtout l'arrivée des Lombards dans la région de Vicence, Vérone, Trévise et Padoue, vers 568, qui déclencha une migration massive vers le littoral et ses îlots. La population romaine fuyait devant l'envahisseur, parfois en désordre, parfois derrière son clergé et ses chefs.

Bref, « l'établissement fut d'abord diffus, éparpillé en un grand nombre de petites agglomérations, chaque communauté se fixant à part, isolée des autres ». Certains habitats furent précaires ; d'autres apparaissaient mieux ancrés, comme à Torcello. Cette population, issue de la terre ferme, trouva dans la lagune une double protection : celle du milieu marécageux - que les chevaux des Barbares ne pouvaient atteindre - et celle des Byzantins, qui essayaient de s'accrocher sur le littoral italien.

L'insécurité ambiante empêchant le retour des réfugiés, ces derniers furent contraints de constituer une nouvelle ville sur la lagune. Des travaux d'aménagement furent entrepris : on consolida les rives, on draina les sols, on construisit des maisons en bois et des monuments en brique ou en pierre. Les matériaux furent cherchés sur la terre ferme. Rapidement, s'élevèrent de petites cités et des églises comme la basilique de la Vierge à Torcello, en 639. D'agricole (pêche, vignes, arboriculture, sel), l'économie se diversifia dès le VIIe siècle vers l'artisanat (travail du verre, de la corne, puis du bronze) et le commerce.

La ville naissante se posa en intermédiaire commerciale entre l'Occident et l'Empire byzantin. Par elle, plus exactement par Torcello, transitaient les produits d'Orient (soieries de luxe, épices, métaux précieux) et ceux d'Europe de l'Ouest (sel, bois, esclaves).

Au VIIIe siècle, Venise formait une agglomération multipolaire. Chacun sur leurs îlots ou leur bande de sable, Torcello, le grand comptoir commercial, Cittanova et Malamocco, où résidait le pouvoir politique, Rialto constituaient les principaux centres de la lagune. Peu à peu, les hommes, les richesses, les activités tendirent à se concentrer à Rialto, l'île au cœur de l'enclave aquatique. Parmi ses avantages, elle proposait un accostage facile pour les embarcations de grand tirant d'eau (Rialto vient de « Rivo Altus », la rive haute). Le commerce maritime s'en trouvait facilité. Au contraire, à cause d'une modification du cours des rivières qui se jettent au nord de la lagune, le Dese, le Sile, les autres îles connaissaient une sédimentation qui obstruait la navigation. La prééminence de Rialto fut renforcée en 810 par l'installation du chef de Venise, le doge Angelo Participazio. Ce fut donc progressivement que Rialto devint le centre de Venise.

La chronique de Giacomo Diacono, chroniqueur du XIe siècle, raconte qu'au VIIe siècle, les Vénitiens élirent un doge pour les gouverner. L'historien Donald M. Nicol a montré que ce fait relève du mythe. En fait, le doge n'était pas un Vénitien élu par ses compatriotes mais un magistrat byzantin, l'exarque de Ravenne, dont le pouvoir s'étendait jusqu'à Venise.

Après la disparition de l'Empire Romain d'Occident en 476, les Byzantins assuraient la défense de l'Italie contre les Barbares. Mais au cours du haut Moyen Âge, ils tenaient de plus en plus difficilement leurs points d'ancrage. Les Lombards les chassèrent de Ravenne. Menacée par d'autres ennemis, Byzance s'appuya de plus en plus sur la richesse et la puissance navale croissante de Venise. D'un statut de sujétion par rapport aux Byzantins, la cité lagunaire glissa vers une position d'alliée. Au XIe siècle, elle finit par organiser des expéditions navales pour le compte des Byzantins. En récompense des victoires militaires, les marchands vénitiens obtinrent des privilèges commerciaux. La soumission à Byzance s'avérait théorique.

En 810, la ville résista à Charlemagne, empereur mais aussi roi des Lombards.

Un fait marqua l'émancipation de Venise à l'égard de Byzance : en 828, saint Marc, dont les prétendues reliques venaient d'être ramenées d'Alexandrie par deux marins, remplaça Théodore comme patron de la ville. Autrement dit, un saint latin remplaçait un saint grec.

Le gouvernement est entre les mains d'une oligarchie qui domine le grand conseil (Maggior Consiglio institué en 1172), un organisme de forme républicaine, fut constitué qui élit le doge à vie. Son nom vient du mot Duce .

