Racisme

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Posté par hal 01/03/2009 @ 11:40

Tags : racisme, discrimination, société

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Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme

La Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (ou LICRA) est une association internationale luttant contre le racisme et l'antisémitisme.

La LICRA trouve son origine dans un assassinat : le 25 mai 1926 Samuel Schwartzbard abat de sang froid à Paris, au Quartier Latin, Simon Petlioura que Samuel Schwartzbard juge responsable des pogroms organisés en Ukraine. (nota : la LICRA, qui dans son refus de se solidariser de Schwartzbard -qui écrivait dans le Libertaire- n'hésite pas à énoncer ici que celui-ci « jugeait responsable Petlioura », Simon Petlioura ayant vraisemblablement plutôt tenté de limiter les pogroms).

En 1927 Bernard Lecache est un jeune journaliste chargé de suivre le procès de Samuel Schwartzbard. Pour tenter de sauver Samuel Schwartzbard il se lance dans une campagne médiatique et fonde la Ligue contre les pogroms. Après l'acquittement de l'accusé, la Ligue internationale contre l'antisémitisme (LICA) voit le jour, à laquelle adhérent des personnalités influentes comme Victor Basch, Léon Blum, Albert Einstein, Edmond Fleg, Maxime Gorki, Paul Langevin, la Comtesse de Noailles, Georges Pioch, Georges Zérapha, Séverine, André Spire. Dès 1932, le nom change en Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme mais ce n'est qu'en 1979 que le sigle correspondant a été adopté par Jean Pierre-Bloch, président de l'époque. Parmi les membres fondateurs, on retrouve entre autres Maître René Cohen-Hadria qui œuvra pour un combat juste et honorable.

Dès 1931 la ligue compte 10 000 adhérents à travers toute la France et constitue une force incontournable dans la bataille des ligues en février 1934.

En septembre 1939 quand la deuxième guerre mondiale éclate de nombreux militants de la LICA sont mobilisés, beaucoup partent volontaires pour la durée des hostilités. En France occupée, la LICA est dissoute par les autorités de Vichy, se reconstitue dans la clandestinité pour venir en aide aux victimes des lois anti-juives, en leur trouvant des caches en Province, en leur fournissant des faux papiers d’identité, en créant des réseaux d’évasion vers la Suisse, l’Espagne et l’Angleterre. Néanmoins nombreux sont les anciens membres de la Lica à participer au régime de Vichy (lire à ce sujet Les Dreyfusards sous l'occupation de Simon Epstein).

La loi de 1972 permet à la LICA de se porter partie civile dans les procès relatifs à des actes racistes et de protester contre les crimes racistes.

Lors de son 33e congrès national en 1979, la LICA devient la LICRA en mettant en harmonie son sigle et son intitulé la ligue rappelle ainsi sa volonté, toujours affirmée, de lutter contre toutes les formes de racisme direct ou voilé, individuel ou collectif et sa détermination de dénoncer la discrimination raciale partant du principe fondamental qu’aucune raison politique, économique, sociale ou biologique ne peut expliquer ou justifier le racisme.

La lutte de la LICRA contre le néonazisme et les thèses négationnistes s'est manifestée notamment par le soutien au couple Klarsfeld dans sa traque des anciens nazis, et dans le cadre du procès Barbie en 1987.

Depuis quelques années, la LICRA a intensifié son action internationale et œuvré pour une présence effective dans de nombreux pays. C’est ainsi qu’elle est désormais implantée en Suisse, en Belgique, au Luxembourg, en Allemagne. Une section a vu le jour au Portugal le 11 avril 1991, une autre au Québec, le 26 juin de la même année. En février 2001, la Ligue a pris pied au Congo Brazzaville, puis en mars, sous l’impulsion du secrétaire général Richard Séréro, en Autriche.

Depuis 1999, et sous l’impulsion de Patrick Gaubert, la Licra élargit son champ d’action. Aux thèmes traditionnels antiracistes, s’en ajoutent désormais d’autres, qui répondent aux préoccupations de la société nouvelle : la discrimination au travail, la citoyenneté, les jeunes des milieux défavorisés etc. C’est ainsi que, les 22 et 23 janvier 2000, la convention nationale de la LICRA, à Bordeaux, a consacré ses travaux au thème de la citoyenneté.

Joséphine Baker, Alain Bauer, François Bayrou, Harry Belafonte, Edouard Beneš, André Bergeron, Jean Pierre-Bloch, Léon Blum, Charles-Auguste Bontemps, Tamara Borten, Jean-Denis Bredin, Jacques Chaban-Delmas, Georges Charpak, Jacques Chirac, Comtesse de Noailles, Costa-Gavras, Bertrand Delanoe, Jacques Delors, Albert Einstein, Monseigneur Etchegaray, Laurent Fabius, Roger Fauroux, Jean Ferniot, Alain Finkielkraut, François de Fontette, René Frydman, Pierre-Gilles de Gennes, Marek Halter, Édouard Herriot, François Jacob, Lionel Jospin, Léon Jouhaux, Alain Juppé, Axel Kahn, Joseph Kessel, Beate Klarsfeld, Serge Klarsfeld, Bernard Kouchner, Jack Lang, Bernard Lecache, Joël Le Tac, François Léotard, Bernard-Henri Lévy, Léon Lévy, Enrico Macias, Tomas G. Masaryk, Albert Memmi, Gaston Monnerville, Abbé René de Naurois, Pierre Perret, Louis Edmond Pettiti, Gilberte Pierre-Brossolette, Samuel Pisar, Maurice Plantier, Alain Poher, Bertrand Poirot-Delpech, Henri Ravouna, Leny Rimbert, Romain Rolland, André et Simone Schwarz-Bart, Philippe Seguin, Séverine, Bernard Stasi, Fodé Sylla, Bertrand Tavernier, Rita Thalmann, Gilbert Trigano, Étienne Trocmé, Simone Veil, Maurice Weinberg, Elie Wiesel, Étienne Wolff, Fred Zeller.

La LICRA a pour objectif d'être vigilante sur les discriminations. Elle combat tout d'abord le racisme au quotidien et la banalisation des actes xénophobes, en apportant une aide juridique aux victimes, souvent mal informées de leurs droits. Elle est très attentive aux propos racistes ou antisémites tenus dans la presse, à la télévision et à la radio. Elle ne veut en aucun cas entraver la liberté de la presse, mais traquer et corriger publiquement les incitations à la haine et à la discrimination. Elle veille aussi à attaquer systématiquement toutes les publications négationnistes, en réclamant le retrait de l'ouvrage. De plus, elle poursuit les sites ayant des contenus racistes ou antisémites, et incite les hébergeurs à plus de responsabilité et de vigilance. Finalement, elle veille à attaquer les propos xénophobes contenus dans certains discours politiques. Les condamnations qu'elle a déjà obtenues sont la preuve que de telles déclarations ne sont pas des opinions mais des délits.

La LICRA agit sur le terrain à l'aide de ses bénévoles actifs dans toutes les régions de France. Le programme des actions sur le terrain est voté par neuf commissions (Mémoire historique, Juridique, Éducation, Culture, Sport, Europe, Intégration, Citoyenneté, LICRA Jeunes). Depuis 1932, le journal Droit de Vivre est un support essentiel aux valeurs et aux engagements de la LICRA. Distribué à l'ensemble des membres, c'est un outil privilégié de communication internet et externe. A travers ses lignes, il fait transparaitre la vie de l'association tant au niveau local qu'international. En effet, si les grandes décisions et les prises de position du bureau national font partie des informations véhiculées par le journal, la place consacrée à la vie des sections et aux initiatives locales est importante. En fonction de l'actualité, il ouvre ses colonnes à des personnalités extérieures.

Il existe des sections de la Licra en Suisse, en Belgique, au Luxembourg, en Allemagne, au Portugal depuis le 11 avril 1991, au Québec depuis le 26 juin 1991, au Congo Brazzaville depuis février 2001, en Autriche depuis mars 2001 et en Italie depuis 2008.

Mercredi 4 novembre 2006 Patrick Gaubert a accepté une mission de médiation à la demande de Nicolas Sarkozy, Ministre de l'Intérieur, concernant l'affaire des expulsés de Cachan. Cette mission fut menée avec Dominique Sopo, président de SOS Racisme. Selon le Ministère de l'Intérieur et les explications de son porte-parole Claude Guéant, cette mission aurait débuté plusieurs jours avant l'annonce faite à la presse .

En 2002, elle a intenté, aux côtés de l'UEJF et d'Avocats sans frontières, un procès contre Daniel Mermet, journaliste à France Inter, pour avoir diffusé des propos d'auditeurs concernant le conflit israélo-palestinien, l'accusant d'« incitation à la haine raciale ». Reporters sans frontières a alors dénoncé des « pressions croissantes exercées sur les journalistes critiquant la politique d'Ariel Sharon », tandis que la Cour d'appel a débouté Avocats Sans Frontières en 2006, distinguant entre la responsabilité du journaliste et celle des auditeurs .

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Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples

Carte postale MRAP du 21 mars, journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale. Concours d'affiches réalisées pour le MRAP en 1997 à l'École Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d'Art Olivier de Serres (ENSAAMA Olivier de Serres). Deuxième prix : Marie-Amélie Cotillon.

Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (ou MRAP) est une association française non gouvernementale qui se définit comme un moyen de revendication pour « l'égalité des droits entre tous les citoyens » Cet objectif était présent dès la fondation de l'association dans ses statuts.

Par un arrêté du Ministère de la jeunesse et des sports du 21 avril 1983, le MRAP est agréé comme « Association nationale d'éducation populaire ». Il est doté du statut consultatif auprès de l'ONU et est membre de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH).

L'action du MRAP s'exerce notamment en faveur de migrants, demandeurs d'asile, immigrés légaux ou illégaux, Roms, Tsiganes et gens du voyage, Juifs, Français d'origine étrangère, des homosexuels et des femmes immigrées. Le MRAP soutient les étrangers en situation irrégulière, et milite contre la politique immigratoire de la France et de l'Union européenne.

Il intente des actions contre ce qu'il considère être de la discrimination raciste dans le travail, le logement, les loisirs. Le MRAP se déclare pour une paix juste et durable au Proche-Orient, les démocrates iraniens, les actions contre la peine de mort aux États-Unis et en Chine surtout, le soutien à toutes les victimes innocentes des violences politiques.

Il organise chaque année une « semaine d'éducation contre le racisme » dans des établissements scolaires. Il participe, notamment avec la Ligue des droits de l'Homme (LDH), à des campagnes sur la citoyenneté et milite pour le droit de vote des étrangers, et communique à ce sujet ses positions.

Ce mouvement a pris part à la création de l'association pour la taxation des transactions pour l'aide aux citoyens (ATTAC), et en est membre à ce titre. Il fait partie du réseau éducation sans frontières (RESF), de Migreurop, de l'European network against racism, et à ce titre participe à une réflexion globale, avec d'autres associations, sur les droits de l'homme.

