Présidentielle

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Posté par seb 28/04/2009 @ 08:07

Tags : présidentielle, algérie, afrique, international

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Élection présidentielle malienne de 2007

élection présidentielle

Cet article fait partie de la série sur la politique du Mali, sous-série sur la politique.

Une élection présidentielle s'est déroulée au Mali en 2007. Le président sortant Amadou Toumani Touré a été réélu.

Le premier tour était organisé le 29 avril. Un second tour était prévu le 13 mai si aucun candidat n'avait obtenu la majorité absolue. La campagne électorale pour le premier tour a eu lieu du 8 avril au 27 avril. Pour le second tour, elle aura lieu du lendemain de la proclamation des résultats définitifs du premier tour au 11 mai.

Cette élection se déroule 5 ans après l’élection d’Amadou Toumani Touré au 2002. L’ancien militaire putschiste qui avait participé au renversement de Moussa Traoré et avait présidé le Comité de transition pour le Salut du peuple avant de remettre le pouvoir au président élu Alpha Oumar Konaré avait pris sa retraite de l’armée pour se présenter à l’élection présidentielle. Il avait été élu au second tour face à Soumaïla Cissé. Les conditions de son élection avaient été saluées par la communauté internationale, bien que le candidat arrivé en troisième position, Ibrahim Boubacar Keïta, ait évoqué des fraudes l’empêchant d’accéder au second tour. Le Mali devenait une vitrine de la démocratisation de l’Afrique.

Ces cinq années ont été marquées par un consensus imposé par le chef de l’État. Si les deux Premiers ministres qui se sont succédé étaient des personnalités indépendantes des partis, les principaux partis politiques étaient représentés au gouvernement. Cependant, à l’approche de cette élection, le consensus s’est effrité progressivement, plusieurs leaders et partis politiques refusant une nouvelle candidature d’Amadou Toumani Touré. Celui-ci a su cependant rassembler autour de sa candidature la majeure partie de la classe politique.

Pour que sa candidature soit reconnue, le candidat doit, selon la loi électorale du 4 septembre 2006, obtenir le parrainage de 10 députés ou 5 élus communaux dans chacune des régions et du district de Bamako. Chaque candidat doit verser une caution de 10 millions de francs CFA. Ces nouvelles dispositions ont eu pour effet de réduire le nombre de candidatures : 8 en 2007 contre 24 en 2002.

La CENI a installé 753 commissions électorales dans les 703 communes, les 49 cercles et le 6 district de Bamako ainsi que dans 39 représentations diplomatiques et consulaires à l’étranger.

La Délégation générale aux élections (DGE) a verrouillé le 15 mars 2007 le fichier électoral qui comptabilise 6 884 524 électeurs, dont 617 161 citoyens maliens résidant à l’étranger. Les partis regroupés, au sein du FDR, ont exigé sans succès un audit sur ce fichier électoral.

Le bulletin unique était pour la première fois utilisée pour cette élection présidentielle. Sur un seul bulletin, figure les 8 candidats avec leur prénom et leur nom, leur photo, éventuellement le nom et le symbole du parti qu'il représente. L'électeur se rend dans l'isoloir et appose son index imprégné d'encre sur la case du candidat pour qui il souhaite voter. Après avoir plié son bulletin, il le glisse dans l'urne sous le contrôle des assesseurs.

Le bulletin unique a fait l'objet d'une campagne d'informations dans les différentes langues parlées au Mali. Lors de la campagne officiel, la photo du candidat et son symbole était présenté. La majorité de la population est en effet analphabète.

La faiblesse de la participation électorale est une dominante des scrutins qui se sont succédé depuis l’instauration de la démocratie en 1992. L’élection de 2007 connaît également une faible participation. Moins de deux tiers seulement des électeurs a retiré leur carte d’électeurs. Ce taux varie d’une région à l’autre, de 30,60 % dans le district de Bamako à 71,71 % dans la région de Mopti, avec un taux national (hors maliens de l’extérieur) de 63,78 %. Afin d’arriver à ce taux, les autorités maliennes ont pris plusieurs mesures incitatives comme l’organisation de concerts, l’autorisation donnée aux retraits collectifs de cartes par des chefs de famille ou par des responsables de partis politiques dûment munis de cartes d’identité de leurs militants ou l’instauration d’un jour férié le 25 avril dénommé journée « d’engagement civique ».

L'abstention a été trés forte au cours de cette élection, environ 74 % des électeurs inscrits.

Pour les observateurs de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'ouest (Cédéao), le scrutin a été « libre et transparent », malgré quelques imperfections. Cet avis n’est pas partagé par les candidats regroupaient au sein du le front pour la démocratie et la république (FDR) qui dés le jour du scrutin condamnait les irrégularités et contester la sincérité du scrutin. Le 30 avril, le FDR dénonçait des « grosses irrégularités », comme l’utilisation abusive de cartes d’électeurs et de procurations et la circulation de bulletins de votes non-conforme.

Ces résultats sont contestés par quatre candidats regroupés au sein du Front pour la démocratie et la république. Cette alliance a saisi le 2 mai la Cours constitutionnelle afin de faire annuler ce premier tour. Elle a déposé une demande argumentée avec des cas de fraudes qu’ils ont repéré et de la jurisprudence : l’annulation des élections de 1997. Parmi les cas de fraude, figurent la circulation de bulletins frauduleux avec une empreinte apposée sur la case du candidat Amadou Toumani Touré. Le candidat Soumeylou Boubèye Maïga, membre du FDR a déclaré à la presse que « les conditions dans lesquelles les élections se sont déroulées rendent caducs les résultats ». Le président de l’assemblée nationale Ibrahim Boubacar Keïta, candidat également membre du FDR évoque lui les « intimidations, menaces ouvertes, tripatouillages de divers ordres » qui ont été « mis en oeuvre pour faire réélire Amadou Toumani Touré ».

Bouabre Yvonne Abane, député de Côte d'Ivoire, vice-présidente du Comité interparlementaire de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et présidente de la mission d'observation de l'UEMOA a déclaré le 1er mai que "l'élection présidentielle du 29 avril 2007 au Mali ne souffre pas d'irrégularités de nature à remettre en cause les résultats du scrutin. En conséquence, nous invitons le peuple malien, les acteurs politiques et la société civile à accepter le verdict des urnes".

Se rendant à son quartier général de campagne, Amadou Toumani Touré à fait une allocution dans laquelle il a déclaré : " Président de tous les Maliens, je m'engage solennellement à continuer de faire vivre, dans le rassemblement et l'unité, les valeurs profondes de notre nation, que sont la solidarité, la tolérance et la paix".

Les leaders du Front pour la république et la démocratie (FDR) se sont réuni le 13 mai, le lendemain de la proclamation des résultats par la Cour constitutionnelle. Dans une déclaration signé par le président du FDR, Ibrahim Boubakar Keïta et lu à l'issue de cette rencontre, le FDR, tout en continuant à considéré que le scrutin est entaché des fraudes, "prend acte de la décision et invite ses militants, tous les démocrates et patriotes épris de liberté et de justice à poursuivre la lutte par des moyens démocratiques et pacifiques.".

Le parti Solidarité africaine pour la démocratie et l'indépendance (SADI) a, dans un communiqué publié à l'issue de la réunion de son bureau national du 2 mai 2007, déclaré que "le déroulement de l'élection présidentielle a confirmé ses inquiétudes exprimée lors de ses conférences de presse et déclarations faites avant les échéances électorales".

Le Front pour la démocratie et la république a tenu un meeting le 19 mai 2007. Son président, Ibrahim Boubacar Keïta a déclaré que Bien que « convaincus qu'il s’est passé des choses anormales, injustes, à l'occasion de la présidentielle du 29 avril dernier, nous n'allons pas dire «Monsieur Amadou Toumani Touré», mais Monsieur le Président de la République, au regard de l'esprit républicain que nous avons et que nous privilégions au FDR. Autrement dit, nous reconnaissons Amadou Toumani Touré comme président de la République du Mali ». Le président sortant de l’assemblée nationale a également indiqué que le FDR irait aux élections législatives.

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Élection présidentielle française de 2007

Affiches électorales officielles pour le premier tour de la présidentielle 2007, 21 et 22 avril 2007.

Cet article fait partie de la série sur la politique de la France, sous-série sur la politique.

L’élection présidentielle française de 2007 pourvoit au remplacement de Jacques Chirac à la fonction de président de la République française. Le président investi par les Français l'est pour un mandat de cinq ans.

Un nombre exceptionnellement élevé de Français se sont inscrits sur les listes électorales. Cela représente 1,8 million d’inscrits supplémentaires sur un an, et 3,3 millions d’électeurs supplémentaires par rapport à 2002. La source de cette nouvelle participation à la vie politique se trouve dans la croissance démographique,, mais également dans un regain d’intérêt de la vie politique française. Cette élection est également marquée par le développement du vote électronique : 1,5 millions d’électeurs ont voté par le moyen d'un ordinateur de vote.

Le premier tour de scrutin a eu lieu le dimanche 22 avril 2007 de 8 h à 18 h. En raison du décalage horaire, l’élection a également eu lieu le samedi 21 avril 2007 en dehors de la France métropolitaine : Guadeloupe, Guyane, Martinique, Polynésie française, Saint-Pierre-et-Miquelon et dans les bureaux de vote ouverts par les ambassades et postes consulaires situés sur le continent américain.

Le premier tour a permis de sélectionner Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. Aucun candidat n’ayant recueilli la majorité absolue des suffrages exprimés, le second tour de scrutin avait lieu le dimanche 6 mai 2007.

Le mandat de Jacques Chirac a pris fin le 16 mai 2007 à minuit.

Le 10 mai, le Conseil constitutionnel proclame l'élection du candidat de l'UMP Nicolas Sarkozy avec 53,06 % des voix, soit un total de 18 983 138 bulletins de vote en sa faveur.

Les dates du scrutin, confirmées par décret, ont été rendues publiques par une communication du ministre de l’Intérieur au Conseil des ministres du 24 octobre 2006.

Pour la première fois lors d'une élection présidentielle (cela avait déjà été le cas pour le référendum sur le traité constitutionnel en 2005), les Français des départements, collectivités ou territoires d'outre-mer ainsi que certains des 821 600 Français inscrits à l'étranger se situant à l'ouest de la métropole et au delà de l'Atlantique ont voté avant la date officielle. Ainsi en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à Saint-Pierre-et-Miquelon, en Polynésie française, et dans les ambassades et les postes consulaires situés sur le continent américain, le scrutin a été avancé d’un jour. Ceci afin de permettre aux électeurs de ces régions de voter sans connaître les estimations des résultats nationaux. En effet, avec le décalage horaire, des estimations valant quasiment résultats sont diffusées à 20h00, heure de Paris, à la fermeture des derniers bureaux de votes métropolitains alors que ces bureaux de vote d'outre-mer étaient encore ouverts voire venaient d'ouvrir pour ceux de la Polynésie, ce qui favorisait l'abstention. Dans ces régions, le premier tour y a donc eu lieu le samedi 21 avril 2007, et le second tour y aura lieu le samedi 5 mai. Les premiers bureaux de vote français à ouvrir pour l'élection présidentielle sont donc ceux de Saint-Pierre-et-Miquelon. Les derniers à voter seront les Français inscrits dans l'archipel du Cap-Vert.

Le premier tour de l'élection présidentielle 2007 a été marqué par une participation exceptionnelle avec un score de 83,77 %, des inscrits. Ce chiffre est comparable au premier tour de l’élection présidentielle de 1965 qui était de 84,8 % et celle de 1974 qui était de 84,23 %. Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal arrivent en tête pour le premier tour de l'élection devant François Bayrou et Jean-Marie Le Pen. Aucun candidat n'ayant recueilli la majorité absolue des suffrages exprimés, un second tour a eu lieu le dimanche 6 mai entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.

Nicolas Sarkozy est élu Président de la République française, en battant Ségolène Royal avec 53,06 % des suffrages contre 46,94 %. Des résultats similaires, fondés sur des sondages sortis des urnes, avaient été annoncés dès la fin d'après-midi par les médias belges et suisses qui ne sont pas soumis à l'interdiction française de diffusion de résultats avant la fermeture des bureaux de vote à 20 heures.

Les différentes personnes citées dans ce paragraphe sont celles qui furent officiellement candidates à l’élection présidentielle de 2007.

La liste officielle des candidats a été publiée par le Conseil constitutionnel le 19 mars 2007 à 17 heures 30.

L'histoire des partis et de leur soutien est compliquée par les alliances, associations (car un parti peut être composés de plusieurs autres partis, qui selon les circonstances reprendront ou abandonneront leur autonomie), scission et fusions, ainsi que par les mouvements personnels d'hommes politiques influents.

Les deux tableaux qui suivent, présentent cette évolution sous forme simplifiée et donc incomplète, puis sous forme plus détaillée, mais plus précise.

Un appel en ce sens a été lancé en mai 2006 par des personnalités, membres ou non de partis politiques et souvent proches des Collectifs du 29 mai (anciens Comités pour le non de gauche au référendum) pour la désignation d'un candidat unitaire de la gauche antilibérale et alternative à l'élection présidentielle.

