Robert Mugabe

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Posté par seb 16/03/2009 @ 12:11

Tags : robert mugabe, zimbabwe, afrique, international

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Robert Mugabe

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Robert Gabriel Mugabe, né le 21 février 1924 en Rhodésie du Sud, est un homme politique zimbabwéen, président de la République depuis 1987, après avoir été Premier ministre de 1980 à 1987.

Longtemps considéré comme l'un des « pères de l’indépendance » de l'ancienne Rhodésie du Sud, l'ancien chef de guérilla a plongé l'ancien grenier à blé de l'Afrique dans la dictature et, depuis le début des années 2000, dans la pénurie alimentaire la plus grave de l'histoire du pays ,,.

Fils d'un immigré du Nyassaland, Robert Mugabe grandit à la mission catholique jésuite de Kutama au nord-est de la capitale Salisbury. Son père abandonnant le foyer familial alors qu'il n'a que 10 ans, Robert Mugabe est élevé par sa mère dont il est très proche. Enfant solitaire, il manifeste un goût prononcé pour la lecture et les études. Il est issu de la tribu de l'ethnie majoritaire des Shonas.

Diplômé en enseignement à l'âge de 17 ans, il rejoint l'Université de Fort Hare en Afrique du Sud pour y étudier l'anglais et l'histoire. Il y côtoie Julius Nyerere, Herbert Chitepo, Robert Sobukwe et Kenneth Kaunda.

Il est diplômé en 1951 puis poursuit ses études à Driefontein en 1952, à Salisbury (1953), à Gwelo (1954) et au Tanganyika (1955-1957). Il obtient par correspondance une licence en enseignement à l'Université d'Afrique du Sud et une licence d'économie à l'Université de Londres. Il enseigne pendant trois ans à Lusaka, capitale de la Rhodésie du Nord, puis à Accra au Ghana, première colonie d'Afrique ayant accédé à l'indépendance, où il s'éprend d'une collègue, Sally Heyfron, sa première femme qu'il épousera en 1961.

En plus de ses sept diplômes académiques, il n'hésite pas à dire qu'il est « diplômé en violence ».

En 1960, Robert Mugabe revient en Rhodésie du Sud, converti à l'idéologie marxiste et se déclarant « marxiste-léniniste-maoïste ». Il se joint au Ndébélé Joshua Nkomo et au Parti national démocratique (National Democratic Party – NDP), qui devient par la suite Zimbabwe African Peoples Union (ZAPU), immédiatement interdit par le gouvernement blanc de Ian Smith.

En 1963, Mugabe, shona, crée son propre parti, le Zimbabwe African National Union (ZANU), avec le révérend Ndabaningi Sithole et l'avocat Herbert Chitepo. Il en devient secrétaire général. La ZANU et la ZAPU seront longtemps séparés par cette frontière ethnique entre Shonas et Ndébélés.

En 1964, il est arrêté avec d'autres chefs de file nationalistes et jeté en prison pendant dix ans. Il en profite pour étudier le droit et consolider son influence sur le mouvement nationaliste. En 1966, il perd son fils mais se voit refuser une permission pour l'enterrement, ce qui attise sa haine du régime de Salisbury.

Relâché en 1974, il quitte la Rhodésie pour le Mozambique où il prend la direction de la branche militaire de la ZANU, la ZANLA (Zimbabwe African National Liberation Army), pour mener la guérilla contre le gouvernement de Ian Smith.

Le 18 mars 1975, Herbert Chitepo est assassiné en Zambie et Mugabe peut alors prendre le contrôle de la ZANU tandis que le révérend Ndabaningi Sithole renonce au combat armé.

Le 3 mars 1978, les accords de Salisbury signés par Ian Smith avec des dirigeants noirs modérés comme Abel Muzorewa et Ndabaningi Sithole aboutissent au principe d'élections multiraciales et à la fin de la domination blanche.

Les élections d'avril 1979 sont remportées par l'UANC de Canaan Banana et d'Abel Muzorewa, l'UANC étant le seul parti noir ayant renoncé à la violence et autorisé ainsi à concourir. Abel Muzorewa devient le nouveau premier ministre de la nouvelle Zimbabwe-Rhodésie le 1er juin 1979. Cependant, le nouveau régime n'obtient pas de reconnaissance internationale du fait des restrictions imposées aux autres partis politiques noirs n'ayant pu participer aux élections.

En décembre 1979, le pays redevient la colonie britannique de Rhodésie du Sud et les accords de Lancaster House signés à la fin du mois aboutissent à un accord général dont l'octroi de garanties économiques et politiques pour la minorité blanche et des élections multiraciales prévues pour février 1980. Après une campagne électorale marquée par des intimidations de toutes parts, l'intrusion des forces de sécurité et des fraudes, les shonas votent en masse pour leur parti communautaire, en l'occurrence la ZANU de Robert Mugabe.

Le 4 mars 1980, la ZANU emporte 57 des 80 sièges réservés aux Noirs alors que les 20 sièges du collège électoral blanc sont tous remportés par le Front rhodésien de Ian Smith.

Le 18 avril 1980, Robert Mugabe devient le premier Premier ministre du nouvel État du Zimbabwe et Canaan Banana le premier président.

Au pouvoir, Mugabe tente de bâtir un nouveau pays sur la base d'une alliance entre Shonas et Ndébélés. Il tente d'incorporer la ZAPU dans sa ZANU et offre à Nkomo de prestigieux portefeuilles ministériels. Mais les revendications et les attentes sociales des Shonas l'entraînent à mener une politique plus nationaliste et ethnique.

En 1982, pour fêter les deux ans d'indépendance, il fait rebaptiser toutes les villes du pays à commencer par Salisbury, nommée désormais Harare.

En 1983, une rébellion ndébélé met fin à l'union ZANU-ZAPU et une guerre civile ensanglante la province du Matabeleland. Robert Mugabe y déploie « sa » 5e brigade, une force spéciale formée par des instructeurs nord-coréens. Nkomo est démis de ses fonctions. La répression de l'armée est brutale contre les Ndébélés. On dénombrera 10 000 victimes.

En 1987, un accord de paix met fin à la guerre civile et la ZAPU se fond enfin dans la nouvelle ZANU-PF. C'est également l'année de la fin du collège électoral blanc et de leur représentation assurée de 20 députés signifiant la fin du rôle politique des Blancs dans le pays. C'est aussi l'année où Mugabe prend la fonction de président de l'État aux pouvoirs élargis, abolissant le poste de Premier ministre.

En 1988, Mugabe nomme Nkomo au poste de vice-président. Depuis la fin de la représentation blanche et de la fusion de la ZAPU dans la ZANU, il n'y a plus d'opposition au parlement et le pays vit de facto sous un régime de parti unique.

En 1990, Robert Mugabe est élu président de la République et fait part de son intention d'imposer institutionnellement la ZANU comme parti unique et de transformer l'État en régime marxiste.

La chute du mur de Berlin et l'effondrement des régimes communistes en Europe empêchent cette mutation, du moins en droit.

En 1996, Mugabe est réélu presque sans opposition réelle.

En 1997 Laurent-Désiré Kabila s'empare du pouvoir au Zaïre désormais rebaptisé Congo, mais doit rapidement faire face à la rébellion d'une partie de ses troupes soutenue par l'Ouganda et le Rwanda. Mugabe vole au secours du pouvoir de Kinshasa en envoyant 20 000 hommes au Congo au côté des Angolais et des Namibiens. Cette aide aura un prix : Mugabe obtiendra le droit d'exploitation d'une mine de cobalt (un des plus grands gisements du monde) et un accès au trafic de diamants. Le cuivre congolais de meilleur qualité viendra alimenter les industries zimbabwéennes.

Il décide alors de mettre en chantier une réforme agraire qui aboutira à l'expropriation des fermiers blancs lesquels assuraient 80% du revenu national. C'est par la violence que le processus se met en route au début des années 2000 alors qu'un fort mouvement de mécontentement, dû au ralentissement économique et à la corruption ostentatoire des gouvernants, se propage dans le pays.

Quand Robert Mugabe était arrivé au pouvoir, 70% des terres arables appartenaient à 4000 fermiers blancs. Robert Mugabe les avait rassurés contre toute expropriation forcée et quelques milliers d'hectares avaient été redistribués pacifiquement, souvent à des partisans du régime. L'expropriation des terres des fermiers blancs devrait se faire par une compensation financée par la Grande-Bretagne.