Mouloud Aounit, président du MRAP, est conseiller régional d'Île-de-France, élu tête de liste Alternative citoyenne sur une liste d'union avec le PCF dans la Seine-Saint-Denis, et a soutenu la candidate communiste Marie-George Buffet à l'élection présidentielle de 2007, sans pour autant avoir sa carte au Parti communiste.

Le 22 mai 1949, le MRAP a été créé par des membres du Mouvement national contre le racisme (MNCR), de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA), et du mouvement des Francs-tireurs et partisans - Main-d'œuvre immigrée (FTP-MOI) ainsi que par de diverses personnalités telles que le peintre Chagall. Il prend le nom de « Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et pour la paix ».

Tract du Congrès fondateur du MRAP (1949).

Gala d'ouverture du premier Congrès du MRAP (1949).

Charles Palant (1949), ancien Président du comité des jeunes de la LICRA, devenu un des fondateurs du MRAP en 1949. Secrétaire général du MRAP de 1950 à 1971.

Le 15 septembre 1949, le journal Droit et Liberté devient l'organe de propagande du MRAP.

De 1950 à 1954, le MRAP participe activement aux campagnes contre le réarmement de l'Allemagne en organisant des rassemblements, des délégations auprès des députés. En 1951, il participe à la vaste campagne de pétitions contre l'arme atomique qui prend le nom d'appel de Stockholm. Le 13 décembre 1951, il organise à l'Hôtel Moderne une conférence contre le réarmement allemand et se rend à l'ONU pour y porter une résolution. Le 9 mars 1953, le MRAP organise, toujours à l'Hôtel Moderne, une réunion contre la reconstitution de l'armée allemande ou Wehrmacht. Le 9 mars 1954, sous l'égide de son Président Maître Léon Lyon-Caen, il tient un meeting contre le réarmement allemand. En août 1954, à la veille du vote sur la Communauté européenne de défense, une délégation du MRAP se rend à l'Assemblée nationale pour demander de s'y opposer.

Dans les dix années qui suivent la libération de la France, il y a un renouveau des formations à caractère raciste, notamment par le biais de nombreuses publications (L'Époque, Le Nouveau Prométhée, Aspects de la France, Paroles Françaises),.

Le MRAP cherche tout d'abord, à utiliser le droit existant pour lutter contre la diffusion des idées racistes mais il complètera son action par du lobbying juridique en vue du renforcement de la législation existante.

Le MRAP cherche aussi à développer une solidarité entre les associations de lutte contre le racisme. Dans la nuit du dimanche 28 au lundi 29 septembre 1975, des attentats sont commis contre les deux fils du Président de la LICRA, Jean-Pierre Bloch. Le MRAP condamnera ces attentats.

Le samedi 18 et le dimanche 19 octobre 1975 a eu lieu la conférence annuelle « Neï Press » (« Presse nouvelle » en yiddish). Le MRAP, par l'intermédiaire de son Président Pierre Paraf, y participera.

Le 10 février 1951, par exemple, Aspects de la France, hebdomadaire de l'Action française de tendance royaliste est condamné en première instance à 35 000 francs français de l'époque pour la diffusion d'articles antisémites. L'amende sera portée à 50 000 francs en appel.

Le 18 janvier 1955, Aspects de la France est à nouveau condamné pour avoir attaqué Pierre Mendès France sur sa judéité ; la 17e chambre du tribunal correctionnel de la Seine condamnera Pierre Boutang, alors gérant du journal, à 100 000 francs français d'amende. L'amende sera portée à 500 000 francs en appel le 3 mai 1955, notamment pour « la persistance des prévenus dans leur diffamation ».

Déjà en février 1949, dans la revue Droit et Liberté qui deviendra la revue du MRAP trois mois après, Daniel Bess préconise d'engager des poursuites judiciaires contre le Mouvement socialiste d'unité populaire (ou MSUF qui deviendra le Parti républicain d'unité populaire), un groupuscule nazi qu'il suspecte d'être la vitrine légale d'un groupe responsable de plusieurs attentats antisémites dans des magasins à Paris. Mais les limites de la loi sont là car les textes sont difficiles à appliquer et sont insuffisants. Le MRAP accuse les publications d'extrême droite de profiter de cette faille juridique.

À la suite de divers procès, le MRAP entame une campagne pour obtenir l'interdiction de la presse antisémite. En mai 1952, il diffuse auprès d'un large public une liste de brochures antisémites. Le MRAP accuse en septembre 1952 Charles Maurras, leader de l'Action française de réclamer dans Aspects de la France, un statut pour les juifs,. Le MRAP demande alors à ses adhérents d'écrire et d'envoyer des pétitions au juge d'instruction du Palais de Justice de Paris pour que Maurras soit le plus rapidement poursuivi devant les tribunaux. Maurras sera effectivement inculpé.

Fraternité Française, en juin 1961, a publié un article de Pierre Poujade attaquant un candidat du 9e arrondissement de Paris. Le MRAP jugea l'article antisémite et saisit le Procureur de la République qui intentera un procès. En décembre 1961 paraît un second article dans Fraternité Française intitulé « Le régime et les juifs. Pierre Poujade inculpé d'antisémitisme. Un comble ! », dans lequel Pierre Poujade accuse le MRAP d'exciter la haine raciale et attaque l'association pour diffamation. Le procès est jugé à Limoges en octobre 1962, où Pierre Poujade et Fraternité Française sont alors condamnés chacun à 2 000 nouveaux francs. Pierre Poujade et le directeur de Fraternité Française font appel, et en mars 1963, la Cour d'appel annule le jugement de première instance et se range aux arguments de l'avocat de Pierre Poujade selon lequel l'article incriminé ne s'attaquait pas à tous les juifs, mais à une personne en particulier (le candidat aux élections dans le 9e arrondissement de Paris).

En novembre 1963, Marc Augier, un ancien collaborateur sous l'occupation de la France par les Allemands, publie sous le pseudonyme de Saint-Loup une apologie de la Luftwaffe. Le MRAP et des associations de résistants et de déportés demandent en vain l'intervention du Ministère de l'intérieur, invoquant l'interdiction d'apologie de crimes de guerre. Mais le Parquet ne s'estimera pas compétent.

En mars 1964, le négationniste Paul Rassinier nie dans Rivarol sous le pseudonyme de Jean-Pierre Bermont l'existence des chambres à gaz (la mortalité dans les camps de concentration serait due selon lui aux prisonniers qui se volaient la nourriture). Attaqué pour diffamation, il est jugé et condamné en octobre 1965 ; ce sont les résistants qui ont dû faire la preuve, témoignages à l'appui, de leur honnêteté.

En novembre 1965, éclate l'« affaire de Bagneux ». Une adolescente prétend avoir été violée par quatre Nord-Africains, puis dément trois jours plus tard. Le journal d'extrême-droite Minute décrit alors les Maghrébins comme des brutes sanguinaires et se lance dans une campagne contre « la criminalité des Nord-Africains ». A la suite d'une plainte de deux Algériens, le procès débute en juin 1967 mais la plainte sera jugée irrecevable, y compris en appel.

En juin 1969, la revue du MRAP Droit et Liberté détaille l'argumentaire raciste d'un journaliste de Minute, Pierre Desmaret. Ce dernier poursuivra le MRAP pour diffamation, mais sera débouté.

En 1959, Léon Lyon-Caen, alors Président du MRAP, rédige un projet qui est envoyé à tous les députés et les sénateurs, mais il restera longtemps sans suite.

Dès sa création, le MRAP a exprimé la nécessité selon lui d'une loi pour réprimer le racisme et pour permettre aux associations de se constituer partie civile.

En 1959, Léon Lyon-Caen, alors Président du MRAP, rédige un projet qui est envoyé à tous les députés et les sénateurs, mais il restera longtemps sans suite.

À chaque élection législative, le MRAP envoie ses propositions de loi aux députés et aux sénateurs. Il demande une extension des poursuites à toutes les formes de discrimination et de diffamation, la dissolution des groupes fascistes, et la possibilité pour les associations de se constituer partie civile. Le MRAP fait signer des pétitions et continue d'envoyer sans succès ses propositions aux parlementaires (notamment en 1963 et 1966, après l'« affaire de Bagneux »).

Le 7 janvier 1971, dans le contexte de l'« affaire du Latin musique », une délégation du MRAP est reçue par le Premier ministre Jacques Chaban-Delmas et lui demande que la proposition de loi contre le racisme soit inscrite à l'ordre du jour de l'Assemblée. Même si cette proposition n'a pas été suivie d'effet, l'année 1971 a été décrétée année internationale contre le racisme et la France a ratifié la même année la Convention de l'ONU sur l'élimination de toutes les formes de discriminations raciales de 1965.

La loi contre le racisme est finalement examinée par l'Assemblée nationale le 7 juin 1972. La LICRA demandera dans un projet concurrent déposé au sénat que seules les associations reconnues d'utilité publique puissent se porter partie civile ; le MRAP propose que seules les associations ayant plus de cinq années d'existence puissent le faire. C'est finalement cette dernière option qui sera choisie et le 22 juin 1972, après plus de 20 ans, le MRAP obtient une loi contre le racisme, dite « loi Pleven ». Elle sera complétée par la suite, notamment par la « loi Gayssot », qui étend l'application des poursuites au négationnisme.

Les guerres coloniales et le recours à une main d'œuvre immigrée durant les « Trente Glorieuses » ont changé les données de la lutte contre un racisme qui prenait des formes diverses. Raymond Sarraute, Secrétaire général du Comité français pour la défense des immigrés dénonce en 1953 « le cycle des persécutions contre les immigrés qui se développe en France depuis 5 ans et qui constitue, avec notre politique coloniale, l'un des plus tristes aspects de la politique française de l'après-guerre ».

Le MRAP en collaboration avec la journaliste Madeleine Jacob réussit à piéger un hôtel du 2e arrondissement qui refusait des logements sur des critères de faciès.

Cette situation préoccupe le MRAP dès sa création. Dans les « journées contre le racisme, l'antisémitisme et pour la paix » qui suivent la création du Mouvement, la référence au sort des travailleurs migrants est constante.

À partir des années 50, le magazine du MRAP, Droit et Liberté publie plusieurs reportages qui expliquent les raisons qui poussent les migrants à quitter leur pays et qui dénoncent les conditions d'accueil en France. C'est essentiellement l'immigration des Maghrébins qui est étudiée puisqu'elle est majoritaire. Des bidonvilles commencent à apparaitre à Nanterre, où vivent près de 8 000 Maghrébins, population la plus en proie à l'oppression à l'époque, notamment en raison des revendications pour une « Algérie libre et indépendante » qui accroissent la répression ; des camps d'internement où s'exerce la répression politique des Algériens sont ouverts sur le territoire métropolitain dès 1959.

