Sociologie

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Posté par seb 03/04/2009 @ 07:33

Tags : sociologie, sciences humaines, science

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Sociologie

Les Misérables de Victor Hugo est l'une des plus célèbres tentatives de saisir, par la littérature, les conséquences de la révolution industrielle.illustration de "Cosette" dans Les Misérables par Émile Bayard 1837-1891.

Il n’existe pas de définition, unique, simple et brève de la sociologie. Tout un ensemble de définitions pourraient exister. La sociologie est une science qui cherche à comprendre et à expliquer l'impact du social sur les représentations (façons de penser) et comportements (façons d'agir) humains. Ses objets de recherche sont très variés puisque les sociologues s'intéressent à la fois au travail, à la famille, aux médias, aux rapports de genre (hommes/femmes), etc.

Les diverses théories sociologiques rendent compte des phénomènes sociaux humains sous plusieurs angles. Elles mettent parfois plutôt l'accent sur l'impact de la société sur le phénomène étudié (effet de la CSP, du sexe, etc.), s'intéressent parfois plus aux motivations des acteurs considérés comme relativement rationnels ou encore aux interactions entre individus.

Si la sociologie reste encore largement une discipline universitaire, de nombreux sociologues sont aujourd'hui employés par des institutions publiques, des collectivités territoriales ou des entreprises privées à fin d'expertise.

Le terme sociologie a été inventé par Auguste Comte en 1847 à partir du préfixe "socio" du mot latin socius signifiant « compagnon, associé » et du suffixe "logie" du terme grec ancien λόγος logos, signifiant « discours, parole » pour désigner une science humaine.

S'il est possible de dater avec une relative précision l'invention du mot sociologie, la production du premier cours de sociologie ou encore la constitution du premier département de sociologie, il est également toujours possible de reconnaître chez des auteurs antérieurs des formes de réflexion ou d'imagination sociologique. Le développement de la sociologie doit dès lors être saisi à partir d'un contexte historique spécifique, les trois révolutions, qui a suscité un développement des réflexions sociologiques et aboutit à l'institutionnalisation de la discipline.

L'étude de ce que nous appelons les sociétés n'a pas attendu l'invention du mot sociologie. La diversité des usages et des organisations a interpellé les penseurs et les historiens dès l'origine, en tout cas depuis qu'ils nous ont laissé des traces par l'écriture. Ainsi en est-il de Xénophon avec son Économique, de Platon, d'Aristote avec sa Politique, sa République, sa Poétique, son Organon, etc. de Zoroastre avec son Avesta. Hérodote, au Ve siècle av. J.-C., s'intéressait aux Égyptiens.

Pour les Temps modernes, c'est dans le Novum organum, la Grande restauration des sciences de Francis Bacon, et dans son tableau de classification des sciences, qu'on voit apparaître, sous l'intitulé de sciences humaines, un ensemble de disciplines portant sur les sociétés humaines ayant le même statut épistémologique que les sciences naturelles. Au XVIIIe siècle, plusieurs auteurs commencent à reconsidérer les mondes sociaux à partir de modèles mécaniques ou physiques de Newton : les positions et les relations entre les individus obéiraient à des lois semblables à celle de l'attraction universelle. Montesquieu, de même, ne doit pas être oublié, en particulier pour De l'esprit des lois dans lequel il propose d'appliquer une méthode inductive et comparative à l'analyse des systèmes politiques, afin d'en dégager les lois.

La volonté de constituer une « physique sociale », c’est-à-dire un savoir aussi objectif que les sciences physiques, mais qui porterait sur le domaine des organisations humaines et des relations sociales, émerge au début du XIXe siècle. Le premier à proposer une théorie "scientifique" des phénomènes sociaux au début du XIXe siècle est le comte de Saint Simon (1760-1825. Il lui donne le nom de physiologie sociale, qu'il replace dans une physiologie générale qui comprendrait aussi l'étude des êtres collectifs et de leur organisation. L'emploi du mot sociologie naît d'une petite querelle… Lorsqu’Auguste Comte, qui fut le secrétaire de Saint-Simon de 1817 à 1823, a voulu reprendre la création d'une science de la société, il l'a d'abord renommée « physique sociale »; Mais ce terme était déjà utilisé par un belge, Quételet (qui étudiait les phénomènes sociaux avec des statistiques). Il décida donc de créer le mot « sociologie ». Auguste Comte, développa des théories sociologiques dans le système de politique positive (1851-1854). On le considère souvent en France comme un des pères fondateurs de cette science.

On compte souvent parmi les précurseurs de la sociologie Alexis de Tocqueville (1805-1859), pour ses études sur la Révolution française (L'Ancien Régime et la Révolution) ou sur les États-Unis (De la démocratie en Amérique). Il analyse ici les sociétés et compare la société américaine et les sociétés européennes. Il sera d'ailleurs un visionnaire en ce qui concerne le concept de moyennisation de la société. La sociologie connut un développement intense et régulier au cours du XXe siècle. Émile Durkheim, qui s'inspira de certaines théories d'Auguste Comte pour renouveler cette science humaine, voulait en particulier « étudier les faits sociaux comme des choses »).

Si la sociologie émerge, au XIXe siècle, des essais et tentatives de saisir le fonctionnement de la société, c'est parce que des transformations majeures obligent les hommes à repenser les liens qui les unissent. Selon la formule de Jean Duvignaud, la sociologie peut-être présentée comme « la fille des révolutions ».

Tout d'abord, le XIXe siècle a été un moment de grande instabilité politique dans toute l'Europe. Depuis 1789, les régimes, les mouvements et les idéologies politiques se sont multipliés. Les insurrections et les guerres entre les nations européennes marquent ce siècle. L'ordre social ancien, fondé sur l'alliance du roi et de l'Église, a été discrédité, mais la possibilité qu'ont les sociétés de se définir elles-mêmes conduit d'abord à une multiplication des troubles et des revendications.

La révolution industrielle participe également de ce sentiment de vivre dans une société nouvelle. Les gestes artisanaux, qu'ils soient transmis dans la famille ou au sein d'organisations de compagnonnage, sont dévalorisés par les progrès techniques. De plus, l'exode rural détruit les formes traditionnelles d'organisation de la vie sociale. Pour les paysans devenus ouvriers, la dégradation des conditions de vie et la perte des supports communautaires conduit à une misère à la fois matérielle et morale. Aux mouvements de protestation politiques se mêlent des réactions individuelles qui inquiètent l’époque : vols, mendicité, errance.

L'ouvrage classique Communauté et société de Ferdinand Tönnies, d'abord publié en 1887, constitue une représentation forte de la rupture qu'a constitué le XIXe siècle. Il oppose la chaleur de la communauté, monde affectif mais clos fondé sur la famille, à la superficialité de la société, agrégat d'individus ayant d'abord des relations utilitaires.

La différence entre la sociologie et les discours politiques ou littéraires sera dès lors de tenter d'apporter une réponse scientifique à ces questions. La science a en effet elle même connu sa révolution ; le XIXe siècle est notamment marqué par le positivisme. La biologie, la physique et la chimie connaissent des progrès considérables qui transforment la façon dont les hommes perçoivent leur environnement matériel. Certaines de ces disciplines participent par ailleurs à la révolution industrielle et trouvent des applications techniques qui modifient fortement les modes de vie. La sociologie sera portée par ce positivisme et nombre de sociologues emprunteront leurs modèles d'analyse à la biologie ou la physique. Les progrès des sciences et leurs applications semblent donc prouver qu'un discours scientifiquement fondé peut permettre d'intervenir sur le monde et de répondre aux problèmes que le siècle pose.

