Vendée

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Posté par hal 17/04/2009 @ 14:14

Tags : vendée, pays-de-la-loire, france

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Vendée (département)

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Le département de la Vendée (85) est un département français traversé par la rivière éponyme, affluent de la Sèvre niortaise et situé dans la région des Pays de la Loire.

Le territoire de la Vendée était probablement occupé dans l'Antiquité par le peuple gaulois des Ambilatres ou Ambiliates. Il fut rattaché au territoire des Pictons par Auguste vers 16 av. J.-C.

Partie nord de l'Aquitaine, ce territoire devint ensuite la partie basse du Poitou (Bas-Poitou). Richelieu, évêque de Luçon évoque l'évêché « le plus crotté de France ». Le Bas-Poitou se trouve au cœur des conflits des guerres de religion aux XVIe siècle et XVIIe siècles en raison d'une forte présence protestante dans la moitié Est du département. Une répression forte contraint les protestants à la conversion ou l'exil. Cette influence a souvent été sous-estimée par la suite. La carte de la Vendée contre-révolutionnaire catholique recouvre en partie celle du Bas-Poitou huguenot.

Le département a été créé au début de la Révolution française, le 4 mars 1790 en application de la loi du 22 décembre 1789, à partir d'une partie de la province du Poitou (Bas-Poitou), de l’Île de Noirmoutier et de 16 communes des Marches de Bretagne (et de l'évêché de Nantes moins la paroisse poitevine de Remouillé, rattachée au tout nouveau département de la Loire-Inférieure.

Son chef-lieu fut d'abord fixé à Fontenay-le-Comte.

La Vendée est célèbre dans l'Histoire de France pour les guerres qui portèrent son nom durant la Révolution. Elle vit en effet s'affronter paysans insurgés (les Blancs) et armées révolutionnaires (les Bleus) pendant plusieurs années, en un conflit qui fut la cause de centaines de milliers de morts et qui marqua durablement l'imaginaire vendéen. Il faut toutefois dissocier pour partie le territoire de la Vendée militaire (guerre de Vendée) qui s'étend dans les bocages (cf Massif armoricain) du Sud de la Loire (Sud de la Bretagne, Sud de l'Anjou et un grand quart Nord-Ouest du Poitou avec Cholet pour épicentre), du département de la Vendée basé et conçu à partir du Bas-Poitou.

Napoléon Ier choisit en 1804 le site plus central de La Roche-sur-Yon pour y établir le nouveau chef-lieu, auquel il donna son nom.

Le passé de la Vendée est interprété chaque été au Puy du Fou.

L'« Historial » de la Vendée, musée situé aux Lucs-sur-Boulogne, bourg qui fut dévasté par les colonnes infernales du général Turreau sous la Terreur, a ouvert en juin 2006. Sur le même site, un gros cube de béton nommé Mémorial se veut témoignage d'un certain passé vendéen.

La Vendée fait partie de la région administrative des Pays de la Loire.

Elle est limitrophe des départements de la Loire-Atlantique au nord, de Maine-et-Loire au nord-est, des Deux-Sèvres à l'est et de la Charente-Maritime au sud. Elle est bordée par l'océan Atlantique à l'ouest.

Certains expliquent ce surnom par de prétendues anecdotes rapportées des guerres de Vendée. À cette époque, lorsque les Vendéens en embuscade apercevaient un groupe de soldats républicains, le cri de « Ventre à choux » faisait coucher les combattants dans les sillons de choux qui les dissimulaient jusqu'au moment de l'attaque.

D'autres assurent que les troupes républicaines ont été fort surprises en s'emparant des bébés vendéens pour les exterminer de constater qu'ils avaient sur le ventre une sorte de pansement constituée de feuilles de choux. Les feuilles de choux étaient utilisées par les mères pour la cicatrisation du nombril. Le chou est astringent.

On peut aussi y voir une expression de dédain ("l'identité du citadin nantais s'élabore entre autres en regard du « ventre-à-choux » vendéen, du campagnard") envers une population rurale ayant l'habitude de consommer le chou à une époque où ce végétal était destiné essentiellement aux bétails.

Il existe plusieurs groupes de musique traditionnelle comme Arbadétorne, le Duo Bertrand ou Ecclerzie, formés de sonneurs de veuze (cornemuse du Sud de la Bretagne et du Marais Breton-vendéen) de vielle à roue et autres instruments.

Les guerres de Vendée est le sujet de Quatre-vingt-treize, la dernière nouvelle de Victor Hugo.

Dans les écrits de Karl Marx portant sur les luttes révolutionnaires dans divers pays, l'auteur utilise le terme "une Vendée" pour désigner "un foyer d'activités contre-révolutionnaires persistantes".

La langue est le poitevin ou patois vendéen ou encore parlange dont le premier dictionnaire est celui de Charles Mourain de Sourdeval publié en 1847. Le parlange est encore vivace, surtout dans les campagnes. Des cours sont dispensés par Michel Gautier à l'association La Soulère.

Selon le recensement général de la population du 8 mars 1999, 29.4 % des logements disponibles dans le département étaient des résidences secondaires.

Ce tableau indique les principales communes de la Vendée dont les résidences secondaires et occasionnelles dépassent 10% des logements totaux.

Philippe de Villiers préside le conseil général depuis 1988. Il est également parlementaire européen, et président du Mouvement pour la France. Il a soutenu un grand nombre d'initiatives locales en Vendée, dont notamment la création du Puy du Fou et la participation du conseil général au Vendée Globe, ainsi que le désenclavement routier.

L'ancien maire de la La Roche-sur-Yon, Jacques Auxiette, membre du Parti socialiste est devenu président du Conseil régional des Pays de la Loire. Actuellement, le maire de La Roche-sur-Yon est Pierre Regnault, également socialiste.

En Vendée, le clivage gauche/droite s'enracine dans l'histoire : lors des guerres de Vendée, la plaine et le marais poitevin étaient bien plus favorables à la Convention que le Bocage. La transformation de La Roche sur Yon en ville-préfecture par Napoléon Ier a nécessité l'installation de personnes venues de l'extérieur du département, probablement plus favorables aux idées de la Révolution. Il subsiste toujours une rivalité entre les deux écoles (publique et privée) qui surprend et étonne les nouveaux arrivants non-vendéens.

971 Guadeloupe · 972 Martinique · 973 Guyane · 974 La Réunion Les départements d’outre-mer ont également le statut de région (à département unique).

976 Mayotte Suite au résultat favorable du référendum du 29 mars 2009, Mayotte deviendra un département d'outre-mer en 2011.

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Vendée Globe

Foncia le bateau de Michel Desjoyeaux sur le Vendée Globe 2008-2009.

Le Vendée Globe est une épreuve sportive qui consiste à faire le tour du monde, à la voile, en solitaire, sans escale et sans assistance. Cette épreuve s'inscrit dans la lignée du mythique Golden Globe Challenge créé en 1968 qui ne connut qu'une édition, puis du BOC Challenge créé en 1982.

Cette course se déroule tous les 4 ans, le départ ayant lieu au mois de novembre aux Sables-d'Olonne en Vendée (France).

Elle a été créée par Philippe Jeantot avec l'aide de Philippe de Villiers, président du Conseil général de la Vendée, et la première édition a eu lieu en 1989. Depuis, le Vendée Globe a grandi pour devenir une des courses au large les plus réputées dans le monde. De par sa difficulté, il est parfois appelé l'« Everest de la mer ». Trente participants se sont lancés dans la course pour la sixième édition dont le départ a été donné le 9 novembre 2008.

La ligne de départ et d'arrivée est située aux Sables-d'Olonne en France. Le parcours consiste à faire le tour de l'Antarctique en laissant sur babord (à gauche) les trois caps que sont le cap de Bonne-Espérance, le cap Leeuwin et le cap Horn. Au cours des différentes éditions des bouées de passage ont été placées soit pour créer un parcours côtier devant les Sables-d'Olonne, soit pour obliger les concurrents à ne pas descendre trop au sud dans leur tour de l'Antarctique avec le risque de percuter des icebergs ou des growlers (petits morceaux d'iceberg à peine visibles).

Le Vendée Globe est une course en solitaire, sans escale et sans assistance, les skippers ne peuvent obtenir aucune assistance, autre que médicale, de l'extérieur.

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Tour de Vendée

Cette épreuve de catégorie 1.3 à sa création a été reclassé par l'UCI en catégorie 1.1 depuis 2005. Elle fait également partie de la Coupe de France de cyclisme sur route.

L'épreuve consiste en une boucle dans la campagne vendéenne autour de La Roche-sur-Yon puis en un circuit dans cette localité ou se joue la victoire finale.

De 1972 à 1979, l'épreuve est réversée aux amateurs, après cette date, elle est ouverte aux professionnels.

Le tour de vendée a été crée par Jacques Martineau en 1972. Le comité d'organisation du tour de vendée compte plus de 480 personne du simple organisateur au président du comité.

Une épreuve cadets précède la course des professionnels. Le parcours débute à Chantonnay et emprunte le circuit des professionnels pour rejoindre La Roche-sur-Yon. La distance de l'épreuve cadets est de 54 km dont 1 tour de 4 km.

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Guerre de Vendée

Un insigne des insurgés royalistes pendant la guerre de Vendée (1793)

La guerre de Vendée est le nom donné à la guerre civile qui opposa partisans et adversaires du mouvement révolutionnaire, entre l'An I et l'An IV (1793 et 1796) au cours de la Révolution française, et plus particulièrement pendant la Première République.

Comme partout en France, la Vendée a connu des manifestations paysannes, entre 1789 et 1792. Mais c'est au moment de la levée en masse, en 1793, que la révolte ou rébellion vendéenne, aussi appelée insurrection vendéenne, s'est déclenchée dans un premier temps comme une jacquerie paysanne classique, avant de prendre la forme d'un mouvement contre-révolutionnaire.

Étalée sur trois années, la guerre a connu plusieurs phases, avec une brève période de paix, au printemps 1795. Elle ne s'est arrêtée qu'au début de 1796, après bien des combats, bien des morts et bien des destructions.

L'étude historique de la guerre de Vendée est marquée par une longue tradition conflictuelle, où s'expriment les rivalités mémorielles, les querelles entre écoles historiques et courants idéologiques, entre les historiens universitaires et les érudits, les publicistes ou les académiciens. Le résultat de ces querelles est une immense bibliographie, opposant deux courants, celui des partisans de la Révolution et celui des partisans des Vendéens.

Les premiers textes publiés sur cette guerre sont les mémoires d'acteurs, royalistes comme Madame de la Rochejaquelein, Poirier de Beauvais, Puisaye, et républicains comme Grouchy, Kléber, Choudieu... Le plus célèbre est celui des Mémoires de Madame de la Rochejaquelein, veuve de Lescure, qui décrit un soulèvement spontané des paysans pour défendre leur roi et leur Église.