En 2000, Robert Mugabe soumet à la population une nouvelle constitution incorporant notamment une réforme agraire avec des expropriations sans compensation et surtout une amnistie permanente aux militaires et aux membres du gouvernement. Le 11 février 2000, contre toute attente, ce projet de nouvelle constitution soumis à référendum est rejeté par 54,7% des électeurs, manifestant pour la première fois la défiance de la population envers le vieux dirigeant.

Le 6 avril 2000, il passe outre ce vote pour imposer sa réforme agraire en recourant à la violence des milices de pseudo anciens combattants dirigés par Chenjerai Hunzvi. La plupart des fermiers blancs sont expropriés et une dizaine sont assassinés. Depuis lors, la plupart fuient à l'étranger. Cet exode des Blancs est suivi par celui d'environ 3 millions de Noirs.

Robert Mugabe est personnellement mis en cause en 2001 par le Parlement européen pour sa responsabilité dans le chaos que connaît le pays et les « atteintes massives » aux droits de l'homme, à la liberté d'opinion et à la liberté de la presse. Dans sa résolution, le parlement pointe le « climat de peur et de désespoir » que ressent l'ensemble de la population, conséquence directe des interventions de Robert Mugabe. Il est en particulier régulièrement accusé de nourrir les hostilités envers les fermiers blancs du Zimbabwe et de les rendre responsables de l'échec de sa réforme agraire pour sauver son pouvoir.

Dès 1982, Robert Mugabe reconnaît que son régime a recours à la torture.

Après la fusion de la ZANU et du ZAPU en 1987, aucune opposition crédible ne peut se constituer dans le pays. Les opposants, souvent eux-mêmes dissidents de la ZANU comme Edgar Tekere en 1990, font de la figuration.

Les élections parlementaires des 24 et 25 juin 2000 sont les premières élections compétitives que connaît le Zimbabwe depuis les élections de février 1980. Suite à l'échec du référendum organisé quelques mois plus tôt sur la réforme agraire, l'opposition regroupée dans le nouveau Mouvement pour le changement démocratique est de nouveau crédible et capable de mettre en échec la puissante ZANU-PF et le président Mugabe. En dépit de fraudes massives organisées par le pouvoir, dans un climat de violences et d'occupation de fermes, le MDC n'échoue que de peu, avec 47% des voix contre 48,6% au ZANU. Malgré cette faible majorité de la ZANU-PF, le contrôle de celle-ci sur la chambre n'est pas menacé grâce à l'appoint des 20 députés supplémentaires nommés par le président Mugabe (correspondant à ce qui était autrefois le quota de députés réservé aux électeurs blancs).

À l’élection présidentielle de mars 2002, Robert Mugabe doit recourir encore à la violence et aux fraudes électorales pour se faire réélire président de la république avec 56% des voix contre Morgan Tsvangirai, le président du tout nouveau Mouvement pour un changement démocratique (MDC).

À la suite de ces élections, la Grande-Bretagne tente d’organiser avec les pays du Commonwealth des sanctions internationales. Appuyés par les pays occidentaux, les États-Unis et l’Australie, les Britanniques obtiennent difficilement la suspension du Zimbabwe du Commonwealth mais les pays africains font bloc autour du dictateur, justifiant son comportement par les abus du colonialisme. Mugabe et ses proches sont également interdits de séjour en Europe et aux États-Unis.

Dorénavant, Mugabe abandonne toute courtoisie et met fin au semblant de démocratie en limitant drastiquement la liberté de la presse, en muselant l'opposition, en recourant à la torture et à l'assassinat des membres d'opposition avec l'aide d'un des ses anciens opposants, Jonathan Moyo, promu ministre de l'information.

Alors que le pays s'enfonce dans une crise sans précédent et que 70% de ses citoyens sont sans emploi, le pays autrefois prospère doit souscrire au programme alimentaire mondial tandis que les élites, blanches comme noires, émigrent. L'économie périclite suite à l'expropriation violente des Blancs dont les terres désormais en jachère sont distribuées le plus souvent à des proches du régime. L'ancien pays exportateur de céréales doit dorénavant en importer.

Robert Mugabe est condamné par l'ensemble des pays occidentaux et par des organisations telles qu'Amnesty International qui dénonce les atteintes aux droits de l'homme. En Afrique, il reçoit le soutien de Sam Nujoma et d'autres chefs de file africains alors que quelques autres n'hésitent pas à dénoncer la dérive du régime. Desmond Tutu, l'ancien archevêque du Cap, le traite de « caricature de dictateur africain ». L'ancien président de la Zambie Kenneth Kaunda et le président du Botswana Festus Mogae le désavouent.

En 2003, le Congrès des États-Unis impose une multitude de sanctions financières et économiques, lesquelles sont dénoncées comme « racistes » par Robert Mugabe.

Le 8 décembre 2003, le Zimbabwe est suspendu pour 18 mois supplémentaires du Commonwealth. Mugabe riposte en retirant purement et simplement le Zimbabwe de l'organisation.

Mugabe s'en prend continuellement aux Blancs et aux Occidentaux, plus particulièrement à Tony Blair qu'il accuse de néo-colonialisme, le traitant également de « petit garçon en short ».

En 2005, le président George W. Bush cite le Zimbabwe parmi les postes avancées de la tyrannie au côté de Cuba et de la Corée du Nord.

Depuis 2005, dans le cadre de l'opération Murambatsvina (« chasser la saleté »), près de 700 000 personnes sont expulsées de la capitale, sans avoir d'autre lieu où se loger, pour « assurer la sécurité » dans Harare. Ces destructions de bidonvilles visent à frapper les quartiers qui avaient voté le plus pour l'opposition à Robert Mugabe.

En 2007, Robert Mugabe est le seul chef d'État africain à n'être pas invité par la diplomatie française au sommet France-Afrique de Cannes, qui se tient les 15 et 16 février. En effet, il est interdit de voyage sur le sol de l'Union européenne depuis plusieurs années, en raison de ses violations des droits de l'homme. Son pays est alors plongé dans une profonde crise, battant chaque mois des records d'inflation, atteignant + 1600% en janvier 2007 et même 1730% en mars 2007.

En mars 2007, un rassemblement de l'opposition tente de manifester contre l'interdiction des manifestations et des rassemblements politiques, contre l'intention du président Robert Mugabe de se présenter à un nouveau mandat en 2008 et pour dénoncer la crise sociale, économique et politique que connaît le Zimbabwe depuis l'an 2000. La police arrête 50 militants (dont le chef de file du MDC, Morgan Tsvangirai) et les passe sévèrement à tabac. Une militante du MDC est tuée par balles.

Les élections présidentielles, municipales et législatives du 29 mars 2008 se déroulent dans un contexte économique, politique et social très tendu. L'ancien grenier à blé de l'Afrique australe est alors en ruine, avec une hyperinflation annuelle proche de 165 000%, quatre adultes sur cinq au chômage, des magasins vides, des pénuries alimentaires et énergétiques à répétition alors que l'espérance de vie a dégringolé à 36 ans. Robert Mugabe bénéficie néanmoins encore du soutien sans faille de la police et de l'armée ainsi que d'un système élaboré de clientélisme assorti de campagnes de répression ou d'intimidation des partis rivaux.

Pour les élections présidentielles, Robert Mugabe (Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique – ZANU-PF), candidat à un 6e mandat, affronte à nouveau Morgan Tsvangirai (Mouvement pour le changement démocratique – MDC) et Simba Makoni, un ancien ministre des finances, dissident du ZANU-PF. Pour les élections législatives, le MDC affronte le ZANU-PF.

Les élections ont lieu en l'absence de la plupart des correspondants de la presse étrangère et des observateurs européens et américains, le régime n'ayant accepté que la présence d'observateurs de pays africains ou « amis ».

Ce n'est que le 2 avril, au bout d'un long décompte, que la commission électorale du Zimbabwe déclare que le MDC a gagné les élections en remportant 105 sièges (dont 5 MDC dissidents) contre 95 au ZANU-PF. Au Sénat, les deux partis se retrouvent à égalité. Entre-temps, le MDC a accusé les autorités de retarder les résultats pour les manipuler en faveur de Robert Mugabe et, par crainte de violences, les forces de sécurité ont été déployées dans la capitale du pays. Sur le plan international, la secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, qualifie le régime de Robert Mugabe de « honte pour le peuple du Zimbabwe, pour l'Afrique australe et le continent dans son ensemble » alors que le président sud-africain Thabo Mbeki est mis en cause, y compris par son propre parti l'ANC, pour son « silence assourdissant » ou son aveuglement sur la situation politique du pays.