Entre 1971 et 1979, le MRAP aurait recensé selon lui 104 crimes à caractère raciste. Le mercredi 27 octobre 1971, Djellali Ben Ali, agé de 15 ans, est assassiné au 53 rue de la Goutte d'Or à Paris (18e arrondissement) par le gardien de son immeuble, Daniel Pigot. Le MRAP lancera un appel intitulé : « Le racisme tue en France ». Cette affaire suscite une mobilisation importante, dont celle de Jean-Paul Sartre et Michel Foucault. Le meurtrier, Daniel Pigot, est finalement condamné à deux ans de prison ferme (juin 1977).

Le 28 novembre 1972, Mohammed Diab, 32 ans, est tué au commissariat de Versailles par le sous-brigadier Robert Marquet, qui sera finalement inculpé pour homicide involontaire. Maître Gisèle Halimi, avocate du MRAP, affirmera que cet homicide est à caractère raciste : la chambre d'accusation de Cour d'appel de Paris prononcera un non-lieu en 1980.

En juin 1973, le ministre du Travail et des Affaires sociales, M. Gorse, annonce la suppression de la concordance entre permis de travail et titre de séjour. Le ministre annonce également le renforcement du contrôle de l'immigration. La circulaire Fontanet inaugure l'ensemble des lois qui seront prises dans les décennies suivantes pour empêcher l'entrée des immigrés en France. Le MRAP les étudie avec beaucoup d'attention. Maître George Pau-Langevin écrit régulièrement pour le MRAP des articles où elle décortique ces projets et en explique les conséquences.

Fin août 1973, un déséquilibré mental, Salah Bougrine, blesse mortellement un chauffeur de bus. A la suite d'une campagne de presse violente, sept algériens sont assassinés à Marseille dans les jours qui suivent l'enterrement du chauffeur. Le gouvernement algérien suspend officiellement l'émigration car la sécurité de ses ressortissants n'est plus selon lui assurée. Le MRAP écrit à l'ambassade d'Algérie pour exprimer sa compréhension.

En janvier 1974, le journal d'extrême droite Minute titre : « Dehors les Algériens ! Ils n'ont plus leur place chez nous après le coup de force des pirates du pétrole. ».

En mars 1975, le MRAP élabore un projet de loi contre ce qu'il estime être des expulsions arbitraires. À l'époque, un étranger entré régulièrement sur le territoire français et titulaire d'un titre de séjour peut être expulsé s'il « constitue une menace pour l'ordre ou le crédit public ». Quand une expulsion est prononcée, il faut deux ans avant que le cas soit réexaminé et le cas échéant, que la personne puisse revenir. Malgré certains arrêts du Conseil d'État, le sort des étrangers reste entre les mains des autorités politiques.

Les policiers sont confrontés par les déclarations du ministre de l'Intérieur Poniatowski, qui affirme sans aucune preuve dans un bulletin du ministère confidentiel de juillet 1976 que les immigrés sont responsables de plus de crimes que les Français. Le MRAP rédige un argumentaire en dix points en réponse aux affirmations du ministre. Il organise à Saint-Denis une Semaine de l'immigration.

L'année suivante, sous l'impulsion notable de son Secrétaire général Albert Lévy, le MRAP cesse de signifier Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et pour la paix pour devenir le Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples.

Le MRAP a produit des actions de lobbying pour le changement de nom de la rue Richepanse (général qui rétabli l'esclavage en Guadeloupe en 1802) en rue du Chevalier Saint-Georges, dans le Ier arrondissement de Paris.

Le terme « violences » est entendu ici aussi bien comme étant physiques que morales. Les faits seront classés par la suite dans deux sous-titres correspondants à ce type de violences.

Le 5 mars 1977, Albert Levy, alors Secrétaire général du MRAP, signe une tribune dans Le Monde intitulée « Les armes de l'apartheid ». Ce sera le début d'une longue lutte du MRAP contre l'apartheid.

Le mercredi 25 octobre 1989, Lionel Jospin, alors ministre de l'éducation, fait à l'Assemblée nationale une déclaration saluée par le MRAP comme une déclaration « courageuse et pédagogique », dans laquelle il affirme notamment qu'« en cas de blocage , l'école doit accepter et accueillir », ce qui sera une position constante du MRAP depuis l'affaire de Creil. Un éditorial de Claude Cabanes dans l'Humanité du 26 octobre 1989 critiquera néanmoins violemment la position de Lionel Jospin, accusé d'« offrir sur un plateau à la droite le brevet de défenseur intraitable de la laïcité ». Deux députés socialistes (Edmond Vacant et Jacques Lavédrine) arrivent à l'Assemblée nationale coiffés d'un foulard sur lequel est imprimé la déclaration des droits de l'homme afin de protester contre le discours de Lionel Jospin.

Le jeudi 26 octobre 1989, le MRAP dépose plainte, par l'intermédiaire de Maître Gilbert Collard, contre Mme Vouland-Fessard, proviseur du LEP Marie-Laurencin dans le 14e arrondissement de Marseille, pour avoir refusé en cours une élève voilée, Souan Flijan.

Toutes ces affaires viennent relancer un climat délétère : sans discontinuer, les prises de position et analyse des médias connaîtront un déferlement incroyable pendant 7 jours. La violence des débats le disputera à la cacophonie.

Le MRAP n'échappe pas à des divisions internes sur la question. Comme le dit Libération du 23 octobre 1989 à propos du débat de société qui vient de s'engager, « les clivages ne recoupent pas les frontières politiques et idéologiques traditionnelles. Ils départagent ceux qui prônent l'interdiction par crainte du développement de l'intégrisme et les partisans de l'autorisation, eux-mêmes différemment motivés. ». Le 6 novembre 1989, le comité local de Marseille marque sa désapprobation avec la position nationale du MRAP (contre le port du voile mais contre les exclusions). Baya Bouhouné-Jurquet rend publique une résolution adoptée en assemblée générale par le comité de Marseille « opposé à la tolérance de toute représentativité religieuse à l'intérieur des établissements d'enseignement public. ». Selon elle, « la position adoptée par le secrétariat national dans un communiqué flagorneur soutenant la position prise par Lionel Jospin à propos du voile coranique dans les écoles, constitue une violation de l'orientation de la dernière session du bureau national. Devant cette situation, écrit-elle, je me trouve dans l'obligation d'en appeler, publiquement pour être entendue, à une convocation urgente du conseil national du MRAP. ». Elle s'étonne que le MRAP « puisse soutenir une attitude obscurantiste et sexiste vis-à-vis des femmes musulmanes. ». Tout en rappelant son origine maghrébine, elle affirme qu'elle a pu « s'affranchir du port du voile après l'avoir subi pendant quinze ans » et que « toute concession accordée à l'intégrisme ne peut provoquer un nouvel essor du racisme ». Elle affirmera à l'AFP que cette divergence avec les instances du MRAP « ne marque pas une rupture, mais simplement une discussion sur un problème sensible. » .

Voir ci-dessous les controverses sur les prises de position du MRAP.

Le MRAP est admis comme ONG auprès de l'ONU depuis 1975. Il peut introduire des témoins, à qui la parole est accordée. Ce fut notamment le cas de José Ramos Horta, dirigeant pour l'indépendance du Timor oriental, qui a reçu le Prix Nobel.

Très sensible aux questions internationales, le MRAP milite notamment contre l'apartheid en Afrique du Sud et le racisme anti-noir aux États-Unis. Il défend notamment le journaliste membre des Black Panthers Mumia Abu-Jamal, dont la condamnation à mort pour le meurtre d'un policier a fait débat au sujet d'une éventuelle erreur judiciaire.

En France, il continue à s'exprimer contre l'antisémitisme (bien qu'il supprime de son appellation la mention « contre l'antisémitisme »), défend les droits des travailleurs immigrés, des gens du voyage, et plus généralement toutes les formes de racisme. Il exprime un avis, son avis politique, contre l'extrême droite, la droite et même le Parti socialiste lorsque Ségolène Royal annonce son programme en matière de sécurité, estimant qu'elle se lance « dans le populisme le plus dangereux » . Le MRAP s'oppose aussi à Philippe de Villiers.

En 1998, le MRAP s'est engagé comme personne morale dans la création d'ATTAC, et ainsi dans le mouvement altermondialiste.

Le mouvement concentre actuellement son action contre les lois en matière d'immigration et pour les droits des immigrés, dans la dénonciation du racisme sur internet et contre le négationnisme (procès à Bruno Gollnisch). Il estime par ailleurs que l'islamophobie est une forme de racisme et doit être combattue au même titre que l'antisémitisme.

Des millions de manifestants à travers le monde n'ont pu empêcher que le 19 juin 1953, Ethel et Julius Rosenberg, un couple d'espions américains communistes, soient exécutés dans la prison de Sing Sing (New York, États-Unis). Ils ont été condamnés à mort durant la période du maccarthisme (campagne anticommuniste aux Etats-Unis de 1950 à 1956).

Le MRAP a été à l'initiative de la création en France du Comité de défense des Rosenberg. Le siège de l'Association pour le réexamen de l'affaire Rosenberg est encore aujourd'hui situé au MRAP mais celle-ci attend sans impatience de recevoir d'URSS les documents relatifs à l'affaire.

Le MRAP s'est opposé à la politique d'apartheid, directement inspirée des théories racistes et ségrégationnistes, en Afrique du Sud jusqu'à la chute de ce régime en 1994.

Le MRAP est accusé par de nombreuses personnes de ne pas reconnaître le racisme antiblanc. Notamment lors des violences pendant les manifestations de lycéens en 2005, où le président, Mouloud Aounit, avait rejeté une pétition nommée « Appel contre les "ratonnades anti-Blancs" » en argumentant que « derrière ces violences, il y a des gens exclus, les violences du 8 mars sont le prolongement d'autres violences ».

Le MRAP est constitué par un siège national situé à Paris. Il s'appuie sur plus de 180 comités locaux et une vingtaine de fédérations situées dans toute la France. Les comités locaux et les fédérations sont indépendantes du siège national et ont des statuts à part.

De sa création en 1949 au congrès de décembre 2004, le MRAP a été composé de présidents ou de présidences collégiales (rôle politique), de présidents délégués (chargés d'ester en justice), de vice-présidents (rôle politique également), et de Secrétaires généraux (généralement porte-parole du Mouvement). Au delà de 2004, le poste de Secrétaire général a été statutairement transformé en poste de Président(e), et les postes de président(e)s sont devenus des vice-président(e)s.

Actuellement, le MRAP est sujet à perdre beaucoup de crédibilité. En effet, le mouvement est surnommé « la machine à sous des islamistes », pour avoir supporté de nombreuses affaires, le MRAP ne demande jamais de présenter des excuses aux plaignants mais bien de généreuses compensations financières. Un exemple parmi tant d'autre avec l'affaire "Truchelut" ou l'accusé est condamnée à verser 5000 euros d'amende au MRAP et au plaignant pour avoir demandé de retirer les voiles dans les parties communes du gîte, cependant lors de l'affaire "Ijjou", le MRAP demande à ce que son client, qualifié d'extrémiste et jugé coupable, ne soit condamné qu'à 1 000 € d'amende pour avoir handicapé son propre enfant lorsque celui-ci s'est interposé à l'intervention d'un médecin homme.