Se fondant largement sur les témoignages oraux, recueillis et transmis par des auteurs « blancs », les érudits se concentrent sur la violence de la répression de 1793-1794, tandis que la prédilection des « Bleus » pour les archives interdit toute évocation du ressenti des républicains et, pendant longtemps, une évaluation de leurs souffrances. La lecture « blanche » se retrouve parmi les académiciens, dans les écrits de Pierre Gaxotte ou de Jean-François Chiappe.

Depuis un siècle, l'historiographie a largement renouvelé la question.

Au XXe siècle, la recherche historique a connu de profondes évolutions, avec notamment le développement de l'analyse socio-économique. Claude Petitfrère voit dans ce renouvellement la marque d'une troisième catégorie d'auteurs, autour de Paul Bois, Marcel Faucheux et Charles Tilly, qu'il appelle l'histoire « scientifique ».

Dès les années 1920, Albert Mathiez considère que les causes de l'insurrection vendéenne, au printemps 1793, sont à chercher dans les conditions économiques et sociales de l'époque.

Au début des années 1950, Marcel Faucheux montre que les causes profondes de l’insurrection sont à chercher bien au-delà de la constitution civile du clergé, de l'exécution de Louis XVI ou de la levée en masse, qu'elles doivent être reliées à ce qu’il nomme le « paupérisme Vendéen ». La Révolution n'a pas su satisfaire les espérances engendrées par la convocation des États généraux en 1789 : les métayers, majoritaires en Vendée, ne bénéficient pas de l’abolition des droits féodaux, qui sont rachetables (jusqu'en 1793), les biens nationaux profitent essentiellement aux bourgeois et aux marchands. À partir de là, le bouleversement des structures sociales traditionnelles, la réforme autoritaire du clergé et la levée en masse constituent tout au plus l’étincelle qui a provoqué l'explosion d'un mécontentement plus ancien.

Se fondant sur l'analyse détaillée de la Sarthe, Paul Bois approfondit la question, en mettant en valeur la haine qui oppose alors le paysan au bourgeois et montre l’existence d’un profond clivage social entre urbains et ruraux, très antérieur à la Révolution, qui constitue l'une des causes majeures du soulèvement.

Ces travaux ont été largement confirmés par les travaux du sociologue américain Charles Tilly, pour qui la croissance des villes françaises du XVIIIe siècle, l'agressivité économique de celles-ci et leur tendance à accaparer le pouvoir politique local ont suscité des résistances et des haines paysannes, dont l'insurrection vendéenne n'est qu'un exemple exacerbé.

De son côté, Albert Soboul décrit des masses paysannes dans la gêne, prédisposées « à se dresser contre les bourgeois, très souvent fermiers généraux en ce pays de métayage, négociants en grains et acquéreurs de biens nationaux », des départements de l'Ouest à la foi très vive depuis les efforts de catéchisation des Mulotins, congrégation de missionnaires établie à Saint-Laurent-sur-Sèvre depuis la fin du XVIIe siècle, enfin l'assimilation, par les paysans, du tirage au sort pour la levée des 300 000 hommes à la milice, institution de l'Ancien Régime particulièrement honnie. S'il considère que « le caractère simultané du soulèvement autorise à penser qu'il fut concerté », il explique que les paysans « n'étaient ni royalistes, ni partisans de l'Ancien Régime » et que les nobles furent d'abord surpris par le soulèvement, avant de l'exploiter à leurs fins.

Plus récemment, Jean-Clément Martin a indiqué que, si les paysans sont passés à la Contre-révolution, selon les provinces, pour des raisons très diverses, y compris entre les différentes zones de la Vendée, les mots d'ordre religieux et de la défense communautaire leur sont communs. Ces mots d'ordre sont dus au maintien du poids des impôts et des fermages, à l'aggravation du sort des métayers, à l'incapacité des petites élites rurales à acheter des biens nationaux, accaparés par les élites urbaines, à la perte de l'autonomie des petites communes rurales face aux bourgs, où sont installés les pouvoirs politique (le district) et économique, aux atteintes de la Constitution civile du clergé, aux libertés des communautés, qui défendent leur prêtre et leurs cérémonies religieuses. Les tensions montent jusqu'en mars 1793, sans trouver d'exutoire, quand la levée en masse fournit l'occasion aux communautés de s'unir contre les agents de l'État, dans un mouvement qui renvoie aux jacqueries traditionnelles, et de former des bandes à la tête desquelles les élites locales sont placées, de plus ou moins bon gré.

Dans la Sarthe, ce sont les fermiers aisés et leurs alliés qui se soulèvent, alors que les ruraux dépendants des villes et leurs voisins tisserands représentent le fer de lance de l'insurrection dans les Mauges. Quant aux chouans d'Ille-et-Vilaine, ils sont recrutés essentiellement parmi les métayers et leurs proches. Dans tous les cas, c'est la défense de l'équilibre communautaire, mis à mal par les lois civiles et religieuses de la Révolution, qui pousse vers la révolte. Le royalisme y semble peu profond, comme dans le Midi en 1791-1792, et les haines personnelles et locales jouent un rôle important, avec des oppositions entre communes voisines ; dans la majorité des cas, les soulèvements commencent par « des règlements de compte, des chasses aux révolutionnaires et le pillage ».

Des activistes royalistes, appartenant aux élites rurales, participent aux premières insurrections, précise-t-il, mais ils sont peu nombreux ; les nobles contre-révolutionnaires s'impliquent peu dans le mouvement, en mars 1793, devant un mouvement inorganisé et mal armé.

Outre la thèse du complot « clérico-nobiliaire », Jean-Clément Martin remet en cause, avec Roger Dupuy, l'antagonisme « ville - campagne » (très antérieur à la Révolution) et la différence de nature qui existerait entre les origines de la chouannerie et les causes de la guerre de Vendée.

Pour Roger Dupuy, qui note que l'historiographie récente « se dégage de l'optique étroite qui accordait au problème religieux une importance primordiale dans le processus du soulèvement », c'est « du côté de l'identité profonde des communautés paysannes » qu'il faut en chercher les racines. Le « soulèvement est d'autant plus exaspéré que la violence joue un rôle déterminant dans la constitution de cette identité » : violence de la misère, violence de jeunes hommes attachés à faire respecter leur honneur, violence collective contre le mauvais seigneur qui abuse de ses privilèges féodaux.

Appliquant l'approche de la micro-histoire à trois paroisses des Mauges entre 1750 et 1830, au cœur de la « Vendée-militaire », Anne Rolland-Boulestreau offre un tableau de la notabilité locale à la veille de la Révolution (gros métayers à Neuvy ou au Pin-en-Mauges, membres du monde du commerce à Sainte-Christine), une notabilité fondée sur la reconnaissance publique : ses membres occupent des fonctions publiques (les Cathelineau sont sacristains de père en fils), servent de caution morale devant notaire et sont souvent choisis comme témoins lors des mariages.

Puis, analysant les réactions des trois communes face à la Révolution, elle remarque que les notables de Neuvy et du Pin sont confirmés après 1789 à la tête des communes, tandis qu'à Sainte-Christine, commune ouverte au commerce, avec de nombreux artisans, de nouvelles catégories sociales se mêlent aux anciennes. À Neuvy et au Pin, les communes se ferment autour des élites traditionnelles (qui acquièrent peu de biens nationaux) face aux réformes qui menacent la communauté. À Sainte-Christine, au contraire, où les notables locaux acquièrent quelques terres, les réformes sont vues comme l'occasion de gagner en importance, en devenant notamment chef-lieu de canton. En 1792, les élites traditionnelles ne se représentent pas aux élections, marquant leur refus de l'évolution politique, et laissent la place à des notables plus modestes, mais appartenant aux mêmes réseaux et parentèles. L'année suivante, au début de l'insurrection, les 27 hommes qui suivent Cathelineau, au Pin, sont intégrés dans les parentèles et réseaux de la commune (deux tiers sont des artisans, un tiers des paysans). À Sainte-Christine, les patriotes vendéens se comptent surtout parmi les artisans modestes récemment implantés dans la paroisse, peu intégrés aux réseaux de la communauté.

Enfin, étudiant l’émergence d'une nouvelle sociabilité forgée à travers l'épreuve de l’insurrection vendéenne, elle note que la participation à l’insurrection vendéenne est désormais une condition nécessaire pour obtenir la confiance des populations locales. À Sainte-Christine, où la guerre laisse la population très divisée, les élites commerçantes traditionnelles sont évincées par des hommes de la terre et la noblesse, qui investit des fonctions qu'elle dédaignait auparavant. L'enracinement et les liens de confiance dont bénéficient les petits notables leur permet d'être, au XIXe siècle, avec les nobles, les intermédiaires incontournables entre la communauté et l'État.

À la fin du XVIIIe siècle, la société vendéenne (actuel département de Vendée et une partie des départements limitrophes : sud de la Loire-Inférieure, ouest de Maine-et-Loire, nord des Deux-Sèvres) a une composition sociale semblable à bien d'autres provinces de France, très rurale. L'Ouest avait été nouvellement reconverti au catholicisme par le père de Montfort.

À la fin de l'Ancien Régime, d'après Michel Vovelle, la propriété nobiliaire occupe plus de la moitié des terres, contre 10 à 20 % pour la bourgeoisie, moins de 30 % pour la paysannerie et moins de 5 % pour le clergé. De même, il évalue la densité de la population entre 700 et 790 habitants par lieue carrée et par généralité. Enfin, l'alphabétisation y est plutôt faible, par rapport au nord et à l'est du pays, avec 10 à 20 % des conjoints sachant signer leur nom.

En 1789, les paysans de l'Ouest accueillent plutôt favorablement les débuts de la Révolution. Les cahiers de doléances de la Bretagne, du Maine, de l'Anjou ou du bas Poitou témoignent de l'hostilité de la paysannerie à l'égard des survivances du système féodal, de même que l'élection de députés patriotes, que confirment les violences antiseigneuriales de la Grande Peur ou les violences répétées contre les aristocrates et leurs demeures en 1790 et en 1791. Par ailleurs, la Vendée et le Maine-et-Loire sont deux des douze départements qui envoient le plus de députés jacobins à l'Assemblée législative. De nombreux prêtres semblent avoir également accompagné le mouvement avec enthousiasme : en Vendée, certains ont revêtu les nouvelles charges créées par la Révolution, par exemple en devenant maires. La Révolution, comme partout ailleurs, a donc représenté un grand espoir. En novembre 1789, l'Assemblée vote la confiscation des biens ecclésiastiques, transformés en Biens nationaux, afin de garantir l'émission des assignats. Cette décision prive le clergé catholique des moyens financiers lui permettant de remplir son rôle traditionnel d'assistance à une population pauvre. Ces biens ont été accumulés au cours des siècles grâce aux legs des membres de la communauté. Avant la Révolution, gérés par le clergé, ils étaient au service des communautés rurales. La vente de ces biens, en remboursement des assignats, les fait passer progressivement dans les mains des particuliers (des bourgeois, des paysans, des aristocrates et même des membres du clergé) qui les utilisent pour leur usage personnel. Les communautés se sentent donc spoliées et en tiennent rigueur aux politiques.