Alors que la ZANU-PF réclame et obtient un recomptage partiel, alimentant la tension politique au Zimbabwe, les résultats des élections présidentielles ne sont pas divulgués. L'absence de publication officielle des résultats fait alors craindre au MDC que la Commission électorale, dont les membres ont été nommés par Robert Mugabe, ne manipule les résultats. Alors que le MDC proclame que Morgan Tsvangirai a été élu président avec 50,3% des voix, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, demande aux autorités de procéder à la publication officielle des résultats de l'élection présidentielle. De son côté, Robert Mugabe appelle les Zimbabwéens à protéger leurs terres des Blancs alors que « d'anciens combattants » de la guerre d’indépendance envahissent les fermes encore détenues par les Blancs.

Alors que la ZANU-PF a probablement bien été battue aux élections législatives du 29 mars par le Mouvement pour un changement démocratique et que les résultats de l'élection présidentielle ne sont toujours pas publiés, trois semaines après le scrutin, Robert Mugabe réapparaît publiquement lors des fêtes de commémoration de l'indépendance du Zimbabwe. Mis en accusation pour les violences et les actes d'intimidation de ses partisans à travers le pays pour s'assurer de la victoire en cas de deuxième tour de la présidentielle, Robert Mugabe en profite pour attaquer la Grande-Bretagne devant 15 000 militants et sympathisants, réunis dans un stade de la banlieue d'Harare. Dans un discours virulent, il accuse ainsi l'ancienne puissance coloniale de « soudoyer une partie de la population pour qu'elle se retourne contre lui », répétant que « le Zimbabwe ne sera plus jamais une colonie ». Lors d'une manifestation le 20 juin il déclare également que « seul Dieu pourrait lui retirer le pouvoir ». Dans ce climat, bien que vraisemblablement majoritaire dans le pays mais craignant pour ses partisans menacés de représailles sanglantes, Morgan Tsvangirai décide à cinq jours du second tour de l'élection présidentielle de boycotter celle-ci, permettant ainsi à Robert Mugabe d'être réélu.

Jusqu'à cette campagne électorale, Robert Mugabe bénéficiait d'un soutien quasi sans faille de ses pairs africains, notamment de ceux de la Communauté de développement des pays d’Afrique australe. À la suite des exactions commises par ses partisans, Robert Mugabe, que Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères français, qualifie « d’escroc et d’assassin », est lâché par plusieurs pays voisins comme la Zambie, le Botswana, l’Angola et le Swaziland qui se joignent à l'ensemble des condamnations internationales de celui perçu autrefois comme le « père de la nation » zimbabwéenne mais aujourd'hui aussi catalogué par la presse et la communauté internationale comme un « despote mégalomaniaque ». Dans le même temps, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, apporte son soutien à la demande de Morgan Tsvangirai appelant au report du second tour de l'élection présidentielle, déclarant notamment qu'il y a « trop de violences et d'intimidations » au Zimbabwe et qu'une élection ne peut être tenue dans ces conditions et serait dépourvue de toute légitimité. Ban Ki-moon déclare que « la situation au Zimbabwe représente aujourd'hui le plus grave défi à la stabilité de l'Afrique australe », estimant même que le principe d'élections en Afrique est en jeu. Le 23 juin, par une résolution non contraignante, le Conseil de sécurité de l'ONU condamne la crise politique au Zimbabwe, accusant spécifiquement le « comportement du gouvernement » d'avoir « dénié à ses opposants politiques le droit de faire librement campagne » et rendu impossible, par ses violences et restrictions, « la tenue d'une élection libre et équitable le 27 juin ». Alors que le Britannique Paddy Ashdown, ancien haut représentant de l'ONU et de l'UE en Bosnie-Herzégovine, exprimae ses craintes de voir la violence au Zimbabwe déboucher sur un « génocide », le Sud-Africain Jacob Zuma, chef de l'ANC, dénonce à son tour le comportement de Robert Mugabe, demandant une intervention d'urgence aux Nations unies et à la Communauté pour le développement de l'Afrique australe. Dans un entretien accordé à la télévision australienne, un autre Sud-Africain, le Prix nobel de la paix Desmond Tutu, assimile Robert Mugabe à « une sorte de Frankenstein », et plaide également pour une intervention rapide de la communauté internationale, brandissant lui aussi la menace d'un nouveau génocide similaire à celui arrivé au Rwanda en 1994.

Le 25 juin 2008, Robert Mugabe est déchu de son titre de chevalier honoraire par la Grande-Bretagne, condamné par la Conférence des évêques d'Afrique australe, lâché par Nelson Mandela qui dénonce « la tragique faillite de leadership au Zimbabwe » et désavoué par la commission de sécurité de la Communauté de développement de l'Afrique australe qui lui demande de reporter le second tour de l'élection présidentielle,. Or, de nombreux juristes internationaux estiment que ce second tour, organisé hors délai, n'a aucune valeur au regard de la loi électorale du pays et que, en respect de celle-ci, Morgan Tsvangirai ayant obtenu une majorité simple des suffrages lors du premier tour, est d'ores et déjà vainqueur et le président légitime du Zimbabwe.

Les résultats officiels du second tour de l'élection présidentielle annoncent la ré-élection de Mugabe pour un sixième mandat. Il obtient officiellement 2 150 269 voix face à 233 000 pour Tsvangarai.

Suite à ce résultat officiel, Robert Mugabe prête de nouveau serment comme chef de l'État. À ce titre, il peut dès lors nommer 33 sénateurs supplémentaires, comme le lui confère de droit la Constitution, empêchant l'opposition (qui avait remporté la majorité des sièges à la Chambre basse et la moitié de ceux au Sénat) de contrôler le Parlement.

Alors que Ban Ki-Moon estime que ces élections ne reflètent pas la volonté du peuple zimbabwéen, , que les États-Unis et l'Europe considèrent la victoire de Robert Mugabe comme étant usurpée et réclament la mise au banc d'un "régime illégitime" , les chefs d'Etat africains réunis lors du sommet de l’Union africaine à Charm el-Cheikh reconnaissent que « le scrutin au Zimbabwe n’a pas été conforme aux normes de l’Union africaine sur les élections démocratiques », dénoncent les violences et l’absence « d’accès équitable aux médias publics » et en appellent à un partage du pouvoir entre Robert Mugabe et Morgan Tsvangirai dans un gouvernement d'union nationale . Alors que les chefs d'Etat du Sénégal et du Nigeria sont les plus virulents envers Robert Mugabe, celui du Botswana propose d'exclure le Zimbabwe de l'organisation continentale et de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC).

Le président zimbabwéen Robert Mugabe a affirmé le 15 septembre 2005 que « les Zimbabwéens ne mouraient pas de faim », mais qu'ils refusaient de changer leur régime alimentaire pour manger des patates ou du riz. Robert Mugabe a affirmé à l'Associated Press que son peuple était « très, très heureux ». Le véritable problème résidait dans la dépendance au maïs, selon lui, « mais cela ne veut pas dire que nous n'avons rien d'autre à manger : nous avons des tonnes de patates mais les gens ne sont pas des mangeurs de patates… Ils ont du riz mais cela ne les attire pas », déplorait Robert Mugabe.

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Hyperinflation au Zimbabwe

Un échantillon de billet de banque zimbabwéens imprimé entre juillet 2007 et juillet 2008, qui n'ont depuis plus court, illustre l'important taux d'inflation du pays

L'hyperinflation au Zimbabwe débute en 2000, peu après la confiscation par le gouvernement de Robert Mugabe des fermes détenues par des blancs. Depuis, cette inflation est la face la plus visible de la déliquescence de l'économie du pays, où la majorité des échanges commerciaux se font en dollars américains. En juillet 2008 l'inflation est officiellement estimée à 231 millions de pour cent par an , mais selon d'autres économistes elle serait plutôt de l'ordre de 80 milliards par mois .

L'hyperinflation débute à la fin des années 1990 avec la réforme agraire accélérée du gouvernement de Robert Mugabe où les fermes appartenant à des blancs sont confisquées pour être redistribuées à des noirs. Cette réforme commence en fait avant et est même un des points des Accords de Lancaster House qui voit naître le Zimbabwe sur les restes de la colonie britannique de Rhodésie du Sud. La réforme agraire vise à acquérir les terres détenues par des blancs (qui représentent 45% des terres les plus productives) pour les redistribuer à des noirs. Mais les difficultés économiques du pays limitent ses capacités d'acquisition. Cette réforme est d'autant plus importante pour le régime qu'elle est un instrument politique en vu d'assoir son autorité. La confiscation est donc décidée (connue sous le nom de réforme agraire accélérée) et débute en novembre 1997 .