Le cas aussi lors de l'affaire "Bouteldja", où Houria Bouteldja, la porte-parole des Indigènes de la République, traite les Blancs de "sous-chiens" sur France 3 et en direct. Le MRAP ne juge pas nécessaire de combattre le racisme antiblanc car "minoritaire" selon eux.

Ces dérapages commence à faire naitre un sentiment d'injustice parmi la population française car le MRAP est accusé de ne condamner que le racisme anti-arabe, antinoir, antijuif et l'islamophobie mais laisse le racisme antiblanc se propager et surtout qu'il ne s'engage dans les affaires judiciaires que lorsque il y a du gain à la clé.

Depuis l'an 2000, des orientations du MRAP ont été désapprouvées par une partie de ses membres. Sa position en faveur de la libération pour motif humanitaire de Maurice Papon, partagée par Robert Badinter, a été critiquée. Le MRAP est ensuite revenu sur cette position.

Alain Callès (un des quatre membres de la présidence collégiale pendant presque deux ans), déclarait à propos du MRAP « il est évident qu'il a abandonné dans son combat antiraciste, ses références aux principes fondamentaux qui constituaient sa colonne vertébrale. En obscurcissant les principes laïques à l'ombre du voile puis en développant le concept d'islamophobie, il ouvrait la voie à un communautarisme à l'anglo-saxonne et perdait progressivement pied avec les principes d'égalité et de citoyenneté. La citoyenneté n'est plus le combat du MRAP » (Charlie-Hebdo n° 713 du 15/2/06) Deux anciens présidents, François Grémy (Président délégué de 1980 à 1984) et Albert Lévy (Secrétaire général de 1971 à 1989) ont au contraire apporté leur soutien aux orientations actuelles du MRAP à la même période.

Sur ces points, lors du congrès de 2004, la ligne de la direction de Mouloud Aounit a été vivement contestée par un certain nombre de ses fédérations. Finalement Mouloud Aounit a été élu au poste de Président du MRAP avec une majorité de 61% des exprimés.

Le MRAP a été accusé notamment par des associations dont l'Union des Familles Laïques (UFAL) ou encore par le "Mouvement des Maghrébins Laïques de France" de vouloir réintroduire un délit de blasphème, qui n'existe plus depuis la séparation de l'Église et de l'État, et d'œuvrer ainsi contre la liberté d'expression. Ces accusations ont notamment été proférées lorsque le MRAP a saisi le procureur de la République de Nanterre le 22 octobre 2003, avec la Ligue des droits de l'Homme, contre Louis Chagnon, professeur d'histoire, pour avoir dicté à ses élèves les phrases suivantes : « Mahomet va se transformer en voleur et en assassin. Il va piller les caravanes de la Mecque pour se faire de l'argent, ce qui va provoquer une guerre entre les deux villes... Mahomet va imposer sa religion par la terreur. Il fait exécuter 600 à 900 juifs par jour. »; le MRAP cessa ses poursuites lorsque Louis Chagnon reçut un blâme et quitta l'enseignement « de son propre chef ». L'arrêt de la 17e chambre du TGI de Paris du 24 mars 2005 « relèvera, principalement, que les qualificatifs de "voleur" ou d'"assassin" ou encore le mot de "terreur", relèvent exclusivement d'un jugement global de disqualification et non de l'énoncé des faits. » Louis Chagnon sera à nouveau débouté par la 11e chambre de la Cour d'appel de Paris le 9 novembre 2005. Mais le blâme est finalement levé par le tribunal administratif de Paris, qui condamne en outre l'État à verser 1000 euros à Louis Chagnon, statuant que « la vérité historique des propos relatés n’est pas contestée » et que la provocation n'est pas établie.

Le MRAP a également poursuivi en justice, sans obtenir gain de cause, avec la Ligue française pour la défense des droits de l'Homme et du citoyen et des associations musulmanes, l'écrivain Michel Houellebecq, celui-ci ayant déclaré : « La religion la plus con c'est quand même l'islam ».

Le président du MRAP, Mouloud Aounit, déclare dans une réaction aux propos de Jean-Marie Le Pen : « la liberté de blasphémer et la liberté d'ouvrir le champ au racisme doit être condamnée avec la plus grande fermeté ». Mouloud Aounit précisera notamment le 10 février 2006 sur le site du Nouvel Observateur : « Après les propos de Jean-Marie Le Pen sur les chambres à gaz et le doute qu’il a émis sur le nombre de juifs exterminés, j'ai estimé que cette déclaration était une offense blasphématoire à la mémoire des victimes de la Shoah. Le sens que je donnais à blasphème, c'était le caractère sacré de la protection de cette mémoire. C'est cela qui a été transféré en campagne. »..

En 2004, lors du débat sur le port du voile islamique dans les établissements publics français, le MRAP soutient les sœurs Levy, filles d'un des avocats du mouvement, lycéennes qui refusent d'enlever leur voile dans le lycée Henri Wallon à Aubervilliers. Il est alors sujet à d'autres critiques qui l'assimilent à un mouvement pour l'unique défense et de prosélytisme de l'islam. Au journal de France 2 le 6 janvier 2005, Mouloud Aounit intervient sur le cas d'élèves exclus de la cantine parce qu'ils avaient refusé de manger des plats non "hallal" et il suggère que les élèves puissent avoir le choix entre plusieurs plats. Cette intervention a été aussi jugée par des détracteurs comme un autre signe de la dérive du MRAP vers un communautarisme musulman .

Le mouvement a participé en 2003 à une conférence avec l'intellectuel controversé Tariq Ramadan au Forum Social Européen à Ivry sur Seine (Mouloud Aounit était à la tribune, avec cinq autres responsables d'associations, dont la Ligue des droits de l'Homme; le Forum social européen regroupait une centaine d'autres organisations). Selon l'essayiste et journaliste Caroline Fourest, c'est Tariq Ramadan qui aurait apporté au mouvement le concept de lutte contre l'islamophobie pour faire condamner le blasphème et les critiques de l'islam en France. Selon Caroline Fourest, la section de Paris du MRAP aurait pris la défense de Tariq Ramadan à la suite de son article controversé sur notamment certains intellectuels juifs . Michel Tubiana, alors Président de la Ligue des droits de l'homme, déclarera : « Ma judéité m'a protégé. Personne n'a osé me traiter d'antisémite. La haine de soi, ça va comme ça. Mouloud , lui, s'est fait taper dessus. Il en a pris beaucoup plus parce qu'il est arabe. ».

En 2006, suite à la publication des Caricatures de Mahomet du journal Jyllands-Posten dans le journal France-Soir, le MRAP est la principale association avec l'Union des organisations islamiques de France (faisant partie du CFCM) à porter plainte contre ce journal. Répondant à des internautes inquiets de ce qu'ils perçoivent comme une dérive identitaire et religieuse, Mouloud Aounit répond: « J’estime que le droit au blasphème fait partie intégrante de cette exigence démocratique ». Cette notion de lutte contre l'islamophobie promue par Mouloud Aounit est contestée au sein même du mouvement et a provoqué des conflits et des démissions de membres estimant qu'il s'agit d'une « rhétorique communautariste et éthniciste ». Emmanuelle Le Chevallier, ancienne présidente de la fédération de Paris estime que « ce concept va à l'encontre du principe d'universalité et confond défense de l'homme et défense d'une religion ». Pour Gérard Kerforn, président de la fédération des Landes, la promotion de ce concept d'islamophobie est « un tiers-mondisme primaire, qui conduit à tolérer dans les religions dites "des pauvres" ce que l'on n'aurait pas toléré pour d'autres religions ».

Fiammetta Venner et Caroline Fourest reprochent des liens entre le MRAP et des associations musulmanes, dont certaines comptent en leur sein des prédicateurs intégristes ou des "antisémites notoires" . Le 7 novembre 2004, la CFDT, la CFTC, la CGT, l'UNSA, la FCPE, la FSU, l'Union syndicale Solidaires, la LDH, la Ligue de l'enseignement, et le MRAP ont organisé une campagne intitulée Vivre ensemble libres, égaux et solidaires, qui a compté parmi ses dizaines de signataires l'UOIF (organisation représentant selon la politologue Fiammetta Venner « la mouvance intégriste de l'islam » et dont l'idéologie se base sur des « relents d'antisémitisme, fatwas belliqueuses, financements douteux »). Caroline Fourest adresse aussi ces reproches à la LDH, mais pas aux autres organisations .

Du fait des positions du MRAP en ce qui concerne ce qu'il appelle la « lutte contre l'islamophobie » et le conflit du Proche-Orient, le mouvement a eu de fortes et parfois vives divergences avec SOS Racisme.

Le 23 novembre 2003, Malek Boutih alors encore président de SOS Racisme déclare à propos du MRAP : « Il faut dire, par exemple, que si je prends la société française que je connais, il y a des formes d’antiracismes différentes : il y a celui du MRAP qui défile aux cris de "Mort aux juifs", celui de la Ligue des droits de l’homme qui écrit le texte justifiant la présence de Tariq Ramadan au FSE. Mais, il y a aussi celui de SOS Racisme qui lui organise des débats contre l’antisémitisme et qui l’assume. » Le MRAP a porté plainte contre Malek Boutih, les cris incriminés ayant été prononcés par des éléments incontrôlés en marge de la manifestation. Le 14 septembre 2006, la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris a décidé de condamner Malek Boutih pour diffamation à l’encontre du MRAP. Il devra, comme le MRAP l’avait demandé, verser un euro de dommages et intérêts pour le MRAP, 1 000 euros d’amende, et 2 500 euros au titre de l'article 475-1 du code pénal. Cette condamnation a été confirmée par la Cour d'appel de Paris le 27 juin 2007.

En février 2006, suite au meurtre crapuleux fondé sur des préjugés antisémites d'Ilan Halimi, une manifestation est organisée en mémoire du jeune juif assassiné, à l'appel de SOS Racisme, de la LDH, de l'UEJF et de la LICRA et avec la participation de partis politiques UDF, UMP, PS, Les Verts et le MPF. Le MRAP retire son soutien à cette manifestation, au motif de « la participation annoncée du Front national et celle du MPF de Philippe de Villiers. Le soutien de ces deux organisations d’extrême droite met en lumière le caractère ambigu de cette manifestation et son instrumentalisation politique. » Interviewé par le journal 20 minutes à ce sujet, le vice-président de SOS Racisme Patrick Klugman déclare que de la part du MRAP « cet argument est crapuleux » et qu'il « n’est pas nouveau qu'il y a un malaise au sein de ce mouvement sur les questions de l'antisémitisme ». Le vice-président de SOS Racisme dit aussi se réserver « le droit d’attaquer le MRAP et son dirigeant, Mouloud Aounit, en diffamation ». Ce qui ne sera jamais fait.