Suite à cet appel, de nombreux collectifs sont créés, pour une partie issus des collectifs du 29 mai, au niveau local, ainsi qu'un Collectif national d’initiative pour un rassemblement anti-libéral de gauche et des candidatures communes.

Le 24 novembre, José Bové annonce le retrait « provisoire » de sa candidature.

La réunion du 9 et 10 décembre à l'île-Saint-Denis a été houleuse et n'a pas réussi à établir un consensus. La direction du PCF estimait que la candidature de Marie-George Buffet (majoritaire dans les votes indicatifs des collectifs) était la meilleure et appelait à respecter le choix de ces collectifs. L'essentiel des autres organisations voulait une candidature qui puisse rassembler plus largement, sans toutefois avoir d'accord sur un nom.

Les militants communistes ont choisi à 81,05 % (41 533 votes) de confirmer cette candidature. Le choix du retrait n'a obtenu que 18,90 % (9 683 votes), avec 2,02 % de votes blancs (1058 votes).

La rencontre prévue le 21 décembre entre les différentes organisations du rassemblement a conclu qu'il n'y aura pas de candidature du rassemblement antilibéral à la présidentielle de 2007.

En réaction à cette réunion, Olivier Besancenot, candidat de la LCR, a appelé la gauche antilibérale à se rassembler autour de sa candidature suite à la candidature de Marie-George Buffet .

Le 1er février 2007, lors d'une conférence de presse à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), José Bové a confirmé officiellement sa candidature. Il cherche ainsi à se positionner au-dessus des autres candidats antilibéraux, puisqu'il fait partie des nombreuses personnalités sans parti politique mais cherchant à peser sur le scrutin. Le collectif unitaire national a cependant rappelé que José Bové n'était pas le candidat des collectifs et du rassemblement antilibéral, pas plus que Marie-George Buffet.

Deux candidats issus des collectifs antilibéraux (et signataires de l'appel du 10 mai) sont donc représentés : José Bové et Marie-George Buffet. Cependant, aucun des deux n'a été investi par les collectifs.

Le résultat final au premier tour fut très faible avec un score total des deux candidats inférieur à celui de 2002 du seul PCF.

Particularité de cette élection, un débat s'est tenu le samedi 28 avril au matin entre Ségolène Royal et François Bayrou, retransmis par BFMTV ; le CSA n'avait pas prévu une telle situation.

Le traditionnel débat télévisé de l'entre deux tours (qui n'avait pas eu lieu en 2002) s'est tenu le mercredi 2 mai 2007 à 21 h. Il a été animé par Patrick Poivre d'Arvor (TF1) et Arlette Chabot (France 2) et réalisé par Jérôme Revon. Il a été relayé sur d'autres chaînes de télévision et de radio ainsi que sur internet. Prévu pour durer 2 heures, il a duré 2 heures 39.

Les sujets abordés lors du débat ont porté sur le travail, les finances publiques où Nicolas Sarkozy a défendu l'idée de fusionner les ministères chargés de fixer l'impôt et chargés de le percevoir, la sécurité dont la discussion a porté sur le viol d'une femme policier, le logement rapidement évoqué, l'immigration où Nicolas Sarkozy a défendu l'idée d'une immigration choisie alors que Ségolène Royal s'est montrée favorable aux régularisations massives, la retraite rapidement évoquée, l'énergie nucléaire qui a suscité une polémique sur la génération à laquelle appartient le réacteur pressurisé européen et où Nicolas Sarkozy s'est montré favorable à ce projet tandis que Ségolène Royal a défendu l'idée de se focaliser sur la génération qui succédera à l'EPR, l'éducation où chaque candidat a apporté des propositions ambitieuses et l'Europe où Nicolas Sarkozy a exprimé son refus net de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne car cela empêcherait la construction d'une Europe politique selon lui.

Après ce débat, les commentateurs politiques étaient en désaccord sur la question de savoir s'il y avait un « gagnant ». Ils ont tous souligné la nette différence de style entre une Ségolène Royal plus accrocheuse, combative selon ses partisans et agressive selon ses adversaires, et un Nicolas Sarkozy plus posé, maîtrisant ses dossiers selon ses partisans et effacé selon ses adversaires. Ségolène Royal, interrompant régulièrement son adversaire, s'est exprimée environ 3 minutes de plus que Nicolas Sarkozy.

Comme après les autres débats de ce genre, les positions de l'électorat n'ont bougé que dans de faibles proportions, selon les instituts de sondage. Les commentateurs sont tombés d'accord pour dire qu'à ce stade d'une campagne électorale, beaucoup d'électeurs avaient déjà fait leur choix, et qu'il était difficile d'imaginer que les indécis pencheraient tous d'un même côté.

L'Internet joue désormais un rôle de premier plan dans le cadre de l’élection présidentielle : relais de l’information publiée par les médias traditionnels (télévision, radio, presse écrite) et réceptacle des réactions et des intentions des électeurs. Ceux-ci sont donc maintenant dotés d’une plateforme médiatique aux pouvoirs d’attraction étonnants comme le démontre la multiplication des blogs de campagne. Un sondage réalisé pour RTL par Novatris/Harris mentionne que près du quart des français croit que l’Internet aura une influence sur le résultat du scrutin d’avril.

De nouvelles formes d’expression apparaissent. À l’instar des hommes politiques américains, les candidats ont la possibilité d’avoir une chaîne sur YouTube, une page sur Skyblog, sur MySpace et des groupes de soutien à l’intérieur des sites de social networking. Les sites Web permettent d’individualiser le message à l’utilisateur en fournissant des vidéos qui permettent de pénétrer l’intimité d’une campagne et de la vie des candidats.

Cependant le rôle de l'Internet ne peut pas être mesuré. Aux États-Unis, l'Internet a joué un rôle important pour les campagnes de 2004 et 2006 en permettant à des vidéos amateurs de circuler rapidement sur le Web en discréditant un candidat (voir l'affaire Macaca, où un candidat proférant une insulte raciale a été pris en délit par une vidéo amateur : il a perdu son siège).

Trois vidéos ont marqué l'élection française par l'importance de leur diffusion sur Youtube ou Dailymotion : la vidéo Le Vrai Sarkozy, la vidéo de Ségolène Royal apostrophant les professeurs sur les 35 heures et, en fin de campagne, la vidéo Sarkozy Human Bomb mise en ligne par les partisans de Nicolas Sarkozy pour s'opposer aux tentatives de diabolisation de ses opposants. Rachida Dati a également été filmée déclarant, en boutade, qu'elle serait « ministre de la rénovation urbaine à coup de Kärcher » faisant ainsi réference à une déclaration antérieure de Nicolas Sarkozy.

L'Internet est également le centre d'un autre débat, qui est l'heure de publication des estimations. C'est le journaliste Jean-Marc Morandini qui le premier, soulève cette question. Il a menacé publiquement de diffuser des « rumeurs vérifiées » du premier tour dès dix-huit heures, avant de se rétracter le 21 avril 2007 dans la soirée. Bien qu'une publication d'estimations soit interdite en France, plusieurs sites étrangers ont déclaré qu'ils publieraient ces estimations dès 18 h. Morandini a donc voulu montrer qu'il était absurde que la localisation du serveur influe sur la légalité de l'action entreprise. Un site français devrait être prioritaire dans la divulgation des premières estimations des résultats d'une élection française. Bien que cette action n'ait pu aller jusqu'au bout, elle a permis de montrer l'importance qu'a pu prendre internet dans la vie politique. Certains sites internet d'information étrangers francophones tout comme certains blogs étaient hors-ligne la journée du premier tour (coupures ou saturés). En revanche, les télévisions étrangères d'information étaient toujours disponibles en France et beaucoup d'entre-elles ont annoncé les premières estimations vers 18 h 30.

Lors de cette élection, les médias ont accordé une grande importance à la progression du vote électronique. Le vote électronique avait déjà été largement utilisé lors du référendum de 2005 — mais c'était sa première utilisation à une aussi grande échelle pour ce type de scrutin. En effet, entre 3% et 5% des électeurs ont participé à l'élection en utilisant ce type d'équipement. Des critiques sont apparues dans les médias quelques mois avant le scrutin ; ces critiques s'inscrivent dans un débat plus large sur le vote électronique en France (voir Vote électronique).

Les critiques suite au scrutin ont rapidement trouvé un large écho dans la presse. Ainsi dans l'après-midi du scrutin, le journal 20 minutes rapportait des incidents, quelques heures plus tard le site du Figaro rapportait la saisine du Conseil Constitutionnel par un conseiller régional francilien, le soir du scrutin le site de la chaîne d'information LCI rapportait les soucis techniques dont se plaignaient certains électeurs et l'émoi et les doutes provoqués chez certains élus ; le lendemain, le Parisien titrait le 23 avril 2007 en page 9 « L'urne électronique passe mal auprès des électeurs ».

Avant les élections, deux otages français ont été capturés par les Talibans le 3 avril 2007. L'expiration de l'ultimatum d'abord prévue pour vendredi 27 avril a été reportée au dimanche 6 mai pour tenir compte de l'échéance de la période électorale française.

L’élection présidentielle de 2007 a fait l'objet d'une couverture médiatique considérable dans la presse internationale, du fait du poids du pays en tant que membre de l'Union européenne comme des nations du G8. À titre d'exemple, le 22 avril 2007, CNN International a retransmis en direct le discours de Ségolène Royal donné à l'issue du premier tour. La journaliste de CNN Hala Gorani a par la suite mené une émission d'analyses avec des bloggers français et des hommes politiques à l'issue de cette prise de parole.

À l'annonce des résultats du second tour, des rassemblements spontanés d'opposants de gauche à Nicolas Sarkozy se forment dans une quinzaine de grandes villes de France (Paris, Lyon, Marseille, Grenoble, Toulouse, Bordeaux, Caen, Brest, Lille, Dijon, Montpellier, Clermont-Ferrand, Strasbourg, Nantes, Rouen, Tours, Rennes, Orléans, etc.). Parmi ces personnes, on trouve des socialistes, des communistes, des membres ou sympathisants de LO , ainsi que des personnes apartides se réclamant de gauche, déçus du résultat des élections. On trouve également des éléments révolutionnaires, anarchistes ou autonomes, qui refusent le consensus électoral et nient de fait la légitimité de l'autorité du nouveau président. On note aussi la présence de nombreux jeunes de quartiers populaires apolitiques, qui se considèrent victimes de la politique de Nicolas Sarkozy. Dans la majorité des villes citées ci-dessus, les rassemblements partent en manifestations improvisées. Ces regroupements et manifestations, non légaux puisque non déclarés aux préfectures, sont dispersés par les forces de police et de gendarmerie déployées pour l'occasion. Dans une minorité de cas, les charges policières se trouvèrent justifiées par l'attaque de ceux-ci par les éléments révolutionnaires qui se sentaient provoqués par la simple présence de ceux-ci. Quelques rassemblements partiront en émeutes généralisées, provoquant ainsi de nombreuses dégradations de mobilier urbain et de violents affrontements avec les forces de l'ordre. De nombreuses permanences UMP seront attaquées et vandalisées partout en France. Le bilan de cette nuit de violence est de 730 voitures incendiées, 78 policiers et gendarmes blessés, et 592 interpellations. Entre 20 000 et 30 000 personnes auront participé aux rassemblements et manifestations, et plusieurs milliers aux émeutes. Les deux nuits suivantes sont émaillées de violences, mais à moindre échelle, même si plus de personnes participeront aux manifestations. Les violences continueront néanmoins jusqu'à la fin de la semaine dans certaines villes. C'est la première fois dans l'histoire de la Ve République que l'élection d'un président provoqua de tels incidents.

Au soir du premier tour, le 22 avril au soir, des individus avaient mis le feu à une soixantaine de véhicules dans le nord-est de Paris.

Lors du second tour, avant les résultats une trentaine de voitures ont été brûlées à Paris la veille au soir du dimanche du second tour des élections dans les 3e, 9e, 10e, 13e et 18e arrondissements. La capitale française est généralement épargnée par ces exactions, comme durant les émeutes d'automne 2005.

Après les résultats des incidents ont été relevés à la Bastille à Paris, à Bordeaux, à Lille sur la place centrale, à Clermont-Ferrand, à Toulouse, à Nantes, à Lyon, à la Courneuve, à Dugny, à Rennes, à Strasbourg et à Brest (liste non exhaustive). Il s'agit pour la plupart d'altercations entre manifestants et CRS ou gendarmes mobiles. De nombreuses voitures (367 selon les chiffres officiels du Ministère de l'Intérieur) ont aussi été brûlées de même que des locaux, en particulier une permanence de l'UMP.dans certaines villes les évenements ce reproduisent aux soirs du 7 et du 8 mai. Ce sont les premières émeutes de la Ve République à intervenir le soir même de l'élection du président.

Le dimanche 11 mars 2007, Jacques Chirac annonce qu'il « ne sollicitera pas les suffrages pour un nouveau mandat ».

Dans un entretien avec Michel Drucker diffusé le 11 février 2007 dans une émission sur sa femme, Jacques Chirac, à la question « Qu'est-ce que vous allez faire le jour où vous quitterez l'Elysée, que ce soit dans quelques mois ou dans cinq ans ? », avait répondu qu'« il y a une vie après la politique, il y a une vie jusqu’à la mort ». Certains observateurs y avaient déjà vu un indice du fait que Jacques Chirac ne se représenterait pas.