Le conseil des Dix créé en 1310 était un comité exécutif et un tribunal spécial doté de pouvoirs exceptionnels, il assura la protection du pouvoir, ce fut un instrument de lutte politique et il fut même utilisé pour envoyer à l'échafaud le doge (Marino Faliero en 1355). Ce conseil associé au trois inquisiteurs d'État (institué en 1454 d'après Pierre Daru) avait institué un état policier où chaque personne suspectée de comploter contre l'État indépendamment de son rang social, était éliminée physiquement sans procès.

Le grand commerce dynamisait l'agglomération qui connut par conséquent une forte expansion démographique. Il fallait donc conquérir sur la lagune. Les Vénitiens apportèrent de la terre, ils asséchèrent le sol, enfoncèrent des milliers de pieux pour servir de fondations aux bâtiments. Un réseau de canaux se dessina autour du principal d'entre eux : le Canal Grande. Jean-Claude Hocquet évalue que 80 % ou 90 % de l'actuelle Venise est peut-être gagné sur l'eau. On comprend donc l'expression de Pétrarque au XIVe siècle : une « cité très miraculeuse ».

La municipalité intervint par des règlements pour encadrer l'évolution urbaine, jusque-là anarchique. Les alignements de façade devaient être respectés. En 1224, un organisme chargé d'entretenir les canaux fut créé. On entreprit également de bonifier l'îlot de Giudecca nuova.

Dans la seconde moitié du XIIIe siècle, Venise, avec environ 100 000 habitants, figurait avec Paris, Pise, Milan, Florence, Gênes et Gand parmi les plus grandes villes d'Europe occidentale. Elle se trouvait à la tête d'un État, certes de petite taille mais indépendant : la République de Venise.

Au XIVe siècle, elle et Gênes régnaient sur le commerce de la Méditerranée. Une position que la première avait notamment acquise en prenant une part active à la IVe Croisade (1202-1204). Elle avait assuré le transport par mer des Croisés, avait conquis grâce à leur aide militaire de multiples comptoirs sur la route de l'Orient (Zara, Corfou...) et enfin avait participé au pillage de Byzance. Les quatre chevaux dorés qui ornent aujourd'hui la basilique Saint-Marc proviennent du butin ramené de l'ancienne Constantinople.

La puissance navale des Vénitiens s'appuyait notamment sur ses galères. En 1325, débutèrent les travaux d'agrandissement de l'Arsenal d'où sortaient ces bateaux.

A partir du XIIIe siècle, les rives du Canal Grande se peuplèrent de belles demeures, les casa des notables. Commines, le conseiller du roi de France Louis XI resta admiratif dans ce spectacle. Pour lui, Venise est « la plus triomphante cité que j'ai jamais vue » et le Canal Grande « la plus belle rue que je croy qui soit en tout le monde et la mieux raisonnée ».

La rivalité historique avec Gênes avait pour origine la concurrence entre les républiques maritimes pour le contrôle des routes commerciales avec l'Orient, et en Méditerranée. Si, avec Pise, la République de Venise réussit, à plusieurs reprises, à trouver des accords de partition de zones d'influence, avec Gênes, les rapports étaient moins cordiaux.

Au XIIIe siècle, les hostilités se limitaient à la guerre de course. Vers 1218, les républiques de Venise et de Gênes s'accordèrent pour mettre fin à cette situation, Gênes obtenant la garantie de la liberté de trafic vers les terres de l'empire oriental.

Le deux républiques s'affrontèrent violemment au cours de la seconde moitié du XIVe siècle pour la possession du monastère de San Saba, dans la ville syrienne de Saint-Jean-d’Acre.

Venise poursuivit la lutte pour la maîtrise des routes commerciales ; après une défaite à Portolungo (1354), les hostilités reprirent en 1376 pour la conquête de l'île de Ténédos, importante nœud commercial à l'entrée du détroit des Dardanelles. Après des victoires alternées, la paix de Turin (1381) conclut, en apparence, la guerre de Chioggia : Ténédos ne fut remise à aucun des belligérants. En réalité, Gênes - qui n'avait pas réussi à chasser sa rivale du commerce avec l'Orient - se trouva engagée dans une période de luttes intestines qui compromit son indépendance. Venise, au contraire, réussit à maintenir un état de cohésion ; si elle ne gagnait pas la guerre, elle gagnait la paix. La chute de Byzance aux mains des Ottomans de Mehmed II (1453) révéla qui était la vraie puissance navale de la Méditerranée orientale, et contraignit les deux républiques maritimes à chercher d'autres voies de développement. Gênes la trouva dans la finance internationale, Venise dans l'expansion terrestre.