Au sujet de l'antisémitisme, Maya Vigier, membre du conseil d'administration du MRAP, estime qu'au sein du mouvement « au prétexte de ne pas les stigmatiser, on ne peut plus parler du racisme antisémite en banlieues ».

Robert Redeker est un professeur de philosophie qui a écrit un article critique sur l'islam, le coran et Mahomet. Il a exprimé l'idée que l'Islam est une religion de violence et de haine, contrairement aux autres religions. Il a été menacé de mort par un musulman non pratiquant dans un mail d'insultes et vit désormais caché. Le MRAP et Mouloud Aounit ont à la fois critiqué les propos du philosophe et condamné les menaces de mort à son encontre,. Lors d'un débat télévisé (« L'Arène de France » le 25 octobre 2006 sur France 3), M. Aounit a associé M. Redeker à Ben Laden dans un même rejet.

Suite à ses diverses prises de positions concernant l' "islamophobie" et les actions engagées dans ce sens (comme dans l'affaire des caricatures de Mahomet du journal Jyllands-Posten), le président Mouloud Aounit est de plus en plus contesté au sein même du mouvement. En mai 2007, 26 membres du mouvement dont plusieurs membres du Conseil National signent un appel considérant que Mouloud Aounit ne représente pas « les valeurs universalistes et laïques » du MRAP et estiment qu'il utilise une « rhétorique communautariste et éthniciste » .

Gérard Kerforn, Emmanuelle Le Chevallier, Horiya Mekrelouf, René Meyer, Didier Poupardin, Yves Loriette, Anne Savigneux, Maya Vigier et Nadia Kurys, membres du Conseil National du MRAP entendent signifier par cet appel qu'ils ne reconnaissent plus Mouloud Aounit comme le président du mouvement. Gérard Kerforn avait déclaré : « Nous craignons que le Mrap ne s'égare sur une voie qui n'est pas la nôtre celle de la défense d'une religion ».

Cette contestation s'est intensifiée quand Mouloud Aounit s'est déclaré candidat au mandat de député dans la 3e circonscription de Seine-Saint-Denis en tant que "candidat des populations issues de l'immigration". Ces membres du Conseil National ont considéré cette candidature « incompatible avec la présidence d'un mouvement qui repose sur des valeurs universelles » et ont donc demandé sa démission. En 2008, le MRAP est à nouveau la cible de nombreuses attaques dans la presse, notamment de l'hebdomadaire Marianne et du magazine Le Courrier de l'Atlas (mensuel des Maghrébins de France) qui reprochent à la direction du mouvement un communautarisme et une confessionalisation de la question antiraciste.

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Racisme

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Le racisme est une idéologie qui postule une hiérarchie entre les êtres humains selon leur origine ethnique, désignée sous le terme de race. Plus généralement, le racisme désigne la croyance que de prétendues propriétés biologiques innées, attribuées à des groupes sociaux, conditionnent inévitablement l'accomplissement culturel et individuel. Le terme racisme peut également désigner une attitude de critique ou d'hostilité systématique envers l'ensemble d'un ou de plusieurs groupes ethniques déterminés. Le racisme peut se traduire par des actes d'hostilité ou de discrimination envers les personnes selon leur origine ethnique, et prendre la forme de xénophobie ou d'ethnocentrisme.

Certaines formes d'expression du racisme, comme les injures racistes, la diffamation raciale, la discrimination dans certains domaines (embauche, service,…), sont considérées comme des délits dans un certain nombre de pays. Les thèses racistes ont servi de support à certaines idéologies politiques pour pratiquer des discriminations sociales, des ségrégations ethniques et commettre des violences, dont des actes de génocides.

Le pamphlétaire Gaston Méry, collaborateur à La Libre Parole, le journal d'Édouard Drumont, a inventé le mot « raciste » en 1894,,, selon Charles Maurras.

Toutefois, l'adjectif « raciste » et le nom « racisme » s'installent dans le vocabulaire général dans les années 1930. Il fait ainsi son entrée dans le dictionnaire Larousse en 1930.

La littérature ne dégage pas de consensus concernant la question de l’origine du racisme ; deux conceptions principales s’opposent à ce sujet. La première consiste à considérer que différentes formes de racisme se sont succédé au cours de l’histoire, et ce depuis l'Antiquité. La seconde envisage le racisme comme un produit de l'Europe occidentale moderne, exporté dans le sillage de l'impérialisme européen.

S'il existe un consensus relativement large dans la communauté scientifique pour affirmer l’inexistence d’un équivalent à la notion de race dans l’Antiquité, le philosophe Christian Delacampagne perçoit dans l’attitude païenne - égyptienne, grecque puis romaine- face au juifs et dans la partition entre hommes libres d’un côté, femmes, enfants et esclaves de l’autre, des « classifications biologiques », de « type raciste ».

C’est surtout le Moyen Âge qui donne des arguments aux partisans de l’existence d’un racisme antérieur à la modernité. Pour l’historien spécialiste de l'antisémitisme Gavin I. Langmuir, l'une de ses manifestations serait la cristallisation de l’antijudaïsme des premiers théologiens chrétiens en un antisémitisme chrétien dès le XIIIe siècle. D’autres en voient les premières manifestations dès la fin du XIe siècle et les premiers pogroms qui jalonnent la première croisade populaire menée par Pierre l'Ermite. Au XIIIe siècle, la crise rencontrée par l’Église catholique, menacée par les hérésies cathares, albigeoises, vaudoises aboutit à une rigidification de sa doctrine qui se manifeste notamment par la création de l'Inquisition dans les années 1230 et par ce que Delacampagne désigne comme la « démonisation » des infidèles.

Selon Delacampagne, l’idée que la conversion absout le juif s’efface alors devant la croyance que la judéité est une condition héréditaire et intangible. Ce mouvement n’épargne d’ailleurs pas d’autres catégories de la population. Sa manifestation la plus probante est la mise en place progressive à partir de 1449 d’un système de certificat de pureté de sang (limpieza de sangre) dans la péninsule ibérique pour accéder à certaines corporations ou être admis dans les universités ou les ordres. Ce mouvement, qui se traduit par le décret de l'Alhambra de 1492, concerne quatre groupes précis : les juifs et les musulmans convertis, les pénitenciés de l’Inquisition et les cagots, c’est-à-dire les descendants présumés de lépreux.

Delacampagne mentionne la ségrégation qui touche cette dernière catégorie de population comme une étape majeure dans la constitution du racisme moderne. Pour la première fois, selon lui, la discrimination d’un groupe social reçoit au XIVe siècle une justification appuyée sur les conclusions de la science. Les chirurgiens, tel Ambroise Paré, apportent en effet leur caution à l’idée que les cagots, descendants présumés de lépreux, continuent de porter la lèpre bien qu’ils n’en manifestent pas les signes extérieurs.

Plusieurs études ont mis en avant l’existence d’attitudes que leurs auteurs considèrent comme racistes dans des sociétés extérieures à l’aire culturelle européenne. Au Japon, la transmission héréditaire de l’appartenance à la caste des Burakumin jusqu’au début de l'ère Meiji a pu être analysée comme le produit d’une construction symbolique de type raciste. Les travaux menés par l’historien Bernard Lewis sur les représentations développées par la civilisation musulmane à l’égard de l’Autre concluent sur l’existence d’un système perceptif qu’il qualifie de raciste, notamment à l’égard des populations noires.

Au Moyen Âge, le racisme des Arabes à l'égard des Noirs, en particulier des Noirs non-musulmans, servit de prétexte à la traite négrière et à l'esclavage. Des lettrés musulmans invoquaient la suprématie raciale des Blancs en se fondant sur le récit de la malédiction proférée par Noé dans l'Ancien Testament (Genèse 9:20-27). Selon eux, elle s'appliquait aux Noirs, descendants de Cham, le père de Canaan, qui avait vu Noé nu (une autre interprétation les rattache à Koush, voir l'article). Les Noirs étaient donc considérés comme « inférieurs » et « prédestinés » à être esclaves. Plusieurs auteurs arabes les comparaient à des animaux. Le poète Al-Mutanabbi méprisait le gouverneur égyptien Abu al-Misk Kafur au Xe siècle à cause de la couleur de sa peau. Le mot arabe abid qui signifiait esclave est devenu à partir du VIIIe siècle plus ou moins synonyme de « Noir ». Quant au mot arabe zanj, il désignait de façon péjorative les Noirs. Ces jugements racistes étaient récurrents dans les œuvres des historiens et des géographes arabes : ainsi, Ibn Khaldoun a pu écrire au XIVe siècle : « Les seuls peuples à accepter vraiment l'esclavage sans espoir de retour sont les nègres, en raison d'un degré inférieur d'humanité, leur place étant plus proche du stade de l'animal ». À la même période, le lettré égyptien Al-Abshibi écrivait « Quand il a faim, il vole et lorsqu'il est rassasié, il fornique. ». Les Arabes présents sur la côte orientale de l'Afrique utilisaient le mot « cafre » pour désigner les Noirs de l'intérieur et du sud. Ce mot vient de « kāfir » qui signifie « infidèle » ou « mécréant ».

Pour Colette Guillaumin le racisme est contemporain de la naissance d’un nouveau regard porté sur l’altérité ; il est constitué par le développement de la science moderne et la substitution d’une causalité interne, typique de la modernité, à une définition externe de l’homme qui prévalait avant la période moderne.

Alors que l’unité de l’humanité trouvait auparavant son principe à l’extérieur de l’homme, dans son rapport à Dieu, l’homme ne se réfère désormais qu’à lui-même pour se déterminer. Comme en attestent les débats théologiques sur l’âme des indiens ou des femmes, le rejet de la différence et les hiérarchies sociales s’appuyaient sur une justification religieuse ou basée sur un ordre sacré (caste) ; ils se parent désormais des habits de la justification biologique, renvoyant à l’ordre de la nature. La conception de cette Nature elle-même connaît une mutation profonde : elle devient mesurable, quantifiable, réductible à des lois accessibles à la raison humaine.

Ce changement de regard engendre un système perceptif essentialiste : l’hétérogénéité au sein de l’espèce humaine ne doit son existence qu’à une différence logée dans le corps de l’homme, que les scientifiques européens s’acharneront à mettre en évidence tout au long du XIXe siècle et au cours de la première moitié du XXe siècle. Pour Pierre-Henri Boulle, on peut percevoir en France dès la fin du XVIIe siècle les premières expressions de ce mode de perception. C’est au XVIIIe siècle qu’il se répand parmi les élites politiques, administratives et scientifiques, avant de se généraliser au plus grand nombre dans le courant du XIXe siècle.

Pour Colette Guillaumin ce mode de perception se généralise au tournant des XVIIIe siècle et XIXe siècle. Dans la première partie de son ouvrage Les origines du totalitarisme, Hannah Arendt date l’apparition de l’antisémitisme, qu’elle différencie de l’antijudaïsme, du début du XIXe siècle ; c’est aussi la date d’origine qu’assigne le philosophe Gilbert Varet aux « phénomènes racistes expressément dits ».