Le 12 juillet 1790, l'Assemblée constituante vote la constitution civile du clergé. Le décret d'application, passé en novembre 1790 et signé par le roi le 26 décembre 1790, prévoit que les prêtres fonctionnarisés, comme tous les fonctionnaires, prêtent serment à la constitution ; la constitution civile du clergé et ce serment sont rejetés par toute une partie du clergé, qui considère les prêtres jureurs comme déviant de la voie catholique. Inquiets pour leur salut, de nombreux paysans préfèrent continuer à s'adresser aux prêtres réfractaires. Ceci contribue à diviser profondément les Vendéens entre partisans et adversaires de la mesure et à développer un certain mécontentement parmi les communautés paysannes qui, de plus, ne perçoivent pas d'amélioration de leur situation depuis la Révolution. Dans des campagnes fraîchement et relativement converties de l'Ouest, le clergé est devenu majoritairement réfractaire, dans l'Ouest, avec l'obligation du serment constitutionnel, et après les brefs pontificaux condamnant la Constitution civile du clergé, en 1791. En mai 1791, l'Assemblée constituante prend un décret sur la liberté des cultes autorisant le culte réfractaire, mais cette tolérance ne satisfait aucun camp, et les positions se durcissent.

L'application de la constitution civile du clergé (juillet 1791) provoque une multitude d'actes de résistance parmi la population, qui recourt de plus en plus à la violence physique. Dans le Poitou, des libelles voient dans la constitution civile l'œuvre des protestants et des juifs. Des bagarres opposent « aristocrates » et « démocrates », entre paroissiens (dans certaines paroisses, les populations font corps pour protéger leur curé et leurs habitudes de vie), surtout lors des enterrements. Plus grave, en janvier 1791 dans la commune de Saint-Christophe-du-Ligneron (au sud de Nantes, près de Machecoul), des conflits se développent autour de l'opposition à la constitution civile du clergé, et l'intervention des gardes nationales en charge du maintien de l'ordre provoque les premiers morts de la Vendée ; mais le conflit ne dégénère pas.

Dans ce contexte, l'Assemblée législative prend, en novembre 1791 et le 27 mai 1792, des décrets répressifs contre le clergé réfractaire, dont le culte est interdit. Le second prévoit la déportation hors du territoire français de tout prêtre réfractaire sur la simple demande de 20 citoyens. À la veille du 10 août 1792, lorsque l'Assemblée supprime les dernières congrégations existantes, une bonne partie sont emprisonnés. Obligés de se cacher, afin d'éviter la déportation au bagne en Guyane, les prêtres non jureurs sont protégés par des femmes, qui participent à des messes clandestines. Malgré ces mesures, le nouveau clergé constitutionnel n'arrive pas à s'imposer dans une large partie de la région. Les assermentés représentent, selon Michel Vovelle, 0 à 35 % des prêtres en Loire-Inférieure (comme l'ensemble de la Bretagne) et en Vendée, contre 35 à 55 % dans le Maine-et-Loire et 75 à 100 % dans les Deux-Sèvres, en 1791. Dans l'ensemble, plus de 65 % du clergé refuse de prêter serment dans l'Ouest (contre 48 % au niveau national). Autour de Châtillon et de Bressuire, une zone globalement homogène de refus se distingue. La religion des paysans de l'Ouest, comme en bien d'autres endroits, est une religion propitiatoire (visant à assurer l'abondance des récoltes, la fécondité du bétail, la réalisation d'un mariage, la naissance d'un enfant, la guérison d'une maladie, etc.), qui organise le calendrier et le paysage, avec un appel aux saints spécialisés, à leurs chapelles, avec des rites particuliers. De même, la carrière ecclésiastique représente un moyen de promotion sociale pour bien des familles paysannes, un moyen que l'exclusion des prêtres réfractaires menace.

Signe que l'attachement à l'Ancien Régime - et à la royauté - n'est pas le facteur déclencheur des premières émeutes, nulle émeute n'est observée lors de l'émigration des nobles, ni lorsque Louis XVI est guillotiné en janvier 1793.

Le mécontentement était latent. Dès février 1793, la Charente-Inférieure fait face à un afflux de réfugiés. L’insurrection éclate véritablement en mars quand la Convention, le 23 février, ordonne une levée de 300 000 hommes « pour faire face à la baisse subite des effectifs des armées de la République due aux pertes, aux désertions mais surtout aux départs massifs des volontaires, levés l'année précédente pour la durée d'une campagne et qui, l'ennemi ayant été ramené aux frontières et même au-delà, estimaient pouvoir rentrer chez eux ». La Vendée (somme toute peu concernée du fait d'une faible ponction) ne représente que l'une des provinces qui s'insurgent en 1793, comme la vallée du Rhône, où l'agitation est endémique depuis 1790 et va durer jusqu'en 1818. En juin 1793, les villes de Bordeaux, Marseille, Toulouse, Nîmes et Lyon, ainsi que la Normandie voient le développement d'insurrections fédéralistes et royalistes.

Restée au pays, la petite noblesse n'a fait que suivre l'insurrection paysanne, avant de la récupérer définitivement et de lui donner une coloration franchement et explicitement royaliste et catholique, surtout à partir de juillet 1793.

Le camp républicain est alors divisé entre girondins et montagnards, qui s'accusent mutuellement de favoriser la Contre-révolution. Tandis que les Bretons sont écrasés par Canclaux à l'extrême Ouest, par Beysser entre Rennes et Nantes (l'agitation ne reprendra qu'à la fin de 1793, sous la forme de la chouannerie), l'agitation réprimée en Alsace, au sud de la Loire, les insurgés parviennent non seulement à déborder les gardes nationaux, trop peu nombreux, et à s'emparer de plusieurs villes, mais battent une colonne de soldats de métier, le 19 mars.

Envoyés pour accompagner la levée de 300 000 hommes, les envoyés en mission de la Convention sont alarmés par le spectacle des soulèvements, qu'ils dramatisent, accusant les autorités locales, souvent modérées, de complicité, et réclament de Paris des mesures énergiques. Considérant que la Contre-révolution est partout à l'œuvre, organisant des complots, et que les soulèvements forment un ensemble organisé, la « Vendée militaire » devient le symbole de cette Contre-révolution.

Cette conception a été reprise à la fois par des écrivains royalistes et catholiques, pour la « magnifier », et des écrivains et historiens républicains, au XIXe et au début du XXe siècles. Cette construction a toujours des effets importants sur l'élaboration des identités locales et régionales : ainsi, bien des Vendéens ont intériorisé une identité fortement marquée par la religion, voire une nostalgie d'un Ancien Régime folklorique — deux aspects qui, on l'a vu, ne correspondent pourtant pas aux origines de l'insurrection de 1793. De même, l'identité du citadin nantais s'élabore entre autre en regard du « ventre-à-choux » vendéen, du campagnard, toujours suspect d'attachement à la royauté, et qu'il est de bon ton de moquer.

Pour conclure, l'insurrection vendéenne ne naît pas d'une cause unique, mais de multiples facteurs, tous liés à un mécontentement populaire grandissant. L'origine de cette insurrection ne réside pas, du moins pour les paysans et artisans qui en étaient à l'origine, dans une quelconque nostalgie de l'Ancien Régime. Des déceptions et frustrations, accumulées depuis plusieurs années ; l'arrivée d'une nouvelle hiérarchie administrative, une bourgeoisie des bourgs qui accapare pouvoir politique et économique ; l'aggravation de la situation des paysans ; les difficultés économiques et sociales, avec le cours forcé de l’assignat ; la remise en cause des communautés paysannes et de leurs usages religieux ; tout cela a constitué un ensemble de facteurs, dont la conscription n'a été que la goutte d'eau, qui permet d'expliquer le rassemblement des premières bandes d'artisans et de paysans.

Bien qu'ayant des points communs, les guerres vendéennes doivent être distinguées des actions de la chouannerie. Dans le premier cas, au sud de la Loire, les insurgés prennent l'avantage sur les troupes républicaines et s'organisent en « armée catholique et royale » à l'intérieur du territoire qu'ils contrôlent ; ces guerres opposent deux armées encadrées. Dans le second cas, les troupes républicaines l'emportent d'abord sur les insurgés. La résurgence du conflit, à la fin de 1793, voit le développement d'une multitude de résistances locales ponctuelles organisées en guérillas en Bretagne, dans le Maine et en Normandie. Toutefois, ce sont les mêmes motifs qui poussent à la révolte.

Au départ, cette insurrection ne diffère guère des autres insurrections qui se développent en France au printemps et à l'été 1793. La différence, c'est que, partout ailleurs, les troupes viennent à bout des émeutes. En Vendée, au contraire, une colonne armée de soldats de métier est défaite le 19 mars au Pont-Charrault, entraînant la région d'un affrontement limité vers une guerre civile. Au nord de la Loire, les mouvements insurrectionnels sont réprimés brutalement mais efficacement en un mois.

Le dimanche 3 mars, à Cholet, des jeunes gens du canton réunis par le district « pour prendre connaissance des modalités du recrutement du contingent local pour la levée des 300 000 hommes » manifestent leur refus de partir.

Le dimanche 10 mars, « la protestation s'étend. La Loire-Inférieure se soulève massivement, acculant les Nantais à l'impuissance devant la multiplicité des interventions nécessaires ». Durant la première semaine, les sites de la protestation sont extrêmement éparpillés. Le 11 mars, Machecoul est envahi par des attroupements de protestataires venus des communes voisines, qui se livrent à des massacres, et ce jusqu'en avril. Parmi les habitants emprisonnés, puis massacrés, on compte des prêtres jureurs. Le nombre des morts est évalué, selon les auteurs, entre une centaine et 800 ; Jean-Clément Martin en a recensé, pour sa part, au moins 160. Parmi les émeutiers se trouvent Charette, qui ne fait rien pour arrêter les massacres, Souchu, son ancien procureur fiscal, leur chef, et l'abbé Prioul, qui célèbre une messe à côté des cadavres.