En plus des autres considérations légales, certaines considérations visent à l'égalité entre les candidats. Par exemple, l'entreprise Clear channel a été chargée de l'affichage électoral pour l’élection présidentielle française de 2007. Toutefois, ce travail d'affichage n'a pas été fait dans certaines communes, notamment en Guadeloupe.

Au delà de la problématique du temps de parole traitée par le CSA, d'autres problèmes légaux liés à la liberté d'expression des candidats ont été soulevés, dans le mois précédant le premier tour.

Pour être officiellement désigné comme candidat, il faut obtenir 500 signatures d'élus : députés, sénateurs, maires, maires délégués des communes associées, maires des arrondissements de Lyon et de Marseille ou membres élus de l'Assemblée des Français de l'étranger, conseillers généraux des départements, de Mayotte, de Saint-Pierre-et-Miquelon ou du conseil de Paris, conseillers régionaux, élus de l'Assemblée de Corse, de l'Assemblée de la Polynésie française, du Congrès et des assemblées de province de la Nouvelle-Calédonie, de l'Assemblée territoriale des îles Wallis-et-Futuna, représentants français au parlement européen.

Ces parrainages, dans un réservoir d'environ 45 000 dont 36 000 de maires, doivent venir d'au moins trente départements ou collectivités d'outre-mer différents sans que plus d'un dixième d'entre eux soit issu du même département ou de la même collectivité d'outre-mer.

L'obtention des 500 signatures nécessaires pour pouvoir se présenter à l'élection présidentielle est toujours sujette à controverse, notamment autour de Jean-Marie Le Pen. Pour 2007, la controverse touche tous les petits partis. L'appel de François Hollande aux élus du Parti socialiste à réserver leurs signatures au candidat socialiste a conduit à une rumeur au sein des petits partis qui dit que le PS, l'UMP et parfois l'UDF feraient barrage face à leurs candidats et exerceraient des pressions sur les maires de petites communes pour qu'ils ne donnent pas leur signature. Des futurs candidats aussi opposés qu'Olivier Besancenot, José Bové et Corinne Lepage en font publiquement état.

Un amendement déposé au nom du groupe socialiste en vue d'étendre la publication au Journal officiel à toutes les présentations reçues ayant été repoussé, le Conseil constitutionnel a fait savoir qu'il renonçait à la pratique initiée en 1988 consistant à publier dans ses locaux l'ensemble des parrainages valides. Seuls 500 noms de présentateurs par candidat admis à concourir, déterminés par tirage au sort, seront donc publiés cette fois.

Les formulaires de parrainage signés par les élus sont à retourner au Conseil constitutionnel pour le 16 mars 2007 à 18 heures au plus tard (heure locale du territoire d'où provient la signature du formulaire de parrainage).

Gérard Schivardi a dénoncé le chantage aux subventions, sur les maires qui souhaitent le parrainer, par des dirigeants politiques de régions ou départements.

Pour aider les finances de sa commune de Noron-la-Poterie (Calvados), André Garrec, maire, a placé sa signature sur un site de vente aux enchères. L'enchère a été remportée à 1550 € par Rachid Nekkaz. L'échange a eu lieu le 12 mars 2007 sur la chaîne LCI, le candidat a immédiatement déchiré le document.

Le 9 mars, l'ancien ministre de la culture Jean-Jacques Aillagon (UMP) donne sa signature par tirage au sort à Olivier Besancenot. Un maire d'une commune d'Ille-et-Vilaine a fait de même et le sort a désigné Arlette Laguiller. Jugeant ce procédé « incompatible avec la dignité qui sied aux opérations concourant à toute élection et que la présentation doit résulter d'un acte volontaire du présentateur  », le Conseil constitutionnel a indiqué que les parrainages ainsi attribués ne seront pas pris en compte tout comme les parrainages ayant donné lieu à contrepartie financière au sujet du Conseil Constitutionnel.

Tableau non-exhaustif visant à observer les évolutions des 4 premiers candidats.

Nicolas Sarkozy arrive en tête dans 73 départements métropolitains sur 96 au premier tour. Il obtient plus de 30 % des suffrages exprimés dans 41 d’entre eux, réalisant ses meilleurs scores dans les Alpes-Maritimes (43,6 %), dans le Var (39,7 %) et, dans une moindre mesure, en Haute-Savoie et en Corse-du-sud (37,5 % chacun). Il arrive en tête dans 7 des 8 départements d’Île-de-France, et arrive également premier dans tous les départements du nord, qui étaient jusque là l’un des plus fidèle fief électoral de la gauche et dans le Territoire de Belfort, fief de Jean-Pierre Chevènement. Les territoires d’outre-mer ne sont pas en reste : la Guadeloupe, la Guyane, Wallis-et-Futuna, la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française le créditant de scores allant bien au-delà des 40 %. Son succès est moindre dans les départements du sud-ouest de la France et en Bretagne, mais il ne passe jamais en dessous de la barre des 25 %.

Au second tour, le candidat de l’UMP est majoritaire dans presque tous les départements du nord de la France, le Pas-de-Calais restant le seul à lui préférer Ségolène Royal. Il atteint jusqu’à plus de 68 % des voix dans les Alpes-Maritimes et dépasse les 60 % dans l’Aube, en Alsace, en Haute-Savoie, dans l’Ain, dans le Var, dans le Vaucluse, en Corse-du-sud et en Nouvelle Calédonie. Il obtient son plus faible score dans l’Ariège (40,44 %) et reste boudé par une large majorité de départements du sud-ouest et du centre, tandis que la Bretagne continue de le marginaliser.

Au premier tour, Ségolène Royal arrive en tête dans 23 départements métropolitains et dans 3 territoires d’outre-mer. Elle obtient son meilleur score dans l’Ariège avec 35 % des suffrages exprimés, et est créditée de scores similaires en Seine-Saint-Denis et dans son fief des Deux-Sèvres (plus de 33 %). Elle dépasse la barre des 25 % dans une majorité de départements du sud-ouest et de la Bretagne, dans quelques départements du nord, dans la Nièvre, dans la Saône-et-Loire, dans le Territoire de Belfort, en Meurthe-et-Moselle, dans les Alpes-de-Haute-Provence et dans tous les départements d’Île-de-France à l’exception des Yvelines. Pour la première fois depuis 1974, le Nord-Pas-de-Calais bascule à droite dès le premier tour, Nicolas Sarkozy arrivant en tête dans l’ensemble des départements du nord de la France.

Au second tour, la candidate socialiste est majoritaire dans 28 départements métropolitains et dans 6 territoires d’outre-mer. C’est d’ailleurs en outre-mer qu’elle obtient ses meilleurs résultats, puisqu’elle dépasse la barre des 60 % en Martinique, à la Réunion et à Saint-Pierre-et-Miquelon (elle obtient 59 % à Mayotte). Si les Pyrénées-Atlantiques basculent à gauche pour la première fois depuis 1988 (et même depuis 1965 si l’on fait abstraction de cette élection marquée par une large victoire de François Mitterrand), les départements du nord, à l’exception du Pas-de-Calais (où elle doit cependant se contenter d’un petit 52 %), passent tous à droite en votant majoritairement pour Sarkozy. Ségolène Royal est créditée de scores allant de 55,53 % à 59,56 % (dans l’ordre croissant) dans les Côtes d’Armor, dans la Haute-Vienne, dans le Lot, en Seine-Saint-Denis, dans les Hautes-Pyrénées et en Ariège. Elle obtient moins dans 40 % dans 9 départements, obtenant son plus faible score dans les Alpes-Maritimes (31,92 %).

François Bayrou obtient quant à lui un score à deux chiffres dans tous les départements, et celui-ci excède très souvent les 15 %. Il réalise son meilleur score dans son fief des Pyrénées-Atlantiques : avec 29,6 % des suffrages exprimés, il devance tous les autres candidats. Les départements voisins des Landes et des Hautes-Pyrénées lui donnent des scores dépassant les 20 %, tout comme l’Aveyron, la Lozère, le Cantal, le Puy de Dôme et la Haute Loire en Auvergne et dans ses environs. Il franchit également le seuil des 20 % dans le Rhône, en Savoie et en Haute-Savoie, ainsi que dans les deux départements de l’Alsace et dans la moitié des départements d’Île-de-France (les Yvelines, l’Essonne, les Hauts-de-Seine et Paris).

Mais c’est dans le nord-ouest que le candidat de l’UDF a eu le plus de succès : l’ensemble des départements de la Bretagne, le Calvados et la Manche en Basse-Normandie, Mayenne, la Loire-Atlantique, le Maine-et-Loire et même la très conservatrice Vendée dans les Pays de la Loire et l’Indre-et-Loire le créditent de scores allant de 20,2 à 23,8 % des suffrages exprimés. L’outre-mer n’est pas en reste : les électeurs de Mayotte se sont prononcé à 25,7 % et ceux de Saint-Pierre-et-Miquelon à 23 % pour M. Bayrou.

En 2002, Jean-Marie Le Pen était arrivé en tête dans 35 départements. En 2007, non seulement il ne renouvelle pas cet exploit, n’arrivant en tête nulle part, mais s’effondre de manière significative là il où avait si bien réussi 5 ans plus tôt. Son meilleur score n’est que de 17,3 % des suffrages exprimés dans l’Aisne, et s’il passe la barre des 13 % dans la très grande majorité des départements du nord-est et dans tous les départements à la bordure de la frontière italienne, ailleurs, les scores ne sont que rarement à deux chiffres, et Le Pen recule dans tous les départements sans exception.

À titres d’exemples, il s'effondre dans le Rhône, passant de 19,35 à 9,09 %, ou encore dans le Lot-et-Garonne, passant de 18,9 à 12,5 %. Il chute de plus de 10 points dans les Bouches-du-Rhône, et subit un revers important en Seine-Saint-Denis, passant de 17,7 à 9 % des suffrages exprimés. Si la Corse reste fidèle au leader du FN, il en va différemment du Nord-Pas-De-Calais : avec 14,8 % dans cette région ouvrière qui offre généralement de bons scores à l’extrême droite, Le Pen perd plus de 4 points et passe de la première à la quatrième place. L'Alsace, qui avait pourtant attribué au FN son meilleur score lors du second tour des élections régionales de 2004 (22 %), ne se prononce qu’à 13,6 % pour son président (-9,9 points par rapport à 2002).

Les resultats des Elections Presidentielles 2007, sont disponibles sous la forme cartographique geocodee sur le site suivant Infogeocom, la representation est faite sur le monde et une possibilite de voir un zoom sur la France.

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Élection présidentielle serbe de 2008

Blason de la Serbie

L'élection présidentielle serbe de 2008 (en serbe : Избори за председника Републике Србије 2008 et Izbori za predsednika Republike Srbije 2008.) est la première élection à la présidence du pays depuis l'indépendance du Monténégro et, consécutivement, depuis la disparition de la Communauté d'États Serbie-et-Monténégro. Elle a été remportée par le président de la République sortant Boris Tadić ; il a prêté serment pour son second mandat le 15 février 2008.

Le premier tour de l'élection a eu lieu le 20 janvier 2008 et, en l'absence d'une majorité absolue en faveur de l'un des candidats, un second tour a eu lieu le 3 février 2008 ; il a opposé Tomislav Nikolić, candidat du Parti radical serbe (SRS) et Boris Tadić, candidat du Parti démocratique (DS) et actuel président de la République de Serbie. Le nombre d'électeurs s'élevait à 6 708 697, soit près de 50 000 de plus qu'aux élections législatives de 2007. Les votants étaient répartis entre 8 481 bureaux de vote en Serbie même et 65 autres pour 37 053 citoyens serbes résidant dans 36 pays étrangers.

Le 10 novembre 2006, au cours de la législature précédente, l'Assemblée nationale de la République de Serbie promulgua une nouvelle Constitution, adoptée par référendum fin octobre 2006. Le mandat du Président de la République était allongé, passant de quatre à cinq ans. Le 11 décembre 2007, la loi sur les élections présidentielles fut votée par le Parlement et le 13 décembre 2007, le président de l'Assemblée, Oliver Dulić, fixa la date de l'élection au 20 janvier 2008. La date du 3 février 2008 fut retenue pour un éventuel second tour. La Commission électorale de la République de Serbie fixa au 10 décembre 2007, à minuit, la date limite du dépôt des candidatures, chacun devant au préalable avoir recueilli 10 000 signatures.

Deux partis représentant les Albanais de la vallée de Preševo, la Coalition albanaise de la vallée de Preševo et le Parti d'action démocratique, appelèrent les Albanais vivant en dehors du Kosovo à participer massivement aux élections. De son côté, la Coalition hongroise fit connaître qu'elle ne soutiendrait pas Nikolić en cas de deuxième tour mais apporterait plutôt ses voix à Tadić.

Parmi tous les candidats, Čedomir Jovanović, chef du Parti libéral démocrate, fut le seul à se prononcer en faveur de l'indépendance du Kosovo.

Avec l'accord de la Commission électorale, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe et la Communauté des États indépendants étaient chargées d'observer les élections, en excluant la participation d'éventuels observateurs américains ou anglais.