La propagation hors de l’Europe apparaît dans cette optique comme un produit de l’influence européenne : André Béteille développe ainsi la thèse d’une « racialisation » du système de caste en Inde après la colonisation britannique. Au Japon, des travaux menés par John Price, Georges De Vos, Hiroshi Wagatsuma ou Ian Neary au sujet des Burakumin parviennent à des conclusions identiques.

La question de l’antériorité ou de la postérité du racisme au développement de l’esclavage dans les colonies européennes fait l’objet de nombreux débats. Le consensus s’établit néanmoins au sujet du rôle joué par le développement de l’esclavage sur le durcissement et la diffusion de l’attitude raciale.

Selon l’historien américain Isaac Saney, « les documents historiques attestent de l'absence générale de préjugés raciaux universalisés et de notions de supériorité et d'infériorité raciale avant l'apparition du commerce transatlantique des esclaves. Si les notions d'altérité et de supériorité existaient, elles ne prenaient pas appui sur une vision du monde racialisée ».

Développement de l’esclavage et de la science moderne ont étroitement interagi dans la construction du racisme moderne. La catégorie de « nosopolitique » qualifie chez la philosophe Elsa Dorlin l’usage des catégories de « sain » et de « malsain » par le discours médical appliqué dans un premier temps aux femmes, puis aux esclaves. Alors que le Blanc, considéré comme « naturellement » supérieur par les médecins, est défini comme l’étalon de la santé, le tempérament des Noirs est par contraste déclaré « pathologique » ; il est porteur de maladies spécifiques, que seule la soumission au régime de travail imposé par les colons peut atténuer, mais difficilement guérir, tant elles paraissent intrinsèquement liées à sa nature.

Le racisme scientifique s'appuie sur l'hypothèse scientifique erronée du racialisme qui classifie les êtres humains d'après leurs différences morphologiques en application d'une méthode héritée de la zoologie.

Au XVIIIe siècle, le travail de mise en ordre et de classification de la nature aboutit aux premières taxinomies qui, en organisant de manière logique les organismes vivants, opèrent les premières classifications à prétention scientifique des êtres humains.

On retient traditionnellement un article paru en 1684 dans La Revue des Savants comme la première de ces tentatives. L’auteur, le médecin et philosophe François Bernier, se propose à cette occasion de rompre avec la logique géographique qui prévalait jusqu’alors dans l’appréhension des groupes humains. Il avance l’idée que les hommes puissent être classés selon leurs caractéristiques physiques, en distinguant cinq « races » humaines.

La position de Bernier s’inscrit dans un nouveau cadre de pensée, celui de la philosophie antichrétienne dont les premiers représentants, Fontenelle, Pierre Bayle et surtout Pierre Gassendi, dont Bernier est l’un des principaux disciples, apparaissent au XVIIe siècle. Contre la doctrine chrétienne, ce courant de pensée formule le projet de ramener l’Homme au sein de la nature et de lui faire perdre la position privilégiée qu’il occupait au sein de la Création.

La proposition de Bernier, si elle est un indice d’un changement d’attitude vis-à-vis de l’altérité, passe en son temps relativement inaperçue. Il en va tout autrement des systèmes proposés au siècle suivant par Buffon et Carl von Linné, deux des plus illustres représentants de l’histoire naturelle.

Le naturaliste suédois Carl von Linné (1707-1778), qui posa les bases de la systématique moderne, distingue en 1758, dans la dixième édition de son Systema Naturae, quatre « races » hiérarchisées au sommet de l’ordre des « anthropomorpha » (les futurs primates) : les Européens, les Américains, les Asiatiques et les Africains.

Buffon reprend pour sa part à Maupertuis l’idée que le Blanc serait la couleur originelle de l’homme, les autres « races » n’étant que le produit d’une dégénération due à l’éloignement de la zone climatique tempérée. Cette théorie de la dégénération, qui connaît différentes déclinaisons empruntant notamment à la théorie des climats, comptera au rang de ses partisans Johann Friedrich Blumenbach ou le philosophe Emmanuel Kant. Les divergences au sein des dégénérationnistes porteront en particulier sur la question de la réversibilité des différentiations phénotypiques en cas d’immersion prolongée dans le milieu adéquat.

La couleur de la peau n'est jamais le seul critère retenu dans la définition des races élaborée par les scientifiques des XVIIIe siècle et XIXe siècle. Les nouvelles exigences de scientificité poussent les savants à s’appuyer sur une multitude de critères prétendument objectifs. De nouvelles disciplines font leur apparition qui se donnent pour tâche l’étude de l’homme, de ses origines et de sa classification. L’anatomie comparée, initiée par le britannique Edward Tyson (1650-1708), l’ethnologie ou plus tard l’anthropologie physique connaissent au XIXe siècle un développement croissant. Elles s’appuient sur des méthodes de mesure qui donnent naissance à autant de sous-disciplines, aujourd'hui considérées comme des pseudo-sciences (crâniométrie, céphalométrie, anthropométrie, phrénologie), qui définissent des critères de comparaison et de classification des groupes humains.

Les travaux de ces « raciologues » aboutissent à une biologisation des principes de classification des peuples. La méthode linguistique promue par Volney, Friedrich Schlegel, Adriano Balbi ou James Cowles Prichard est ainsi remise en cause par des anatomistes dans les années 1840, au motif que les caractères physiques, considérés comme fixes, sont plus pertinents que les caractères linguistiques qui présentent tous les signes de l’instabilité. Les sciences biologiques s’octroient à cette occasion un quasi-monopole de la définition de l’être humain et des déterminants de son comportement social.

Des critères initialement retenus par les premiers naturalistes pour distinguer l’homme de l’animal sont appliqués aux groupes humains, dans une perspective hiérarchisante. Louis Jean-Marie Daubenton (1716-1800) et Petrus Camper (1722-1789) avaient initié une méthode basée sur la mesure de l’angle facial. Reprise par Georges Cuvier (1769-1832) et Saint-Hilaire (1772-1844), la méthode trouve une nouvelle application : le degré d’inclinaison du front leur permet d’évaluer la place laissée libre au cerveau et donc l’intelligence.

Les recherches menées à l’échelle internationale aboutissent à une multitude de taxonomie. Celle de Johann Friedrich Blumenbach (1752-1840) qui distingue cinq races sur la base de l’observation des crânes passera à la postérité en appliquant le terme « caucasien » - toujours en vigueur aux États-Unis- à la race blanche.

L’un des principaux débats qui secoue la communauté scientifique au début du XIXe siècle concerne les origines de l’humanité. Deux couples d’opposition - monogénisme/polygénisme– et – fixisme /transformisme- structureront le débat tout au long du siècle. Ce dernier contribue largement à fixer l’attention sur la question des races et la mesure des différences. Il constitue aussi le générateur des différentes positions occupées dans l’espace académique de l’étude des races.

Les monogénistes, qui considèrent l’humanité comme issue d’un ancêtre unique, font du milieu la cause principale de la différenciation des races humaines. Pour les polygénistes, les races humaines présentent au contraire des origines distinctes. La première thèse, compatible avec le récit biblique, est notamment défendue par les spiritualistes, majoritaires dans l’Université française. La thèse polygéniste reçoit quant à elle les suffrages des libres-penseurs antichrétiens (Voltaire et plus loin encore Paracelse en furent les partisans), des matérialistes et des républicains anticléricaux.

Cette division recoupe celle qui sépare partisans du créationnisme et du transformisme. Formulée au début du XIXe siècle par Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829), la théorie transformiste débouche en France dès les années 1820 sur la controverse entre Georges Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire. À la parution de l’Origine des espèces de Charles Darwin en 1859, la communauté scientifique adhère encore largement au créationnisme et à son corollaire le fixisme.

À partir de cette date, le transformisme rallie progressivement un nombre plus large de partisans, jusqu’à devenir majoritaire en France à la fin du siècle ; il établit le schéma d’une continuité évolutionniste depuis le singe jusqu’à l’homme, dans laquelle les races considérées comme inférieures se voient attribuer la place de chaînon intermédiaire.

Au cœur de la controverse, ceux qui se désignent sous le nom d’« anthropologistes », multiplient les études pour établir la proximité physique des sauvages et des primates. La taille du cerveau, mesurée par la crâniométrie dont la méthode est raffinée par l’anthropologue français Paul Broca, tient une place centrale dans ce dispositif classificatoire. Mais il est loin d’être le seul élément retenu comme pertinent : forme du crâne et des mâchoires, taille des os du squelette sont aussi prises en compte. La bestialité des races primitives, qui constituait un argument traditionnel de leur infériorité, s’intègre désormais dans un schéma général d’évolution de l’humanité.

Les deux positions -fixiste et transformiste- s’accordent cependant sur un point : l’existence de races humaines, inégalement capables et inégalement perfectibles. Tout au long du siècle, ce que Caroline Reynaud Paligot désigne comme le « paradigme racial » n’est jamais remis en cause : les études empiriques qui viennent le contredire sont rationalisées pour être réintégrés dans son schéma explicatif. La taille du cerveau qui n’apparaît plus comme un critère pertinent de différenciation cède par exemple la place à des considérations sur sa structure et l’identification de la zone où serait localisée l’intelligence. L’inégalité raciale restera l’horizon indépassable de la pensée scientifique du XIXe siècle.

La terminologie des descriptions laisse supposer un jugement de valeur. « L'angle facial ne dépasse guère 70 à 75° » chez les Noirs.

En Europe et aux États-Unis, le paradigme racial s’est étroitement articulé à partir du XIXe siècle, à l’extérieur avec la politique impérialiste et, sur le plan intérieur, avec la gestion politique des populations minoritaires. Pour Hanna Arendt, « la pensée raciale » est ainsi devenue une idéologie avec l’ère de l’impérialisme débutant à la fin du XIXe siècle. L’idéologie raciste devient alors un « projet politique » qui « engendre et reproduit des structures de domination fondées sur des catégories essentialistes de la race ».

À l’image de la diversité des positions racistes dans le monde académique, les formes de racisme et donc les usages politiques de la race ont fortement varié selon les contextes nationaux et la position occupée par leurs promoteurs dans l’espace politique.

En 2006, théorisant le « mélange humain » (et le distinguant du « métissage », à fortes connotations racialistes), le philosophe Vincent Cespedes utilise le concept de « mixophobie » (mixo, « mélange », phobia, « peur ») pour rendre compte de « la peur du mélange », fondement psychologique du repli des racistes sur leur prétendue « race », opposée aux autres « races » avec lesquelles ils ne veulent pas se mélanger . Il oppose à ce concept un autre néologisme : la « mixophilie » (« l'amour du mélange »).