Pour la plupart des sociologues, il s'agit donc de produire une représentation scientifique de la vie sociale capable de répondre aux problèmes que pose le XIXe siècle. Il s'agit donc de proposer une critique de la vie sociale moderne et des réponses aux problèmes les plus brûlants. Les questionnements des sociologues sont cependant très variables selon les pays.

Durkheim tient à concilier les acquis des révolutions, et d'abord l'autonomie individuelle, avec un ordre social stable. Dans la préface à son premier ouvrage, De la division du travail social, il affirme en effet : « Quant à la question qui a été à l'origine de ce travail, c'est celle des rapports de la personnalité individuelle et de la solidarité sociale. Comment se fait-il que, tout en devenant plus autonome, l'individu dépende plus étroitement de la société ? Comment peut-il être à la fois plus personnel et plus solidaire ? Car il est incontestable que les deux mouvements, si contradictoires qu'ils paraissent, se poursuivent parallèlement ». Si les sociétés peuvent concilier ordre et liberté, répond Durkheim, c'est grâce à la « division du travail ». Celle-ci doit en effet permettre de passer d'une solidarité mécanique, fondé sur la similitude, au développement d'une solidarité organique, c'est-à-dire résultant de l'interdépendance qui existe entre des individus aux activités différentes mais ayant besoin les uns des autres pour vivre.

La France est, quand Durkheim fonde la sociologie française, un pays où l'unité politique et étatique est forte, mais où subsistent de fortes identités régionales. L'État doit dès lors produire une société d'individu. Ainsi que le répète Durkheim, « le fait social est un fait moral », le développement de la société doit produire des individus à la personnalité plus forte : « La morale est ce qu'est la société… la première n'est forte que dans la mesure où la seconde est organisée ».

Chez Marx, pour qui l'étude scientifique des sociétés permet de saisir l'inéluctabilité de la révolution et de l'avènement d'une société communiste ; chez Pareto, qui cherche à saisir la naissance et la mort des élites ; ou chez Park qui veut comprendre comment la ville permet l'assimilation progressive des immigrés, la sociologie naissante apparaît donc d'abord comme un discours sur les problèmes résultant de "la modernité". La sociologie est alors une façon de répondre aux troubles politiques et économiques qui ont poussé les hommes à s'interroger sur leurs représentations de la vie sociale. Mais la sociologie ne pourra devenir une discipline qu'en s'affirmant comme une science et en accédant à l'université.

Si la sociologie française a retenu en Durkheim son « père fondateur » c'est en partie parce qu'il fut le premier à aborder la sociologie comme une discipline scientifique. Cela supposait d'une part un travail de clarification de son objet afin de le distinguer des discours concurrents sur la société, et d'autre part de faire reconnaître cette discipline en constituant une équipe de chercheurs, en créant des revues et finalement, en la faisant reconnaître par l'université.

La sociologie n'était pas à sa naissance le seul discours sur la modernité. Ainsi que le montre Georg Lukacs dans La signification présente du réalisme critique, la littérature, avec le roman et plus encore le réalisme, propose en effet des représentations de la vie sociale. Ainsi, dans Balzac et le réalisme français, il montre comment Honoré de Balzac cherche ainsi à construire une description complète de la société française : avant d'être renommé "comédie humaine" son cycle romanesque s'intitule "études sociales". Le lien, parfois conflictuel, entre discours sociologique et discours littéraire n'est cependant pas spécifiquement français. En Angleterre, H. G. Wells participe aux premiers congrès de sociologie, en Allemagne, les œuvres de Thomas Mann et Max Weber se répondent.

Selon Wolf Lepenies, la sociologie va dès lors se constituer un espace tiers entre science et littérature. Elle cherchera à se légitimer et à se différencier par son approche scientifique du monde social, sans toutefois jamais pouvoir atteindre le degré d'objectivité des sciences de la culture. La sociologie naissante s'inscrira dans d'importants débats épistémologiques auxquels elle apportera des réponses très différentes en France et en Allemagne.

Si la sociologie doit donc affronter les prétentions de la littérature à dire ce qu'est la vie sociale, elle doit également faire face, au sein des sciences, à la psychologie naissante. Durkheim s'évertuera ainsi à distinguer la sociologie de la philosophie d'une part, et de la psychologie d'autre part, dont il accusera son rival Gabriel Tarde. Ses inspirateurs déclarés, outre Auguste Comte, furent Montesquieu et Rousseau, et la « division du travail » le pivot de son œuvre, là où précisément le philosophe Durkheim rencontre le scientifique.

De Comte à Durkheim, le positivisme commence par une critique de l'économie politique, tout comme le marxisme, mais sur des postulats bien différents, concernant essentiellement la réalité accordée à la société comme existence antérieure à la personne et ontologiquement fondée.

Karl Marx est un autre penseur qui aura une profonde influence sur la pensée sociale et critique du XIXe siècle. C'est essentiellement en Allemagne qu'il deviendra un référent théorique majeur de la sociologie avec l'École de Francfort.

Comprendre le fonctionnement des sociétés constitue l'espoir d'un moyen de lutter pour l'avènement d'un monde plus juste (Karl Marx), de fonder scientifiquement une morale laïque indépendante des prescriptions des religions (Émile Durkheim), de lutter contre les « fléaux » de la société que sont la pauvreté, l'alcool, l'immoralité (Le Play), contre la révolution parfois (Gustave Le Bon).

Émile Durkheim est souvent considéré comme le père fondateur de la sociologie française. Le premier, il posa les bases d'une méthodologie scientifique pour la sociologie, en particulier dans l'ouvrage Les règles de la méthode sociologique (1895) dans la continuité De la division du travail social (1893), livre qui est issu de sa thèse. Sa méthode repose essentiellement sur la comparaison de statistiques et de caractéristiques quantitatives, cherchant à se libérer du subjectivisme lié à toute donnée qualitative et à débarrasser de tout a priori moral ou moralisateur l'effort pour comprendre un « fait social » comme dans son ouvrage intitulé Le Suicide (1897).

« (…) comprendre par interprétation l'activité sociale et par là d'expliquer causalement son déroulement et ses effet. Nous entendons par "activité" un comportement humain (…) quand et pour autant que l'agent ou les agents lui communiquent un sens subjectif. Et par activité "sociale", l'activité qui, d'après son sens visé par l'agent ou les agents se rapporte au comportement d'autrui, par rapport auquel, s'oriente son déroulement. »     — Économie et société, Plon, 1971, p. 4.

La discipline a été enseignée avec son nom en propre pour la première fois à l'université du Kansas à Lawrence aux États-Unis en 1890 par Frank Blackmar, avec pour titre du cours : Elements of Sociology. Le Department of History and Sociology à l'université du Kansas a été établi en 1891, et la première faculté indépendante de sociologie a été établie en 1892 à l'université de Chicago par Albion Small. Ce dernier a fondé en 1895 la revue American Journal of Sociology.

Le premier département européen de sociologie a été fondé en 1895 à l'université de Bordeaux en France par Émile Durkheim. Ce dernier a fondé L'Année sociologique en 1896. En 1919, un département de sociologie a été établi en Allemagne à l'université Louis-et-Maximilien à Munich par Max Weber. Un autre a été mis en place en 1920 par Florian Znaniecki en Pologne. Les premiers départements de sociologie au Royaume-Uni ont été fondés après la deuxième guerre mondiale.