Les résultats communiqués émanent de la Commission électorale de la République de Serbie,.

Le 30 janvier 2008, un sondage publié par le CeSID (Centre pour la démocratie et les élection libres) accordait entre 2,10 et 2,35 millions de voix à Boris Tadić et entre 2 et 2,25 millions de voix à Tomislav Nikolić.

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Élection présidentielle française de 1974

Au 24, quai de Béthune, Georges Pompidou meurt le 1er avril.

À la suite du décès du président Georges Pompidou, atteint de la maladie de Waldenström, le 2 avril 1974, une élection présidentielle anticipée était devenue nécessaire. Elle se tint les 5 et 19 mai 1974. Cette élection, qui marqua le reflux du gaullisme, allait se conclure par l’investiture d’un jeune président (le plus jeune de la Cinquième République) de 48 ans qui cultivait une image de modernité et de jeunesse, Valéry Giscard d’Estaing. Le second tour, qui l’opposa au candidat de l’Union de la gauche François Mitterrand, fut le plus serré de l’histoire de la Cinquième République, la victoire n’étant finalement assurée à Valéry Giscard d’Estaing que par 425 000 voix d’avance.

Ce scrutin fut aussi celui d’un autre record : celui de la participation électorale. Avec 87,33 % de participation au second tour, ce fut le plus faible taux d’abstention de toute l’histoire du suffrage universel en France.

Jacques Chaban-Delmas, député-maire de Bordeaux, est âgé de 59 ans. Premier ministre de Georges Pompidou de 1969 à 1972, il peut incarner une fidélité au gaullisme qui ne se résout pas au passéisme — il va reprendre sous forme de slogan de campagne le thème qui avait été déjà été le fil directeur de son passage à Matignon : la « Nouvelle Société ».

Le 4 avril, deux jours à peine après le décès du président Pompidou, le jour même de l’inhumation, Jacques Chaban-Delmas déclare sa candidature. La dépêche de l’AFP tombera sur les téléscripteurs à 16 heures 09, pendant qu’on prononce à l’Assemblée l’éloge funèbre du défunt. Valéry Giscard d'Estaing ne manquera pas d’exploiter à son profit cette maladroite précipitation.

Le fait est que Chaban-Delmas a de bonnes raisons de vouloir aller vite. Même si ses entreprises pour rassembler derrière lui le parti gaulliste ont porté leurs fruits les mois précédents (son proche Roger Frey a obtenu la présidence du groupe parlementaire, et il a pu pousser Alexandre Sanguinetti, un gaulliste « historique » critique envers le Président Pompidou au secrétariat général du parti), il sait que d’autres ambitions peuvent le concurrencer au sein du mouvement gaulliste. Et c’est en effet la cacophonie dans ce camp : Christian Fouchet, au nom de la fidélité absolue à de Gaulle a été le premier à se lancer dès le 3 avril, alors que, le 5 avril, c’est l’inconstant Edgar Faure qui fait aussi connaître son intention de concourir. Mais le plus préjudiciable à Jacques Chaban-Delmas serait une candidature du Premier ministre en poste, Pierre Messmer, au nom de l’héritage du Président défunt, avec la légitimité que peut lui conférer sa fonction.

Or un groupe « pompidolien » mené par le ministre de l’Intérieur Jacques Chirac et deux conseillers du président Pompidou, Marie-France Garaud et Pierre Juillet, pousse en ce sens un Pierre Messmer conscient de son manque de charisme et peu enclin à se lancer dans la bataille. Ce dernier annonce le 9 avril son intention de se lancer si cela permet de faire l’unité de la majorité, puis se retire le soir même après avoir constaté ne pas être suivi (sinon par Edgar Faure, qui en profite pour se retirer avec panache d’un combat mal engagé pour lui). Jacques Chaban-Delmas, qui a obtenu le 7 avril le soutien du comité central et des groupes parlementaires de l’UDR, est donc définitivement le candidat unique du parti gaulliste. Il obtient également le soutien du petit Centre démocratie et progrès de Jacques Duhamel le 9 avril (un comité directeur approuve ce soutien par 35 voix contre 7 abstentions). Mais sa légitimité est minée par le trop-plein de candidatures déclarée au cours de la semaine.

La publication le 13 avril du « Manifeste des 43 », appel de 4 ministres et 39 parlementaires UDR ou proches de l’UDR, sape encore sa candidature. Au-delà de la langue de bois du texte, une chose est claire : celui-ci ne mentionne pas le nom de Chaban-Delmas et désavoue donc la candidature que les signataires sont supposés soutenir.

Dès lors, le cours de la campagne de Chaban se résume à une dégringolade continue dans les sondages. Les coups bas d’une partie de l’UDR n’expliquent peut-être pas tout : plusieurs commentateurs attribuent aussi l’échec de Jacques Chaban-Delmas à son choix stratégique d’une campagne axée sur des thèmes sociaux, qui effarouche la droite sans mordre sur l’électorat de François Mitterrand.

On peut signaler pour l’anecdote une dernière maladresse tactique de Chaban, celle d’inviter André Malraux à participer à son spot de campagne officielle. Celui-ci est très malade et l’apparition de ce vieil homme qui tient un discours prophétique où il invoque les mânes de Jules Ferry n’est guère pour redresser l’image du malheureux Chaban-Delmas..

Valéry Giscard d’Estaing, que les Français désignent familièrement sous le sigle de « VGE », est depuis déjà 1962 ministre de l’Économie et des Finances (avec une interruption de trois ans). Il n’en demeure pas moins, avec ses 48 ans, le plus jeune des trois candidats susceptibles de l’emporter.

À l’origine membre d’un parti à l’image droitière, le CNIP d’Antoine Pinay, Giscard a quitté ce mouvement en 1962 lorsque celui-ci est entré en conflit avec le président Charles de Gaulle. En 1966 il peut néanmoins manifester sa différence par rapport au gaullisme le plus orthodoxe en proclamant : « Nous sommes l’élément centriste et européen de la majorité ». Sa formation politique, les Républicains Indépendants, devient d'ailleurs une force incontournable de la majorité, contrebalançant le poids de l'UDR dans la majorité. Osant se distinguer encore davantage en appelant à voter « non » au référendum du 27 avril 1969 et participant ainsi à la chute de De Gaulle, il n’en est pas moins ministre de tous les gouvernements sous la présidence Pompidou.

Resté dans un silence décent pendant la période de deuil national, Giscard se lance en campagne le 8 avril. C’est de son fief provincial, la mairie de Chamalières (une petite ville de la banlieue de Clermont-Ferrand), qu’il en fait l’annonce en déclarant vouloir « regarder la France au fond des yeux ».

Valéry Giscard d’Estaing est dès le début de sa campagne capable de fédérer derrière son nom la quasi totalité des non-gaullistes de droite et de centre-droit (modérés du Centre démocrate de Jean Lecanuet). Il a désormais à faire campagne dans la situation a priori malaisée de ministre sortant en incarnant le renouveau sans pour autant renier l’héritage ; pour exprimer cette ambivalence, il va réutiliser un slogan qui avait déjà été celui de Georges Pompidou en 1969 : « Le changement dans la continuité ».

C’est le 10 avril que le Centre démocrate apporte son soutien à la candidature giscardienne, à laquelle Jean Lecanuet s’est rallié sans hésitation (un conseil politique extraordinaire approuve cette décision à 157 voix contre 84 et 7 abstentions). Du côté du minuscule Centre républicain, le parti centriste de Michel Durafour, on est également giscardien. En revanche le Centre national des indépendants et paysans d’Antoine Pinay, qui n’est plus que l’ombre de lui-même sous la direction de Camille Laurens, ne sera pas unanime à se ranger derrière son ancien membre, et adoptera une attitude variable d’un département à l’autre.

Valéry Giscard d’Estaing va mener une campagne d’image extrêmement cohérente jusqu’au second tour, sans jamais infléchir sa stratégie : viser au centre. Bien caractéristique de ce positionnement est cette citation de son discours du meeting de Nantes du 1er mai : « La lutte est entre le centre et l’extrême-gauche ».

Vis-à-vis de la candidature Chaban, la tactique est de l’ignorer. Aucun positionnement ne répond à ceux de son concurrent de la majorité. Dans la dernière semaine avant le premier tour, au vu des sondages qui lui assurent avoir vaincu ce premier obstacle, Valéry Giscard d’Estaing peut s’offrir le luxe de faire allusion à sa participation passée au « gouvernement Chaban-Delmas » comme si ce nom était celui d’un honorable retraité.

Contre Mitterrand, il s’agit de jouer sur la différence de génération. L’idée force de la campagne, c’est qu’il s’agit d’un homme de la défunte Quatrième République; on ironisera donc sur « l’homme du passé ». Le thème naturel de l’anticommunisme, que les auditoires acquis des meeetings aiment à entendre, ne sera utilisé que précautionneusement : ce sont les seconds rôles qui s’en chargent, Michel Poniatowski tout particulièrement, ou davantage encore les documents de campagne anonymes Le candidat, qui doit apparaître comme un homme de rassemblement, se garde bien quant à lui de participer aux polémiques agressives.

Ce qui importe avant tout, c’est de donner aux Français l’image personnelle d’un homme de tête et de cœur. Après cinq ans aux finances, le candidat a déjà forgé une image de technicien à l’intelligence supérieure ; il s’agit de capitaliser sur celle-ci en l’infléchissant pour apparaître plus humain. Pendant la campagne, on verra donc VGE jouer de l’accordéon ou au football, et c’est dans la même logique que les enfants du candidat vont être utilisés dans la construction de l’image de leur père (Jacinthe, âgée de treize ans, figure sur la grande affiche de campagne aux côtés de Valéry). Le candidat va aussi exploiter sa relative jeunesse : on se fera photographier aux commandes d’un hélicoptère, et même torse nu dans les vestiaires à l’issue de la petite démonstration footballistique. Enfin, dernier atout sur Mitterrand qu’il faut mettre en valeur, la reconnaissance internationale du candidat est mise en relief, tant bien même la politique étrangère est-elle presque absente des débats. Les photos des documents de campagne représentent le ministre-candidat aux côtés des grands de ce monde ; au meeting de Marseille du 27 avril deux phrases suffiront pour évoquer qu’on a fréquenté Richard Nixon, Leonid Brejnev, Konrad Adenauer et Willy Brandt.

Une fois passé le premier tour, les petits candidats de droite et du centre, Jean Royer, Jean-Marie Le Pen et Émile Muller appellent tous sans réserve leurs électeurs à se reporter sur Valéry Giscard d’Estaing. Jacques Chaban-Delmas est un peu plus prudent verbalement dans un premier temps (il « confirme son opposition résolue à la candidature » de François Mitterrand), mais le 13 mai formalise plus nettement son appel à voter pour Valéry Giscard d’Estaing. On peut ajouter à ces soutiens celui désormais formalisé du CNIP et surtout celui du parti radical valoisien de Jean-Jacques Servan-Schreiber qui abandonne le 14 mai sa posture attentiste et se range dans le camp giscardien (par 70 pour, 18 contre et 1 abstention).

Aucune rupture de style entre les deux tours. Tout au plus le candidat de la droite mettra-t-il un peu plus en valeur le thème de la « sécurité », susceptible de séduire les derniers hésitants à droite sans effrayer le centre. Il rappelle aussi qu’il ne remettra en cause ni les institutions gaulliennes de la Cinquième République, ni la politique de défense. Mais ce n’est pas l’essentiel ; l’objectif reste le même : convaincre les derniers électeurs hésitants qu’il est un homme d’avenir face à l’homme du passé et de proposer aux Français un « changement sans risque ».

Alors âgé de 58 ans, François Mitterrand, député de la Nièvre, a déjà une longue expérience politique puisqu’il a été huit fois ministre et trois fois secrétaire d’État sous la Quatrième République, et qu’il a été le candidat unique de la Gauche à l’élection présidentielle de 1965, mettant en ballottage Charles de Gaulle.

Depuis qu’il a pris le contrôle du nouveau parti socialiste au Congrès d’Épinay en 1971 puis signé le Programme commun de gouvernement avec le Parti communiste français et le petit Mouvement des radicaux de gauche, il est le leader incontesté de la gauche parlementaire et sa candidature s’impose par elle-même.

Pendant les jours qui suivent le décès du Président Pompidou, François Mitterrand, fin tacticien, est injoignable. Il sait que ses relations avec le Parti communiste seront exploitées par ses adversaires et il joue de son savoir-faire politicien pour donner l’image de la plus grande indépendance. Lorsque le 4 avril, il ne peut éviter de rencontrer brièvement le premier secrétaire du Parti communiste français Georges Marchais à l’Assemblée nationale, dans le bureau de Gaston Defferre, il refuse fermement d’entrer en pourparlers pour organiser son plan de campagne. S’ensuit une demande écrite du leader communiste de solenniser par une déclaration commune des trois partis de gauche sa candidature, à laquelle il prend soin de ne pas répondre tout en chargeant le numéro deux du Parti Pierre Mauroy de renvoyer une réponse dilatoire. Après avoir joué sur les nerfs de ses partenaires sans rien céder, François Mitterrand peut ainsi procéder au lancement de sa candidature en homme libre.