L’un des points fondamentaux d’opposition des doctrinaires racistes est la question de la mixité raciale. La position « mixophobe » se caractérise par un rejet du « métissage », présenté comme un facteur de dégénérescence des groupes humains. Il existe toutefois un large spectre de positions mixophobes, depuis le rejet pur et simple de tout contact entre les « races » jusqu’à la promotion du métissage, sous réserve du respect des conditions de son efficacité.

La position mixophobe radicale est le corollaire de la construction du mythe de la pureté de la race qui affirme la supériorité des races pures sur les races dites métissées. L’imaginaire médical de la souillure ou de la contamination du sang en constitue l’un des motifs récurrents. Au milieu du XIXe siècle, deux des chefs de file du racisme biologique, Joseph Arthur de Gobineau (1816-1882) et Robert Knox (1791-1862) contribueront largement à l’introduction de cette position en France et en Grande-Bretagne. Les promoteurs du mythe de la race aryenne - Vacher de Lapouge, Houston Chamberlain, et plus tard Adolf Hitler- qui voient dans la « race germanique » la survivance à l’état pur de la « race indo-européenne » se caractérisent tous par une mixophobie radicale.

Le rejet de la mixité peut connaître des gradations. Nombreux sont les scientifiques qui réfutent la thèse du « choc des hérédités » de Vacher de Lapouge selon laquelle le métissage peut être tenu pour un facteur d’infécondité. Pour les partisans du métissage, les bienfaits de celui-ci restent toutefois conditionnés au respect de certaines règles. Comme l’affirment la majorité des raciologues, pour que le métissage soit profitable, il convient notamment que « la distance entre les races ne soit pas trop grande ». Pour ces mixophobes modérés, comme les philosophes Gustave Le Bon, Ernest Renan, Théodule Ribot ou la grande majorité des polygénistes républicains, seul le métissage entre les races blanches ne présente aucun risque et devrait être préconisé.

La hantise du métissage ne s’accompagne pas nécessairement d’une prescription politique : dans l’Essai sur l'inégalité des races humaines, qui énonce la première philosophie de l'histoire basée sur le concept de race, le pessimisme romantique antimoderniste et aristocratique d'Arthur de Gobineau ne fait que ruminer la décadence de la civilisation occidentale dont l’essence aurait été altérée par la contamination du sang de la race blanche. S’il voit dans la pénétration des idées républicaines l’une des manifestations de cette dégénérescence, il n’en tire pas de conséquences politiques : le processus en cours lui semble irréversible. Cette position est toutefois restée extrêmement marginale et la longue liste des suiveurs de Gobineau a tiré de ses postulats des conclusions nettement plus volontaristes.

La position mixophobe conduit à la défense d’une stricte séparation des groupes humains constitués en races. Sur le plan de la politique extérieure, les mixophobes se caractérisent souvent par des positions anti-colonialistes, conséquences de leur refus du modèle assimilationniste produit par la colonisation. Gobineau, Robert Knox, Gustave Le Bon, ou Hitler marquent tous leur réprobation devant les aventures coloniales de leurs pays respectifs. Le philosophe Pierre-André Taguieff considère que l’ethno-différentialisme est l’actualisation sur des bases culturalistes de cette position mixophobe.

Sur le plan de la politique intérieure, la conséquence logique de ce racisme d’exclusion est l’instauration d’un système ségrégationniste : les lois de Nuremberg en Allemagne, les lois Jim Crow aux États-Unis ou l’apartheid sud-africain en sont autant de manifestations. La défense de la pureté de la race peut aussi aboutir à un racisme « purificateur » ou d’extermination ; c’est celui qui sera mis en œuvre par le régime nazi avec le génocide des Juifs et des Tziganes. La mixophobie est aussi, comme pour Vacher de Lapouge ou le régime nazi, l’une des positions idéologiques compatibles avec l’eugénisme.

À l’opposé, le racisme mixophile s’incarne au XIXe siècle dans une position colonialiste et assimilationniste dont l’objectif est la « réduction universelle des différences à un modèle unique », celui de l’impérialisme occidental.

La suprématie de la race blanche ou caucasienne est un postulat sur lequel s’accordent très largement les scientifiques, philosophes et hommes politiques du XIXe siècle. Combiné avec la mission civilisatrice, le suprématisme blanc est un élément fondamental de l’idéologie coloniale. Une fois opérée la conquête, il constitue aussi le principe justificatif des législations opérant des distinctions de droit sur une base raciale, la forme paroxystique de cet ordre juridique inégalitaire étant la ségrégation raciale.

Les idéologies coloniales des pays se réclamant d’un fonctionnement démocratique se sont trouvées confrontées au problème de leur légitimité, au regard des principes censés régir leur ordre politique et juridique. En France tout particulièrement, elle doit surmonter sous la Troisième République le paradoxe de l’affirmation d’une volonté de conquête et d’assujettissement d’une part, et de principes émancipateurs et égalitaires d’autre part. Le programme colonial français ne peut se réaliser que par l’affirmation d’une infériorité tenue pour évidente et incontestable des populations visées, laquelle justifie une mission civilisatrice dont le fardeau repose sur les seules épaules de la race blanche.

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, les rapports entre science et politique évoluent considérablement. Les politiciens recourent non seulement à l’autorité des scientifiques, dont le prestige va croissant, pour légitimer leurs décisions. Mais plus encore, ils sont imprégnés d’une représentation du monde qui voit dans le mécanisme de la nature la loi organisatrice de la destinée humaine : la vogue du paradigme évolutionniste constitue la toile de fond scientifique de l’idéologie coloniale de la fin du XIXe siècle.

Le système évolutionniste d’Herbert Spencer, traditionnellement tenu pour le précurseur du « darwinisme social », marque un glissement de la théorie darwinienne du monde naturel au monde social. Postulant, avec Lamarck mais contre Darwin, l’hérédité des caractères acquis, Spencer considère que le libre jeu du marché, qui est selon lui le plus à même d’assurer efficacement « la sélection des plus aptes », doit être le moteur du progrès humain. Le libéralisme de Spencer, qui se traduit notamment par un refus des visées coloniales étatistes, ne prône pas d’interventions de l’État dans le processus civilisateur (les État y sont au contraire amenés à disparaître). Étendu aux collectifs, nationaux ou ethniques, conçus comme des entités homogènes, le mot d’ordre évolutionniste de Spencer connaîtra cependant une large fortune dans le camp colonialiste, au travers du concept de « lutte des races ».

Selon cette conception, la lutte que se livreraient depuis l’origine les différents groupes humains doit conduire à la domination des races les plus aptes et à la disparition inexorable des races inférieures. Après la conquête de l'Algérie par la France, les médecins français, constatant la baisse de la population « indigène », n’y verront que la confirmation d’une extinction prochaine et prévisible de la race arabe, qu’ils considèrent inadaptée aux nouvelles conditions de leur temps. La lutte des races n’implique ainsi pas nécessairement un processus violent d’extermination : les tenants du darwinisme social sont persuadés que les races inférieures disparaîtront silencieusement de la surface du globe, « sans que l’homme blanc et civilisé ait à se souiller les mains d’un sang innocent ».

Sur le continent européen lui-même, le succès énorme des zoos humains constitue pour Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire l’une des modalités de transmission du « racisme scientifique » à une large partie de la population. À partir des années 1870, ces zoos exposent dans les grandes capitales européennes et américaines des échantillons des peuples colonisés dans un environnement reconstitué, aux côtés des bêtes sauvages. Le principe en sera repris pour les Expositions universelles, les Expositions coloniales et jusqu’aux foires régionales. Ces exhibitions humaines contribuent à fixer « un rapport à l’autre fondé sur son objectivation et sa domination ». Elles s’insèrent dans le schéma évolutionniste en mettant en scène la frontière entre civilisés et sauvages et s’accompagnent du déploiement d’un racisme populaire dans la grande presse.

Une fois les territoires conquis, la question de l’administration des populations colonisées fut à l’origine de nombreux débats. Dans quelle mesure ces peuples inférieurs pouvaient être associés à la gestion de leurs territoires ? La France, initialement porteuse d'un modèle assimilationniste qui visait à l’exportation des institutions françaises sur le territoire colonial, se tourna progressivement vers une politique d’association pendant qu’elle appliquait à travers l’indigénat un régime d’exception aux populations conquises.

Cet ordre juridique exorbitant au droit commun trouvait sa justification dans deux principes qui peuvent être considérés comme complémentaires. D’un côté, un principe pragmatique considérait que le maintien de l’ordre colonial nécessitait des règles et des sanctions plus sévères à l’encontre des indigènes. Rien ne devait laisser paraître que la pression du colonisateur se desserrât un jour. De l’autre, un principe idéologique, qui prenait racine dans une perception raciste du colonisé, n’entendait pas laisser droit au chapitre à des peuples qui n’était pas dignes, pas aptes ou pas murs pour exercer un pouvoir à l’égal des colonisateurs.

L’étude des « races », à travers l’anthropologie ou l’ethnologie, fut largement mobilisée : elle devait permettre de déterminer avec qui le pouvoir colonial pouvait s’associer, quelles étaient les races civilisables et celles qui étaient par nature rétives ou incapables d’accéder à un niveau supérieur de civilisation. En Algérie, ce travail aboutit à la construction de l'opposition entre Arabes et Kabyles. Considéré comme plus proche biologiquement et culturellement de la « race française », le Kabyle est présenté comme plus un allié potentiel contre l’Arabe, présenté comme fier, nomade, insoumis et fainéant.

La notion de « race » qui s’élabore dans la situation d’occupation coloniale n’est cependant pas uniforme. Des présupposés plus ou moins biologisants s’opposent dans des conceptions concurrentes de la race. Une grande partie des anthropologues conclut ainsi à l’origine biologique de l’inégale perfectibilité des races. Cependant, selon l’historienne Emmanuelle Saada, les représentations de la majorité des élites coloniales empruntent peu au modèle anthropologique des « raciologues » mais se fondent sur une conception « organique » des rapports entre le milieu et la culture. L’imprégnation du milieu et les habitudes multi-séculaires sont considérés comme les déterminants de comportements sociaux largement réifiés et essentialisés : chaque « race » possède des caractéristiques psychologiques et des aptitudes qui lui sont propres. Seul un travail de longue haleine, basé sur l’éducation de plusieurs générations successives, peut conduire les indigènes à s’arracher à leur civilisation originelle pour embrasser les principes supérieurs qui gouvernent les « races européennes ».

Ces deux conceptions partagent toutefois le présupposé du différentialisme racial et se rejoignent dans leurs conclusions pratiques. Dans tous les cas, le retard biologique ou civilisationnel des races inférieures nécessite de prolonger leur mise sous tutelle et le maintien d’un ordre juridique et politique différencié entre métropole et colonies et, sur le territoire colonial, entre colons et colonisés. La mission civilisatrice imposa donc des mesures à double tranchant. Si elle fut un frein à la mise en œuvre d’une politique radicalement ségrégationniste, elle justifia le maintien d’une tutelle présentée comme indispensable à l’accomplissement du dessein civilisateur que s’octroyaient les colonisateurs.