Au cours des dernières décennies du XIVe siècle et au début du XVe siècle, Venise, administrée par une petite caste militaire et des commerçants, réussit à conquérir l'entre-terre italien, déplaçant ainsi son barycentre un peu plus vers l'occident.

À la suite de cette conquête, afin d'assurer un meilleur contrôle du territoire, de nombreux membres de la noblesse en prirent possession. L'épisode de Catherine Cornaro, veuve du roi de Chypre, est exemplaire : elle cédait à Venise, à perpétuité, l'île méditerranéenne et ses droits dynastiques ; en échange, la Sérenissime lui concédait le duché d'Asolo, afin qu'elle pût finir ses jours d'une façon digne de son rang de reine. Sous les collines asolones, la noble dame fit construire une fastueuse villa avec un parc, composé de plusieurs bâtiments et richement décoré suivant le goût de l'époque. La reine de Chypre y accueillit de nombreux écrivains et artistes.

Beaucoup d'autres familles patriciennes, à la fin du XVe siècle et pendant tout le XVIe siècle, s'installèrent dans les nouveaux territoires, menant une activité agraire, à la façon de véritables colons. C'est ainsi que naquit la villa veneta, formé d'un corps central - en général haut, mais de proportion raisonnable - destinée à accueillir le propriétaire et sa famille. Le noyau de l'habitation patronale disposait à proximité de dépendances pour les paysans, d'entrepôts pour les récoltes et de remises pour les outils.

Au cours du XVIe siècle, sous l'impulsion d'Andrea Palladio et surtout à proximité de Vicence, les villa veneta constituent de véritables œuvres d'art. Autour de Venise, le long des voies de communication qui mènent à Padoue et à Trévise, des villas sont édifiées côte à côte, qui rivalisent de beauté.

Initialement, la politique continentale de Venise restait orientée vers un équilibre des ambitions des diverses communes et des signorie du centre et du nord de l'Italie. La sérénissime avait acquis, par la diplomatie et la guerre, la domination sur les petits territoires de l'entre-terre vénitien qui étaient nécessaires au commerce et à l'augmentation des revenus gouvernementaux. Ses intérêts concernaient surtout l'expansion maritime.

À la fin du XIVe siècle, après le traité de Turin, pour empêcher les visées expansionnistes du duché de Milan, Venise engagea des mercenaires commandés par des capitaines comme Gattamelata (Erasmo da Narni) ou Carmagnola (Francesco Bussone), reprenant l'expansion sur la terre ferme sous les ordres du doge Francesco Foscari (1423-1457). Venise conquit une partie des territoires lombards.

Pour s'opposer à la puissance milanaise, Venise réussit à trouver un accord avec Florence (1425), qui petit à petit s'amenuisât en raison de la diversité des intérêts. En 1433 (paix de Ferrare), Philippe Marie Visconti fut obligé de céder Brescia et Bergame et avec la paix de Crémone (1441) il fut obligé de céder d'autres terres, en raison des actions menées par le capitaine Scaramuccia da Forlì. Avec la paix de Lodi (1454) François Sforza reconnut la frontière vénitienne de l'Adda qui resta inchangée pendant des siècles. Venise eut à cette occasion à son service le condottiere Bartolomeo Colleoni, comme capitaine général, qu'elle honora avec le monument équestre du Verrocchio.

Au sommet de sa puissance, Venise contrôlait une grande partie de la côte de l'Adriatique, beaucoup d'îles de la mer Égée, Crête incluse, et une grande partie des comptoirs commerciaux du moyen orient. Le territoire de la république dans la péninsule s'étendait jusqu'au lac de Garde, le fleuve Adda et même Ravenne, qui lui permettait d'influencer la politique des villes de la Romagne, par exemple en soutenant, en 1466, la prise de pouvoirs de Pino III Ordelaffi à Forlì, ville sur laquelle Venise ne réussit jamais à avoir un contrôle direct.

Au début du XVIe siècle, la république était une des principales puissances européennes et la richesse du commerce, l'habileté de la diplomatie et des commandants militaires et une bonne administration la plaçait à un niveau supérieur à ceux des autres états de l'époque.