Comme pour celle de Valéry Giscard d’Estaing, c’est le 8 avril que la candidature est mise sur orbite. Un Congrès extraordinaire du Parti socialiste est réuni salle de la Mutualité à Paris ; il désigne François Mitterrand comme candidat à l’unanimité des 3748 mandats. Ce n’est que dans un second temps que les autres partis de l’Union de la gauche sont invités à soutenir cette candidature par une déclaration commune.

Entre temps la direction nationale du Parti socialiste unifié a décidé la veille 7 avril, comme le préconisait Michel Rocard, de se rallier à la candidature Mitterrand et de renoncer à présenter la candidature du syndicaliste Charles Piaget (à une majorité de 48 voix contre 35 et une abstention).

Enfin plusieurs syndicats professionnels apportent dans les jours qui suivent leur soutien à la candidature de François Mitterrand : en premier lieu la CGT et la CFDT, mais également la FEN et le MODEF.

Contrairement à VGE, Mitterrand n’a donc pas d’adversaire à gérer dans son propre camp mais un partenaire, ce qui n’est pas forcément plus facile. Les relations avec le PCF vont être bonnes pendant toute la durée de la campagne : le Parti communiste se bat sincèrement pour la victoire, acceptant avec une bonne volonté réelle de passer par les conditions du candidat de l’Union de la gauche. Ainsi est-il entendu que la campagne des partis restera indépendante de celle du candidat ; les deux représentants du PCF admis en observateurs au siège de campagne, tour Montparnasse n’ont pas de bureau, ne figurent pas sur l’organigramme, et on leur demande même de garder secrète leur présence. Lorsque le 16 avril Mitterrand annonce qu’en cas d’élection il choisira un Premier ministre socialiste, ses partenaires communistes se plaignent poliment de n’avoir pas été prévenus par avance de sa déclaration, mais ne manifestent pas une excessive irritation.

Tout comme Giscard, François Mitterrand est conscient que l’élection se jouera au centre et s’efforce donc d’attirer à lui cette frange de l’électorat. Il se réfère le moins possible au « Programme commun » qui lie les partis de l’Union de la Gauche —ou se borne à renvoyer aux « orientations » de ce programme— et, comme d’ailleurs son principal adversaire, évite la démagogie et se garde bien de formuler des promesses trop précises quant aux décisions qu’il prendrait, une fois élu.

L’équipe de François Mitterrand a fait appel à des sondeurs pour tester l’image du candidat et la perception des thèmes de campagne par l’opinion publique, et servir de base à l’élaboration de la stratégie. Pour le premier tour, conscient d’être en retard sur Giscard pour ce qui est de l’image, on choisira d’orienter tant que possible la campagne sur le terrain politique plutôt que personnel. Comme le principal adversaire est le ministre sortant de l’Économie et des Finances, on l’affaiblira en rappelant ses résultats, tout en se réfrénant des attaques contre sa personne : d’où l’importance donnée aux thèmes de la hausse des prix et des inégalités sociales.

Pour le second tour, on apportera quelques inflexions : pour séduire les modérés, les problèmes sociaux seront évoqués sous la thématique de la « paix sociale » plutôt que celle des inégalités ; pour séduire les gaullistes on mettra en avance le thème de l’« indépendance nationale ». On se préoccupe davantage de construire une image concurrençant celle de Giscard : comme ce dernier on va mettre en avant l’entourage familial. Enfin on se permettra un peu plus d’agressivité envers le concurrent, dont il convient de casser l’image consensuelle en le présentant comme un « homme de la droite » dans ce qu’elle a de plus rétrograde. On a identifié trois catégories d’électeurs parmi lesquelles une marge de progression existe, et qui devront être séduites en priorité : les personnes âgées, les cadres, les femmes..

Après le 5 mai, les petits candidats de la gauche et de l’écologie appellent tous les trois à soutenir François Mitterrand, en termes plus ou moins contournés mais sans ambiguïté : Arlette Laguiller déclare que « les voix de l’extrême-gauche font partie des voix de la gauche », René Dumont « choisit l’espoir en votant François Mitterrand, à titre personnel », Alain Krivine appelle à « battre la droite par tous les moyens ». Sur le papier, en supposant les reports parfaits, François Mitterrand dispose donc de 47,3 % des suffrages. Si les reports se font suffisamment mal à droite, la victoire est possible. Les évolutions individuelles de gaullistes, même marginaux, sont dès lors de première importance : on note donc avec intérêt le ralliement à François Mitterrand des anciens ministres Jean-Marcel Jeanneney et Edgard Pisani ou d’anciens de la Résistance comme Jacques Debû-Bridel et Romain Gary, ou l’appel à voter blanc lancé par le mouvement de jeunesse gaulliste, l’Union des jeunes pour le progrès. Un peu déçu semble-t-il à l’issue du premier tour, François Mitterrand, dans les derniers jours, commence à croire à la possibilité d’une victoire.

Le maire de Tours, par ailleurs ministre des Postes et Télécommunications dans le gouvernement Messmer est âgé de 53 ans. Gaulliste convaincu sans être membre de l’UDR, il est connu des Français pour son combat inlassable contre la pornographie, un thème qui n’est pas marginal au début des années 1970 où prolifère soudain le cinéma érotique. Fameux pour ses arrêtés d’interdiction des films coquins dans sa bonne ville de Tours, Jean Royer l’est aussi pour son passage récent au ministère du Commerce et de l’Artisanat où il est à l’origine d’une loi qui porte son nom et qui limite le développement des grandes surfaces.

Dès ses premières décisions, Jean Royer — qui cultive une image justifiée de totale rigueur morale — va se distinguer en ne faisant rien comme tout le monde, et ceci bien souvent parce que ces décisions sont autant d’erreurs grossières. Il commence par démissionner de son ministère (Valéry Giscard d’Estaing se gardera bien d’en faire autant), estimant incompatible le statut de candidat et celui de ministre. Plus curieusement, il se refusera à toute déclaration avant le 19 avril date d’ouverture de la campagne officielle. La couleur de fond choisie pour son affiche de campagne est le marron foncé, et sa photo n’y figure pas. Le candidat, qui ne supporte pas l’avion, a loué un autorail de deux voitures et effectue ses déplacements à travers la France par ce moyen de transport ; de ce fait il ne peut de toute la campagne remettre les pieds à son quartier général, qu’il a eu de surcroît la fort peu judicieuse idée de baser à Tours et non à Paris comme tous ses concurrents. Enfin si les jeunes opposants à Jean Royer font tourner par leurs pitreries sa campagne à la pantalonnade, il n’est pas pour autant aidé par sa propre épouse dont l’interview sur Europe 1 contribue à rejeter sa candidature dans le registre du comique grivois.

Hélas pour Jean Royer, ce qu’on va retenir de sa campagne, c’est surtout la perturbation de ses meetings par des opposants hilares, qui scandent « Royer, Pétain, même combat » et « Royer, puceau, le peuple aura ta peau ». Sans service d’ordre digne de ce nom, le candidat ne peut qu’encaisser et fait l’erreur de riposter vivement aux perturbateurs (ainsi à Nice : « Vous n’avez sans doute pas grand chose à faire de la journée, vous n’avez rien inventé »), les excitant encore davantage. Le sommet est atteint au meeting de Toulouse du 25 avril où une jeune femme se dévêt et danse une demi-heure la poitrine nue, pour le plus grand bonheur des photographes de presse et des caméras de télévision. Le 27 avril à Lyon, Royer confirme ne pas retirer sa candidature mais explique qu’il renonce aux réunions publiques pour se rabattre sur la radio et la télévision et les réunions sur invitation. Son score est très décevant, le capital de sympathie dont il disposait dans les premiers sondages ayant fondu au fur et à mesure de sa désastreuse campagne : avec 3,2 % des suffrages exprimés, il ne sera guère en mesure de peser sur le second tour.

La jeune Arlette Laguiller — elle a trente-quatre ans — n’est pas tout à fait inconnue du public, puisque sa formation politique Lutte Ouvrière l’a promue « porte-parole » du parti aux législatives de 1973, lors desquelles elle a recueilli dans une circonscription du XVIIIe arrondissement de Paris 2,47 % des suffrages exprimés.

Lorsque décède le président Pompidou, une grève initiée au Crédit lyonnais embrase le secteur bancaire depuis le 1er février. Permanente syndicale à Force ouvrière en charge de ce secteur, Arlette Laguiller est montée en ligne, s’opposant à la CGT, et s’est de nouveau trouvée sous les projecteurs des médias ; ainsi un reportage de Paris-Match la compare-t-elle le 23 mars à un autre syndicaliste fameux : « On l’appelle la Piaget des banques en révolte ».

Lorsque son parti la désigne pour le représenter à la candidature à la présidentielle, Arlette Laguiller est donc par ses actes en totale cohérence avec son discours : l’objectif d’une candidature est avant tout d’éveiller la conscience révolutionnaire de la classe ouvrière et son programme est d’abord de « donner une voix et un visage à tous ceux qui se taisent ». Si ses concurrents directs du Front communiste révolutionnaire peuvent fustiger dans Rouge son « électoralisme », le pari est réussi : son résultat électoral, 2,33 % des suffrages exprimés, est des plus réjouissants pour un parti jusqu’alors peu médiatique. Sans doute, comme les études des transferts de voix le montrent (un quart des électeurs d’Arlette Laguiller déclare se reporter sur Valéry Giscard d’Estaing au second tour), une partie non négligeable de son électorat a-t-il été motivé par la sympathie pour une femme du peuple et non par ses appels à la Révolution. Néanmoins, le parti trotskiste saura construire sur ce premier socle et « Arlette » mènera cinq autres candidatures consécutives qui s’échelonneront jusqu’en 2007.

La nébuleuse écologiste, qui a vécu sous la présidence Pompidou une période d’intense développement, est bien déterminée à manifester sa vitalité dans cette élection. On envisage une candidature de Philippe de Saint-Marc, qui préfère entreprendre un rapprochement avec Valéry Giscard d’Estaing, de Théodore Monod qui refuse s’estimant trop âgé, du commandant Cousteau qui se récuse aussi. C’est finalement René Dumont, un agronome renommé retraité de soixante-dix ans, qui portera les couleurs de l’écologie.

Sa campagne iconoclaste est très remarquée, le candidat se distinguant par son aspect vestimentaire (un fameux pull rouge), ses déplacements en vélo, ses formules qui détonent du discours politique traditionnel (« La voiture, ça pue, ça pollue et ça rend con… »). Son équipe sait inventer des « coups » médiatiques qui animent la très morne campagne officielle : le quartier général de campagne est installé sur un bateau-mouche, le candidat apporte à la télévision une pomme et un verre d’eau qu’il boit devant les téléspectateurs pour illustrer la crise écologique.

Le résultat n’est pas à la hauteur des espoirs que l’intérêt du public et des medias pour sa campagne novatrice pouvait permettre de nourrir. Le score obtenu (1,3 % des suffrages exprimés) déçoit.

C’est le président du Front national — un nouveau parti créé en 1972 —, Jean-Marie Le Pen, qui sera le porte-drapeau de la droite de la droite à cette élection, entamant une série de candidatures qui le mènera en 2002 jusqu’au second tour. Éclatée en plusieurs groupuscules en recomposition permanente, l’extrême droite part divisée ; la tendance révolutionnaire issue d’Ordre nouveau menée par Alain Robert et Pascal Gauchon et la tendance maurrassienne incarnée par François Brigneau se sont alliées au sein du groupe Faire front (matrice du futur Parti des forces nouvelles) qui concurrence sérieusement le jeune Front national et mise sur le soutien à Valéry Giscard d’Estaing plutôt que sur une candidature autonome. Enfin la présence de la très droitière candidature de Jean Royer (qui obtient lui-même le soutien de Jacques Isorni et de l’association Pétain-Verdun, et est le candidat des cercles catholiques traditionalistes) préjudicie aussi bien évidemment au candidat du Front national. Dans ces conditions, Jean-Marie Le Pen — qui centre sa campagne sur la lutte contre le communisme et les grèves, contre l’avortement et pour la défense des retraités — obtient un score dérisoire (0,75 % des suffrages exprimés, à rapporter aux 5,27 % de Jean-Louis Tixier-Vignancour en 1965) : pour la droite nationaliste, les années 1970 sont décidément une période difficile au niveau électoral.

Au centre, presque toutes les tendances se sont rapprochées de l’un ou l’autre des trois candidats principaux : le Mouvement des radicaux de gauche de Robert Fabre adhère depuis 1972 au programme commun de la gauche et soutient donc François Mitterrand ; le Centre Démocratie et Progrès de Jacques Duhamel et Joseph Fontanet soutient Jacques Chaban-Delmas ; c’est Valéry Giscard d’Estaing qui a le mieux réussi dans les appels de pieds aux centristes, puisque le Centre démocrate de Jean Lecanuet et le Centre républicain de Michel Durafour se rallient aussitôt à sa candidature, tandis que le parti radical valoisien, alors dirigé par Jean-Jacques Servan-Schreiber, le favorise en sous-main en réservant toutefois la déclaration de son soutien formel à l’après premier tour. Seul le petit Mouvement démocrate-socialiste de Max Lejeune et Émile Muller fait le choix de l’autonomie. C’est donc le maire de Mulhouse, Émile Muller qui représente à ce scrutin une alternative centriste. Peu connu des Français, Émile Muller mène une campagne assez terne et voit sanctionnée par les urnes sa stratégie d’autonomie, qui ne reçoit l’appui que de 0,69 % des votants.