Suite aux nombreuses violations des droits de l'Homme par le régime de Robert Mugabe, passées jusque-là sous silence , plusieurs pays occidentaux, comme l'Union européenne et les États-Unis , sanctionnent certaines personnalités politiques et organisations proches du pouvoir en leur interdisant de séjourner sur leur territoire et en gelant leurs avoirs.

L'économie du Zimbabwe s'effondre et le taux de chômage est estimé en 2005 à 80% . Les critiques du gouvernement considèrent que la cause de cette crise économique a pour origine la réforme agraire accélérée, où des personnes proches du pouvoirs se sont retrouvées à posséder des fermes qu'ils sont incapables de gérer correctement , créant ainsi une crise alimentaire tournant à la famine , alors que le pays quelques années plus tôt était considéré comme le grenier à blé de l'Afrique australe. A contrario, les partisans du gouvernement voient dans la cause de la crise économique les sanctions des pays occidentaux.

La situation politique est également instable, ce qui rend les investissement étrangers rares. Le président Robert Mugabe est réélu en 2008, mais il n'était que le seul candidat au second tour, son opposant Morgan Tsvangirai s'étant retiré de la course après des violences à l'encontre de l'opposition, alors qu'il était arrivé en tête au premier tour. Depuis, comme le parlement n'est pas à majorité du Zanu-PF, le parti du président, des accords doivent être trouvés pour l'établissement d'un gouvernement mixte, mais la situation reste bloquée.

Cette hyperinflation oblige régulièrement la Banque centrale du Zimbabwe à imprimer des billets ayant sans cesse une plus grosse valeur. Ainsi, en janvier 2009, un billet de cent mille milliards de dollars du Zimbabwe, valant 30 dollars US est mis en circulation .

Suite aux difficultés économiques causées par cette hyperinflation, comme un taux de chômage évalué début 2009 à 94 % selon l'ONU , le taux d'émigration vers des pays frontaliers tels que l'Afrique du Sud et le Botswana est en hausse . Ainsi, c'est plusieurs millions de zimbabwéens qui quittent leurs pays , pour une population estimée en juillet 2008 à 11,3 millions .

Certains commentateurs politiques pensent que cette hyperinflation mettra à mal le régime de Robert Mugabe. Mais Steve Hanke, se basant sur l'exemple yougoslave des années 1990 sous la présidence de Slobodan Milosevic qu'il juge « très similaire » , ne pensent pas cela. Car l'hyperinflation yougoslave est la plus importante en janvier 1994 et il faut attendre six ans pour que Slobodan Milosevic quitte le pouvoir, suite à sa défaite à l'élection présidentielle .

Le gouvernement a essayé de maîtriser l'hyperinflation, notamment en gelant les prix en 2007, mais cela n'a eu aucune conséquence car dans le gel des prix, les produits n'étaient pas présent par manque de liquidité .

Pour sa part, Steve Hanke pense que c'est une réforme en profondeur du système économique du pays qu'il faut mettre en place en établissant un système de banque libre, excluant de fait la banque centrale qui est selon lui le cœur du problème .

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Ian Smith

Ian Smith et Harold Wilson

Ian Douglas Smith (né le 8 avril 1919 et mort le 20 novembre 2007) est un homme politique rhodésien, Premier ministre de la République de Rhodésie (futur Zimbabwe) du 13 avril 1964 au 1er juin 1979 puis chef de l'opposition parlementaire d'avril 1980 à avril 1987.

Ian Smith est né le 8 avril 1919 à Selukwe (appelé Shurigannina de 1963 à 1968 et de nos jours Shurugwi), une petite ville minière de la colonie britannique de Rhodésie du sud. Il était le plus jeune des trois enfants de la famille et le seul garçon. Son père, Douglas Smith, était un écossais immigré en Rhodésie en 1898 pour tenter de devenir fermier. Sa mère était l'une premières natives blanches de Rhodésie .

Elevé à Gwelo (aujourd'hui Gweru), Smith commence en 1938 des études supérieures en commerce à la prestigieuse Université Rhodes, à Grahamstown en Afrique du Sud.

En 1939, la Seconde Guerre mondiale débute en Europe et en 1941, il interrompt ses études pour devenir pilote de flying Hawker Hurricanes dans la Royal Air Force. Il est affecté d'abord au Moyen-Orient dans un escadron de pilotes rhodésiens. C'est à Alexandrie qu'il est gravement blessé lors du crash au décollage de son avion le 4 octobre 1943. Défiguré, la chirurgie plastique lui redonne ses traits mais il continuera à souffrir d'une légère paralysie faciale. Ian Smith n'a alors que 24 ans.

Son escadron est ensuite affecté en Corse où, en tant qu'escorte de bombardiers américains, il pilote des Spitfire Mark IXs.

Au milieu de l'année 1944, son Spitfire est abattu lors d'une mission au dessus de l'Allemagne. Ayant sauté en parachute, il se retrouve derrière les lignes ennemies mais parvient à rejoindre les résistances italiennes et françaises qui le cachent pendant 5 mois près de Sasello et l'aident à rejoindre les lignes alliés .

En 1946, Smith revient en Afrique et termine ses études à Rhodes où il est notamment élu président du conseil représentatif des étudiants.

Deux ans plus tard, il achète une ferme à Gwenoro, près de Selukwe. Il épouse également Janet Watt, déjà mère de deux enfants, avec qui il aura un fils unique, Alec.

En juillet 1948, Ian Smith entre en politique au sein du parti libéral de Rhodésie du Sud (Southern Rhodesia Liberals). Il est élu député de Selukwe à l'assemblée législative. Smith est alors le plus jeune député du parlement .

En 1953, favorable à la Fédération de Rhodésie et du Nyassaland, il rejoint le parti fédéral uni (United Federal Party) de Lord Malvern et est élu à l'assemblée fédérale, député de la circonscription générale de Midlands. En 1958, il est vice-président du groupe parlementaire du parti fédéral uni à l'assemblée fédérale. En désaccord avec la politique du premier ministre Roy Welensky, qu'il estime trop modéré face aux revendications nationalistes notamment après l'élargissement de droits économiques et sociaux aux populations noires de Rhodésie du Sud, il quitte les fédéralistes et fonde le parti réformiste rhodésien (Rhodesia Reform Party) qu'il fusionne en mars 1962 avec le parti du dominion pour former le Front Rhodésien (RF). Ce dernier remporte les élections générales de Rhodésie du Sud en décembre 1962 de 8000 voix face au parti fédéral uni du premier ministre sortant Edgar Whitehead.

Ian Smith est alors élu député de Umzingwane et est nommé ministre du trésor dans le nouveau gouvernement de Winston Field.

En décembre 1963, lors d'une conférence aux Chutes Victoria, le secrétaire britannique aux affaires étrangères, Rab Butler, lui déclare que la Grande-Bretagne serait d'accord pour accorder l'indépendance à la Rhodésie du Sud conjointement avec la Rhodésie du Nord et le Nyassaland .

Le 13 avril 1964, Smith devient le chef du parti et succède à Field à la tête du gouvernement. Smith est alors un partisan déterminé du maintien des droits et des privilèges de la minorité blanche de Rhodésie du sud. Il refuse tout transfert de droits politiques à la majorité noire comme l'y incitait le gouvernement britannique (principe de transmission du pouvoir à la majorité noire avant toute indépendance de la colonie).

À l'époque, la colonie est régie par la constitution de 1961 qui prévoit une assemblée nationale de 65 députés élus à deux niveaux. Pour le premier niveau (50 députés), les conditions pour être électeurs sont drastiques et reposent sur un suffrage censitaire combinant différents facteurs dont le niveau d'éducation et la propriété foncière ou immobilière (principe électoral adopté dès 1923). Au bout du compte, 95% du corps électoral de ce niveau était issu de la minorité blanche (8% de la population) alors que le pays comptait 90% de citoyens noirs (5% d'entre eux avaient le droit de vote dans ce corps électoral). Pour le second niveau (15 députés), les conditions pour être électeurs étaient moins contraignantes. Du coup, 90% de ce corps électoral était issu de la communauté noire. Par conséquent, 50 députés étaient issus de la communauté blanche et seulement 16 de la communauté noire. Ian Smith défendait ce principe de représentation à deux niveaux qui évitait les critère raciaux et qui théoriquement, permettait à très long terme la constitution d'une majorité politique noire dans le pays.

Mais au début de 1964, alors que la plupart des anciennes colonies britanniques accèdent ou sont en voie d’accéder à l’indépendance, que la fédération rhodésienne se soit dissoute, les Rhodésiens noirs se sont aussi regroupés dans des mouvements nationalistes dont le but est la prise du pouvoir politique encore détenu par la minorité blanche. Parmi ceux-ci, le Zimbabwe African National Union (radical) et le Zimbabwe African People’s Union (parti ethnique).