L'élargissement territorial de la Sérénissime entra en opposition avec les intentions expansionnistes du pape Jules II. Louis XII, Maximilien d’Autriche et le nouveau pape Jules II (Julien della Rovere) s'unissent le 22 septembre 1504 par le traité de Blois dirigé contre la Sérénissime.

Face à cette triple alliance, le gouvernement de Venise temporisa, mais inutilement : car ce fut Jules II qui débuta les hostilités. Le pape alors se désista, craignant la supériorité militaire vénitienne. En 1508, l'empereur Maximilien d'Autriche entra dans le Trentin, et les milices vénitiennes de Bartolomeo d'Alviano le repoussèrent, l'obligeant à demander une trève. Cette victoire de Venise contribua à compléter son isolement.

Le 10 décembre 1508, la ligue de Cambrai unifia le pape Jules II, le roi de France Louis XII, L'empereur Maximilien, le roi Ferdinand II d'Aragon, L'Angleterre, la Savoie Mantoue et Ferrare, tandis que Florence restait neutre, occupée comme elle l'était à faire plier la résistance de Pise. Battue par les ennemis étrangers et italiens, abandonnée par les nobles et les riches bourgeois des villes de la terre ferme, la république connut des jours difficiles.

À la Agnadel, le 14 mai 1509, les Vénitiens furent durement battus par les Français à cause de la décision du sénat de diviser l'armée entre Bartolomeo d'Alviano et Niccolò di Pitigliano, le premier impétueux, le second prudent, les Français attaquèrent l'arrière-garde commandée par Bartolomeo d'Alviano qui ne fut pas soutenu pas le comte de Pitigliano. La population locale et les paysans se rebellèrent contre le gouvernement étranger ; et à Trévise, après que le peuple sut l'intention de la noblesse locale de céder la ville aux Français, un fourreur du nom de Marco Caligaro souleva le peuple aux cris de «  Viva San Marco » et demanda des renforts au camp de Mestre qui lui envoya 700 fantassins. La république contre-attaqua et reconquit Padoue, avec l'aide du peuple qui n'acceptait pas le gouvernement impérial qui était assisté de quelques centaines de fantassins et d'une cinquantaine de cavaliers. Maximilien envoya une armée de 30 000 à la conquête de Padoue, mais la ville était prête au siège : à l'intérieur, de nombreux nobles vénitiens étaient présents, parmi lesquels les deux fils du doge, soutenus par plusieurs milliers de fantassins et de cavaliers, avec grande quantité de vivres, de munitions et d'artilleries. L'armée impériale fut battue, provoquant une grande joie à Venise.

La domination française sur le nord de l'Italie, conséquence de la bataille, fut ressentie comme une menace par Jules II, qui signa la paix avec les Vénitiens. En 1511 Venise entra avec l'Angleterre, l'Espagne et l'Empire dans la Sainte Ligue voulue par le pape contre la France. La ligne contraignit au retrait l'armée française. Maximilien réclama la possession de la Vénétie si elle ne lui payait pas un tribut de 200 000 florins, suivi d'une rente annuelle de 30 000 florins. Le pape essaya de convaincre les Vénitiens d'accepter la demande de l'empereur. La république refusa, et se rapprocha de la France - ceci afin de chasser les impériaux de Vérone et de le Lombardie vénitienne, encore sous domination impériale.

Quand le 23 mars 1513, à Blois, fut signé un traité entre Louis XII et la république, l'armée de la ligne conquit tous les territoires du duché de Milan, mais une sortie des Suisses lors du siège de Novare détruisit l'armée française, qui fut obligée de se retirer. La guerre fut menée sans vigueur par les vassaux de l'Empereur : une guerre faite de saccages et de sièges de petits châteaux. Les milices impériales commandées par Cristoforo Frangipane, connues pour leur cruauté, torturant et mutilant les paysans et les civils, conduisirent la Sérénissime à autoriser les Frioulans à se rendre, afin de ne pas subir le sort qu'ils craignaient tant. À Osoppo, Girolamo Savorgnan refusa de se rendre à Frangipane, lequel assiégea la forteresse ; ce qui permit à l'armée vénitienne, commandée par Bartolomeo d'Alviano, de rejoindre Osoppo et d'anéantir l'armée allemande, capturant Frangipane, puis reconquérant le Frioul.