Ailleurs, dans le pays de Retz, d'autres bandes se choisissent des chefs roturiers : le chirurgien Jean-Baptiste Joly, ancien sergent de l'armée royale, le marchand d'œufs Louis Guérin, le colporteur Pajot, ou encore le perruquier Gaston Bourdic.

Le 12, la garde nationale tire sur les manifestants pour dégager les abords de Paimbœuf, menacé par des paysans venus de 32 communes proches de la petite ville ; le noble qui les conduit est capturé et guillotiné à Nantes. Le même jour, en revanche, Savenay tombe aux mains des insurgés. De même, les protestataires des paroisses aux abords de Nantes, sur la rive droite de la Loire, se retrouvent aux portes de la ville, sous le commandement de Gaudin-Berillais, un noble, « qui n'ose pas attaquer la ville et se borne à lui envoyer une proclamation où il énumère en quinze points les revendications des paysans en vue d'une négociation » ; sont réclamés : la fin des levées d'hommes, le départ des seuls volontaires, la nécessité du consentement des paroisses aux impôts, la fin des perquisitions et réquisitions, la liberté du culte, la liberté de pensée et d'écrire. Aucune réponse ne venant, Gaudin-Berillais est destitué et la plupart des attroupés rentrent chez eux, le restant, qui veut marcher sur la ville, étant dispersé par les Nantais. « L'épisode est révélateur du sentiment profond d'une paysannerie qui refuse une solidarité nationale qu'elle ne comprend pas et revendique au contraire le droit de la moduler selon ses intérêts immédiats ».

À Chanzeaux, une échauffourée entre jeunes gens du village et gendarmes conduit à la mort d'un de ces derniers. La croix du gendarme située dans le parc du château de Chanzeaux témoigne de cet événement.

Plus au nord, le même jour, 600 paysans se rassemblent vers Saint-Florent-le-Vieil pour s'opposer au tirage au sort. Ils mettent en fuite 500 gardes nationaux qui leur barrent le passage, pillent les maisons des Bleus et les caisses du district, puis dépensent le butin dans les auberges du bourg et des alentours.

Le lendemain, le marquis de Bonchamps arrive au bourg et organise la troupe, l'empêchant de se disperser. D'anciens soldats, comme le caporal Perdriault, sont placés à la tête des bandes, enseignant leur savoir aux autres.

Cultivateur et colporteur au Pin-en-Mauges, Cathelineau « rassemble quelques voisins, fait sonner le tocsin, demande au prêtre réfractaire de bénir sa petite troupe, abat le drapeau tricolore qui flottait sur l'église et court rejoindre le gros des insurgés ». Le même jour, 500 paysans du canton, commandés par Perdriault et Cathelineau, s'emparent du bourg de Jallais, repoussant 150 gardes nationaux, et d'un vieux canon.

Le 14 mars, la bande de Cathelineau en rencontre une autre, emmenée par Stofflet, ancien caporal et alors garde-chasse d'un château à Maulévrier. Sous la conduite du second, la troupe, forte de 15 000 hommes, attaque Cholet, une ville d'environ 7 000 habitants, gardée par 500 gardes nationaux, 80 cavaliers et une dizaine de canons. Encerclés par les insurgés, 300 républicains trouvent la mort, « soit la quasi-totalité du bataillon des volontaires des Deux-Sèvres », contre une quarantaine d'insurgés. Entrés dans la ville, ces derniers « saccagent les locaux de la municipalité et des administrations, pillent quelques habitations des patriotes les plus en vue et célèbrent dans les auberges une victoire péremptoire. En cinq jours, les insurgés se sont rendus maîtres des Mauges, c'est-à-dire de la moitié méridionale, située au sud de la Loire, du département du Maine-et-Loire ». Sur l'autre rive, les gardes nationaux l'emportent et font une trentaine de prisonniers (une vingtaine sont guillotinés à Angers).

Dans le département de Vendée, les insurgés chassent la garde nationale de Palluau, entre le 12 et le 14 mars, et s'emparent du Marais breton ; les notables patriotes de Saint-Gilles et de Challans s'enfuient vers les Sables-d'Olonne. À l'intérieur des terres, dans le Bocage, la plupart des petites villes sont prises d'assaut ou par surprise le 12 mars. Le lendemain, la garde nationale du chef-lieu du département, Fontenay-le-Comte, est victime d'une embuscade au carrefour des routes de Nantes à La Rochelle et des Sables-d'Olonne à Saumur.

Les jours suivants, 35 000 hommes se réunissent à Chemillé pour tenter de s'organiser en une véritable armée. Plusieurs nobles, souvent d'anciens officiers, les ont rejoints : Charette, d'Elbée, Lescure, La Rochejaquelein. Ces chefs issus de la petite noblesse ne se sont pas imposés de leur propre initiative à ces bandes de villageois. D’une foi religieuse généralement peu intense, ayant pu conserver tous leurs biens depuis 1789 et s'étant même matériellement enrichis par l'achat important de biens nationaux provoqués par la Révolution, ils ne sentent pas spontanément responsables de ces bandes insurgées. Ce n'est que plus tard qu'ils sauront récupérer la colère populaire pour lui donner un tour nettement catholique et royaliste.

Le but de la nouvelle armée est de s'emparer de Chalonnes, avant-garde d'Angers. Comprenant l'intérêt stratégique de le défendre, les républicains ont concentré 4 000 hommes et 5 canons. Le 22, malgré l'avis du maire et des officiers de la garde nationale, les municipaux et la foule se rendent aux Blancs ; les gardes nationaux se replient vers Angers en jetant leurs canons dans la Loire. Alors qu'Angers s'attend à un assaut imminent, l'armée se dissout et les combattants rentrent dans leurs foyers. « On s'était soulevé pour éviter d'être soldat et il n'était pas question de le devenir pour rétablir la monarchie dans la capitale. Plus qu'un soulèvement contre-révolutionnaire, la rébellion demeurait encore une jacquerie contre les exigences jugées intolérables de la nation ».

Les républicains tentent de reprendre l'avantage. Sous les ordres du général Marcé, chargé par la Convention de mater la rébellion, une colonne de 2 200 soldats, 100 cavaliers, dotée de 8 canons, cherche à traverser la zone insurgée de La Rochelle à Nantes. Le 17 mars, à Chantonnay, la colonne met en fuite les paysans, qui abandonnent une quarantaine de morts et 3 canons. Le soir du 19, alors qu'elle s'apprête à bivouaquer dans un fond de vallée, dans le Bocage vendéen, elle est prise dans une fusillade. Se débandant, la colonne fuit vers La Rochelle, qu'elle rejoint en une nuit. À son arrivée, Marcé est destitué et arrêté.

La capacité offensive des forces républicaines a été anéantie. Les gros attroupements des jours précédents se développent encore, sous le commandement d'une poignée de nobles comme Royrand et Sapinaud. Toutefois, les bandes du Marais breton et du bas Bocage, soit 10 000 hommes, sous les ordres de Jean-Baptiste Joly, un ancien sergent de l'armée royale, échouent par deux fois dans leur tentative de s'emparer des Sables-d'Olonne, les 24 et 27 mars (ce jour-là, ils perdent 300 hommes, contre 2 pour les républicains).

Fin mars, la « Vendée militaire » est pour une bonne part dessinée : le département de la Vendée, les moitiés méridionales de la Loire-Inférieure et du Maine-et-Loire. Le nord-ouest des Deux-Sèvres tombe à son tour en mai.

L'armée insurgée est peu centralisée, mal équipée (les trois quarts des hommes n'ont pas de fusil avant l'attaque de Chalonnes, une grande partie des armes et munitions venant des dépouilles des soldats républicains) et non permanente, les paysans retournant sur leurs terres dès qu'ils le peuvent après les combats. Toutefois, des soldats de métier, déserteurs de l'armée républicaine, la rejoignent, lui apportant leur expérience. Ainsi, Charette n'a guère d'autorité sur ses hommes, dont les insuccès et la tactique prudente attisent la méfiance, dans un premier temps ; c'est l'arrivée de meilleurs éléments, dont des déserteurs républicains, et la constitution d'une cavalerie d’élite composée de nobles et de bourgeois équipés à leurs frais qui lui permettent de remporter ses premiers vrais succès et de s'imposer.

Trois armées, constituées à partir des rassemblements de mars, la composent : l'armée d'Anjou, à l'est de la rivière Sèvre nantaise (40 000 hommes) ; l'armée du Centre, au cœur de la Vendée (10 000 hommes) ; l'armée du Marais, entre la Sèvre nantaise et l'océan Atlantique (15 000 hommes). Elles s'occupent avant tout de sauvegarder la portion de territoire dont elles sont issues.

Armée « populaire », elle trouve un soutien tant au niveau logistique que militaire parmi le petit peuple des campagnes. Les célèbres « moulins de Vendée » dont la position des ailes servent à prévenir des mouvements des troupes gouvernementales en sont une illustration.

La stratégie des combats, basée sur des opérations de harcèlement, s'organise autour des atouts que procure le bocage, partout présent : composé de haies et de chemins creux, il facilite les opérations d'embuscade et gêne la manœuvre des grandes unités de l'armée révolutionnaire. Enfin, la Vendée militaire se dote d’une instance suprême, qui prend également des décisions civiles, le Conseil supérieur d’administration de la Vendée, après la prise de Fontenay le 26 mai.

Les premières opérations sont un franc succès pour les Blancs. Après un premier échec à la première Bataille de Fontenay-le-Comte le 16 mai, l'armée du Centre, avec La Rochejaquelein, Lescure, D'Elbée, Cathelineau, Stofflet et Bonchamps, entre dans Fontenay-le-Comte (deuxième bataille de Fontenay-le-Comte) le 25 mai et bat les 7 000 hommes du général Chalbos (la moitié sont faits prisonniers), avant de se retirer. La semaine suivante, les états majors des armées du Centre et des Mauges décident d'attaquer Saumur ; un détachement de 1 500 républicains est vaincu à Vihiers le 6 juin, des renforts républicains venant de Thouars dispersés à Montreuil-Bellay le 8 juin ; les Blancs s'emparent de Saumur le 10 juin, avec environ 15 000 fusils et plus de 60 canons (pour obtenir la reddition de la garnison, ils ont fait marcher devant eux les femmes et les enfants des gardes nationaux). Devant la démoralisation des Bleus, 4 cavaliers parviennent à eux seuls à s'emparer de La Flèche.

Toutefois, alors que l'état-major royaliste hésite entre marcher sur Nantes ou sur Paris et attaquer Niort, afin de détruire l'armée de Biron, dès le 12 juin, 20 000 des 30 000 paysans rassemblés rentrent chez eux, ruinant ainsi les réussites des jours précédents. Par ailleurs, des rivalités opposent entre eux la multitude des officiers choisis par leurs hommes. Pour assurer la cohésion de l'ensemble, les chefs — issus de la petite noblesse — élisent « généralissime » un non-noble, Cathelineau, le 12 juin.