De leur côté, les loyalistes britanniques de Rhodésie menés par Roy Welensky optent pour le statu quo: pas d’indépendance sans pouvoir majoritaire donc pas de pouvoir majoritaire ni d’indépendance. Le Front rhodésien et Smith veulent au contraire forcer les choses et prévenir toute indépendance imposée par la métropole coloniale comme il venait de se passer en Rhodésie du nord, au Kenya ou au Nyassaland.

Ainsi, l'afflux de milliers d’Européens en provenance de Zambie, du Malawi, du Kenya ou du Congo conforte les craintes de la minorité blanche. Smith décide alors de forcer le cours des évènements. Il convoque les 622 grands chefs de tribus à une Indaba (réunion), en tant que représentant de la population noire, et obtient leur accord pour réclamer l’indépendance au Royaume-Uni.

Le 5 novembre 1964, le référendum sur l’indépendance qu'il organise auprès de l’électorat majoritairement blanc lui est favorable. Avec 58 091 voix en faveur de l’indépendance contre 6 096 voix hostile à cette perspective, il reçoit un soutien massif pour négocier auprès de la métropole coloniale.

En janvier 1965, à Londres, Smith rencontre pour la première fois le nouveau premier ministre britannique Harold Wilson, à l'occasion des funérailles de Winston Churchill. La rencontre ne se passe pas bien d'autant plus que Smith n'est pas invité dans un premier temps au déjeuner qui suit les funérailles à Buckingham Palace. Smith est finalement invité à la dernière minute par la Reine puis reçu par le premier ministre au 10 Downing Street.

Le 7 mars 1965, les élections générales apportent une victoire éclatante au Front rhodésien qui, laminant les loyalistes, remporte la totalité des 50 sièges de députés blancs à pourvoir.

En juillet et août, des rencontres bilatérales ont lieu entre représentants britanniques et sud-rhodésiens à Londres et Salisbury, la capitale de Rhodésie. Les négociations achoppent chaque fois sur la question du droit de vote. Le gouvernement Smith revendique une solution sud-rhodésienne et la préservation des privilèges de la minorité alors que le gouvernement britannique exige la mise en place d’un régime non-racial et égalitaire.

En octobre, Smith rencontre Harold Wilson, le premier ministre britannique, à Salisbury. L'intervention des Nations unies dans les négociations raidissent les positions sud-rhodésiennes.

Le 5 novembre 1965, Ian Smith met alors la colonie en état d'urgence pour faire cesser les agitations des mouvements nationalistes noirs.

Le 11 novembre 1965, après l’échec des dernières tractations avec le Royaume-Uni, Ian Smith signe unilatéralement, en temps que chef de gouvernement colonial, l'indépendance de la Rhodésie faisant de la colonie britannique un état souverain.

Cet acte de rébellion envers la métropole est déclaré nul par Londres. Il est suivi d'une condamnation générale de l'Organisation des Nations unies qui enjoint au gouvernement britannique de mettre fin aux actions de sa colonie rebelle. Le pays est soumis à un embargo international.

Bien que partageant la même vision raciale de la place de l'homme blanc en Afrique, la Rhodésie n’est même pas reconnue par son grand voisin, la république d'Afrique du Sud.

Les gains apparaissent alors bien maigre hormis une fierté nationale rhodésienne. À deux reprises, Smith se rend à Gibraltar négocier avec le gouvernement britannique une sortie de crise mais c’est l’échec. Alors que Wilson manifeste une certaine ambivalence, déclarant que la Rhodésie n'était pas prête pour une égalité complète en matière de droits électoraux , il humilie plus ou moins volontairement Smith par son comportement lors de leur première rencontre. Les britanniques lui offrent cependant la possibilité de prolonger la domination politique blanche pour une période fixée assez longue le temps qu’une élite noire prenne la relève. Les intérêts économiques de la minorité seraient alors garantis. Mais les négociations achoppent sur le sort du gouvernement rebelle qui aurait du se dissoudre, en appeler à l’intervention directe du gouverneur britannique pour gérer durant une période transitoire la colonie, lequel aurait eu tout loisir pour former un gouvernement nationaliste noir sans tenir compte des dernières élections favorables au front rhodésien. Selon le premier ministre Harold Wilson, Smith n’avait pas l’intention de concéder le pouvoir à la majorité noire. Les relations entre les deux négociateurs sont en fait détestables. Quant aux Rhodésiens, ils sont assignés à domicile car leurs passeports ne sont pas reconnus. Smith lui-même ne peut assister au mariage de son propre fils en Norvège en 1975. Malgré la sympathie ou l’aide stratégique de pays comme le Portugal, Israël, Taiwan ou l’Afrique du Sud, les sanctions finissent par étrangler le pays alors qu’une guérilla meurtrière commence à ravager la Rhodésie au début des années 1970.

En 1970, les derniers liens avec la métropole sont rompus quand la république de Rhodésie est proclamée le 3 mars 1970. Clifford Dupont prenait les fonctions protocolaires de l’ancien gouverneur général et devenait le premier président de Rhodésie du Sud. Smith demeurait le Premier ministre et le véritable homme fort du régime.

La République de Rhodésie du Sud instituait un régime parlementaire sur le modèle britannique de Westminster. Les critères pour être électeurs étaient toujours censitaires et de fait ségrégationniste. Ainsi seulement 8 000 Africains (sur cinq millions) bénéficiaient du droit de vote afin d’élire seize députés noirs alors que 82 852 Blancs (sur 243 000 Rhodésiens) élisaient 50 députés blancs. Un sénat de 23 membres était institué où dix Blancs étaient élus par les députés, dix Noirs par les collèges des chefs traditionnels et trois sénateurs, sans distinction de races, étaient nommés par le Président.

La répartition territoriale restait similaire à celle de l'époque coloniale. Ainsi, 49% du territoire étaient détenus par les blancs (7% de la population) ou par l’administration alors que les noirs (92% de la population) se partageaient les 51% restant au titre de réserves indigènes. Les terres de mission étaient par contre supprimées.

Les Nations unies continuèrent à organiser l’isolement international de la Rhodésie.

En novembre 1971, une autre tentative de conciliation est offerte par le gouvernement britannique dorénavant dirigé par le conservateur Edward Heath et est accepté par le gouvernement rhodésien. Mais le projet de transfert progressif du pouvoir sur une durée d'une cinquantaine d'années, par l'extension du droit de vote aux africains et leur participation progressive aux affaires politiques, proposé par Alec Douglas-Home, le ministre des affaires étrangères britanniques, prévoit également l’approbation préalable de la majorité noire. Une commission royale sillonna tout le pays durant l'année 1972 pour obtenir le sentiment de la population noire. Dans son rapport publié en mai 1972, elle en conclua que 98% de la population blanche était favorable à l’accord anglo-rhodésien (« un oui de lassitude ») de même la quasi-totalité des chefs tribaux reconnus par Salisbury. Mais elle estimait également que le projet intérimaire était par contre rejeté par une large majorité de la population noire. Le projet se trouvait alors enterré alors que débutait la guerre du bush mené par les nationalistes du ZANU et du ZAPU.

Au début du mois de janvier 1973, Smith ferma ses voies de communication avec la Zambie par lesquelles transitaient 40% des importations zambiennes et 48% de ses exportations. Il s’agissait pour lui de mettre en garde la Zambie pour son soutien logistique aux mouvements de guérilla. Il provoquait en contre partie l’hostilité de son grand voisin, la République sud-africaine dont les intérêts économiques en Zambie étaient considérables. L’état tampon de Rhodésie du Sud devenait un fardeau pour son puissant voisin. La frontière fut finalement rouverte dès le 5 février 1973 marquant un échec diplomatique pour Smith lâché par ses alliés, démontrant ainsi la dépendance de la Rhodésie envers l’Afrique du Sud.

Dans le cadre de sa politique de détente avec les pays africains, John Vorster, premier ministre d'Afrique du Sud, décide d'intervenir auprès de Smith pour tenter de l’amener à négocier la fin de la domination de la minorité blanche. Le 11 décembre 1973, sous la pression de Vorster, Smith annonçait ainsi la libération des prisonniers politiques, assuré selon lui de la fin des actes de terrorisme en Rhodésie du Sud et de la réunion prochaine d’une conférence constitutionnelle avec des chefs nationalistes modérés. Mais c'est l'échec.