La coopération internationale en sociologie a commencé en 1893 quand René Worms a fondé l'Institut international de sociologie, éclipsé par l'Association internationale de sociologie en 1949 (actuellement présidée par le français Michel Wieviorka). En 1905, l'« American Sociological Association » a été fondée et Lester Frank Ward a été choisi comme son premier président.

Il existe une association regroupant les sociologues français : l'Association Française de Sociologie (AFS) actuellement présidée par Dan Ferrand-Bechmann. Par ailleurs, il existe une association internationale francophone : l'Association Internationale des Sociologues de Langue Française (AISLF), actuellement dirigée par Monique Hirschhorn.

Deux points de vue s'opposent souvent à l'intérieur de la sociologie : le paradigme holistique d'Émile Durkheim et le paradigme atomistique défini par Max Weber.

Celui d'Émile Durkheim est dit paradigme holistique (du grec holos : qui forme un tout). Pour lui et ceux qui se réclament de son héritage, la société est un holon, un tout qui est supérieur à la somme de ses parties, elle préexiste à l’individu et les individus sont agis par elle. Dans ce cadre, la société englobe les individus et la conscience individuelle n'est vue que comme un fragment de la conscience collective.

Selon ce point de vue, l'objet des recherches sociologiques est le fait social, qu'il faut traiter comme une chose, sa cause devant être cherchée dans des faits sociaux antérieurs. Le fait social, qui fait l'objet d'une institutionnalisation, est extérieur à l’individu et exerce une contrainte sur ce dernier. Les individus sont donc encadrés dans des institutions, elles-mêmes insérées dans des structures homologues les unes par rapport aux autres. La sociologie est alors la science des invariants institutionnels dans lesquels se situent les phénomènes observables.

Marcel Mauss imprimera une inflexion significative à cette doctrine en arguant de la nécessité de décrire complètement et dans leur totalité les formes dans lesquelles le phénomène apparaît pour révéler leur secret. Analyser le concret interdit de négliger la sensibilité au vécu.

Plus récent mais certainement porteur, Jean Baechler a développé un paradigme entre l'histoire et la sociologie, une méthode qui reprend certains axes des études simmeliennes, et qui se pose sur les fondements des critiques de la raison historique recensées par R. Aron pour rendre compte du devenir des phénomènes sociaux macroscopiques.

Le point de vue de Max Weber est différent, c'est le paradigme atomistique. Pour lui, et plus certainement encore pour Georg Simmel, chaque individu est un atome social. Les atomes agissent en fonction de motifs, intérêts, d’émotions propres et sont liés aux autres atomes. Un système d'interactions constantes entre les atomes produit et reproduit la société.

Selon ce point de vue, l'objet des recherches sociologiques est l'action sociale. Les acteurs n’agissent pas de façon mécanique. L’accent est porté sur la cause des actions sociales et le sens donné par les individus à leurs actions. On ne cherche plus des arrangements d’institutions mais un horizon de significations qui servent de références. L’institution est là mais elle sert les motifs et les intérêts des agents et les serre : c'est la « cage de fer » de la bureaucratie.

D'autres paradigmes fonctionnent dans la sociologie. On peut citer l'idée que toute société doit organiser les conflits que fabriquent nécessairement les inégalités fondées sur des différences. Les concepts constituent un des outils qui permettent de décrire/interpréter le réel avec assez de rigueur pour élaborer une connaissance qui tend vers la scientificité. Ainsi, Durkheim a construit le concept de « fait social » ou celui d'« anomie ».

Plus près de nous, Pierre Bourdieu a développé ses analyses grâce aux concepts d'« habitus », de « reproduction ». L'émergence récente d'une analyse sociologique fondée sur les réseaux sociaux suggère des pistes de recherche dépassant l'opposition entre approche holistique et approche atomistique. De même, la sociologie pragmatique a considérablement modifié les manières de lier logiques d'enquêtes, productions de modèles et styles de restitution des travaux.

La sociologie contemporaine a, pour beaucoup, limité ses ambitions : elle se limite à l'étude des organisations humaines et institutions sociales, en utilisant principalement une méthode comparative ; elle s'est concentrée sur l'étude de l'organisation des sociétés industrielles complexes, c'est-à-dire des sociétés occidentales. Ce recentrage a laissé le domaine de l'étude des comportements de groupe à la psychologie sociale.

Par ailleurs l'anthropologie, née des conquêtes coloniales et de l'étude des peuples qu'elle appellera trop longtemps primitifs, recherche des traces de l'évolution de l'homme (comme espèce dans le cas de l'anthropologie physique et de l'évolution des sociétés dans celui de l'anthropologie sociale). Néanmoins, certains anthropologues ont aussi mené leurs études dans les sociétés industrialisées. Aujourd'hui, la sociologie et l'anthropologie se différencient plus par leurs méthodes et leurs théories, que par l'objet de leurs études.

La sociologie n'est pas faite d'un ensemble structuré autour des mêmes fondements et dans lequel tous les auteurs partageraient les mêmes conceptions de ce qui est scientifique et de ce qui ne le serait pas, de ce qu'il faut attendre de la science, du rapport à la modernité.

Les auteurs, les écoles et les courants choisissent tel critère ou tel autre (structurel, fonctionnel, conventionnel, etc.), tel concept heuristique contre tel autre, telle accroche au réel plutôt que telle autre (interactionnisme, institutionnalisme, régulationnisme, actionnisme, etc.) sans toujours préciser explicitement ce qu'ils retiennent et ce qu'ils rejettent des plans méthodologique et métaphysique où ils déploient leur projet politique et scientifique, où se sédimentent des traditions (manifestes ou oubliées par l'histoire de la discipline ) et des conceptions du rapport social divergentes et pas forcément solidaires, voire peu enclines à discuter entre elles.

En conséquence, les modélisations de cette « science », elles-mêmes différentes dans le temps, tendent à faire varier aussi bien la place relative des différentes problématiques que les ambitions de la sociologie. Selon François Dubet, « la dispersion est devenue la règle et la combinaison des modèles remplace l'ancienne unité. Dans ce cas la crise d'une sociologie est aussi la crise de la sociologie en tant que type de pensée sociale de la “modernité” et de modèle global auto-suffisant ayant été le projet même de la sociologie ».

Enfin, la question du partage de ce projet (particulièrement sensible quant il s'agit de labelliser telle ou telle pensée comme relevant de l'entreprise sociologique ou non) se répercute dans la propension de la discipline à tolérer ou exclure des objets (c'est-à-dire, en fait, à en dessiner les contours) – dit autrement, depuis la sociologie professionnelle, dans la place faite aux affects subjectifs qui déterminent le désir de chercher. Pour emprunter à Luc Boltanski, la « sociologie d'expertise » se caractériserait par son obéissance à des critères unidimensionnels d'exploration des objets qu'elle se donne, quand la « sociologie critique » viserait à assumer leur multidimensionnalité.

L'étude des phénomènes sociaux se fait par le biais d'un certain nombre d'outils qui permettent au sociologue d'appréhender des phénomènes dont l'échelle dépasse ses possibilités de perception individuelle, mais aussi de limiter les inductions qu'il fait au cours de son travail. Parmi ces outils, on peut trouver : le questionnaire, le sondage, l'observation in situ (participante ou non), l'entretien, le récit de vie, l'analyse en groupe (ou « focus group »), l'analyse de contenu, l'herméneutique, l'analyse statistique, l'analyse des réseaux sociaux, la recherche-action.