Deux jours plus tôt, le 10 juin, Charette, qui a fini par s'imposer aux autres bandes du Marais breton, après de nombreux échecs en avril, s'empare de Machecoul, gardée par 1 300 hommes, à la tête d'environ 15 000 hommes ; les républicains laissent sur le terrain 200 tués et une dizaine de canons. Cette réussite ouvre la route de Nantes.

Dans le même temps, l'armée de Lescure, partie de Saumur, descend la Loire et entre le 18 juin dans Angers, abandonnée par les 5 000 hommes de la garnison, et une messe y est célébrée. Charette lui écrit alors pour lui proposer de s'emparer avec lui de Nantes, de son port et de ses richesses. Sans attendre, il avance avec 20 000 hommes.

À Nantes, malgré la division entre le peuple (montagnard) et la bourgeoisie du négoce et du barreau (girondine), les habitants refusent d'évacuer la ville, comme l'ordonnent les envoyés en mission, affolés, et organisent la résistance, rassemblant tous les canons et toutes les barques disponibles, construisant redoutes et fossés. Aux côtés du maire Baco de la Chapelle, le général Canclaux, chef de l'armée des côtes de Brest, réunit 3 000 hommes de ligne et cavaliers, auxquels s'ajoutent 2 000 volontaires, 5 000 gardes nationaux et 2 000 ouvriers employés à la réparation des armes, soit un total de 12 000 hommes, contre les 15 000 de Charette sur la rive gauche de la Loire et les 18 000 de Lescure sur la rive droite. Devant cette résistance et le manque de coordination des royalistes, l’attaque contre Nantes, les 28 et 29 juin, échoue. Le 28, une attaque des troupes de Charette est repoussée, et il bombarde la ville, avant de décider de se retirer dans la soirée, devant l'absence de l'armée venue d'Angers (persuadé qu'il est d'avoir été victime d'une trahison). Le lendemain, trois colonnes de la seconde armée menées par Bonchamps, D'Elbée, Cathelineau arrivent successivement par les routes de Paris, Rennes et Vannes. Surpris par la résistance farouche des Nantais, les Blancs parviennent à entrer tout de même dans la ville, mais Cathelineau est tué, et les paysans, démoralisés, se retirent. D'Elbée lui succède.

Au même moment, Biron, général en chef de l'armée des côtes de La Rochelle, ordonne à Westermann de mener un raid de diversion dans le cœur de la « Vendée militaire ». À la tête de 2 500 hommes, ce dernier fond sur Parthenay, s'empare de Châtillon, capitale des insurgés, bousculant, le 2 juillet, les 10 000 paysans chargés de sa défense, où il délivre 2 000 prisonniers républicains, pille les magasins des insurgés et s'empare des archives du Conseil supérieur des Blancs.

Le lendemain, 25 000 paysans se retrouvent aux abords de la ville et surprennent Westermann, qui n'en réchappe qu'avec 500 hommes, laissant 3 000 morts et blessés, ses canons et des centaines de prisonniers. Cette attaque mal menée empêche cependant les Blancs de tenter un second assaut contre Nantes. Pour protéger leur territoire, les insurgés repassent massivement sur la rive gauche de la Loire.

Devant les succès des contre-révolutionnaires, qui battent à la bataille de Vihiers une armée de 6 000 hommes composés des garnisons d'Angers et de Saumur (qui perd 1 500 tués et 22 canons) et par crainte de contagion, Biron est destitué et les généraux nobles (Canclaux, Grouchy, Aubert-Dubayet) remplacés, à l'initiative du ministre de la guerre Bouchotte, par des sans-culottes (Alexandre Dumas, Rossignol, Ronsin, Léchelle, d'anciens militaires, mais aussi le comédien du Théâtre-Français Grammont ou le brasseur Santerre). Certains se révèlent de médiocres généraux, à la tête d'une armée « composite, mal équipée, condamnée au pillage pour survivre et détestée par les populations ». Cette ingérence des hébertistes dans la guerre de Vendée dure jusqu'en novembre.

Le général Dumas est suivi par le comité de salut public qui fait venir en renfort 15 000 hommes de l'armée des côtes de Brest et 6 000 hommes de l'armée des côtes de Cherbourg, unifiés sous le commandement du général Hoche. Les Mayençais (du nom de la garnison de Mayence, qui a capitulé avec les honneurs le 23 juillet) sont envoyés en renfort sous les ordres de Kléber le 1er août. Arrivés à Nantes les 6, 7 et 8 septembre, cette troupe disciplinée et courageuse est placée sous les ordres de Canclaux, chef de l'armée de l'Ouest jusqu'au 1er octobre 1793. Le comité de salut public envoie également à l'armée de l'Ouest Jean-Baptiste Carrier, pour compléter le rétablissement de l'ordre.

Les opérations peuvent mêler ponctuellement des civils aux troupes régulières, comme le 13 septembre à Doué-la-Fontaine, où le tocsin rassemble 30 000 hommes contre les « brigands », ou le 25 septembre à La Châtaigneraie. Charette est chassé du Marais breton par Kléber. En revanche, la défaite d'autres colonnes remet en cause les plans, et les Blancs contraignent Canclaux, installé à Cholet, à se retirer sur Clisson. Le 18 septembre, 2 000 Mayençais de Kléber font face à 20 000 Vendéens, qui les contraignent à retraiter vers Clisson.

Devant l'échec de son premier plan, Canclaux forme deux colonnes républicaines, parties de Nantes et de Niort, qui doivent se rejoindre à Cholet. Occupant la ville avec ses 10 000 hommes, Kléber fait face à 40 000 Vendéens lors de la bataille de Cholet, le 17 octobre. Après plusieurs assauts qui finissent au corps à corps, les Vendéens reculent. Les deux camps laissent des milliers de morts sur le champ de bataille ; Bonchamps et D'Elbée sont grièvement blessés.

Les Vendéens décident alors de traverser la Loire pour relancer la révolte en Bretagne et dans le Maine, où existe la Chouannerie, et aider des renforts britanniques à débarquer sur les côtes de la Manche.

En une nuit, le 18 octobre, La Rochejaquelein, le nouveau généralissime, fait traverser la Loire à toutes ses troupes, 20 000 à 30 000 combattants accompagnés de civils, soit entre 60 000 et 100 000 personnes. C'est le début de la « Virée de Galerne » (francisation de gwalarn, nom du vent de noroît en breton).

En route pour Granville, il se dirige vers Laval, repoussant aisément les garnisons locales et les gardes nationaux hâtivement rassemblés par les autorités. Sans attendre les renforts, Westermann engage la bataille d'Entrammes, au sud de Laval. Il lance par deux fois ses cavaliers contre les Vendéens, qui les repoussent ; la seconde fois, la fuite des hommes de Westermann provoque la panique parmi les 30 000 hommes mis au repos par Kléber à Château-Gontier, qui reflue jusqu’à la Loire ; les Vendéens massacrent les Bleus toute la journée du 27 octobre, n'arrêtant de sabrer qu'à l'aube du 28 ; ils s'emparent de 19 canons, des approvisionnements et des munitions.

La nouvelle de ces victoires spectaculaires se répand rapidement dans l'Ouest, relançant la rébellion paysanne, et ils sont rejoints par des centaines de volontaires d'Ille-et-Vilaine et du Morbihan, qui atteignent environ 6 000 hommes devant Granville. Mais, mal soutenue par la population locale, la troupe s'épuise et perd beaucoup d'hommes.

Au siège de Granville, aucun bateau britannique n'attend les insurgés et la ville, républicaine, se défend vaillamment, les 13 et 14 novembre. La troupe repart alors en sens inverse. Épuisée moralement et amoindrie (il ne reste que 40 000 personnes), elle repousse les 20 000 hommes réunis par Rossignol à Antrain et les 4 000 hommes et les 10 canons du général Tribout, mais bifurque vers Angers, dont elle fait le siège, sans réussir, puis marche sur Le Mans pour s'emparer des approvisionnements amassés par les républicains et redescendre sur Blois. Entrée avec 30 000 ou 40 000 hommes le 10 décembre dans la ville, où elle prend du repos et festoie, elle perd la bataille du Mans, les 13 et 14 décembre. Les 15 000 survivants s'enfuient vers Laval, qu'ils traversent pour la troisième fois, dévorés par la dysenterie et insultés par la population excédée. Le 15 décembre, les femmes de Laval désarment 400 à 500 Vendéens. Le 18 décembre, les paysans des alentours de Sablé-sur-Sarthe en tuent environ 2 000. L'armée catholique et royale se fait tailler en pièce à la bataille de Savenay, près de Nantes, le 23 décembre.

Environ 4 000 personnes parviennent à s'échapper avant l'arrivée de la totalité des Bleus et retraversent la Loire ou rejoignent les bois du Maine, de Haute-Bretagne ou du Morbihan, se dispersant en petites bandes appuyées par une partie des populations locales et fournissant les cadres d'une guérilla permanente.

Cette victoire ne rassure pas les généraux et les envoyés en mission ; la longue errance de cette colonne de Vendéens, alors que l'on croyait l'insurrection presque écrasée, a terrifié le pays. Pour eux, l'ensemble de la région est dominée par la Contre-révolution ou le fédéralisme. Ceci permet d'expliquer la répression qui s'abat contre les insurgés. Quant à l'intensité de cette répression, elle renvoie à une exacerbation de la violence qui rend caduques les règles habituelles de la guerre « pour un certain nombre de responsables politiques et militaires comme pour des soldats et des militants », mais contraire aux décrets de la Convention (femmes, enfants, vieillards et même hommes sans armes devant, par exemple, être préservés), à qui chefs militaires et représentants en mission mentent régulièrement.

La fin de la Virée de Galerne marque le début d'une politique de représailles sanglantes.

Envoyé en mission dans les cinq départements bretons par un décret du 14 août 1793, Jean-Baptiste Carrier est installé à Nantes par un arrêté du comité de salut public du 29 septembre (où il reste malgré un nouveau décret du 13 octobre, l'affectant à l'armée de l'Ouest avec Bourbotte, Francastel et Turreau, le cousin du général). Arrivé le 8 octobre, il trouve une ville profondément divisée entre ses éléments populaires et ses notables. Fin septembre et début octobre, son prédécesseur, Philippeaux, a destitué les administrations élues en décembre 1792 et créé un comité et un tribunal révolutionnaires ; ce tribunal a formé la compagnie Marat, une petite armée révolutionnaire d'une soixantaine d'hommes recrutés sur le port (pour 10 livres par jour).