L’extrême gauche trotskyste part divisée. Outre la candidature d’Arlette Laguiller déjà évoquée plus haut, Alain Krivine, le leader du Front communiste révolutionnaire est là pour proposer une alternative révolutionnaire. Son parti a d’abord envisagé le soutien à une « candidature de luttes » du syndicaliste autogestionnaire Charles Piaget puis, celle-ci ne se concrétisant pas, fait le choix de la candidature autonome en préférant finalement Alain Krivine malgré ses origines « bourgeoises » à l’ouvrier André Fichaut. Malgré la forte notoriété acquise par sa participation aux événements de mai 1968 puis sa candidature de 1969, son échec est retentissant : 0,36 % des suffrages, deux fois moins de voix qu’à la présidentielle précédente et surtout six fois moins que l’autre candidate trotskyste Arlette Laguiller.

Enfin trois autres candidats —le royaliste « de gauche » Bertrand Renouvin pour la Nouvelle Action royaliste, et les deux « fédéralistes européens » Jean-Claude Sebag (Mouvement fédéraliste européen) et Guy Héraud (Parti fédéraliste européen)— se singularisent surtout pour avoir obtenu les trois scores les plus faibles de tous les temps à une élection présidentielle française au suffrage universel, tant en nombre de voix qu’en pourcentage des exprimés.

Comme on l’a dit plus haut, le camp gaulliste n’est pas uni derrière Jacques Chaban-Delmas. Un groupe mené par Jacques Chirac, Pierre Juillet et Marie-France Garaud conspire pour torpiller sa candidature.

Certains commentateurs, en premier lieu, attribuent des intentions malveillantes au ministre de l’Intérieur dans son choix des dates du scrutin. Alors que la législation électorale lui laissait le choix entre deux dates, il a proposé au conseil des ministres la plus tardive ; peut-être parce qu’il pense qu’une campagne longue est plus à même de voir s’effondrer les intentions de vote pour Chaban.

Edgar Faure, qui a compris dès les premiers sondages qu’il va dans le mur, profite de l’occasion pour retirer sa candidature à 11 heures 30 ; Christian Fouchet fait savoir à 12 heures 45 qu’il maintient la sienne.

La balle est alors dans le camp des deux principaux candidats. Jacques Chaban-Delmas rend visite au Premier ministre à l’Hôtel Matignon vers quinze heures. L’entretien ne dure que trois minutes —le maire de Bordeaux se maintient.

Le nom de Chaban-Delmas n’est nulle part cité. Les observateurs de la vie politique ne s’y trompent pas : c’est un coup de poignard dans le dos rédigé en termes diplomatiques, et une opération à peine camouflée de soutien à Valéry Giscard d’Estaing. À Beaune, Jean-Philippe Lecat ira jusqu’à créer et présider simultanément deux comités de soutien, l'un à Chaban et l’un à Giscard !

Nouvelle manifestation du pouvoir de nuisance du ministère de l’Intérieur, France-Soir publié le 20 avril un sondage réalisé par les Renseignements Généraux qui montre VGE prendre une avance définitive sur Chaban. Les observateurs là encore ne s’y trompent pas : il doit y avoir du Chirac là derrière.

Le 21 avril, dernière avanie, Pierre Messmer reprend la parole pour préciser son soutien à la candidature Chaban... en précisant agir « par discipline ». On peut imaginer soutien plus enthousiaste.

Alors que les États-Unis d’Amérique ont veillé à garder la plus stricte neutralité dans cette campagne, conscients que tout geste à l’appui ou en défaveur d’un candidat serait totalement contre-productif, l’ambassadeur d’Union soviétique à Paris, Stephan Tchervonenko, rend une visite très publique à Valéry Giscard d’Estaing le 7 mai, deux jours après le premier tour, sous le prétexte de faire avancer divers dossiers concernant la coopération économique franco-soviétique.

Que signifie ce geste ? Une première interprétation littérale est d’y voir un soutien implicite de l’Union Soviétique au candidat de la majorité qui reste en lice pour le second tour : une fois éliminé le gaulliste Chaban-Delmas, sans doute le candidat préféré de Moscou, on préfèrera Giscard à Mitterrand, soupçonné de trop d’atlantisme.

Mais, réaction inattendue, le bureau politique du Parti communiste français publie dès le lendemain 8 mai un communiqué désapprouvant cette immixtion dans la campagne. On peut de fait s’interroger sur les motivations réelles de Stephan Tchervonenko ; sans d’ailleurs pouvoir exclure la simple gaffe (après tout le même Stephan Tchervonenko a déjeuné avec François Mitterrand dans les premiers jours d’avril), l’hypothèse d’un geste à l’intention des communistes français plutôt que de l’opinion publique, dans une période de relatives tensions entre le PCF et le PCUS ne peut être exclue.

Dernier épisode le 17 mai où un fonctionnaire de second plan de l’ambassade soviétique réagit avec vivacité à des propos anti-communistes du lieutenant de VGE, Michel Poniatowski, propos qui avaient auparavant suscité une protestation du PCF d’une virulence un peu disproportionnée. La presse couvre abondamment l’incident apparemment mineur ; il est vrai que l’ambassade s’est donné la peine de contacter téléphoniquement les rédactions pour leur souligner l’émission du communiqué. Selon la lecture des diplomates américains, il pourrait s’agir là d’une concession soviétique au mécontentement des communistes français, faite en geste d’apaisement des tensions suscitées par la visite du 7 mai.

C’est une des grandes nouveautés de ce scrutin : les deux candidats du second tour ont accepté de s’affronter en un duel télévisé en direct, comme on fait aux États-Unis d’Amérique. Voilà qui est plus excitant que la morne campagne officielle où chacun monologue derrière la même table nue. Le jour venu, le 10 mai, ce sont 20 à 25 millions de téléspectateurs, près de la moitié des Français, qui vont assister à la joute télédiffusée sur les deux chaînes de l’ORTF et sur une douzaine de télévisions européennes. Le débat est également retransmis sur France Inter et les radios périphériques.

On négocie avec âpreté les conditions du ou des débats ; au début on envisagerait d’en proposer deux aux spectateurs, mais VGE refuse un débat trop proche du scrutin. Il n’y en aura donc qu’un, un vendredi soir, dont la réalisation sera confiée à Roger Benamou. Mitterrand, plutôt réticent au débat télévisé, négocie la non-intervention totale des animateurs et la disposition des caméras. Un tirage au sort préalable à la retransmission donne la parole en premier à Giscard d’Estaing, étant entendu que Mitterrand aura ainsi le privilège de conclure le débat.

Il est entendu que les deux animateurs, les journalistes Alain Duhamel et Jacqueline Baudrier n’auront qu’un rôle technique ; ils sont là pour rappeler aux candidats où ils en sont de leur temps de parole, pas pour orienter le débat. Le choix des sujets est laissé à la libre appréciation des protagonistes qui vont s’invectiver à coup de questions/réponses sur le bilan du gouvernement actuel dont VGE est le ministre des finances et sur les projets d’avenir, notamment du programme commun de la gauche. Prévus sur une durée totale d’une heure trente, le débat est quelque peu prolongé par commun accord pour finir au bout de deux heures.

Aucun des adversaires ne gagnera par KO. Chacun affirme un style, Valéry Giscard d’Estaing cultivant son image de premier de la classe qui connaît les dossiers mieux que François Mitterrand et qui reproche à son adversaire d’être l’homme du passé. François Mitterrand veut se montrer au-dessus de la mêlée en affectant une ironie détachée quand parle son adversaire, pour par instants s’enflammer avec passion, comme lorsqu’il défend sa volonté de faire participer les communistes à son prochain gouvernement ou lorsqu’il défend certains aspects du programme d’union de la gauche.

Finalement ce qu’on retiendra du débat trente ans après, c’est la « petite phrase improvisée » par Valéry Giscard d’Estaing : « Monsieur Mitterrand, vous n'avez pas le monopole du cœur ». C’est elle que citeront les commentateurs de l’immédiat pour conclure que VGE a marqué quelques points. Mais des observateurs plus au fait des techniques de communication font des remarques plus techniques : Giscard a su mieux que Mitterrand réagir par des mimiques aux propos de son adversaire, prendre la parole pour de courtes interventions, et attirer ainsi la caméra sur lui, donnant une image plus vivante, plus réactive. François Mitterrand en tirera une leçon pour 1981 où il exigera la présence de deux réalisateurs désignés par les deux candidats, et fera âprement négocier l’organisation des plans de coupe ou de réaction.

Un sondage Sofres réalisé le lendemain enregistre une soudaine mais ténue hausse des intentions de vote pour Valéry Giscard d’Estaing (elles progressent à 51,5 %) qui reviennent à 50 % dans les jours qui suivent. Effet du débat ou marge d’erreur des estimations ? Cet affrontement télévisé ne semble pas avoir eu un effet significatif sur l’opinion publique, bien que les suffrages très serrés et la très courte campagne électorale font penser que le débat aura forcément influencé certains électeurs qui ont pu faire la différence lors du décompte final.

Les luttes d’influence pour contrôler les votes dans quelques territoires d’outre mer (Territoire des Afars et des Issas, Comores notamment) sont moins suivies des médias, mais les observateurs avertis —les candidats notamment, mais aussi le Président par intérim Alain Poher ou l’ambassadeur des États-Unis— savent bien que ces territoires peuvent être un enjeu essentiel dans un scrutin qui s’annonce serré.

Dans La Paille et le grain, François Mitterrand pose crûment le problème : à Djibouti, Ali Aref contrôle 30 000 voix, aux Comores Ahmed Abdallah environ 70 000. On peut légitimement avoir quelques réticences à prendre pour argent comptant les allégations d’un candidat malheureux, mais force est de considérer que les plus hautes autorités de l’État ont les mêmes inquiétudes : Alain Poher fera connaître en privé à plusieurs personnalités le souci que lui inspirent ces manœuvres.

Jacques Foccart, avec un sens certain de l’ellipse, est assez transparent à ce sujet dans son journal : « Je vois Ahmed Abdallah, assez longuement. Pour les Comores, cela va marcher » (en date du 9 avril) ; « Je vois Pascal, qui s’occupe des questions de finances dans les DOM-TOM pour le compte de Chaban » (en date du 22 avril) ; on lira aussi la relation d’un coup de téléphone reçu de VGE le 8 mai au matin, suivi l’après-midi d’un rendez-vous au sujet des TOM avec Victor Chapot, trésorier des Républicains indépendants, Foccart concluant la narration de sa journée en spécifiant que « c’est réglé » avec Aref et Abdallah. Mitterrand, pour sa part, prétend qu’Abdallah lui a directement rapporté avoir négocié en tête-à-tête avec Giscard d'Estaing l’apport des voix sous son contrôle en échange de l’indépendance des Comores.

C’est dans ce contexte qu’on peut apprécier un incident à la limite du juridique et du politique. La Commission Nationale de Contrôle —un organisme composé de cinq magistrats, et dont le rôle est de veiller à l’impartialité de l’État dans la campagne— ayant décidé d’envoyer des observateurs outre-mer, il s’ensuit un conflit de compétences entre celle-ci et le Conseil constitutionnel, qui proteste contre cette initiative.

Il convient tout de même de préciser que, hors les trois territoires très sous-développés des Comores, des Afars et des Issas et de Wallis-et-Futuna, les résultats du second tour outre-mer ne divergent pas de façon patente de ceux de métropole et que François Mitterrand l’emporte même à la Réunion et en Polynésie française.

En tout état de cause, ce ne seront pas les territoires d’outre-mer qui feront la différence : même si les comportements pointés par ces quelques observateurs ont pu influer sur une centaine de milliers de voix, on est nettement en dessous de l’écart qui séparera in fine les deux candidats, et Valéry Giscard d’Estaing est également victorieux sur la seule France métropolitaine, de 350 000 voix environ.

Les observateurs notent en 1974 la pénétration des techniques issues de la publicité dans la conception des campagnes électorales. Il faut tout de même prendre garde : les mêmes références étaient citées en 1965, notamment pour décrire la campagne de Jean Lecanuet. On est dans une logique de progression lente du marketing politique sur un long terme et il n’y a pas de rupture nette en 1974, sauf peut-être sur quelques points précis, notamment l’irruption remarquée des sondages dans la campagne.

L’équipe de Valéry Giscard d’Estaing s’installe dans un immeuble de bureaux, au 41, rue de la Bienfaisance, dans le VIIIe arrondissement de Paris, non loin de l’église Saint-Augustin.

Pour sa part, François Mitterrand jette son dévolu sur un étage de la tour Montparnasse, sur la rive gauche —pour la petite histoire on notera d’ailleurs que ces locaux avaient initialement été réservés par Edgar Faure, qui les a libérés en renonçant le 9 avril à sa candidature.