Avec l’appui des Britanniques et des Américains, John Vorster continue néanmoins de mettre la pression sur Smith et annonce le retrait progressif de Rhodésie de plusieurs contingents de police sud-africaines, auxiliaires des forces de police locales au moment où, pour contrer la guérilla, les forces de sécurité du gouvernement sud-rhodésien multipliaient les raids contre les bases d’entraînement de la ZANU et de la ZAPU au Mozambique et en Zambie. Pour Smith, le comportement de Vorster est une trahison digne de ce qu'il attendait de la Grande-Bretagne et non d'un allié mais il est obligé de céder.

Le 25 août 1975, sous les auspices de John Vorster et de Kenneth Kaunda, une rencontre au sommet entre Smith et les leaders noirs des mouvements de guérillas eut lieu aux chutes Victoria, dans un wagon sud-africain stationné sur un pont situé au-dessus des chutes à la frontière entre la Zambie et la Rhodésie. Au bout de neuf heures d’entretien, cette conférence entre Smith et Abel Muzorewa (ANC), Joshua Nkomo (ZAPU) et le pasteur Sitholé (ZANU) se solda également par un échec.

Néanmoins, en septembre 1975, lors du congrès du Front rhodésien à Umtali, Smith envisage publiquement de former dans les temps à venir un gouvernement avec Joshua Nkomo.

Le 18 septembre 1976, il rencontre à Pretoria, Henry Kissinger, le secrétaire d'état américain et John Vorster. Il annonce son ralliement au principe de gouvernement à majorité noire .

En octobre 1976, une conférence sur la Rhodésie est alors organisée à Genève entre Ian Smih, son gouvernement et les représentants des nationalistes africains. Elle se termine sur un échec deux mois plus tard.

Ayant donné son accord au principe majoritaire, Smith ne prend pas les dispositions immédiates pour le faire appliquer. Il est pourtant alors le leader incontesté et respecté de la minorité blanche et aucun autre blanc rhodésien n’est en mesure de se confronter politiquement à lui. Ainsi, lors des élections du 31 août 1977, le Front rhodésien confirme sa prédominance chez les Rhodies en remportant 50 des 65 sièges du parlement, marginalisant le Rhodesia Action Party (15% des voix), une dissidence d’extrême-droite hostile à toute négociation.

Le mois suivant, sans consulter son cabinet, il se rend à Lusaka en Zambie pour rencontrer Kenneth Kaunda et tenter de l'amener à le soutenir dans sa démarche de règlement interne. C'est un échec.

Le 24 novembre 1977, à Bulawayo, Ian Smith annonce clairement son ralliement au principe du fait majoritaire (« one man, one vote »). Ce revirement aboutit aux accords de Salisbury du 3 mars 1978, signés entre Smith et trois leaders africains modérés, Abel Muzorewa, le révérend Sitholé et le Chef Jeremiah Chirau, prévoyant la formation d’un gouvernement multiracial intérimaire chargé de mettre en place une nouvelle constitution.

Le 21 mars 1978, le premier gouvernement multiracial de Rhodésie du Sud était alors formé avec un conseil exécutif de transition réunissant les signataires de l’accord de Salisbury.

Malgré le massacre à Umtali, par des guérilleros du Front patriotique, de douze civils anglais d’une mission religieuse dont cinq femmes, trois enfants en bas âge et d’un bébé, Smith tente encore de rallier Joshua Nkomo aux accords de Salisbury et le rencontre à Lusaka en Zambie le 14 août 1978.

Suite à l'attentat mené par des membres du mouvement de guérilla de Nkomo contre un avion de ligne d’Air Rhodesia , Smith rompt les négociations avec Josuah Nkomo, lequel écartait toute solution légale et pacifique pour prendre le pouvoir.

En octobre 1978, à l’invitation de 27 sénateurs conservateurs, Ian Smith se rendait aux États-Unis pour plaider sa cause, transgressant les sanctions édictées par le conseil de sécurité des Nations-Unies.

Le 30 janvier 1979, la nouvelle constitution était ratifiée par 84,4% des électeurs blancs. Elle prévoyait la formation d’un régime parlementaire avec un président élu au suffrage universel pour dix ans, un parlement bicaméral composé d’un sénat de 30 membres élus pour cinq ans (dix Noirs, dix Blancs, dix chefs tribaux) et d’une assemblée de cent députés élus où 28 sièges seraient réservés aux Blancs (3% de la population) pendant une période de dix ans. Le projet garantissait la prédominance blanche dans l’administration (justice et armée incluse) ainsi qu'un quart des postes ministériels aux blancs durant les cinq premières années du nouveau régime.

Bien que cette constitution ait été négociée avec Muzorewa, celui-ci fut désavoué par tous les autres mouvements noirs, les Nations-Unis et le Royaume-Uni.

Le 28 février 1979, le dernier parlement de Rhodésie du Sud à majorité blanche était dissout.

Dans un contexte de forte mobilisation électorale, les premières élections multiraciales organisées en avril 1979 aboutirent à la victoire attendue du congrès national africain de Muzorewa alors que le Front rhodésien remportait sans surprise les 28 sièges réservés aux Blancs (3% de la population représentés par 28% des députés).

En juin 1979, Smith cédait son poste de premier ministre à Abel Muzorewa mais restait au gouvernement du nouveau Zimbabwe-Rhodésie.

En septembre 1979, le gouvernement britannique de Margaret Thatcher persuade néanmoins le gouvernement de Muzorewa de négocier à Lancaster House. En décembre, la Rhodésie redevint colonie britannique.

Malgré ses réserves et ses récriminations contre ce qu'il considère être une trahison britannique, Smith approuve avec réticence les accords de Lancaster House de décembre 1979 préparant le passage de pouvoir à la majorité noire et l'indépendance du Zimbabwe. Smith refuse néanmoins de participer à la célébration officielle, préférant aller diner dehors avec plusieurs membres de sa délégation. Selon ces accords, la minorité blanche obtient une représentation garantie de 20 députés pendant sept ans et l’absence d’expropriation foncière pendant 10 ans. Enfin, une amnistie est garantie à tous, guérilleros et membres du gouvernement et des forces militaires.

Smith espérait former une coalition avec l’UANC et le ZAPU mais la victoire absolue des radicaux du ZANU aux élections de février 1980 mettait fin au projet de gouvernement modéré. Smith tenta de faire annuler l’élection au motif de multiples mesures d’intimidations des électeurs dans les campagnes reculées mais les observateurs internationaux déclarèrent l’élection juste et démocratique .

Alec Smith de retour en Rhodésie arrangea une entrevue entre Smith et Robert Mugabe, le futur premier ministre, pour tenter de trouver un accord de gestion. L’entretien de plusieurs heures eu lieu le 2 mars 1980 et fut amical selon les témoins . Selon son témoignage ultérieur, Smith déclara avoir été bien reçu par Robert Mugabe alors que celui-ci avait promis dans ses meetings de le faire pendre à un arbre en plein centre de Salisbury. Mugabe reconnaissait au cours de cet entretien recevoir un joyau qu'il fallait préserver. Suite à cet entretien, Smith demanda alors aux Rhodésiens blancs d’accepter le résultat des élections et de se montrer pragmatique à l’avenir. Il leur demanda de rester dans le pays et de coopérer avec le nouveau gouvernement ZANU-PF.

Le Zimbabwe accède à l'indépendance le 18 avril 1980.

Quelques mois plus tard, Ian Smith fait partie d'une délégation du Zimbabwe en visite en Europe à la recherche d’investisseurs étrangers.

Au parlement, il devient le chef de l’opposition comme leader du Front républicain. Il maintient à son parti le caractère de représentation de la minorité blanche.

Il rencontre à plusieurs reprises Mugabe mais en décembre 1982, il est brièvement arrêté et son passeport confisqué pour avoir critiqué plusieurs réformes constitutionnelles proposées par Robert Mugabe.

En 1984, Smith renonce définitivement à la nationalité britannique pour ne garder que celle zimbabwéenne.

Entre 1980 et 1985, le RF perd petit à petit 11 de ses élus, ralliés individuellement aux indépendants ou au ZANU du premier ministre Robert Mugabe. Mais aux élections de 1985, il sécurise 15 sièges sur les 20 garantis à la minorité blanche.

En 1986, le RF est rebaptisé Alliance Conservatrice du Zimbabwe (CAZ) et s'ouvre plus largement aux noirs .

En 1987, Mugabe met fin à la représentation blanche. Smith se retire alors dans sa ferme de Shurugwi. L'Alliance conservatrice du Zimbabwe allait finir par se dissoudre à la fin des années 1990 dans le Mouvement pour le changement démocratique (MDC).