De même, 132 notables nantais sont arrêtés comme fédéralistes et envoyés à Paris pour être jugés par le tribunal révolutionnaire ; 12 meurent au cours du voyage, 24 en prison. Les exactions de Carrier sont dénoncées par Jullien de Paris, agent du comité de salut public en mission sur la côte atlantique, et il est obligé de demander son rappel le 9 pluviôse an II (8 février 1794).

La pratique de la noyade est également usitée, dans une moindre mesure, à Angers et Saumur, où des milliers d'insurgés ont été emprisonnés.

Après Savenay, La Rochejaquelein et Stofflet, qui sont parvenus à traverser la Loire, sont rejoints par quelques milliers de rescapés. De son côté, Charette, qui n'a pas pris part à la « virée de Galerne », tient le Marais breton. Devant le retour d'une guerre d'embuscades et de coups de mains, les Bleus, exaspérés, mêmes ceux originaires des départements concernés, réclament l'exécution du décret du 1er août 1793 sur la « destruction de la Vendée ».

Des rapports contradictoires parviennent au comité de salut public. Le 14 janvier, de Nantes, Carrier, Turreau et Bourbotte signalent que Charette n’a plus avec lui que « six à sept cents brigands mal armés et sans canons », que « Catelimaire (sic) est avec pareil nombre et dans le même état, se cachant dans les bois », et que La Rochejaquelein, qu’ils avaient « cru mort, fait de vains efforts pour se recruter du côté de Cholet. » Le 14 février, de Blois, Garnier de Saintes évalue, de son côté, « le nombre de brigands tués à quatre-vingt mille, et celui existant encore et rassemblé en corps d'armée, à quinze ou seize mille ». Le même jour, de Poitiers, Brival affirme, pour sa part, qu'il « est faux que la Vendée soit détruite », que « l'armée de Charette, quoique grandement diminuée, subsiste toujours » et qu'« elle s'est même emparée de Bressuire ». Le 15 février, de Saumur, Hentz et Garrau, quant à eux, affirment : « Il est faux que les rebelles soient relevés, que Charette soit réuni à La Rochejaquelein; la mort de ce dernier se confirme, et le premier n'a pas sous ses ordres plus de 4 000 hommes. La horde commandée par La Rochejaquelein est de 3 000 à 4 000 hommes mal armés. Il ne reste à détruire que quelques poignées de forcenés, reculés dans les bois, et qui ont profité de quelques instants de négligence pour faire des incursions. » Le même jour, de Rochefort, Topsent et Guezno rapportent « qu'on les dit être encore de 8 000 à 9 000 hommes ».

Nommé général en chef de l'armée de l'Ouest en novembre 1793, le général Turreau propose d'abord à la Convention, le 19 décembre d'offrir une amnistie aux rebelles, mais il reçoit aucune réponse. Probablement pour des raisons d'opposition personnelle, il rejette ensuite le plan de Kléber, qui propose de quadriller la région et de rétablir la discipline parmi les troupes pour gagner la confiance de la population. Le 7 janvier, il demande des ordres clairs sur le sort des femmes et des enfants auprès des représentants en mission Francastel, Bourbotte et Turreau qui ne lui répondent pas, se déclarant malades. Enfin, le 19 janvier, il met au point un plan de campagne dans lequel douze colonnes mobiles, ultérieurement rebaptisées « colonnes infernales », sont chargées de dévaster la zone parcourue par les rebelles, hormis quelques villes indispensables à la marche des troupes. À ses hommes, il ordonne de respecter hommes, femmes et enfants dont le patriotisme ne fait pas de doute, mais d'exécuter tous ceux qui seront convaincus d'avoir porté les armes contre la République, en précisant que « cette exécution ne pourra cependant se faire sans que le général ne l'ait préalablement ordonnée ». Prévu pour durer jusqu'au début de février, ce plan est remanié dès la fin de janvier, devant les risques de perte d'approvisionnements et l'affaiblissement de ses colonnes dispersées: les troupes républicaines sont désormais divisées en huit colonnes et se voient assigner la traque de Charette. Par trois fois, Turreau soumet son plan à la Convention, mais ne reçoit aucune réponse. À un représentant en mission qui réclame des consignes, le comité de salut public répond que les envoyés en mission sont les mieux à même d'apprécier les mesures à prendre sur place. Le 6 février, la Convention rappelle à Turreau que l'objectif est de détruire les « brigands », de ne pas brûler les fermes et de protéger les citoyens « égarés » qui ont rendu les armes. Le 13 février, Carnot écrit à Turreau pour le sommer de « réparer ses fautes ». Ne se sentant pas soutenu, Turreau présente par deux fois sa démission le 31 janvier et le 18 février. De son côté, l'administration départementale montagnarde dénonce les horreurs de la campagne militaire dirigée par le général.

En réponse, Charette monte une campagne victorieuse dans le Marais et le Bocage, La Rochejaquelein et Stofflet dans les Mauges. Les Bleus sont ainsi dispersés à Cholet, Beaupréau, Bressuire et Argenton-le-Château. Le 22 avril 1794, Charette, Stofflet, Sapinaud et Marigny se retrouvent au château de La Boulaye, afin d'enterrer leurs querelles et d'unir leurs forces, mais en vain. Le 10 juillet, les hommes de Stofflet fusillent Marigny.

Turreau est finalement suspendu le 17 mai 1794, et l'activité des colonnes infernales décroît progressivement au cours du printemps. Ceci traduit une reprise en main des rênes de l'État par le comité de salut public qui, « au prix d'une utilisation des mots d'ordre les plus fermes et d'une détermination de fer », parvient à contrôler les violences qui ensanglantent le pays.

Selon les auteurs, le bilan de ces massacres varie entre 20 000 et 200 000 morts. Une centaine de villages ont été brûlés, mais tous leurs habitants n'ont pas été tués, beaucoup ayant trouvé le moyen de se réfugier dans les bois et les bocages et de rejoindre les insurgés. La Vendée est profondément marquée par ce passage dramatique de son histoire (à rapprocher des « dragonnades » du temps de Louis XIV) et en conservera longtemps les stigmates , tant dans le paysage que dans les mentalités.

Au printemps 1794, les colonnes infernales de Turreau sont dissoutes, et des mesures prises pour cantonner les soldats et interdire les pillages.

Sous la Convention thermidorienne, les représentants en mission (Bollet, Boursault, Ruelle) et les nouveaux chefs militaires, Hoche en Bretagne, Canclaux en Vendée, passent à une politique de clémence. Les prisonniers sont relâchés, les insoumis amnistiés. Le 24 septembre et le 13 octobre 1794, une amnistie est promise aux rebelles d'Ille-et-Vilaine et du Morbihan qui se rendraient dans les dix jours. Par la suite, l'amnistie est étendue aux rebelles qui se soumettraient dans un mois par le décret du 2 décembre, tandis que les représentants en mission sont autorisés par la Convention à négocier avec les chefs royalistes. Le 23 décembre, des négociations sont entamées, et Charette reçoit Bureau-Batardière, émissaire républicain, le 25. Après de laborieuses négociations, il est décidé que Charette rencontrera les commissaires de la Convention au château de La Jaunaye, le 12 février 1795. Toutefois, le 28 janvier, Stofflet demande le rétablissement du trône dans un manifeste contresigné par l’abbé Bernier.

Dans le même temps, les opérations militaires républicaines reprennent. À l'époque, en Vendée, Charette tient le Marais, Sapinaud le Bocage et Stofflet les Mauges. Organisant des colonnes mobiles, Canclaux harcèle les bandes royalistes et parvient à isoler Stofflet de Charette. De son côté, Hoche organise une contre-guérilla efficace pour combattre la chouannerie.

Un accord de paix est conclu à La Jaunaye, près de Nantes, le 17 février 1795 : l’amnistie est accordée aux rebelles, leurs biens leur sont restitués, ils bénéficient d'indemnités en cas de vente ou d'incendie, même s'ils sont portés sur la liste des émigrés, ainsi que du remboursement des bons et des assignats. Les Vendéens sont dispensés de levées militaires et leurs armes leur sont laissées, les troupes républicaines se retirent, et la liberté de culte leur est accordée. Charette signe, mais pas Stofflet, qui n'arrive à La Jaunaye que le lendemain. La pacification de La Prévalaye, près de Rennes, le 20 avril 1795, accorde les mêmes conditions aux chouans.

Poursuivi par les armées républicaines, Stofflet marche vers la Loire, ordonnant une levée, mais il n’arrive à mettre sur pied qu’une armée de 3 000 combattants. Le 26 avril 1795, il perd et son armée et son arsenal. Seul, il écrit à Canclaux et s’engage, le 2 mai 1795, à ne plus porter les armes contre la République. La soumission de Stofflet est reçue à la Convention le 9 mai.

L'insécurité demeure cependant. Des insurgés qui n'ont pas déposé les armes mènent dans de nombreuses régions la « chasse aux patauds » (les patriotes) ; les républicains sont victimes de vexations et de brutalités, volés, voire assassinés lors de règlements de compte où se mêlent questions politiques, vengeance personnelle et simple criminalité. Dans de nombreuses municipalités rurales, entre les mains de royalistes, on interdit aux « patriotes » réfugiés dans les villes de revenir, y compris par la force. Cependant, c’est à cette période que les retours de réfugiés commencent à se faire en nombre.

L’étude du phénomène des réfugiés est encore très récente. Elle couvre à la fois les aspects chronologiques et sociologiques, mais aussi l’attitude des autorités quant à leur accueil. La quantification est encore loin d’être satisfaisante, mais, en 1796, on peut estimer à au moins quarante mille le nombre de personnes qui ne sont pas revenues chez elles.

Avant même le début de la guerre, des réfugiés affluent dans les départements voisins de la Vendée. En février, ils sont suffisamment nombreux en Charente-Inférieure pour qu’un décret soit pris pour organiser leur accueil. Les premières vagues importantes arrivent dès le 10 mars 1793 à Nantes. Entre le 19 et le 31 mai, entre 650 et 1000 familles arrivent à Angers. Il s’agit alors essentiellement de républicains, qui fuient la zone des combats, ou abandonnent les villes avant qu’elles soient attaquées par les Vendéens. Ainsi, près de 10 % de la population de La Roche-sur-Yon fuit la ville..

Une deuxième vague de réfugiés a lieu d’août 1793 à janvier 1794. Le décret du 1er août, qui ordonne la destruction de la Vendée, organise l’évacuation, l’accueil et la protection des réfugiés. Si les réfugiés du printemps étaient bien accueillis, leur nombre, les difficultés d’approvisionnement, et la suspicion à leur égard refroidissent un peu l’accueil. Craignant que de nombreux agents royalistes se trouvent dans leurs rangs, les représentants en mission Francastel, Garrau et Hentz prennent un arrêté, le 20 février 1794, les éloignant de vingt lieues (80 km) de la zone des combats. Les sommes nécessaires à leur voyage leurs sont fournies, et sont exemptés de l’éloignement les malades, les vieillards, les enfants, leur famille proche et leurs domestiques, ainsi que des artisans spécialisés utiles à l’armée.