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, la question de la hiérarchisation au sein de la race blanche est sur le continent européen au cœur de deux phénomènes appelés à jouer un rôle prépondérant dans les deux conflits mondiaux du XXe siècle : l’exacerbation des rivalités nationales et la montée de l’antisémitisme.

La distinction opérée au sein de la race blanche entre Aryens et Sémites constitue l’un des vecteurs de la biologisation de l’antisémitiste. En France, Vacher de Lapouge est parmi les premiers à prétendre donner une caution scientifique à la doctrine aryaniste, en s’appuyant « sur des bases anthropométriques, et plus particulièrement craniométriques ».

Si la méthode de Lapouge est rapidement discutée, la distinction entre Aryens et Sémites est d’usage courant au sein des milieux politiques ou savants européens. Le philosophe Ernest Renan distingue ainsi les Indo-européens des Sémites ; les seconds, novateurs quand ils ont introduit le monothéisme, doivent selon lui s’effacer devant les premiers qui sont désormais appelés à gouverner le genre humain.

Comme le note l’historien George L. Mosse, le racisme est à l’origine d’un système symbolique de mythes et de symboles qui, s’emparant de la question des origines, des difficultés et des triomphes de la race, dessine une trajectoire qui tend à se confondre avec le récit national en construction. Le stéréotype national physique, qui s’élabore au XIXe siècle prend, en Allemagne par exemple, une apparence raciale (l’Allemand blond…).

L’usage du mythe aryen, rapidement récupéré en Allemagne par le nationalisme de droite, illustre bien les effets de cette concurrence nationale. Si pour le français Vacher de Lapouge la race aryenne a une signification strictement zoologique, elle prend avec Houston Chamberlain un tournant nationaliste. La « race germanique » devient, sous la plume de cet essayiste d’origine britannique évoluant dans les milieux wagnériens, la plus pure des branches de la race aryenne. Outre des Juifs, la doctrine aryaniste permet aux Allemands de se distinguer des Latins, et en particulier des Français, considérés comme inférieurs car métissés.

Pour faire face à ce glissement de l’usage de l’aryanisme, défavorable à la nation française, Renan refuse, comme nombre de ses compatriotes, notamment républicains, le concept de « race pure » et défend la thèse du métissage historique des peuples européens. Le refus de l’aryanisme se présente comme le refus du jeu de l’exacerbation des rivalités nationales. Le sentiment anti-allemand influencera néanmoins en France les études de psychologie des peuples et de leurs caractères nationaux. S’il place la race aryenne au sommet de la hiérarchie des races, Hippolyte Taine distingue en son sein les « races germaniques » des races latine et hellénique. Les premières, « inclinées vers l’ivrognerie et la grosse nourriture » par la fréquentation des forêts humides et froides, s’opposent aux secondes dont l’environnement favorable a permis le développement d’une culture raffinée.

Les enjeux diffèrent considérablement outre-atlantique où la problématique raciale est essentiellement concentrée sur la distinction entre Blancs et Noirs. Toutefois, en réaction à l’immigration irlandaise des années 1840, et dans le contexte de la guerre avec le Mexique, est forgé aux États-Unis le concept d’« anglo-saxonisme ». Il connaîtra une grande fortune lorsqu’à la fin du XIXe siècle une campagne visant à restreindre l’immigration en provenance du sud et de l’est de l’Europe, menée notamment par Madison Grant, cherchera à vanter la supériorité de la « race nordique » sur les autres « races blanches ».

L’historien américain George M. Fredrickson recense trois régimes politiques « ouvertement racistes » au XXe siècle : le sud des États-Unis sous les lois Jim Crow, l’Afrique du Sud sous l’apartheid (1948-1991), l’Allemagne nazie (1933-1945). Ces régimes présentent la caractéristique commune d’afficher une idéologie officielle explicitement raciste et d’avoir institutionnalisé dans la loi une hiérarchie présentée comme naturelle et indépassable entre le groupe dominant et le groupe dominé. L’une des mesures les plus significatives de cet arsenal juridique ségrégationniste est la prohibition des mariages interraciaux ; elle transcrit dans l’ordre juridique l’idéologie mixophobe de la « pureté de la race ». Sur le plan économique, la restriction des opportunités du groupe ségrégué le maintient dans un état de pauvreté qui alimente le discours sur sa prétendue infériorité.

La très grande majorité des régimes colonialistes, sans organiser une ségrégation aussi stricte que les trois régimes précédents, ont tous imposé aux colonisés un corps de règles juridiques différenciés et une citoyenneté dégradée, tous deux justifiés par des principes racistes. Seule parmi les nations colonisatrices, l’Allemagne, avant la prise de pouvoir du Parti nazi, avait interdit les mariages entre Blancs et non Blancs (y compris les métis) sur ses territoires coloniaux.

Aujourd'hui, le terme de race reste toujours d'usage courant dans certains milieux et le racisme se manifeste toujours sur les cinq continents sous des formes plus ou moins directes.

Le racisme à l'échelle des relations individuelles se traduit par des paroles ou des actes racistes envers d'autres individus.

Le racisme individuel est apparenté à la xénophobie, la haine, le bellicisme, l'ethnisme, l'intolérance et l'idéologie de supériorité culturelle ou personnelle.

En raison de la connotation très négative du mot en Occident, peu de partis politiques se revendiquent ouvertement comme racistes. De nombreux partis d'extrême droite ont cependant été accusés de véhiculer des discours de ce type à travers des positions xénophobes. L'apologie du racisme étant condamnée, ils peuvent promouvoir des doctrines dérivées comme l'ethno-différencialisme ou le racialisme.

Après des études et recherches diverses au sein de la génétique, la théorie de l'existence des races humaines a été définie par des scientifiques comme arbitraire, subjective et non pertinente, du fait de l'impossibilité de classifier telle ou telle personne dans une race présupposée. Dès 1885, le chercheur Anténor Firmin publie un essai, intitulé De l'égalité des races humaines, dans lequel il réfute les affirmations de Gobineau.

La publication de la « déclaration sur la race » en 1950 par l'UNESCO encouragera nombre de biologistes à rappeler régulièrement l'absence de validité scientifique de la notion de « races humaines ». On peut citer notamment Albert Jacquard, auteur de L'Équation du nénuphar en 1998.

La revue Science a publié en février 2008 l'étude génomique la plus complète effectuée à ce jour. Les chercheurs ont comparé des fragment d'ADN de 650 000 nucléotides chez 938 individus appartenant à 51 ethnies. La conclusion de ces travaux est qu'il existe sept groupes biologiques parmi les hommes : les Africains subsahariens, les Européens, les habitants du Moyen-Orient, les Asiatiques de l'Est, les Asiatiques de l'Ouest, les Océaniens et les Indiens d'Amérique. Howard Cann, chercheur de la fondation Jean-Dausset, cosignataire, précise : « Tous les hommes descendent d'une même population d'Afrique noire, qui s'est scindée en sept branches au fur et à mesure du départ de petits groupes dits fondateurs. Leurs descendants se sont retrouvés isolés par des barrières géographiques (montagnes, océans…), favorisant ainsi une légère divergence génétique. » En approfondissant encore leur étude, les généticiens ont pu déterminer des sous-groupes : huit en Europe et quatre au Moyen-Orient. Mais avec moins de certitude. Cependant, les convergences génétiques qui rassemblent les hommes au sein de chacun des sept groupes ne concernent qu'un relativement faible nombre de nucléotides. Plus clairement, deux hommes appartenant à un même groupe peuvent être très différents en ce qui concerne les très nombreux nucléotides non pris en compte pour établir la classification. Si différents même que deux membres d'un même groupe peuvent être plus éloignés, globalement, que deux individus appartenant à deux groupes distincts (Européens et Africains, par exemple).

En outre, la portion du génome humain relative à l'expression des caractères morphologiques, en l'occurrence le gène codant la production de la mélanine, ne représente qu'une infime partie de l'ensemble de ce génome (trois gènes communs aux divers vertébrés sur les 36 000 du génome). Cf. à ce sujet, l'article Couleur de la peau.

D'autre part, selon de nombreux généticiens dont Luigi Luca Cavalli-Sforza, les descendants d'individus d'origine différente, ou même de « races » profondément différentes, semblent plus robustes et pour assurer une fertilité et une santé normales, il faut éviter les mariages entre parents proches donc favoriser le métissage.

Appliquée au racisme, cette expression désigne une volonté de faire disparaitre des propos racistes ou tenus pour tels, par une censure collective ou une auto-censure, visant à long terme la disparition des termes racistes. Cependant, le politiquement correct étant une contrainte permanente, soulevant parfois des problèmes qui apparaissent infondés aux yeux du locuteur, n'ayant pas d'impact immédiatement visible, son usage est controversé.

Les pratiques racistes constituent une violation des droits de l'homme et sont réprimées par de nombreux pays.

Pour la plupart des pays occidentaux, la discrimination et le racisme sont beaucoup plus que des délits, punis pénalement ; ils représentent également une atteinte aux valeurs qui fondent la démocratie. Celle-ci reconnaît l'égale dignité de chaque citoyen à participer à la chose publique, à poursuivre son bonheur et son épanouissement indépendamment de sa naissance.

En France, par exemple, le législateur n'a cessé au fil du temps, et particulièrement après la Seconde Guerre mondiale, de compléter le dispositif législatif afin de réprimer plus efficacement toutes les formes de racisme. Il a pour cela créé ou modifié en 1990 un certain nombre d'incriminations d'une part dans le code pénal, d'autre part dans la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse et dans la loi relative à la communication audiovisuelle. Comme l'ont montré les accords de Nouméa, en matière de lutte contre le racisme, le législateur peut être fortement influencé par l'histoire coloniale du pays.

D'après un sondage mené sur 1 011 personnes entre le 17 et le 22 novembre 2005 par l'institut CSA, un tiers des Français se déclarent racistes, sans toutefois préciser dans laquelle des trois acceptions de ce terme. Toujours selon la même enquête, 63 % de la population pense que « certains comportements peuvent justifier des réactions racistes ». 56 % des Français déclarent que la présence étrangère est trop importante.

Un sondage similaire réalisé au Québec du 22 décembre 2006 au 3 janvier 2007 par l'institut Léger Marketing, prétend donner comme analyse que 59 % des Québécois sont faiblement, moyennement ou fortement racistes. Comme le précédant, ce sondage réalisé dans le contexte d'un débat parfois tendu sur la question des accommodements raisonnables a déclenché une polémique dans la province, en particulier sur la même absence de définition claire au concept de « racisme ». La question posée était « Vous, personnellement, à quel point vous considérez-vous raciste ? ».

Les études scientifiques sur le racisme ne sont jamais menées de manière aussi directe, mais par l'utilisation de différentes questions servant à définir des indicateurs de racisme.

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Source : Wikipedia