Opposant irréductible au président Robert Mugabe depuis 1980, Ian Smith est l’un des rares signataires de l’UDI à être resté au Zimbabwe plus de vingt ans après l’indépendance de 1980.

Au début des années 2000, il tente de former un nouveau parti avec Muzorewa and Sithole mais finalement apporte son soutien au MDC de Morgan Tsvangirai, véritable premier parti d'opposition populaire à Mugabe.

Alors que la plupart des blancs sont expropriés de leurs fermes suite à une réforme agraire, sa ferme de Shurugwi est provisoirement occupée mais finalement épargnée. Un peu plus tard, il cède à Mengistu Haile Mariam, l’ancien négus rouge d'Éthiopie, une autre exploitation agricole secondaire qu'il possédait .

En 2006, pour des raisons de santé, il doit quitter sa résidence de Philipps Avenue dans le quartier de Belgravia à Harare pour s'installer en Afrique du Sud afin de suivre un traitement médical. Il a vécu au Cap chez sa belle-fille avant de s’éteindre, à l'âge de 88 ans, le 20 novembre 2007.

Ian Smith, surnommé le « lion au cœur fidèle » est l'auteur en 2001 d'une autobiographie dans lequel il revient sur les années et les ambitions avortées de la Rhodésie. Il y fustige les trahisons et les promesses non-tenues d'amis et politiciens occidentaux ou sud-africains.

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Thabo Mbeki

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Thabo Mvuyelwa Mbeki (né le 18 juin, 1942) est un homme politique sud-africain, membre du Congrès national africain, vice-président d'Afrique du Sud de 1994 à 1999 et président de la République d'Afrique du Sud (1999-2008).

Originaire de la région du Transkei dans l'actuelle province du Cap-Oriental, Mbeki est le fils de Govan Mbeki (1910-2001), un militant notable du Congrès national africain (ANC) et du Parti communiste sud-africain (SACP).

Sa langue maternelle, ainsi que celle de Nelson Mandela, est le xhosa.

Thabo Mbeki a rejoint l'ANC à l'âge de 14 ans, et l'a représenté auprès de gouvernements étrangers à partir de 1967.

Il est nommé chef du département de l'information du parti en 1984 et du département des relations extérieures en 1989.

Avec l'ANC majoritaire à l'assemblée d'Afrique du Sud lors des premières élections multiraciales de 1994, il est avec Frederik de Klerk l'un des deux vice-présidents de Nelson Mandela.

En 1996, à la suite de la démission de Frederik de Klerk et du retrait du Parti national du gouvernement, Thabo Mbeki devient l'unique vice-président d'Afrique du Sud au côté de Nelson Mandela lequel lui délègue l'essentiel de ses pouvoirs exécutifs.

En juin 1999, Thabo Mbeki est naturellement élu président de la République et succède à Nelson Mandela. Il choisit Jacob Zuma comme vice-président.

Thabo Mbeki a été réélu en avril 2004 avec une majorité parlementaire encore plus étendue qui s'accroît encore par la suite avec la fusion-absorption du Nouveau Parti national.

Dans les affaires internationales, Mbeki a joué un rôle notable dans les mises en œuvre du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique et de l'Union africaine. Il a aidé à la promotion des processus de paix au Rwanda, au Burundi et en RDC. Mbeki a également tâché de promulguer le concept de « Renaissance africaine ». Son gouvernement a coopéré avec ceux du Brésil sous la présidence de Lula da Silva et de l'Inde sous le gouvernement d'Atal Bihari Vajpayee, constituant une alliance qui est devenue un protagoniste influent pour les intérêts des pays en voie de développement.

Thabo Mbeki a persévéré dans ses efforts à remettre en place le dialogue entre le président zimbabwéen Robert Mugabe et son opposition regroupé dans le Mouvement pour le changement démocratique malgré le refus des deux partis. Certains (notamment le gouvernement du Royaume-Uni) ont critiqué cette politique de « diplomatie tranquille », suivant laquelle Mbeki s'est également opposé à la suspension du Zimbabwe de Mugabe du Commonwealth. Au bout du compte, son rôle de médiateur apparait être un échec quand le président Robert Mugabe annonce unilatéralement la date des élections et que l'opposition zimbabwéenne reproche au président sud-africain d'avoir manqué de courage. Le rôle de médiateur de Thabo Mbeki, dont le mandat venait d'être renouvelé par ses pairs d' Afrique australe, est finalement écarté par Morgan Tsvangirai après les élections présidentielles et législatives du 29 mars 2008. Les résultats de celles-ci, bien qu'entachées de fraudes et de violences, se révèlent favorables au Mouvement pour le changement démocratique. Mais aucun résultat officiel de l'élection présidentielle n'était encore divulgué 18 jours après le scrutin alors qu'un recomptage partiel était organisé pour les élections législatives qui avaient été officiellement remportées par l'opposition. Si l'ANC prend partie en faveur de Tsvangirai et estime que la non publication des résultats était un déni du vote des zimbabwéens , et alors que le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon demande aux autorités zimbabwéennes de procéder à la publication officielle des résultats, le président Thabo Mbeki est accusé d'observer un "silence assourdissant" sur la situation politique du pays, estimant d'ailleurs qu'il n'y avait « pas de crise au Zimbabwe ». Le 17 avril, Morgan Tsvangirai rejetait alors la médiation de Thabo Mbeki, qu'il estime inefficace et de parti-pris, et demande au président zambien Levy Mwanawasa de mener une nouvelle initiative pour tenter de régler la situation politique au Zimbabwe . Alors qu'en juin, plusieurs pays voisins comme la Zambie, le Botswana, l’Angola et le Swaziland se joignent aux condamnations internationales visant Robert Mugabe, que Tsvangirai doit renoncer à se maintenir au second tour de l'élection présidentielle en invoquant les violences commises contre ses partisans par les partisans du président zimbabwéen, Thabo Mbeki reste de nouveau silencieux. Pour George Katito, de l’Institut des relations internationales à Johannesburg, « la solidarité de Mbeki à l’égard des leaders des mouvements de lutte anticoloniale a toujours primé sur le respect de la démocratie ». Cette position tranche avec celle de son propre parti, l'ANC, et de son chef, Jacob Zuma, pour qui le parti de Robert Mugabe avait complètement « perdu la tête ».

Durant sa présidence, le président Mbeki souffre d'une image d'intellectuel lointain, arrogant, froid, autocratique, voire paranoïaque. Il peine ainsi à faire valoir ses réalisations comme une croissance économique de 5 à 6% annuel sur 10 ans, la construction de 2 millions de nouveaux logements depuis 1994, la connexion à l'électricité publique de 4 millions de foyers noirs, l'accès à l'eau potable pour 85 % des 48 millions de citoyens sud-africains . Cependant, le maintien de 10% de la population dans une misère extrême, le chômage en hausse, estimé à près de 40 %, la forte progression de la criminalité, l'expansion de la pandémie du Sida et la dégradation de la qualité de l'enseignement public restent les points noirs de sa politique qui lui sont reprochés par ses adversaires politiques, y compris ceux de l'ANC. Ainsi, à la fin de son mandat, alors que les inégalités sociales se sont accentuées, le président Mbeki est accusé d'avoir perdu le contact avec le peuple pour privilégier une nouvelle bourgeoisie noire, tout aussi repliée sur elle-même que le fut la bourgeoisie blanche alors que les critiques politiques dénoncent même l'autoritarisme d'un gouvernement, tiraillé entre sa propre aile gauche et son aile droite.

Si ses relations avec le patronat sud-africain sont plutôt bonnes, elles sont plus complexes avec les blancs en général. En avril 2005, Mbeki fait ainsi l'éloge des afrikaners alors que ceux-ci ont des doutes sur leur pérénité en Afrique du Sud suite aux atteintes portées par les radicaux de l'ANC contre leur culture et leur patrimoine historique (notamment les changements de noms afrikaners ou la diminution drastique des institutions scolaires de langue afrikaans). Lors d'un discours, le président Thabo Mbeki tente de les rassurer en les désignant comme des « catalyseurs qui mettront un terme à la division raciale du pays », n'hésitant pas alors à pointer les blancs anglophones moins enclins selon lui « à soutenir la nouvelle Afrique du Sud et l’africanisme » .

En juin 2005, Mbeki limoge son populaire et populiste vice-président, Jacob Zuma, englué dans un grave scandale politique. Il s'attire alors l'hostilité de la frange la plus populiste de l'ANC, celle qui soutenait Zuma.