Les réfugiés sont essentiellement des femmes (environ les deux tiers) et des enfants (près de la moitié) : les hommes sous-représentés sont probablement engagés d’un côté ou de l’autre. Ils viennent des villes et des petits bourgs pour plus de la moitié, mais la composante rurale reste forte : la société vendéenne est assez bien représentée, à l’exception des prêtres et des nobles. Si la population est parfois méfiante, et si les autorités invoquent parfois les difficultés de subsistance pour en accueillir le moins possible, ils trouvent généralement un hébergement, voire un travail pour la durée de leur exil.

Si le retour est autorisé aux porteurs d’un certificat de civisme dès octobre 1794, il n’a réellement lieu que dans les zones calmes, encore rares. Ailleurs, les réfugiés craignent le décret du Conseil supérieur de Vendée du 24 juillet 1793, qui exige le serment de fidélité à Louis XVI, ou ordonne le départ avec interdiction de revenir. L’autorisation est élargie au printemps 1795, afin de soulager les finances publiques, et le retour véritable s’amorce, même si les bandes rendent les campagnes peu sûres, et si les représailles des Blancs vaincus effraient encore. Le retour massif a lieu avec la pacification de Hoche.

Suite à la reprise de la guerre en 1795, en rapport avec le débarquement des émigrés à Quiberon, Charette (nommé le 8 juillet « général de l'Armée catholique et royale » par le comte de Provence (futur Louis XVIII) depuis Vérone) reprend la lutte, fin juin, mais ne parvient à réunir que 4 000 paysans autour de lui. Pour le combattre, Hoche organise des colonnes mobiles de 50 à 60 cavaliers qu’il fait marcher la nuit. Le 30 septembre, l'annonce que le comte d'Artois va débarquer le 12 octobre sur le continent permet à Charette de réunir 15 000 hommes, mais les départs et les désertions se multiplient après l'abandon du projet, le 12 octobre. Tandis que Charette, harcelé par les républicains, doit fuir, Stofflet reprend à son tour le combat, en janvier 1796, suite à un ordre impérieux du comte d'Artois, mais il ne réunit que 2 à 3 000 hommes. Poursuivis, les derniers chefs vendéens sont capturés et fusillés, Stofflet (auquel succède Charles Marie de Beaumont d'Autichamp et Henri Forestier, mais le premier capitule en mai et le second quitte la France en août dans l'espoir de trouver de l'aide pour relancer la révolte) fin février, Charette fin mars.

Malgré la volonté d'en découdre des républicains locaux, Hoche adopte une politique de fermeté à l'égard des chefs et de conciliations envers les ruraux déposant les armes, limite les excès des troupes républicaines, empêche parfois le retour des réfugiés républicains dans les zones pacifiées et laisse le culte catholique se réinstaller, détachant ainsi les paysans de leurs chefs et favorisant le retour au calme : beaucoup déposent les armes et de nombreuses paroisses font leur soumission. Enfin, il reprend le plan imaginé par Kléber en 1793, quadrillant la région par des camps fortifiés. Le 15 juillet 1796, le Directoire peut annoncer que « les troubles dans l'Ouest sont apaisés ».

Mais pendant longtemps, la Vendée, exsangue, garde les stigmates des combats. Le professeur Henri Laborit la mentionne, en 1980, en introduction du film d'Alain Resnais, Mon oncle d'Amérique, qui s'interroge sur les dysfonctionnements humains.

D'autres insurrections ont scandé l'histoire de la Vendée, qu'il s'agisse des soulèvements de 1799 et de 1815 ou de la tentative de la duchesse de Berry en 1832, marquant la naissance d'une conscience régionale spécifique. Sur le plan politique, la Vendée se distingue, depuis la Révolution, par une fidélité politique aux mouvements politiques conservateurs,.

Les « martyrs » de 1793 occupent le premier plan de la mémoire vendéenne pendant l'essentiel du XIXe siècle, avant d'être éclipsés par les morts de la guerre franco-allemande de 1870 et de la Première Guerre mondiale, deux conflits au cours desquels se réalise l'unité nationale.

L'évaluation exacte des victimes de la guerre de Vendée, a fortiori la distinction entre morts liées directement ou indirectement à cette guerre, n'a jamais pu être établie, et l'on ne possède que des évaluations approximatives, d'où les variations dans les chiffres. Ainsi, il n'est pas possible de déterminer les pertes enregistrées parmi les combattants et les civils étrangers aux quatre départements de la « Vendée militaire » (certains originaires des colonies), peu nombreux, dans l'ensemble, parmi les rebelles, mais qui représentaient la plus grande part des troupes républicaines.

Très tôt, on a tenté d'offrir une évaluation chiffrée des morts de cette guerre. En 1796, le général Hoche, évalue les conséquences humaines de cette guerre à 380 000 morts pour l'ensemble de l'Ouest (chouannerie et guerre de Vendée). Dans une lettre au ministre de l'Intérieur du 2 février 1796, il estime que « six cent mille Français ont péri dans la Vendée ». En l'an V, dans son Histoire générale et impartiale des erreurs et fautes commises pendant la Révolution française, Louis Marie Prudhomme, lui, évalue à 120 000 le nombre de morts en Vendée, contre 184 000 dans les colonies et 800 000 pour la défense du pays dans les armées.

D’après l’analyse statistique de Donald Greer, en 1935, sur 35 à 40 000 personnes exécutées dans l’ensemble de la France pendant la période de la Terreur (16 594 condamnés à morts par les tribunaux, le reste étant victime d'exécutions sommaires), 75 % sont des rebelles pris les armes à la main, condamnés au nom de la loi martiale et 52 % concernent l'ouest vendéen et chouan (contre 19 % pour le sud-est et 16 % pour Paris). Cette estimation, considérée comme une référence, a été reprise par tous les historiens. Ces chiffres comprennent les exécutions sans jugement de Nantes, Lyon et Toulon. En revanche, ils ne tiennent pas compte des morts liées aux combats de la guerre civile, directement (batailles, massacres) ou indirectement (épidémies, malnutrition, épuisement...).

En 1987, Jean-Clément Martin a repris la question du bilan humain. Il a tenté d'établir un bilan du déficit humain subi par la région en se basant sur une analyse des recensements de 1790 et de 1801, dont il a corrigé les inexactitudes à partir de ce que l'étude des sources de l'époque moderne a pu nous révéler de la démographie du XVIIIe siècle (avec un accroissement naturel annuel évalué à 1 %). Il trouve qu’en 1801, il manque 200 000 à 250 000 personnes, par rapport à ce que l’accroissement naturel aurait dû permettre, si l'équilibre des naissances et des décès n'avait pas été bouleversé par la guerre. Ce creux démographique est imputable essentiellement aux tueries des combats, touchant aussi bien les républicains que les royalistes et imputables aux deux camps. Par ailleurs, il précise que ces chiffres ne doivent pas faire oublier qu'une évaluation exacte des pertes républicaines est pratiquement impossible, les combattants venant de l'ensemble de la France, « voire des colonies antillaises ». En outre, il ne faut pas négliger les déplacements de population, analysés par Guy-Marie Lenne en 2003.

Dans le même ordre d'idée, Louis Marie Clénet, considère que les guerres de Vendée ont fait 200 000 morts vendéens (dont 40 000 pour les colonnes infernales de Turreau).

De son côté, en 1992, Jacques Dupâquier évalue les pertes républicaines à 30 000 morts.

En 2007, sous la direction de Jacques Hussenet, un nouveau bilan, prenant en compte les travaux antérieurs, surtout à partir de 1990, arrive au chiffre de 170 000 morts pour les habitants de la Vendée militaire, dont un quart à un cinquième de républicains. Concernant plus particulièrement, les pertes de l'armée républicaine, Jean-Philippe Coullomb et Jérôme Laborieux évaluent, dans leur contribution, de 26 000 à 37 000 le nombre de tués. Jacques Hussenet estime également qu'au regard du nombre total de soldats engagés (130 000 à 150 000), le nombre de victimes militaires ne peut être supérieure à 50 000 morts ou disparus.

Le terme « génocide » est créé en 1944 par Raphaël Lemkin, professeur de droit américain d'origine juive polonaise, afin de tenter de définir le crime contre l'humanité perpétré par les nazis contre les peuples juif et tzigane durant la Seconde Guerre mondiale, ainsi que les crimes commis par l'empire ottoman à l'encontre des Arméniens pendant la Première Guerre mondiale et les massacres d'Assyriens en Irak en 1933. Il écrit : « De nouveaux concepts nécessitent de nouveaux mots. Par génocide, nous entendons la destruction d'une nation ou d'un groupe ethnique. » C'est un mot que Lemkin avait d'abord créé en polonais en 1943 : ludobójstwo (de lud, qui veut dire peuple, et zabójstwo, qui signifie meurtre). En 1944, il traduit le terme polonais en anglais par “genocide” (génocide), mot hybride composé de la racine grecque « genos », qui signifie race ou tribu, et du suffixe latin « cide » (de « caedere », qui signifie tuer).

Le terme est défini officiellement par l'assemblée générale des Nations unies dans l'article 2 de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée le 9 décembre 1948. La Charte de l'ONU et l'article 8 de la convention de Genève obligent la communauté internationale à intervenir pour « prévenir ou arrêter des actes de génocide ». Plus récemment, l'article 6 du statut de la Cour pénale internationale définit le crime de génocide, qui se distingue par l'intention d'extermination totale d'une population, d'une part, la mise en œuvre systématique (donc planifiée) de cette volonté, d'autre part. C'est souvent la contestation de l'un de ces éléments qui fait débat pour la reconnaissance officielle d'un crime en tant que génocide.

Le débat autour de l'hypothèse d'un génocide vendéen est apparu dans la communauté universitaire dans les années 1980. Le caractère sanglant de la guerre civile et de la répression de l'insurrection en Vendée n'est contesté par personne, même si les chiffres demeurent imprécis et discutés (voir les diverses hypothèses sur l'importance du nombre des victimes de la guerre de Vendée) et si les descriptions traditionnelles d'un massacre comme celui des Lucs ont été remises en cause par la recherche historique. En revanche, les volontés génocidaires supposées des républicains et le caractère génocidaire des massacres commis par leur camp font l'objet de contestations importantes. L'une des sources employées par les tenants de l'idée d'un génocide vendéen est un texte de Gracchus Babeuf.