Du côté de l’équipe giscardienne, un rôle tout particulier est en premier lieu confié au ministre de la Santé Michel Poniatowski. Hors organigramme, il est le proche lieutenant du candidat, celui qui doit être consulté sur toutes les questions importantes. Au même niveau, le numéro un de l’équipe de la rue de la Bienfaisance est Michel d’Ornano, qui en dirige la réflexion politique assisté d’une équipe rapprochée de trois collaborateurs : Jacques Dominati (par ailleurs chargé de la campagne en région parisienne), Jean-Pierre Soisson (pour la campagne en province et outre-mer) et Roger Chinaud à l’organisation générale. Pour l’assister, une « cellule idées » est animée par Christian Bonnet et Jean Serisé, tandis que Lionel Stoléru s’occupe des sondages.

Sur le plan de l’organisation matérielle, Roger Chinaud est spécifiquement en charge des réunions publiques. Trait remarquable de la campagne giscardienne, les services axés sur la communication sont confiés à des techniciens et non à des politiques : un service de relations avec la presse est dirigé par Maurice Dalinval, mais c’est surtout au niveau de la cellule de préparation des documents de propagande que VGE a fait un choix remarquable : c’est un publicitaire professionnel, Jacques Hintzy de l’agence Havas Conseil qui a la charge de ce secteur.

En revanche la tâche très politique du service d’ordre des réunions doit revenir à un homme de confiance. C’est Hubert Bassot qui en est responsable. Cet ancien de l’Algérie française va savoir utiliser les services des groupes de combat de l’extrême-droite. La direction effective du service d’ordre est confiée à un ancien « dur » de l’OAS, Pierre Sergent qui, selon Jacques Berne, partagerait même le bureau de Michel d’Ornano Les nervis qui veillent au grain dans les meetings se font remarquer par des violences dont la presse de gauche fait ses choux gras ; ainsi notamment dans les deux meetings bretons du 24 avril : à Rennes un perturbateur doit être hospitalisé sans connaissance, à Brest un médecin handicapé (il est paralysé d’un bras) qui a pris verbalement la défense d’un perturbateur tabassé est lui-même roué de coups et jeté au sol depuis un escalier — il devra être hospitalisé pour une quadruple fracture de l’avant-bras. Le Figaro, qui il est vrai roule plutôt pour Chaban, peut écrire dans ses colonnes sous la plume de Patrice Delage : « L’extrême-droite assure la sécurité de M. Giscard d’Estaing et de ses meetings. Il fallait le dire ».

Chez François Mitterrand, on citera les noms d’André Rousselet, en charge des finances et de la coordination générale épaulé par Georges Beauchamp à la coordination et Pierre Joxe au financement, de Georges Dayan aux contacts politiques, de Louis Mermaz à l’action départementale, de Charles Hernu aux relations avec les élus, de Jacques-Antoine Gau à celles avec les parlementaires, de Paul Legatte à la documentation, de Georges Fillioud aux contacts avec la presse. C’est l’avocat Robert Badinter qui représente le candidat auprès de la Commission Nationale de Contrôle. Le poste sensible de la gestion des meetings et de leur service d’ordre échoit à Joseph Franceschi. Jean-Pierre Cot et Pierre Guidoni conduisent l’analyse politique.

Pour la conception du matériel de propagande, François Mitterrand n’est pas allé aussi loin que Valéry Giscard d’Estaing et n’a pas fait appel à un professionnel du marketing politique ; toutefois il n’a pas lui non plus confié cette responsabilité à un politique, puisque c’est Claude Perdriel, le directeur général du Nouvel Observateur qui en a la tâche. Celui-ci aura néanmoins à justifier ses choix auprès des « politiques » qui l’entourent et on lui laisse sans doute moins la bride libre qu’à son homologue du camp d’en face.

Les partis ne sont pas représentés en tant que tels. Toutefois Claude Estier, formellement là pour représenter le journal L’Unité est de fait le contact auprès du Parti Socialiste, tandis que deux représentants communistes (dont François Hincker) sont admis tour Montparnasse, mais sans bureau et hors organigramme.

Enfin deux autres personnalités participent activement à la campagne également hors structures. Jacques Attali d’abord, sous le pseudonyme de Simon Ther, représente personnellement le candidat dans les négociations difficiles (avec le PSU, mais aussi pour prendre des contacts secrets avec le gouvernement allemand en vue de prévenir d’éventuelles spéculations contre le franc). Enfin un ami personnel du candidat, François de Grossouvre le suit « comme une ombre » et est pour lui « tout à la fois confident, garde du corps et médecin ».

Il y a d’abord les slogans brefs, ceux qu’on inscrit au-dessus des tribunes, et pour Giscard sur les tee-shirts. Pour François Mitterrand, c’est « Mitterrand Président ». On est plus original à droite avec « Giscard à la barre », qui laissera un souvenir durable.

Puis il y a les slogans utilisés sur les affiches officielles. Au premier tour, on raconte une anecdote instructive sur la campagne de François Mitterrand : alors que Claude Perdriel a suggéré d’utiliser la formule percutante « Changez la France avec François Mitterrand », les politiques de la campagne le lui auraient refusé pour y préférer le lourd : « La seule idée de la droite, garder le pouvoir. Mon premier projet, vous le rendre ». Sur les affiches de VGE, on lira simplement : « Un vrai Président ».

Au second tour, la coïncidence des slogans sur les affiches apposées côte-à-côte est presque cocasse : « Un Président pour tous les Français » pour Mitterrand voisine avec « Le Président de tous les Français » pour Giscard.

Enfin sur le plan des « petites phrases », à long terme, c’est Giscard qui l’aura emporté, puisque deux de ses formulations restent longtemps dans la mémoire collective : le « regarder la France au fond des yeux » de sa déclaration de candidature et bien sûr le fameux « Monsieur Mitterrand, vous n’avez pas le monopole du cœur » du débat télévisé de second tour.

Pour Valéry Giscard d’Estaing, deux fleurs sont mises côte à côte pour évoquer le « changement dans la continuité » : le myosotis, symbole de fidélité, et le muguet, fleur du renouveau. Le 1er mai c’est Johnny Hallyday en personne qui vient, devant les objectifs des photographes, offrir le muguet traditionnel à Anne-Aymone.

Du côté de François Mitterrand, pas de surprise : la rose, emblème de son parti, est aussi l’emblème de sa campagne. À la fin de chacun de ses meetings, tandis que l'Internationale retentit, le candidat prend une rose et la brandit.

Un gadget inventé par l’équipe giscardienne a laissé un souvenir durable: les tee-shirts qui affichent le slogan « Giscard à la barre » et que portent ses jeunes supporters dans les meetings. Il n’y a pas que le menu fretin pour porter ces tee-shirts : Brigitte Bardot elle-même en revêt ses formes généreuses, et sera d’ailleurs priée par le président de son bureau de vote à Saint-Tropez d’aller se changer avant d’effectuer son devoir électoral… sous l’œil des photographes de presse.

À gauche, pas d’innovations aussi mémorables. On s’essaie bien à lancer des « caravanes » sur le modèle de celles qui sillonnent les plages l’été à fins publicitaires, qui vont parcourir entre les deux tours les départements où les experts électoraux ont décelé des réserves de voix plus abondantes. L’une visite la côte Atlantique, l’autre les villes moyennes à une centaine de kilomètres de Paris. Plus remarquable est l’utilisation dans la campagne de Mitterrand d’un mailing, initiative novatrice à l’époque : pour appeler à dons, on va prospecter spécifiquement les cadres supérieurs connus des fichiers détenus par le Nouvel Observateur, que Claude Perdriel met à la disposition du candidat.

Enfin on s’efforce d’accumuler les soutiens de personnalités fameuses. Il n’y a pas que Brigitte Bardot à être sollicitée pour une campagne. Comme jamais, les deux candidats du second tour ont cherché à rassembler des signatures de soutien, parmi les écrivains et les acteurs (pour Giscard Marcel Jouhandeau ou Louis de Funès, pour Mitterrand Vladimir Jankélévitch ou Françoise Sagan), mais aussi parmi le show-business (Stone et Charden ou Sylvie Vartan derrière Giscard, Serge Reggiani et Dalida avec Mitterrand).

Aucune information publique crédible n’est disponible sur ce sujet ; on sait bien qu’à cette époque l’essentiel du financement politique est occulte, et les quelques sources qui ont cherché à reconstituer le coût réel des campagnes obtiennent des résultats qui varient du tout au tout. Enfin à peu près rien n’est accessible au public qui permette d’analyser l’origine des recettes des candidats.

Entre les deux tours, François Mitterrand publie un compte de campagne sommaire, qui ferait apparaître un budget inférieur à 3 millions de francs. Même une observatrice qui ne fait pas mystère de sa sympathie pour ce candidat, Sylvie Colliard, ne peut être dupe ; elle estime pour sa part le coût réel de la campagne du candidat de la gauche à 7 millions environ. Jacques Berne, qui a eu connaissance de cette estimation, évalue pour sa part le budget de VGE à peu près au double, soit à 15 millions de francs.

D’autres analystes ne voient pas le même ordre de grandeur : Jacques Gerstlé estime la campagne de chacun des finalistes du second tour à 40 millions de francs ; c’est aussi l’estimation de l’hebdomadaire Valeurs actuelles. Christian Garbar, qui a suivi la campagne bien plus réduite de Jean Royer a obtenu des collaborateurs de ce candidat une estimation du coût de celle-ci à 2 millions de francs (et il laisse entendre qu’il y a là aussi une certaine sous-estimation) ; on a dès lors peine à juger vraisemblables les estimations modérées de Sylvie Colliard et même de Jacques Berne..

La télévision n’est plus une nouveauté, et tous les candidats savent bien que le choix de l’électeur dépendra pour une bonne part de leurs prestations dans la petite lucarne. Valéry Giscard d’Estaing semble toutefois davantage avoir misé sur ce média que son adversaire : il expose à son équipe de campagne ses priorités : « ce qui compte, c’est le style du candidat à la télévision ».

On a évoqué plus haut le débat du second tour, événement marquant de la campagne ; on citera ici quelques données intéressantes concernant les émissions de la campagne officielle: tout en cultivant son image de « grosse tête », on peut constater que Valéry Giscard d’Estaing est le candidat qui a le mieux compris que la communication à une très large audience exige d’être simple pour être clair. Quoique parlant plus vite que François Mitterrand (115 mots à la minute contre 99) il n’utilise sur l’ensemble des émissions que 1247 mots différents, contre 1611 pour son adversaire.

Cette intéressante étude a également noté la différence d’usage des pronoms entre les trois candidats principaux : chez Giscard c’est le « Je » qui domine (73 % des utilisations d’un pronom personnel), contre le « Vous » chez Chaban (49 %) et, de façon bien moins nette, le « Nous » pour Mitterrand (à 32 %).

Là encore, c’est Valéry Giscard d’Estaing qui innove en choisissant d’exposer aux projecteurs ses quatre enfants, qui forment une pièce importante du système que monte l’équipe giscardienne pour construire l’image du candidat. Ainsi sa fille Jacinthe figure-t-elle à ses côtés sur l’une des grandes affiches de sa campagne tandis que l’aînée Valérie-Anne, étudiante à Sciences Po, est particulièrement active dans l’équipe de campagne et présente dans les pages photo des magazines. La jeune Jacinthe, qui n’a que treize ans, sera même présentée au public au meeting de Poitiers du 11 mai.

François Mitterrand, semble-t-il, traîne un peu des pieds pour suivre la même voie. Il se résout après le premier tour à faire quelques concessions au nouveau goût du jour. Son épouse Danielle viendra donc à ses côtés se présenter aux Français lors du premier spot de la campagne officielle pour le second tour, et c’est la photo en grand format de la famille Mitterrand, avec ses enfants Gilbert et Jean-Christophe —sans oublier le chien— posant devant la maison de campagne de Soustons qui occupera la place d’honneur en première page du document de campagne imprimé à plusieurs millions d’exemplaires pour le second tour.

L’élection présidentielle de 1974 donne lieu à un contentieux relativement peu abondant, et n’est pas à l’origine de décisions juridictionnelles particulièrement remarquées.

Elle offre néanmoins au Conseil constitutionnel l’occasion de réaffirmer sa compétence pour constater la vacance de la Présidence de la République. Comme il l’avait fait à l’occasion de la démission du général de Gaulle, le Conseil se réunit et fait publier une déclaration constatative.

Le Conseil réaffirme en outre sa jurisprudence Ducatel c/ Krivine du 17 mai 1969 et admet la recevabilité de réclamations dirigées contre la liste des candidats. Ainsi, dans une décision répondant à une réclamation du candidat maoïste André Roustan il réaffirme l’inéligibilité des faillis judiciaires; il confirme par ailleurs sur réclamation du candidat régionaliste Robert Lafont que celui-ci n’a pas reçu cent présentations valides : parmi les cent quatorze signatures dont il se targue, dix-huit proviennent d’élus qui ont parrainé plusieurs candidats. Dans cette dernière décision, les commentateurs notent un léger infléchissement de jurisprudence : alors qu’en 1969 en cas de présentation multiple par un même signataire, le Conseil constitutionnel avait retenu la première présentation reçue, il considère désormais la totalité des présentations émanant d’un même élu comme nulles.

Dans la même logique, le Conseil constitutionnel admet la recevabilité d’une réclamation de François Mitterrand contre la liste des symboles attribués aux candidats (il conteste l’attribution de la croix de Lorraine à Jacques Chaban-Delmas), tout en la rejetant sur le fond.