Le sociologue est avant tout un être humain avec, entre autre, des sensations, des impressions et des opinions. Pour s'affranchir de cet état lors d'une recherche, l'application de méthodes reconnues par ses pairs permet au chercheur de légitimer son approche d'un phénomène social. Quoi observer ? Pourquoi ? Telles peuvent être les premières questions d'un chercheur sur l'objet de sa recherche. Généralement, les méthodes sociologiques se scindent en deux catégories complémentaires ; les méthodes quantitatives et les méthodes qualitatives.

Les études quantitatives permettent l'étude des ensembles, la comparaison des unités vis-à-vis de tendances générales. La précaution à prendre au préalable est de définir des unités comparables et les indicateurs, ainsi que de savoir précisément ce que le chercheur veut comparer. Les limites des études quantitatives sont atteintes lorsque le chercheur s'interroge sur un phénomène unique ou sur des trajectoires biographiques. Les statistiques et les sondages sont les outils principaux de l'étude quantitative.

Observation détaillée, description de situation, c'est-à-dire une analyse de discours, un outil de codage qui permettent de faire ressortir les typologies, des tendances générales etc. Ainsi, parmi les méthodes utilisées dans l'enquête sociologique, on retrouvera notamment l'entretien et l'observation.

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Sociologie des organisations

Frederick Taylor

La sociologie des organisations est une branche de la sociologie qui étudie comment les acteurs construisent et coordonnent des activités organisées. La sociologie des organisations est une science sociale qui étudie des entités particulières nommées organisations, et qui applique les méthodes sociologiques à l'étude de ces entités. Elle fait partie de l'ensemble plus global de la théorie des organisations.

C'est vers la fin du XIXe siècle que les premières études sociologiques du phénomène organisationnel apparaissent. Elles sont liées à un double mouvement : le développement des grandes industries et des bureaucraties, la constitution de la sociologie comme corps de connaissance distinct.

Trois auteurs vont se démarquer. Ils vont produire des travaux parallèles et complémentaires.

En France, Henri Fayol, un ingénieur français, s'intéresse quant à lui aux différents types d'administrations. Il cherche les procédés de gestion qui sont les mieux adaptés pour établir une administration optimale. Il est considéré comme le père du management moderne. Sa théorie prendra plus tard l'appellation de Fayolisme.

Au sein du corpus, il existe de nombreuses approches qui mélangent sociologie et psychologie.

Les travaux des précurseurs sont essentiellement normatifs, ou bien le champ d'étude qu'ils couvrent est trop vaste pour permettre la constitution d'une véritable discipline. En fait, la sociologie des organisations va réellement émerger avec le développement de l'École des relations humaines.

Cette école, née dans les années 1930 aux États-Unis d’Amérique, est dominée par la personnalité d'Elton Mayo. Elle affirme, contre le taylorisme, le rôle essentiel du facteur humain et relationnel dans la détermination de la productivité économique. Elle réintroduit donc les facteurs psycho-sociaux au cœur de l'analyse organisationnelle, laissant ainsi le champ ouvert à l'application des méthodes issues de l'analyse sociologique. À partir de cette analyse, des auteurs comme Abraham Maslow ou Frederick Herzberg ont approfondis la motivation au sein des organisations.

Les théories issues de la socio-psychanalyse sont des approches qui appliquent les concepts et les méthodes psychanalytiques aux organisations. Certaines s'inspirent des théories de Lacan, d'autres comme celles d'Eugène Enriquez, exploitent et prolongent les travaux de Freud sur la psychologie des foules.

Les théories issues de la psychologie sociale étudient la dynamique de groupe dans les organisations, d'autres les relations informelles : amitiés, influence, pouvoir, persuasion, leadership, conformisme, etc. Un courant est également né autour des Théories des besoins et des motivations.

On substitue donc avec Sainsaulieu une approche du pouvoir en termes d'identité à une approche du pouvoir en termes d'utilité. Fondamentalement, le pouvoir, la négociation dans l'action deviennent aussi importants, si ce n'est plus, que le contenu des négociations.

Certaines approches tentent d'utiliser les sciences cognitives, la sociologie qualitative, la micro-sociologie, l'interactionnisme symbolique ou l'ethnométhodologie pour mieux comprendre le fonctionnement des organisations. Très souvent, elles s'appuient sur une méthodologie compréhensive et sur des observations détaillées du terrain organisationnel. Erving Goffman a ainsi introduit le fameux concept d'institution totale. Une approche également prometteuse en sociologie des organisations nous est fournie par la sociologie de la traduction de Michel Callon et Bruno Latour. Elle permet elle aussi d'aborder des thématiques plus ou moins négligées par le corpus classique. Elle se concentre sur les phénomènes de réseau, sur les méthodes d'intervention au sein de ces réseaux et sur la constitution du savoir au sein des organisations.

Le management a un corpus à cheval entre la sociologie des organisations et l'économie des organisations. Au sein du corpus de la sociologie des organisations, l'école de la contingence mélange sociologie et management.

Les décennies 1950 et 1960 voient naître avec le Tavistock Institute de Londres, l'école dite socio-technique. Cette école étudie le lien entre les systèmes techniques et humains. Elle part du constat que les changements technologiques ont un impact déterminant sur le fonctionnement des groupes et sur les individus qui les composent. Ce qui implique que les décisions doivent tenir compte des facteurs humains (qualifications, attentes, sentiments, valeurs) et de l’environnement (équipement, machinerie, procédés, horaires de travail, conditions de travail). L'école systémique va s'inscrire en prolongation des travaux de cette école.

Dans le prolongement de l'école socio-technique, l'école de la contingence tente de rendre compte de la manière dont se structurent les organisations en étudiant l'influence des variables de contexte sur les caractéristiques des organisations. À la différence de la conception taylorienne essentiellement normative de la bonne organisation « en soi », Henri Mintzberg, le principal représentant de l'école de la contingence, affirme que la structure organisationnelle est liée à la nature de l'environnement, mais elle ne l'est pas de manière mécanique ou déterministe. Car la structure dépend également des buts que se fixent les dirigeants. En fait, les mécanismes régulateurs internes d'une organisation doivent être aussi variés que l'environnement avec lequel elle doit composer.

Tout acte de management a une influence sur l'organisation de l'entreprise. Ainsi, de nombreux auteurs ont participé à l'analyse de la sociologie des organisations en traitant de management. C'est par exemple le psychologue Rensis Likert qui chercha à prouver qu'un encadrement participatif améliore le climat social de l'entreprise. De même Peter Drucker prônera la décentralisation du pouvoir et la direction par objectif...

Au sein du corpus, il existe de nombreuses approches à fortes connotations sociopolitiques.

La théorie de l'acteur stratégique, élaborée par Michel Crozier et Erhard Friedberg suppose qu'il n'est pas possible de considérer que le jeu des acteurs n'est déterminé que par la cohérence du système ou par les contraintes environnementales. On doit chercher en priorité à comprendre comment se construisent les actions collectives à partir de comportements et d'intérêts individuels parfois contradictoires entre eux. Donc, au lieu de relier la structure organisationnelle à un ensemble de facteurs externes, cette théorie l'appréhende comme un construit humain, rejoignant en cela une démarche qui situe les déterminants causals comme allant principalement de l'individu vers la structure (l'individualisme méthodologique) et non de la structure vers l'individu (structuralisme).