En 2007, bien que ne pouvant effectuer de troisième mandat, Thabo Mbeki décide de se présenter de nouveau à la présidence de l'ANC, notamment pour contrer Jacob Zuma. Dans la cadre de sa campagne pour prendre la direction de l'ANC, bien que toujours sous le coup d'une enquête judiciaire pour corruption mais capitalisant sur la déception des plus pauvres face à la politique économique libérale du président Mbeki, Zuma obtenait cependant le soutien de cinq des 9 branches provinciales du Congrès national africain (ANC) (KwaZulu-Natal, Gauteng, État-Libre, Mpumalanga et Cap-du-Nord) et 61% des votes contre quatre branches provinciales et 39% des voix pour le chef de l'Etat Thabo Mbeki (Cap-Oriental, Nord-Ouest, Cap-Occidental et Limpopo (nord), lui conférant ainsi la majorité relative des délégués .

Lors de la conférence élective du président de l'ANC qui se tint ensuite du 15 au 20 décembre 2007 à Polokwane, Jacob Zuma recevait le soutien de près des trois quarts des 3 900 délégués face au président sortant Thabo Mbeki. L'élection se fait dans un climat tendu entre les deux camps sur fonds de chants et de danses comme « Umshini Wami » (Passe-moi ma mitraillette), chant de la lutte contre l'apartheid, devenu emblème de Jacob Zuma .

Le 18 décembre, au bout d'une bataille de procédure qui a retardé de 24 heures le vote, Zuma est élu président de l'ANC en remportant 2 329 voix (60% des suffrages) contre 1 505 à Thabo Mbeki. La victoire de Zuma est d'autant plus humiliante pour le président sortant que chaque autre membre du comité directeur soumis ce jour là au vote des militants est un proche de Zuma, ne laissant aucune place au camp sortant.

En 2008, le bilan économique du président Mbeki est menacé par une grave pénurie d'électricité qui plonge périodiquement les grandes villes dans l'obscurité et menace l'économie du pays et de la région. Il lui est ainsi reproché, par la presse, l'imprévoyance de son gouvernement pour avoir refusé 10 ans plus tôt d'investir dans la construction de nouvelles centrales électriques alors que le pays connaissait une croissance de la demande en électricité de 10 % chaque année. Après avoir utilisé les surplus de capacité hérités des anciennes structures, son gouvernement est contraint de promouvoir le rationnement, de renoncer à certains grands projets créateurs d'emplois et de suspendre ses exportations d'électricités à destination de la Zambie et du Zimbabwe, en attendant la mise en service de nouvelles centrales, moins polluantes mais plus couteuses .

Parallèlement, la presse lui reproche la dégradation de l'état des routes, des hôpitaux publics et des écoles publiques ainsi que l'inefficacité de l'administration par manque de personnel, de motivation ou de moyens. Si la corruption s'étend également, elle touche des proches du président Mbeki. Ainsi, alors que pour des faits analogues il avait démis son vice-président, il couvre son chef de la police, Jackie Selebi, proche de barons de la drogue et inculpé de corruption. Dans le même temps, il licencie sa populaire vice-ministre de la santé, Nosizwe Madlala Routlege,pour avoir eu le tort de dénoncer le mauvais fonctionnement du système de santé .

En mai 2008, le gouvernement de Thabo Mbeki est confronté à une vague de violences contre les immigrés, caractérisé notamment par des meurtres, des pillages et des lynchages. Débuté dans les quartiers pauvres de Johannesburg, elle s'étend en quelques jours aux grandes villes de 7 des 9 provinces du pays, notamment Le Cap et Durban. Elle occasionne la mort d'une cinquantaine d'immigrés et la fuite de plus de 100 000 autres, réfugiés notamment dans des camps de fortune ou évacués vers leurs pays d'origine . Ces violences sont interprétées par le sentiment de nombreux Sud-Africains que, selon eux, les immigrés prendraient des emplois et seraient responsables de la criminalité. Les 3 millions de Zimbabwéens, qui ont dû s'enfuir de leur pays, ravagé par une crise politico-économique, sont les premiers touchés. Après avoir déclaré que « Les citoyens d'autres pays d'Afrique et au-delà sont des êtres humains comme nous et méritent d'être traités avec respect et dignité », que l'Afrique du Sud n'était « pas une île séparée du continent », le président Thabo Mbeki, après l'avoir dans un premier temps écarté, est obligé de recourir au déploiement de l’armée (les Forces de défense d’Afrique du Sud - SADF) pour épauler la police et enrayer le développement des violences xénophobes à travers le pays . Dénonçant un processus en cours de nettoyage ethnique, la presse sud-africaine stigmatise également le comportement général du président sud-africain, notamment sa réaction tardive aux évènements puis son déplacement au Japon où le président sud-africain participe à une conférence internationale. Certains de ces journaux, comme le Sunday Independent et le Sunday Times, vont alors jusqu'à en appeler à la démission de Thabo Mbeki.

Les vues du président Mbeki sur la question du Sida ont provoqué la controverse, notamment quand il a nié le lien entre le virus et la maladie et pour avoir affirmé que, dans un pays où plus de 800 personnes meurent chaque jour de cette maladie, il ne connaissait personne qui soit mort du sida dans son entourage immédiat .

Ainsi, en avril 2000, le président Mbeki demandait la création d'un groupe de recherche sur le Sida comprenant à la fois des scientifiques orthodoxes mais aussi des scientifiques plus sceptiques qui remettaient en cause le lien de causalité entre le VIH et le SIDA. Thabo Mbeki et son ministre de la Santé, le docteur Manto Tshabalala-Msimang avaient fait paraître un document retraçant les discussions qui se sont produites à l'occasion de cette rencontre. Thabo Mbeki et son gouvernement avaient essentiellement posé la question du rapport bénéfice/toxicité de deux substances proposées pour diminuer la transmission de la séropositivité de la mère à l'enfant, qui sont l' AZT et la Nevirapine, à la suite d'études assez circonstanciées effectuées par l'avocat sud-africain Anthony Brink.

Néanmoins, les militants luttant contre le SIDA avaient applaudi le gouvernement sud-africain quand celui-ci avait défendu la production de médicaments génériques moins coûteux pour les pays les moins fortunés, et remporté le procès entrepris par des sociétés pharmaceutiques multinationales en avril 2001.

L'Afrique du Sud dispensa ensuite d'un projet plus orthodoxe pour combattre les effets du VIH et du SIDA sous la direction du docteur Manto Tshabalala-Msimang, ministre de la Santé depuis décembre 2000. Cependant, cette dernière en se déclarant favorable à des thérapies alternatives comme l'emploi de certains fruits et légumes et en affichant son hostilité à l'emploi de rétroviraux gagna chez ses détracteurs le surnom de "docteur Betterave". C'est surtout la vice-ministre Nozizwe Madlala-Routledge qui innova la politique en matière de santé en consultant les organisations non gouvernementales avec lesquelles sa ministre de tutelle entretenait des relations très conflictuelles et en élaborant un plan pour les années 2007-2011, prévoyant d'améliorer la prévention et l'accès aux traitements, avec pour objectif de placer 80 % des malades sous antirétroviraux en 2011.

Cependant, en août 2007, le limogeage de Nozizwe Madlala-Routledge par le président Mbeki, la sanctionnant pour avoir dénoncé l'état des services de santé, fut interprété à nouveau par les ONG comme "Treatement Action Campaign" et par l'opposition comme un "déni" de la pandémie.

Le limogeage fut également contesté par les formations proches du pouvoir, comme le Parti communiste ou la centrale syndicale COSATU.

Mis en cause indirectement pour des « interférences » politiques par le juge ayant prononcé un non-lieu dans des affaires de corruption concernant Jacob Zuma, Thabo Mbeki annonce sa démission le 21 septembre 2008 après avoir été désavoué par son parti. L'ANC nomme alors le vice-président du parti, Kgalema Motlanthe, pour lui succéder à la présidence de la république. Le 23 septembre, par 299 voix contre 10, les députés sud-africains adoptaient une motion avalisant la démission de Thabo Mbeki de la présidence de la république avec effet au 25 septembre 2008. La démission de Thabo Mbeki s'accompagne de celle de la vice-présidente, Phumzile Mlambo-Ngcuka, et de 11 de ses ministres dont Trevor Manuel et Patrick Lekota. Parallèlement, Thabo Mbeki reprenait l'offensive judiciaire contre Jacob Zuma en se joignant à l'appel du procureur général devant la cour constitutionnelle contre le jugement qui avait mis fin au procès pour corruption contre son rival. Dans sa plainte, Thabo Mbeki fait valoir que les attendus du jugement étaient « scandaleux et préjudiciables » envers sa réputation en tant que personne privée et chef de l'Etat.

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Source : Wikipedia