En 1794, sous la Convention thermidorienne, Babeuf publie un pamphlet, Du système de dépopulation ou La vie et les crimes de Carrier, dans lequel il dénonce les exactions commises par Jean-Baptiste Carrier lors de sa mission à Nantes, dont il affirme (dans le paragraphe IV) qu'elles renvoient à un système de dépopulation qu'il nomme « populicide », néologisme qui est créé pour évoquer une idée inédite. Employé sous la Révolution à la fois sous une forme nominale et adjectivale (la seule qui ait survécu à la période révolutionnaire, dans la langue française), « populicide » est utilisé pour désigner ce qui cause la mort ou la ruine du peuple. Le mot est formé de la racine latine populus (le peuple) et du suffixe latin cide. Comme le mot « génocide », forgé par Lemkin en 1944, il est employé pour désigner une forme de crime dont l'appréhension est inédite.

Dans son texte, le « système de dépopulation » concerne l'ensemble de la France, et non la seule population vendéenne. Dans son pamphlet, Babeuf, reprenant les critiques des Enragés qui défendaient l’application immédiate de la constitution de l'an I, dénonce la Terreur, qu'il juge responsable des massacres commis en 1793-1794, et attaque (avec les modérés, les muscadins et les néo-Hébertistes) les Montagnards et les Jacobins. Cette mise en accusation est appuyée sur la mise à jour, après Thermidor, des exécutions, des massacres et des destructions de la guerre civile et de la Terreur. Avec d'autres pamphlétaires, Babeuf reprend les accusations du journal La Feuille nantaise qui, dans son numéro du 5 brumaire an III, accuse l'Incorruptible d'avoir voulu « dépopuler » le pays. D'après ses assertions, les membres du comité de salut public, autour de Robespierre, visant l'établissement de la plus grande égalité possible en France (projet dont il se déclare par ailleurs solidaire), auraient planifié la mort d'un grand nombre de Français. Leur analyse aurait été fondée, selon lui, sur les réflexions des philosophes politiques du XVIIIe siècle (comme Jean-Jacques Rousseau), qui considéraient que l'établissement de l'égalité nécessitait une population moindre que celle de la France de l'époque (en fait, pour ces philosophes, un gouvernement démocratique, fondé sur une certaine égalité des richesses, à l'exemple des cités-États de l'Antiquité, de Genève ou de Venise, réclamait non seulement un nombre de citoyens réduit, mais un territoire peu étendu). Suivant cette théorie, la guerre civile dans l'Ouest (avec la mort dans la bataille des Blancs et des Bleus) et la répression des insurrections fédéralistes et royalistes auraient été l'outil de ce programme de dépopulation de la France, dont Carrier, à Nantes, n'aurait été qu'un agent local. Les défaites des troupes républicaines face aux insurgés royalistes auraient été organisées par le comité de salut public afin d'envoyer à la mort des milliers de soldats républicains, puis il aurait mis en place un plan d'anéantissement des Vendéens,, que Babeuf met en parallèle avec la répression de l'insurrection lyonnaise, attribuée au seul Collot d'Herbois.

Enfin, dans le n° 40 du 24 février 1796, en réponse à une lettre d'un capitaine de l'armée de l'Ouest, il s'enhardit jusqu'à placer, selon le mot de Mathiez, « sa propre doctrine sous l'égide de Robespierre et de Saint-Just ». Cinq jours après, il explique, dans une lettre à son ami Bodson : « Je confesse aujourd'hui de bonne foi que je m'en veux d'avoir autrefois vu en noir et le Gouvernement révolutionnaire, et Robespierre, et Saint-Just », justifiant même la mort de Hébert et de Chaumette (« Le salut de vingt-cinq millions d'hommes ne doit point être balancé contre le ménagement de quelques individus équivoques »).

En 1986, Reynald Secher fait paraître La Vendée-Vengé, Le génocide franco-français, ouvrage dans lequel il étudie les rapports entre la Révolution et les Vendéens depuis 1789 et s'efforce de faire le bilan de la répression de l’insurrection vendéenne, en tentant d'obtenir le rapport entre les naissances dans les années 1780 et celles dans les années 1800 et en essayant de répertorier les destructions et reconstructions. À partir de ces données, il explique dans sa conclusion générale pourquoi il est convaincu que les massacres commis lors de la guerre de Vendée constituent, à ses yeux, un génocide, en puisant dans les textes des acteurs et témoins de l'époque des extraits interprétés comme traduisant une volonté génocidaire des républicains. Pour affermir son hypothèse, il reprend le mot « populicide » cité par Babeuf, dont il réédite le texte sous un nouveau titre.

La thèse de Reynald Secher a été reprise et soutenue particulièrement par Pierre Chaunu, professeur émérite de l'université Paris IV-Sorbonne, qui faisait partie du jury devant lequel le jeune doctorant soutenait sa thèse, dans un article paru dans La Croix le 29 juin 1986.

De même, l'écrivain Michel Ragon, dans 1793 l'insurrection vendéenne et les malentendus de la liberté (1992), dont l'argumentaire reprend largement les éléments mis en avant par Secher, s'est efforcé de démontrer la réalité de la programmation des massacres et d'intentions officielles d'extermination d'un peuple. Dans son livre, il s'attache à l'ensemble de la répression de l'insurrection vendéenne, dont les acteurs principaux, côté républicain, sont le général Turreau, organisateur des « colonnes infernales », d'une part, les envoyés en mission Carrier à Nantes, Hentz et Francastel à Angers, villes où sont entassés des milliers de prisonniers vendéens, d'autre part. D'autres régions de France ont vu le développement d'insurrections (royalistes ou fédéralistes) contre la Convention en 1793. Selon les cas, les envoyés en mission avaient une attitude conciliante (comme en Normandie) ou menaient une répression ponctuelle, d'autres avaient une attitude plus répressive. Certains se sont livrés à de vraies exactions, comme Barras et Fréron à Toulon, Collot d'Herbois et Fouché à Lyon ou Tallien à Bordeaux. Dans le cas de la guerre de Vendée, Michel Ragon tente de prouver que les exactions commises par les envoyés en mission correspondaient aux exigences du comité de salut public, et même de la Convention.

Le 21 février 2007, neuf députés français de droite, se fondant explicitement sur les travaux de Reynald Secher et de Michel Ragon, ont déposé une proposition de loi à l'Assemblée nationale visant à la « reconnaissance du génocide vendéen ».

À l'opposé, la thèse du « génocide vendéen » a été rejetée par la plus grande partie du monde universitaire, qui la considère comme la manifestation d'un passé qui ne passe pas.

De même, parmi ceux qui ont refusé d'adhérer à la thèse du génocide, on compte le Gallois Julian Jackson, professeur d'histoire moderne à l'université de Londres, l’Américain Timothy Tackett, professeur à l'université de Californie, l’Irlandais Hugh Gough, professeur à l'université de Dublin, les Français François Lebrun, professeur émérite d'histoire moderne à l'université de Haute-Bretagne-Rennes II, Claude Langlois, directeur d'études de l'École pratique des hautes études, directeur de l'Institut européen en sciences des religions et membre de l'Institut d’Histoire de la Révolution française, Paul Tallonneau, Claude Petitfrère, professeur émérite d'histoire moderne à l'université de Tours ou Jean-Clément Martin, professeur à l'université Paris I-Panthéon-Sorbonne.

Il reprend la question du décret du 1er août 1793 prévoyant la « destruction de la Vendée », et le rapport de Barère qui affirme : « Détruisez la Vendée et Valenciennes ne sera plus au pouvoir des Autrichiens. Détruisez la Vendée et le Rhin sera délivré des Prussiens (...). La Vendée et encore la Vendée, voilà le chancre qui dévore le cœur de la République. C’est là qu’il faut frapper. » Il rappelle que l'un et l'autre excluent les femmes, les enfants et les vieillards (auxquels le décret du 1er octobre 1793 ajoute les hommes sans armes), qui doivent être protégés. De même, il note que « les révolutionnaires n’ont pas cherché à identifier un peuple pour le détruire », regardant simplement la Vendée comme « le symbole de toutes les oppositions à la Révolution », et conclut que « les atrocités commises par les troupes révolutionnaires en Vendée relèvent de ce qu’on appellerait aujourd’hui des crimes de guerre ».

À ses yeux, ce n'est pas la violence d'un État fort qui s'abat sur sa population ; l'État est trop faible pour contrôler et empêcher la spirale de violence qui se déchaîne entre insurgés et patriotes, et ce jusqu'au printemps 1794.

Dans son Gracchus Babeuf avec les Égaux, Jean-Marc Shiappa critique également la thèse du génocide présentée par Reynald Secher lors de la réédition du pamphlet de Babeuf Du système de dépopulation ou La vie et les crimes de Carrier : « Cette brochure a été récemment rééditée sous le titre La guerre de la Vendée et le système de dépopulation, Paris, 1987; si le texte de Babeuf est correctement reproduit, on ne peut que s'indigner de la présentation et des notes de R. Sécher et J.J. Brégeon; sans parler des présupposés politiques sur le "génocide" de la Vendée, on est stupéfait par les erreurs, les contre-vérités, les à-peu-près et les contresens innombrables qui jalonnent ces pages ».

En 1998, Max Gallo s'est lui aussi déclaré contre l'hypothèse d'un « génocide vendéen » dans l'article « Guerre civile oui, génocide non ! » paru dans la revue Historia.

De son côté, Guy-Marie Lenne a ouvert un nouveau champ d’études encore aujourd’hui incomplètement exploré, celui des réfugiés de la Vendée (cf supra). Leur nombre (au moins plusieurs dizaines de milliers), leur orientation politique (aussi bien républicains, que neutres ou même soupçonnés de royalisme) n’a pas empêché la République (que ce soit les municipalités, les districts, les départements ou la Convention) de leur venir en aide, de les accueillir, les nourrir, parfois de leur fournir un travail. Selon lui, cette attitude est en contradiction complète avec l’hypothèse d’un génocide : on ne peut vouloir massacrer un peuple, et organiser l’évacuation et l’aide à une portion de ce même peuple. De façon plus anecdotique, mais révélatrice, on peut noter que même à l’échelon de la justice de paix, on s’attache à protéger les plus faibles : ainsi, les enfants mineurs de la famille Cathelineau du Pin-des-Mauges, qui a fourni un généralissime de l’armée vendéenne, et dont les trois autres frères sont morts dans les rangs de l’armée catholique et royale, sont protégés par un juge de paix qui nomme un conseil de famille pour administrer leurs biens, alors qu’ils seraient une cible de choix pour une persécution. De même, les juges de paix qui ont choisi le royalisme sont gardés en place.

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Source : Wikipedia