L'analyse stratégique reste assez imprécise sur la façon dont se construisent les règles. Elle met surtout en avant les stratégies des acteurs vis à vis des règles déjà en place, et insiste principalement sur le comportement rationnel des acteurs vis à vis de ces règles. La théorie de la régulation sociale de Jean-Daniel Reynaud essaie de combler cette lacune, tout en restant dans la continuité de l'analyse stratégique, en étudiant les mécanismes qui interviennent dans la production, le maintien, la destruction et l'application des règles dans les organisations. Il tente donc de comprendre comment s'effectue la construction des règles, celles par lesquelles un groupe social se structure et devient capable d'actions collectives. En cela, il conduit à envisager l'ordre social non plus de manière statique, mais au contraire à la manière d'un ordre négocié et dynamique.

La première approche s'oriente dans deux directions.

Ces approches ont eu à essuyer diverses critiques. Elles présenteraient l'inconvénient de ne pas rendre compte de l'autonomie du phénomène organisationnel, et de sa capacité à gérer les relations et la coordination d'individus relativement libres et unis dans un but collectif. De plus, elles présupposeraient que les réponses des individus sont plus ou moins mécaniques, et déterminées pas à un modèle culturel imposé de l'extérieur. Pourtant dans une organisation, le système de valeurs et le système de règles ne sont pas figés. Ils sont dynamiques, et s'adaptent aussi bien à l'environnement, qu'aux modifications contextuelle des situations internes à l'organisation.

Une autre approche permet de corriger ce biais, c'est celle de l'étude des micro-cultures. Elle a été développée entre autres, par Michel Liu. Elle permet d'analyser les organisations en combinant les apports de l'école culturaliste, de la sociologie qualitative, de l'interactionnisme symbolique, et de l'école socio-technique.

La culture se repère ainsi à travers la construction de règles issues en partie de la situation d'action, en partie des représentations des relations entre acteurs.

On montre alors que l'application d'une régulation de contrôle peut se heurter à la micro-culture d'une entreprise ou d'un atelier. Les acteurs gardant, du fait du pouvoir de négociation que leur confèrent les zones d'incertitude, la possibilité de faire échouer les règles qui émanent de la direction. Par conséquent, un changement organisationnel doit être accompagné de la prise en compte de ces règles sociétales. Et ces règles ont été le plus souvent élaborées et sélectionnées au cours d'un long processus d'essais et d'erreurs, qui a permis l'accumulation et l'amélioration d'un savoir-faire local. Les règles peuvent alors servir une ou plusieurs finalités masquées. Et ces finalités seront le plus souvent méconnues du régulateur, dans la mesure où n'étant pas intégré dans le contexte de travail, il n'a pas accès à « l'historique » de cette règle au moment où il entreprend d'exercer son pouvoir de régulation.

Pourtant, ces règles ont une fonction cruciale au sein de l'organisation. Par exemple, si dans un atelier, il est de coutume d'accueillir sèchement les nouveaux venus, il ne faut pas pour autant en conclure à l'existence d'un sentiment hostile qui viserait à écarter des concurrents potentiels. En fait, une telle règle a une toute autre finalité. Elle permet de sélectionner les travailleurs en testant leur capacité de résistance, tout en les habituant aux conditions de travail difficiles qui règnent dans l'organisation.

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Revues de sociologie

Une revue de sociologie, comme les autres types de revues scientifiques, représente un organe de diffusion scientifique majeur. Publier dans une revue donne à la fois à l’article et à son auteur une certaine légitimité scientifique, et donc l’autorité associée à la notion de science. Cette légitimité et cette reconnaissance vont varier selon certains paramètres, tels que le prestige de la revue dans laquelle l’article est publié.

Des analyses permettent de comprendre la diffusion et la construction sociale de la sociologie. On peut aussi percevoir la revue comme un lieu social à travers lequel se reflètent des jeux de pouvoirs, conflits et diverses stratégies liées au champ scientifique et à ses acteurs.

On peut poser l’hypothèse qu’un fossé se forme entre l’idée sociale qu’on se fait de la construction et la diffusion de la science (critères de scientificité strict et précis), et la manière dont celle-ci se construit et se diffuse « en réalité ».

La liste ci-dessous (non exhaustive) récapitule les revues représentatives de la sociologie et de ses différentes branches.

La première rubrique traite des revues typiques de la discipline soit qu'elles l'annoncent dans leur titre, soit qu'elles soient liées explicitement à un centre de recherche en sociologie. La seconde rubrique s'intéresse aux revues interdisciplinaires accueillant des articles de sociologie. Une troisième rubrique s'intéresse aux revues dans une autre langue que le français.

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Sociologie du droit

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La sociologie du droit (ou sociologie juridique) est la branche (ou sous-discipline) de la sociologie qui étudie les phénomènes juridiques en prêtant attention aux pratiques effectives des acteurs du champ juridique, et non simplement aux textes réglementaires. Cette discipline entretient des rapports complexes avec le droit d'une part, et la théorie ou science du droit.

Le juriste italien Dionisio Anzilotti a été le premier, en 1892, à utiliser l'expression « sociologie juridique » . En France, ce n'est cependant qu'après la Seconde guerre mondiale que la sociologie du droit s'imposa progressivement dans les facultés de droit, en particulier sous l'égide de Henri Lévy-Bruhl, qui en est la figure titulaire de 1926 à sa mort en 1964 .

En 1966, François Terré affirmait que « (...) la sociologie juridique avait obtenu, en France, droit de cité ». La formule introduit l’ambiguïté fondatrice propre à la discipline. En effet, le droit de cité ne figure pas dans le droit formel.

En effet, selon la formulation, par Kelsen, des thèses classiques du positivisme juridique, l'étude sociologique du droit ne peut prétendre au statut de « science du droit », au sens où la théorie du droit serait exclusivement concerné par l'aspect formel du droit, ou la validité de la norme, et non par son efficacité. La question des comportements sociaux est ainsi derechef exclue par Kelsen, dans une très large mesure, de l'étude scientifique du droit.

Batifol fait une synthèse des thèmes durkheimiens appliqués au droit : « le phénomène juridique premier est la coutume, dont le caractère social est le plus manifeste en raison de sa formation spontanée, et qui est justiciable au premier chef de la méthode d’observation. (...) La loi apparaît moins directement comme un fait social, parce qu’elle est œuvre volontaire ; mais son objectif doit être de lire dans les faits sociaux les règles qu’elle doit consacrer, au besoin en les aménageant ; il en va de même de la jurisprudence. (...) l’activité du législateur et du juge est à son tour un phénomène social justiciable des mêmes méthodes que le droit spontané. Il résulte de la pression sociale sur la conscience des législateurs ou juges. On doit donc y retrouver l’expression de la conscience collective. (...) Le droit étant le produit de la conscience collective est lié à la société, en ce double sens que tout droit est engendré par la société, mais aussi mène donc à voir le phénomène juridique dans les règles d’organisation de tout groupement humain, qu’il s’agisse de la plus modeste association aussi bien que du plus puissant État, ou de la communauté internationale (...) ». François Chazel fait état d’un véritable programme de recherche élaboré par Émile Durkheim, cependant éparpillé, et fait la description de trois traits essentiels de ce programme. La solidarité a une expression, un symbole visible : le droit et « En effet, la vie sociale, partout où elle existe d’une manière durable, tend inévitablement à prendre une forme définie et à s’organiser, et le droit n’est autre chose que cette organisation même, dans ce qu’elle a de plus stable et de plus précis ». Il fait néanmoins une différence entre les règles relevant du droit et celles qui relèvent de la morale. Il y a deux espèces de droit : celui des sanctions répressives et celui des sanctions restitutives. D’autre part, crime et peine sont indissolublement liés et font du premier un phénomène normal.