Les Vénitiens se tinrent sur la défensive ; mais en 1514, à peine élu le pape Léon X, celui-ci fit la paix avec la France, l'Espagne et l'Empire. L'unique guerre qui se poursuivait était ainsi celle qui opposait Maximilien à Venise. À la fin des guerres d'Italie, Venise avait consolidé ses territoires, mais se trouvait encerclée par les puissances continentales (l'Espagne dans le duché de Milan, l'Empire des Habsbourg au nord, l'Empire Ottoman), qui lui interdisaient toute nouvelle expansion - et qui, dans le cas de l'Empire Ottoman, représentait une menace pour les possessions maritimes.

Bien que la population de ville ait été en majorité catholique, l'état resta laïc et caractérisé par une extrême tolérance envers les autres religions et il n'y eut aucun acte d'hérésie pendant la période de la Contre-Réforme. Cette attitude indépendante et laïque la mettait en opposition avec les États pontificaux, et ce fut Paolo Sarpi qui défendit la laïcité de l'état vénitien contre les prétentions hégémoniques de la papauté. La perte de l'importance des routes méditerranéennes au profit des nouvelles voies commerciales atlantiques - ouvertes par les Espagnols et les Portugais depuis la découverte de l'Amérique par le Génois Christophe Colomb - ainsi que l'ouverture maritime vers les Indes, par le cap de Bonne-Espérance, permirent les voyages d'exploration, et la colonisation des continents hors d'Europe, qui signèrent la fin du commerce vénitien - aggravée, du reste, par l'avancée continue des Turcs.

En 1571, après le long siège de Famagouste, Chypre fut perdue. Au cours de cette même année, en réaction, à la Lépante, la flotte chrétienne, commandée par Don Juan d'Autriche et composée de navires vénitiens, espagnols, génois, sardes, de l'Église et des chevaliers de Malte vainquit la flotte turque. En 1669, après la sanguinaire guerre de Candie, qui dura 20 ans et laissa Venise exsangue malgré le soutien de la France (les troupes étaient commandées par François de Vendôme), les Turcs prirent la ville de Candie (aujourd'hui Héraklion), acquérant ainsi le contrôle complet de la Crète. Dans la période qui suivit - 1683-1687 - et sous le commandement de Francesco Morosini, les Vénitiens réussirent à conquérir la Morée (l'actuel Péloponnèse), qu'ils reperdirent cependant en 1718.

Le déplacement des courants commerciaux, la marginalisation de la Méditerranée entraînèrent la décadence politique et économique de la cité des doges. Si l'Arsenal émerveillait toujours les spectateurs avec ses 2 000 ouvriers et ouvrières et son système de production intégré, la Sérénissime n'était plus le centre du monde. Les patriciens s'étaient détournés du négoce maritime et avaient constitué de grandes propriétés agricoles sur la terre ferme. Résultat, Venise abritait désormais une aristocratie de rentiers.

Décadente économiquement, la ville se révéla au contraire « vivante, saine, brillante sur le plan de l'esprit, triomphante encore et rendez-vous encore de l'Europe ». Elle connut un bouillonnement culturel favorisé par les commandes artistiques des familles patriciennes et des confréries religieuses. De célèbres artistes y naquirent ou s'y installèrent. La peinture fut représentée par Titien (1485-1576), la dynastie des Bellini, Le Tintoret et Véronèse (né à Vérone mais établi à Venise en 1556) puis plus tard Le Canaletto mort en 1768, Tiepolo, Longhi, Guardi. L'architecte Andrea Palladio (1508-1580), originaire de Padoue mais installé à Venise, conçut plusieurs demeures dans le style Renaissance. Le dynamisme toucha aussi la musique avec des figures telles que Gabrieli, Monteverdi, Vivaldi et la littérature avec Apostolo Zeno, Goldoni, les frères Gozzi.

Parallèlement, Venise s'étourdissait dans la fête. Il y avait bien sûr le carnaval qui durait six mois de l'année. En fait, tout était prétexte à des festivités : théâtre, concerts, fêtes publiques, fêtes des saints patrons, anniversaires, baptêmes ou mariages, réception d'illustres étrangers. La fête de la Sensa au cours de laquelle le doge épousait symboliquement la mer marquait surtout les visiteurs. Venise inaugura les premiers théâtres publics d'opéra.

Un recensement compte 149 500 Vénitiens en 1760.

Au XVIIIe siècle, Venise est une des villes les plus raffinées d'Europe, avec une forte influence sur l'art, l'architecture et la littérature. Son territoire se compose de la Vénétie, du Frioul, de l'Istrie, la Dalmatie, Kotor, une partie de la Lombardie et les Îles Ioniennes.