Pour sa part, la Commission Nationale de Contrôle, outre ses interventions dans la campagne outre-mer relatées plus haut, prend quelques initiatives intéressantes dans le cadre de sa mission de contrôle de la campagne télévisée. Elle autorise le débat du second tour en direct (alors que les émissions de la campagne officielle sont en différé, et font l’objet d’un examen avant diffusion) ; dans le cadre de la campagne officielle, sans censurer strictement aucun message programmé par tel ou tel candidat, elle « recommande » à Arlette Laguiller de modifier une formulation sur la « domination coloniale » outre-mer ; elle refuse à Alain Krivine et à Guy Héraud la participation à leurs spots de personnalités n’ayant pas la nationalité française.

On remarque davantage les décisions de proclamation des résultats des deux tours de scrutin. Alors qu’en 1965 et 1969 le Conseil constitutionnel s’était borné à faire état de « rectifications d’erreurs matérielles » ou de « redressements jugé nécessaires », il détaille désormais des « annulations » de suffrages, qui concernent deux bureaux au premier tour, et treize au second (cinq totalement, huit partiellement) en exposant par quelles irrégularités le scrutin a été vicié dans chacune des communes concernées.

Enfin le Conseil prend une initiative plus singulière, qu’il répètera à partir de 1988 à chaque scrutin présidentiel, et étendra ensuite aux référendums et élections parlementaires : il rend publique une déclaration du 24 mai 1974 (non publiée au Journal Officiel mais reprise dans le Recueil des décisions édité par le Conseil) où il suggère aux pouvoirs publics diverses réformes qui lui paraissent utiles pour garantir la régularité du scrutin. Si certaines sont techniques (l’obligation d’envoyer les signatures de présentation des candidats sur des « formulaires officiels »), l’une au moins est plus directement politique puisque le Conseil recommande d’augmenter le nombre de présentations requises pour autoriser une candidature. La plupart de ses suggestions seront suivies, par voie de révision constitutionnelle ou de loi organique, et à partir de 1981 ce seront cinq cents signatures d’élus qui seront nécessaires pour figurer sur la liste des candidats à l’élection présidentielle.

La banalisation des sondages est une des ruptures les plus marquantes de cette élection par rapport au passé. C’est presque quotidiennement que la presse publie des pronostics de résultats à l’intention de ses lecteurs-citoyens ; on en lira les conclusions ci-dessous. Comme on le voit, tant au premier tour qu’au second les prédictions se sont révélées très proches du verdict des urnes ; en conséquence la confiance en la scientificité et la fiabilité des sondages est forte à la sortie de la campagne et les commentateurs les utilisent sans émettre de doutes sur les éclairages qu’ils peuvent offrir.

Certains journaux, notamment Le Nouvel Observateur, à la pointe pour l’information sérieuse mais distrayante, tentent de briser la monotonie de ces listes de prévisions en publiant des sondages plus spécialisés. Pour cet hebdomadaire de gauche, la Sofres étudiera les reports entre candidats d’un tour à l’autre, ou l’attitude des Français devant la campagne télévisée.

Enfin, invisibles du public, d’autres sondages éclairent les candidats et les aident à affiner leur stratégie en fonction des réactions de l’électorat. Dans l’équipe Giscard, Lionel Stoléru gère une « cellule sondages » ; dans l’équipe Mitterrand on commandera deux études détaillées pour apprécier les atouts et les points faibles du candidat. Même Jean Royer, avec un budget de campagne d’un autre ordre, commandera une étude pour construire son positionnement.

Deux incidents vont tous deux impliquer le quotidien populaire France-Soir. Le premier concerne la publication surprenante par ce journal, le 20 avril d’un sondage émanant des Renseignements généraux. Bien qu’il ne fasse pas état pour le premier tour d’une chute des intentions de vote pour Chaban significativement plus forte que ceux qu’on a pu lire les jours précédents, ce sondage marque un tournant : dans les estimations de second tour, il donne Mitterrand gagnant contre Chaban mais perdant contre Giscard. Plusieurs auteurs voient dans cette fuite bien opportune la patte de Jacques Chirac.

Deuxième incident : la non-publication par France-Soir de son sondage du 17 avril, avant-veille du scrutin, dont les résultats auraient dû figurer dans l’édition du lendemain. Le Président du Sénat, Alain Poher, qui assure l’intérim de la Présidence de la République, prend l’initiative d’écrire personnellement au directeur général du quotidien, Henri Amouroux, pour lui demander de renoncer à cette publication en raison de l’influence qu’elle pourrait avoir sur la sincérité du scrutin. France-Soir défèrera à la demande du Président par intérim et ne publiera les résultats de l’enquête… qu’un an plus tard, le 18 mai 1975. Alain Poher avait tort de craindre une manipulation : le sondage prévoyait un match nul entre les deux candidats du second tour !

Le rôle des sondages dans la campagne fait l’objet d’innombrables commentaires, le Conseil constitutionnel s’en fera l’écho dans sa « déclaration » du 24 mai et suggèrera l’instauration d’un « véritable statut de la pratique des sondages d’opinion en période électorale ». Une loi viendra en 1977 donner suite à cette suggestion et encadrer désormais la publication de sondages électoraux dont la publication sera désormais interdite dans la semaine précédant chaque tour de scrutin.

On trouvera ci-dessous les résultats des sondages préélectoraux publiés par la presse Les sondages commandés à l’IFOP étaient publiés par France-Soir et Le Point, ceux commandés à la Sofres par Le Figaro et ceux commandés à Publimétrie par L’Aurore. On y a adjoint un sondage sur les reports de voix entre les deux tours, publié par Le Nouvel Observateur et réalisé par la Sofres.

Ainsi à l’issue du premier tour, François Mitterrand et les trois candidats d’extrême gauche et écologiste totalisent-ils 47,3 % des suffrages, Valéry Giscard d’Estaing et les quatre candidats qui se désistent en sa faveur en réunissant 52,3 %. Selon Jean-Jacques Becker, la gauche est en léger recul par rapport à ses performances de l’élection législative de 1973.

Plusieurs politologues se sont penchés sur les résultats détaillés et ont étudié les transferts de voix entre les deux tours. Avec beaucoup d’assurance, Lucien Boucharenc et Jean Charlot pensent pouvoir affirmer que les électeurs de droite de la législative de 1973 se sont abstenus à 13 % au premier tour de la présidentielle alors que ceux de gauche n’ont déserté les urnes qu’à raison de 4,5 %. Selon eux, la victoire de Giscard s’expliquerait par la mobilisation de cette réserve d’abstentionnistes : dans leur lecture, parmi le million de nouveaux électeurs venus participer au second tour en ayant négligé le premier, les deux tiers environ auraient choisi Valéry Giscard d’Estaing. Par d’autres méthodes, Alain Lancelot estime que parmi ces abstentionnistes repentis, il y en aurait cinq sur huit qui auraient choisi le président élu. Dans les deux cas de figure, les reports gaullistes auraient été suffisamment imparfaits pour que, sans ce renfort de dernière minute, on eût été extrêmement proche d’une victoire de François Mitterrand.

Laissant pour le second tour l’examen des votes pour Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand, on examinera d’abord les cartes des voix obtenues au premier tour par Jean Royer et Jacques Chaban-Delmas, (cartes qui sont toutes deux disponibles en ligne, tant la carte concernant Royer que la carte concernant Chaban (pour cette dernière la cartographie décrit précisément le poids relatif des votes Chaban parmi les votes pour la majorité).

Pour Royer, ce qui frappe, c’est le caractère totalement localisé de ses rares succès. Malgré son score très médiocre, le candidat parvient à obtenir 33,8 % des suffrages exprimés dans son fief d’Indre-et-Loire. Dans les départements voisins, les scores restent très honorables, particulièrement dans les terres très catholiques de l’Anjou. Ailleurs il n’y a plus que des miettes…

Pour le vote Chaban, on constate de façon évidente un même phénomène de baronnie locale. En métropole, Jacques Chaban-Delmas ne dépasse Valéry Giscard d’Estaing que dans sa base électorale de Gironde et dans trois départements limitrophes : les Landes, la Dordogne et la Charente auxquels il faut ajouter la Corse (il est en revanche en tête des deux candidats de la majorité dans tous les départements et territoires d’outre-mer). Si on descend un peu plus bas dans les scores, jusqu’aux zones où il dépasse les 30 % des voix de droite, on distingue clairement d’une part le midi languedocien et d’autre part les régions situées au nord de Paris. En région parisienne ses meilleurs scores sont obtenus dans les banlieues populaires autour de Saint-Denis. Il n’est pas simple de savoir si on doit lire dans cette géographie le maintien d’un « noyau dur du gaullisme »; ce qui est indéniable c’est que ces régions sont toutes des régions favorables à la gauche : sauf exceptions localisées, les endroits où le score de Chaban est honorable au premier tour, ce sont des endroits où François Mitterrand sera en tête au second tour.

Le vote pour Arlette Laguiller obéit lui à une bien curieuse géographie. Ce n’est pas du tout dans les départements ouvriers que la candidate de la classe ouvrière réalise ses meilleurs scores (sur les 19 départements où elle réalise des scores supérieurs à 3 % des exprimés, il n’y en a que 3 dans le tiers nord du pays), mais dans les zones rurales les plus dévitalisées, selon une grande tache qui recouvre le Massif central et en déborde sur les campagnes du Berry au nord, ou du midi toulousain au sud, se riant d’ailleurs des déterminismes politiques traditionnels de ces pays : ses deux meilleurs scores, elle les obtient dans la rouge Creuse (4,15 %) et dans le très conservateur Cantal (4,03 %).

Enfin le tropisme pour René Dumont est à l’est : les bons scores se trouvent en Alsace, en Franche-Comté, en Rhône-Alpes (du moins à l’est du Rhône (3,6 %).

Au second tour, on retrouve une France divisée selon un schéma qui rejoint celui des élections de la Quatrième République : le Nord et le Sud sont favorables à la gauche —avec quelques bastions de droite qui s’y intercalent dans les Pyrénées-Atlantiques, les Alpes et la Corse— l’Ouest et l’Est votent nettement à droite, tandis que le Massif central se divise entre les deux camps selon des traditions politiques départementales bien installées et l’agglomération parisienne répartit ses suffrages sur une base sociologique, les quartiers populaires votant à gauche et les quartiers bourgeois à droite.

Ce qui doit d’abord être noté —mais que l’on constatait déjà aux législatives de 1973—, c’est la reconquête du Nord-Pas-de-Calais, de la Picardie et des Ardennes par la gauche. Le gaullisme avait nettement séduit ces départements ouvriers, le Parti socialiste et dans une moindre mesure son allié communiste vont bénéficier de son reflux.

Deux tendances longues apparaissent moins directement sur la carte ci-contre, car les départements qu’elles concernent n’ont en général pas encore basculé, mais n’en sont pas moins très perceptibles si on compare les résultats du scrutin à ceux de la présidentielle de 1965 voire aux législatives de 1973. La première est la poursuite du recul de la gauche sur la côte méditerranéenne et en Provence, gigantesque si on se réfère à 1946 (jusqu’à -16 % dans le Var) mais qui est sensible en plusieurs départements (Bouches-du-Rhône, Pyrénées-Orientales, Corse) même en prenant 1973 pour référence. La seconde est au contraire la progression de la gauche dans les centres urbains de l’Ouest : si les cartes dressées à l’échelle départementale font encore apparaître une droite dominante presque partout dans cette région, les grands centres urbains de Nantes, Rennes, Caen votent de moins en moins comme les campagnes environnantes et la domination de la droite sur ces régions va pouvoir être mise en cause à terme ; le basculement est déjà apparent en Seine-Maritime qui à partir de cette élection rentre durablement dans la famille des départements favorables à la gauche.

Enfin on mentionnera une autre clé d’analyse géographique des votes qui est la différenciation entre le vote urbain et le vote rural : Valéry Giscard d’Estaing l’emporte à 55 % dans les agglomérations de moins de 20 000 habitants, alors que sur celles de plus de 100 000 (hors région parisienne) c’est Mitterrand qui est gagnant à 56 %. Sur l’ensemble de l’agglomération parisienne, les candidats sont à peu près à égalité.

Une étude détaillée de la Sofres (c’est un sondage postélectoral effectué du 20 au 22 mai) permet d’en savoir plus sur le profil des électorats des deux candidats présents au second tour.

Ces tableaux parlent d’eux-mêmes : on le constate, quel que soit le mode d’approche retenu, des clivages très marqués séparent les électorats de Valéry Giscard d’Estaing et de François Mitterrand. Les tranches de population favorables à la gauche correspondent très nettement au salariat à faibles ou moyens revenus. La répartition en fonction des classes d’âge est également impressionnante : on est d’autant plus giscardien qu’on est vieux. Enfin le clivage religieux est le plus fortement marqué : on le voit, en 1974 le catholicisme est loin d’avoir cessé d’imprégner en profondeur la société française et les pratiquants sont encore assez nombreux pour être la partie de l’électorat dont le vote est décisif.

Le périodique Le Monde - Dossiers et documents a consacré en 1974 un numéro à l’élection présidentielle qui venait de se dérouler.

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Source : Wikipedia