Dans Économie et société, Max Weber, juriste de formation, a appliqué sa méthode compréhensive à la sociologie juridique. Sa réflexion s’articule d’abord autour de la validité légitime que donnent les acteurs sociaux à un ordre. Il distingue quatre causes à cette reconnaissance de validité : la tradition, la croyance affective, la croyance rationnelle (distincte de la précédente parce qu’elle est teintée d’idée de justice) et la disposition positive dont le caractère est légal soit du fait d’une loi, soit du fait d’une entente des intéressés. Le critère entre droit et non droit se situe dans l’existence ou non de contraintes physiques ou psychiques exercées par des personnes spécifiques, qu’il appelle le personnel du droit. La convention violée n’entraîne que la désapprobation efficace sans l’intervention de personnes sanctionnantes. Dans son ouvrage, il définit aussi une loi d’évolution du droit dont il décrit les quatre étapes : la révélation charismatique du droit par les prophètes juridiques, la création et l’application du droit par des notabilités judiciaires, l’octroi du droit par des pouvoirs théocratiques ou des pouvoirs profanes et l’élaboration systématique du droit par les juristes professionnels. Il remarque une renaissance, de nos jours, du pluralisme juridique qui s’oppose au positivisme moniste où les juristes se rangent du côté du pouvoir politique. Pour Max Weber, la sociologie du droit doit s’intégrer à celle du politique puisqu’il est question de domination de l’homme par l’homme. Ces quelques lignes relèvent les seuls points marquants et résumés de ce texte riche et parfois difficile d’accès. D’autre part, « La sociologie du droit est consacrée à la rationalisation du droit moderne dont le caractère propre est d’être rationnel en divers sens à la fois : généralisation, systématisation, construction de concepts juridiques, solution logique des problèmes par application de principes. Il suit à travers l’histoire l’opposition fondamentale d’une justice matérielle qui, directement appliquée au cas particuliers, est con, forme au sens de justice mais livrée à l’arbitraire, et d’une légalité formelle qui juge selon la norme (Kadi-Justiz d’une part et justice selon les textes d’autres part) ». « Mais cette rationalisation, qui est un des traits de la société moderne à l’âge industriel, n’est acquise qu’au prix d’un désenchantement qui peut être douloureux.

Weber pose les bases de la sociologie de l’autorité mais qui est incluse dans la sociologie du politique. On a comme un cercle fermé de l’autorité au politique en passant par les règles juridiques. Cette circularité est d’ailleurs concomitante à une volonté d’inscrire le droit dans une typologie d’ordre historique. Cependant la « construction idéaltypique» n’est pas ici achevée. L’accentuation d’une globalisation du fait juridique dont le critère généralisé se rapporte à l’autorité validée, bien que pertinent, rend pas bien compte de l’arbitrage juridique moderne entre les simples particuliers (droit du divorce et de l’adoption par exemple) ou encore relatif à la préservation de la nature (droit rural et de l’environnement). Dans ces types de situation, la régulation juridique ne s’appuie pas sur une question de pouvoir détenu et utilisé entre les protagonistes sinon par l’intermédiaire de la société qui aurait « mis en place» un certain type de conception dans un domaine concerné (la nationalité par exemple). On peut avancer comme critère déterminant alors, une certaine idéologie au substrat naturel, coutumier ou culturel.

La loi sur l’air (1996) se veut alors le résultat d’un constat de pollution dans les grandes villes et l’émergence dans l’opinion publique d’une prise de conscience des risques encourus pour la santé et du besoin de réagir. Il est difficile aussi, en ne s’en tenant qu’au critère de validité de l’autorité, de rendre compte de la mise en place d’un tribunal pénal international créé spécialement pour juger les crimes en ex-Yougoslavie. Ainsi pour le droit, si des relations de pouvoir interagissent pour son élaboration et pour sa pratique, il prédétermine par lui-même, peut-on dire, beaucoup de comportements sociaux à l’intérieur de sa sphère.

Le sociologue du droit, selon Jacques Grosclaude commentant l’ouvrage de Max Weber, s’intéresse à la « compréhension de la norme et répercussions sur les conduites sociales». Cette interprétation met le doigt sur les « conduites sociales» ainsi que sur la substance, le contenu artificiel, c’est-à-dire construit, de la loi. Les processus et pratiques relatifs au droit n’ont pas nécessairement pour composante principale l’autorité. Par la “compréhension de la norme”, il semble que la science du droit soit incluse dans la sociologie du droit.

Les thèses marxistes considèrent que « le droit est l’expression exclusive de la domination d’une classe — classe capitaliste ou classe ouvrière, selon les époques de l’histoire, (...) ».

Georges Gurvitch, sans nier les apports de Émile Durkheim, Max Weber, des juristes sociologues (Léon Duguit, Emmanuel Lévy, Maurice Hauriou), des écoles américaines du « social control » (Thomas M. Cooley), de la « jurisprudence sociologique » (Wendell Holmes, Oliver Cardozzo, Roscoew Pound), « réalisme judiciaire » (Llewelyn, Franck, Arnold), et pour finir de Eugêne Ehrlich, en fait une critique systématique. Il remarque, par exemple, que « la définition du droit par Durkheim est à la fois trop large et trop étroite ». Le droit ne peut être défini par des sanctions organisées, car ces dernières présupposent déjà du droit pour organiser les sanctions. Les genres du droit sont différentes des contraintes. Il écrit que « Weber a réduit la tâche de cette branche de la sociologie à l’étude de la mesure de probabilité, des "chances" des conduites sociales, effectués d’après les schémas cohérents de règles juridiques qui sont élaborées par les juristes d’un type particulier de société. mais il n’a pas été fidèle à cette base étroite». Il s’étonne que ce dernier finisse son œuvre sur une « loi tendancielle du droit» qui va à l’encontre de ses principes méthodologiques.

Georges Gurvitch définit la sociologie juridique comme « l’étude de la plénitude la réalité sociale du droit, qui met les genres, les ordonnancements et les systèmes de droit, ainsi que ses formes de constatation et d’expression, en corrélations fonctionnelles avec les types de cadres sociaux appropriés ; elle recherche en même temps les variations de l’importance du droit, la fluctuations de ses techniques et doctrines, le rôle diversifié des groupes de juristes, enfin les régularités tendancielles de la genèse du droit et des facteurs de celle-ci à l’intérieur des structures sociales globales et partielles ». Il définit et fonde le fait juridique en s’appuyant sur l’expérience juridique qui « consiste en la reconnaissance collective des faits normatifs réalisant un des multiples aspects de la justice dans un cadre social donné qu’il s’agit de protéger ».

La définition de cet auteur a une volonté globalisante remarquable dont la complexité efface celle qu’il a écrite en 1940 : « la sociologie juridique systématique a pour tâche d’étudier le rapport fonctionnel entre la réalité sociale et les espèces du droit » beaucoup plus simple mais qui insiste dès l’intitulé sur la nécessité, semble-t-il, d’études nombreuses et sans exclusive et d’une sociologie systématique.