La prise de Venise par Bonaparte, au terme de la campagne d'Italie, traduisit l'effacement politique de Venise. Après 1 070 ans d'indépendance, le 12 mai 1797 la ville se rend à Napoléon Bonaparte. Le Doge Ludovico Manin fut obligé d'abdiquer, le conseil major fut dissout et le gouvernement provisoire de la municipalité de Venise fut proclamé. C'était la fin de l'indépendance, Venise ayant été le seul territoire italien à ne jamais avoir été occupé.

Les Français emportèrent le tableau de Véronèse, les Noces de Cana, ainsi que le quadrige de chevaux de bronze, la flotte commerciale confisquée et envoyée en France, le Bucentaure, véritable œuvre d'art, fut brûlé pour en récupérer l'or. Bonaparte appliqua la même politique que dans toutes les régions conquises : service militaire obligatoire, impôts importants pour soutenir l'effort de guerre.

Avec le Frioul, l'Istrie, la Dalmatie, Cattaro et les îles Ioniennes, la Vénétie passa peu après sous occupation autrichienne par le traité de Campoformio, le 17 octobre 1797, ce qui mit fin à la municipalité provisoire de Venise. Les Autrichiens entrèrent dans la ville le 27 juin 1798. L'empereur François II d'Habsbourg-Lorraine rassembla la Vénétie et le Frioul pour former la Province Vénitienne d'Autriche. Les retombées en terme de poids économique et politique sur la ville furent considérables. Cette domination fut interrompue entre 1806 et 1814 par une nouvelle installation des Français.

Après le retour à L'Autriche qui, à l'issue du congrès de Vienne, constitua le royaume lombard-vénitien, la montée du sentiment national pro Italien culmina lors de la mise en place d'une république lors des mouvements révolutionnaires des années 1847-1849 conduite par Daniele Manin. Mais la répression rétablit la domination autrichienne. Ils se maintinrent dans la région jusqu'en 1866, à la suite de leur défaite contre la Prusse (alliée de l'Italie), qui les contraint à accepter le rattachement de Venise au jeune royaume d'Italie. Les Vénitiens votèrent cette annexion.

La Vénétie constitua une des régions de plus fortes émigrations, on estime à 4 millions le nombre de personnes qui émigrèrent de 1876 à 1915.

Lors de la Première Guerre mondiale, l'Italie déclare la guerre à l'Autriche-Hongrie en mai 1915 après bien des hésitations. Le conflit a été principalement combattu sur les terres vénitiennes dans un déluge de feu et de fer qui a détruit les récoltes, les animaux, les maisons et les hommes. Le territoire a été dévasté, l'agriculture anéantie pour des années.

Venise perdit aussi son insularité : entre 1841 et 1846, un pont ferroviaire fut construit jusqu'au Rialto puis une liaison routière. Le progressif développement d'un tourisme d'élite, une industrialisation de la lagune (au delà des verreries de Murano) explosèrent après 1950. Dans la seconde moitié du XXe siècle, les Vénitiens prirent conscience des dangers que faisaient peser ces évolutions de leur cité. La pollution atmosphérique attaquait les vénérables monuments. La pollution aquatique menaçait la faune. Pour beaucoup, la lagune était considérée morte. L'inquiétude augmentait par la crainte de la montée des eaux. En 1966, Venise subit en effet une grande inondation qui alerta les autorités. En 1975, on ferma les stations qui pompaient l'eau de la nappe phréatique afin de ralentir l'affaissement du sol ; certaines maisons s'enfonçaient de 2,5 mm par an. Le projet Mose, définitivement proposé en 1989, a pour but de contrer l'envahissement de la lagune par les marées exceptionnelles. Mais son gigantisme et son coût effraient certains Vénitiens et les défenseurs de l'environnement. Résultat, le projet n'est pas encore achevé.

L'image d'une cité en train de sombrer fait partie intégrante de l'imaginaire de cette cité également associée au romantisme amoureux: amarrée depuis quinze siècles dans les vases de sa lagune à l'abri d'un frêle cordon littoral, la fabuleuse cité vénitienne qui chancèle sous l'effet des marées de l'Adriatique et des poisons de la pollution industrielle... Accablée d'ans et de maux, de palais et de touristes, cette ancienne « république sérénissime » vouée jadis à saint Marc l'Évangéliste, est aujourd'hui à la recherche d'un improbable salut.

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Source : Wikipedia