Par contre, dans la définition citée plus haut, le critère de l’« expérience juridique» apparaît opératoire bien que peu explicité. En effet, les expressions utilisées « aspects de la justice» et « cadre social qu’il s’agit de protéger» ouvrent à ce sur quoi doit porter l’observation et l’analyse, et donne une orientation pratique qu’il faut soumettre à la critique : la protection d’un certain ordre. Nous ne devons pas comprendre cette dernière expression comme « conservatisme» au sens politique attribué généralement. L’interprétation juste nous semble être « régulation d’un certain ordre».

Un exemple récent illustre cet aspect de régulation sociale. Il nous est donné par les interprétations de la Cour de Cassation à propos des dispositions légales relatives aux licenciements collectifs. Il s’agit notamment des arrêts dits Samaritaine. La haute cour (Cour de Cassation française) a dit qu’il fallait réintégrer des salariés plus de deux ans après leur licenciement. Ces nouvelles interprétations de l’amendement Aubry pour le contrôle des licenciements collectifs et des plans sociaux (les arrêts Samaritaine 13/02/1997 sont ceux qui ont suscités le plus de débats, auparavant, il y a eu les arrêts Sietam, du 16/04/1996, Majorette et Framatome, du 03/12/1996,...) sont vécues dans les milieux patronaux comme une « insécurité juridique renforcé ». Dans les milieux syndicalistes, on perçoit les positions du grand tribunal comme une justice aux aides importantes offertes aux entreprises sans que le nombre d’emplois n’évolue favorablement. Nécessairement, on observe que le Cour de Cassation prend nettement position en faveur des salariés (dans un contexte grandissant de pauvreté et d’exclusion) comme si elle tenait à faire peser la balance de leur côté. De cette façon, sans jamais que ça soit explicite, elle aurait apporté, à son niveau, comme une contribution de type humanitaire aux revendications de l’opinion publique. En tout cas, il y a bien eu remise en cause d’un système légal du congédiement collectif favorable aux employeurs. Au delà du contrôle de l’ensemble des juridictions sur l’ensemble du territoire national, on peut remarquer la recherche d’un équilibre nouveau à une certaine tendance perçue, semble-t-il comme néfaste. C’est le débat qui s’est ensuivi qui permet une telle extrapolation mais on ne peut pas focaliser tout sur cette seule vison des choses. On sait par exemple que les hauts magistrats sont débordés par de nombreux recours. Leur réaction peut être tout simplement défensive en protestant d’une certaine façon par rapport aux plans sociaux des entreprises. En d’autres occasions, en gardant l’exemple de la Cour de Cassation, il y aura bien « conservatisme» dans les arrêts préservant un certain type de droit.

La notion de régulation a toutefois une importance relative dans le domaine de la sociologie du droit. Elle est issue ou générée par l’idée de démarche tendancielle de la société relevant d’une sorte de modélisation. Ce « dessein supérieur» demande bien plus qu’une simple affirmation, il faut, nous semble-t-il, un très grand nombre de démonstrations.

L’objectif de l’ouvrage dirigé par Renato Treves est de constater le développement de la sociologie juridique. Afin de mettre en œuvre une véritable collaboration internationale dans ce domaine, un panorama par pays est présenté pour la discipline : Scandinavie, Hollande, Japon, URSS, Hongrie, Yougoslavie, Pologne, Amérique Latine, États Unis d’Amérique, France, Italie et Allemagne de l’Est. François Terré a exposé un bilan pour la France.

François Terré, dans son bilan, place la sociologie juridique française « à l’ombre de la sociologie générale ». Il traite d’abord des « précédents », puis de la « situation actuelle» de la sociologie juridique dans ses rapports avec les autres sociologies (générale, politique, du travail de la famille, ... ), enfin, il fait un bilan de l’orientation des travaux en cours. Il cite Montesquieu comme précurseur. Citant le Manuel de sociologie de Cuvillier (Paris, 1950, p. 9), Terré rapporte l’idée d'Auguste Comte selon laquelle « les faits sociaux sont assujettis aux lois » mais qu’ « ils ne requièrent pas d’observation spécifique » puisqu’ils sont reliés à d’autres faits sociaux plus globaux. Pour sa part, Durkheim a orienté la recherche plus vers une sociologie du droit qu’une sociologie juridique comme si le droit devait profiter des recherches sociologiques. Les disciples de Durkheim ont fait évolué la recherches vers des champs plus disparates. Terré rappelle les velléités globalisantes de la sociologie juridique naissante ainsi que les typologies complexes de Georges Gurvitch. Une autre orientation consistait à construire une nouvelle théorie générale du droit (Duguit et Hauriou) avec les apports de la sociologie du droit. Les attirances, soit vers la sociologie générale, soit vers le droit, créèrent une certaine confusion. Le « pionnier» de la sociologie juridique est un « disciple en voie indirecte» de Durkheim : Lévy-Bruhl.

Il reste deux problèmes à traiter : la définition et la méthode. Le droit constitutionnel relève de la sociologie politique. Le développement incontestable de la sociologie du travail doit être signalé. La convergence avec la sociologie juridique concerne le droit du travail et la compétence des conseils de prud’hommes (consigli di probiviri). Mais force est de constater que la sociologie du travail s’intéresse peu au droit du travail. Le front principal de la sociologie juridique semble être face à la sociologie de la famille. Reste encore la confrontation avec le droit, le droit comparé et l’histoire du droit. On a parfois considéré la sociologie juridique comme une branche de la philosophie du droit mais c’est parce que la sociologie juridique ne peut pas se passer par exemple de « comparaison spatio-temporelle». Enfin reste le problème du théorique et de l’empirique. Page 323, Terré aborde la question des sources de la sociologie juridique : les archives et les statistiques, l’analyse de la jurisprudence. Les problèmes méthodologiques relève d’abord de l’appréhension des techniques du droit et son langage, ensuite la mise à la portée des « profanes» des recherches.

François Terré distingue des contributions à la « sociologie juridique spéciale » et à la « sociologie juridique générale ». Par spéciale, il entend ce qui concerne l’individu et son environnement et l’individu et son activité (p. 329). Il s’agit principalement des questions relatives à la famille, le place de la femme, le divorce et la filiation, c’est-à-dire l’individu personne juridique dans sa vie privée (hors la criminologie et la sociologie criminelle) et la vie professionnelle. La sociologie juridique générale se rapporte à une recherche plus théorique : la « spécificité du juridique» notamment dans ses aspects historiques et ethnologiques, l’explication sociologique de la « diversité du phénomène juridique », l’étude de la « caste des juristes » et le comportement des non-juristes quant à la « genèse particulière de la norme juridique», et le « vécu de la norme juridique», le « dialogue» entre le fait et le droit. Terré conclut en exposant que les recherches empiriques vont plus vite que les recherches théoriques.

Dans sa Sociologie du droit, Henri Lévy-Bruhl propose sa propre définition du droit : « Le droit est l’ensemble des règles obligatoires déterminant les rapports sociaux imposés à tout moment par le groupe auquel on appartient » Il conteste la doctrine et affirme que « les règles juridiques, pour le sociologue, n’ont pas de caractère stable et perpétuel» . Il distingue le droit et la religion par la prééminence de sanctions surnaturelles, et le droit de la morale dont le domaine est la conscience individuelle et dont la sanction est la désapprobation. Il signale que la frontière entre droit et morale est cependant flou, en effet, il existe des « obligations naturelles» écrites en aucun endroit mais que le juge peut faire appliquer. Il s’intéresse aux sources du droit en en distinguant les différentes catégories. Il dégage les principes d’une « science du droit ou juristique », son histoire, sa méthode et son objet propre sans toutefois aborder cette dernière question. Enfin, il expose ce qui sont pour lui « les problèmes d’aujourd’hui et de demain », par exemple « l’acculturation juridique » qui s’intéresse aux transferts juridiques entre groupes sociaux ou États, « l’unification du droit» c’est-à-dire l’idée selon laquelle les mêmes règles régiraient tous les hommes.

La définition « juristique » (le mot choisi lui-même par cet auteur est révélateur) du droit apparaît assez restreinte : le droit ne se limite pas à des règles obligatoires, beaucoup de textes légaux font état de possibilités simples ou de grands principes qui n’imposent rien. La notion de personnel du droit wéberienne n’apparaît pas clairement sauf dans l’idée de « rapports sociaux imposés». Le « juristicien» semble pouvoir prendre parti : sur le cas du militaire à qui l’on confie une mission contradictoire avec sa conviction religieuse, Lévy-Bruhl écrit : « La règle juridique devra-t-elle céder devant la règle morale, ou doit-on préconiser la solutions contraire ? Pour le sociologue, la réponse ne fait pas de doute : c’est la règle de droit qui doit être obéie, (...)». Ainsi, à notre sens, la « juristique» qui centre son activité sur le droit tel que défini plus haut et recherche des solutions à des problèmes juridiques est plus proche des travaux des juristes classiques praticiens ou théoriciens que de ceux des sociologues. Pour situer mieux cette question de la prise de position, il est nécessaire de citer Émile Durkheim : « La sociologie n’a pas à prendre parti entre les grandes hypothèses qui divisent les métaphysiciens. Elle n’a pas plus à affirmer la liberté que le déterminisme. Tout ce qu’elle demande qu’on lui accorde, c’est que le principe de causalité s’applique aux phénomènes sociaux. Encore ce principe est-il posé par elle, non comme une nécessité rationnelle, mais seulement comme un postulat empirique, produit d’une induction légitime » .

La sociologie juridique connaît un essor particulier pour ce qui concerne le crime et la délinquance en général. Elle trouve quelques prolongements concrets ou, du moins, concomitants dans les politiques publiques de prévention et de répression. Accessoirement, on sait par ailleurs l’intérêt porté par nos concitoyens au roman noir. Philippe Robert, pour définir le crime, veut l’étudier « sur la scène de sa création (incrimination) et sur celle de sa mise en œuvre (criminalisation), les acteurs sociaux qui s’affairent, avec des moyens inégaux, des enjeux différents et des stratégies variables, autour de cette ressources sociale que constitue le droit pénal ». Il s’oppose à une définition qui verraient le crime selon une double face : normative (juridique) et comportementale. Sans aller au delà dans la présentation des investigations de la criminologie et des débats qui l’animent, on retiendra l’idée selon laquelle certains faits sociaux évoluent vers le judiciaire. L’objet changeant se prête donc à une analyse de type sociologie juridique.

Les contrats font l’objet de plus en plus d’études. En témoigne, par exemple, la typologie des contrats d’approvisionnement pour une multinationale de production d’acier au Canada. Distinguant le contrat légal, du contrat bureaucratique, du contrat normalisé, du contrat communautaire et du contrat moral, l’auteur définit, pour son analyse empirique une approche spécifique et pourtant plurielle de la sociologie juridique qu’il distingue de la science du droit et de la science économique, disciplines qui s’intéressent aussi aux contrats, soit d’un point de vue normatif, soit du point de vue de l’efficacité de l’action. Pour lui, la sociologie juridique « se donne pour mission principale d’élargir la connaissance des comportements pour compenser l’intérêt quasi exclusif que les juristes portent à l’étude des règles de droit dans leur formulation officielle ».

La spécificité du fait sociologique de type juridique réside, semble-t-il, dans l’attention portée à des relations sociales où serait mêlées directement ou indirectement des normes formelles c’est-à-dire légales. Les règles nombreuses et relativement contraignantes qui régissent le conseil de prud’hommes comme d’autres tribunaux en font un espace privilégié pour observer comment ces règles sont intégrées et « utilisées». Ce qui met en évidence la notion de résistance sociale. Toute norme amenant un changement imposé selon le paradigme de la diffusion de Henri Mendras, serait transformée par son public au point parfois, d’en pervertir la finalité technique.

Les outils conceptuels et notionnels de la sociologie juridique s’appliquent naturellement à l’objet d’étude choisi. Avec Alain Chouraqui, on peut dire que « Dans le domaine du travail, les contacts entre système juridique et la régulation sociale sont depuis toujours très étroits» .

« Max Weber a mis en relief le rôle de ce qu'il appelle l'état-major du droit (Rechtsstab), c'est-à-dire les professions juridiques. On peut aussi parler, à ce sujet, des acteurs du droit. Autour de deux d'entre eux le législateur, mais surtout le juge tendent à se former des sociologies particulières. À la vérité, la sociologie législative a d'abord été conçue comme une sociologie appliquée à la législation (cf. infra, p. 392). C'est une fonction pratique de la sociologie qui a été érigée en sociologie distincte. Mais il est rationnel de généraliser la notion et d'y inclure tous les aspects sociologiques de l'activité législative : les forces anonymes qui, à l'œuvre dans la société, déterminent l'apparition de la règle de droit (le législateur sociologique, dit-on quelquefois, par opposition au législateur juridique, le ministre qui a pris l'initiative ou les parlementaires qui ont voté) ; les groupes de pression ; les phénomènes de connaissance et d'ignorance, d'effectivité ou d'ineffectivité de la loi. La sociologie judiciaire est plus franchement reconnue comme une discipline distincte. On s'explique qu'elle ait rencontré aux États-Unis un terrain de prédilection, si l'on réfléchit à l'importance du juge dans la société américaine et dans le droit de la Common Law. Dans un premier volet, elle se présente comme une sociologie des professions : les magistrats, les avocats sont pris pour objet d'étude, sous l'angle de leur recrutement, de leurs opinions, de leurs comportements envers les justiciables, de l'image qu'ils donnent d'eux-mêmes dans le grand public, etc. Mais c'est le jugement qui est au cœur de la sociologie judiciaire, la formation du jugement, le sentencing. Le phénomène pourrait sembler relever de la psychologie : psychologie des petits groupes quand le tribunal est collégial, ou même psychologie individuelle quand le juge est unique. De fait, la sociologie judiciaire ne peut ici se passer de la psychologie judiciaire ; mais elle affirme sa spécificité en cherchant à établir des corrélations entre le contenu de la sentence et les données proprement sociales qui environnent le juge.  »     — Extrait de Jean Carbonnier, Sociologie juridique, Thémis-PUF, 1978.

«  Le droit et la loi, telles sont les deux forces : de leur accord naît l'ordre, de leur antagonisme naissent les catastrophes.  »     — Victor Hugo.

«  Le droit ne domine pas la société, il l'exprime  »     — Jean Cruet, De l'impuissance des lois, éd. Flammarion, 1912.

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Source : Wikipedia