Pouvoir d achat

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Posté par seb 09/04/2009 @ 04:14

Tags : pouvoir d achat, consommation, economie

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Parité de pouvoir d'achat

La parité de pouvoir d'achat (PPA) (on parle de valeurs mesurées en parité de pouvoir d'achat) est une méthode utilisée en économie pour établir une comparaison entre pays du pouvoir d'achat des devises nationales, ce qu’une simple utilisation des taux de change ne permet pas de faire.

Le pouvoir d'achat d’une quantité donnée d’argent dépend en effet du coût de la vie, c’est-à-dire du niveau général des prix. La PPA permet de mesurer combien une devise permet d’acheter de biens et services dans chacune des zones que l’on compare.

Les biens et services utilisés dans la comparaison forment un « panier de la ménagère » normalisé, dont le contenu peut être sujet à caution (à ce sujet, voir en:Discussion and clarification of PPP).

La monnaie couramment utilisée comme référence est le dollar US, pris à une année donnée.

Dans un marché global et unifié, sans coût de transport, les produits identiques ont tous le même prix au même instant et à tous les endroits de ce marché.

En pratique, le monde est loin d'être un marché unique. Les coûts de transport ne sont pas nuls, les règlementations diffèrent en fonction des pays, les droits de douane appliqués aux importations augmentent leurs prix de vente.

Par ailleurs, les coûts de fabrication varient fortement en fonction des pays : certaines ressources naturelles sont plus ou moins abondantes, le climat varie, le coût de la main-d'œuvre varie fortement.

Les prix sont donc fortement différents d'un endroit à l'autre.

Les taux de change PPA sont utilisés avant tout dans les comparaisons internationales de niveau de vie. La comparaison internationale des PIB conduit à ne pas prendre en compte les différences de prix existant entre les pays. Les écarts entre les taux de change réels et les taux de change PPA peuvent être significatifs. Ainsi, lorsque le yen, la monnaie japonaise, est surévalué, comme en 1999, le PIB par habitant parait beaucoup plus élevé que son équivalent américain, alors que mesuré en PPA, il est en réalité beaucoup plus bas.

L'utilisation des PPA permet de s'affranchir de ces trois effets.

La PPA est parfois utilisée comme un indicateur de la sous-évaluation ou surévaluation d'une devise par rapport à une autre sur le marché des changes. L'exercice est hasardeux, compte tenu des incertitudes inhérentes à cet instrument de mesure.

La PPA absolue définit un cours de changes entre deux monnaies. Elle est déterminée en définissant un panier de consommation dans un pays et en évaluant le prix d’un panier « semblable » dans un autre par la formule : , où St est la PPA absolue entre les deux pays, et Pt est le prix à la période t du panier de référence dans le pays domestique. Le pays étranger est marqué par un astérisque.

Pour prendre un exemple chiffré, fictif, si un panier de produits évalués à 1 000 $ aux États-Unis à un coût moyen de 900 euros en France, alors le taux de change en PPA du dollar par rapport à l'euro sera de 0,90. Ce taux est calculé indépendamment du cours de l’euro en dollar sur les marchés des changes, qui peut fortement fluctuer.

Une variation de la PPA relative permet de mettre en évidence une variation d’inflation entre deux régions du monde.

Des indicateurs comme l’indice Big Mac, construit initialement par The Economist, ou l’indice iPod, assez frustes, sont parfois utilisés à des fins pédagogiques.

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Pouvoir d'achat

Le pouvoir d'achat du salaire est la quantité de biens et services que l'ont peut acheter avec une unité de salaire. Son évolution est liée à celles des prix et des salaires. Si les prix augmentent dans un environnement où les salaires sont constants, le pouvoir d'achat diminue.

En économie, le pouvoir d'achat d'un revenu donné est la capacité d'achat en termes de biens et services que permet ce revenu. En particulier, le pouvoir d'achat d’un ménage est la capacité d’achat que lui permet l’intégralité de ses revenus. Il dépend donc de la somme en question et du prix des biens et services.

En politique, c'est un mot que l'on doit associer à une notion de croissance économique pour conquérir l'électorat.

Les évolutions du pouvoir d’achat sont égales aux variations des revenus en valeur réelle (c’est-à-dire aux variations des revenus en valeur nominale corrigées des effets de l’inflation).

Pour un pays, le pouvoir d'achat global est égal au revenu national brut. Sur le long terme, il croît au même rythme que le produit national brut du pays, mesuré en volume. En effet, on ne peut consommer que ce que l’on gagne. Toute hausse du pouvoir d’achat permise par hausse de l’endettement (public ou privé) sera compensée par une future diminution du pouvoir d’achat nécessaire pour rembourser cette dette.

L’INSEE définit le pouvoir d’achat d’une quantité de monnaie comme « la quantité de biens et de services que l’on peut acheter » avec.

Ainsi, le pouvoir d’achat du salaire est la quantité de biens et de services que l'on peut acheter avec une unité de salaire. Il se mesure au moyen du salaire net réel.

Le pouvoir d’achat reçu par l'ensemble des ménages progresse de 2 % par an en moyenne (moyenne stable, sur 1974-2006). Au cours des Trente Glorieuses, le pouvoir d'achat progressait plus rapidement, de 4 ou 5 % par anréf. à confirmer : .

Cependant, le niveau de vie des français, mesuré par l’évolution du pouvoir d'achat par unité de consommation, n’a augmenté que de 1,3 % par an entre 1974 et 2006 ; la différence est liée à la diminution de la taille moyenne des ménages qui provoque une baisse des économies d'échelle permises par la vie à plusieurs.

Par ailleurs, en France, depuis la conversion du salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) en salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC), sous le Gouvernement Chaban-Delmas au début des années 70, la croissance du salaire minimum net a été plus forte que la croissance du salaire moyen net, donc le pouvoir d’achat lié au salaire des salariés payés au SMIC a augmenté plus vite que le pouvoir d’achat des autres salariés.

Ces dernières années, la question du pouvoir d'achat est devenue un thème central des préoccupations des ménages. Face à la hausse des prix touchant tous les domaines de consommation (grandes surfaces, carburants), l'enjeu est devenu politique. Il aura été le thème majeur du mouvement social qui a affecté les départements et territoires d'outre-mer au début de l'année 2009.

Selon l'INSEE, en 2007, en France, le pouvoir d'achat du revenu disponible brut des ménages a cru de 3,3 %. Le pouvoir d'achat par unité de consommation a cru de 2,4 %.

Selon l'Institut national de la consommation (INC), le pouvoir d'achat a augmenté de 1,4% en 2007. .

Selon l'INSEE, le pouvoir d'achat moyen des ménages a reculé de 0,4% entre juin 2007 et juin 2008. Il avait augmenté de 0,8% entre juin 2006 et juin 2007. Entre juin 2007 et juin 2008, le revenu mensuel disponible moyen par ménage a augmenté de 99 euros, passant de 3.093 euros à 3.192 euros. Dans le même temps, la hausse des prix créait une augmentation de 113 euros des dépenses mensuelles, se traduisant par une baisse de pouvoir d'achat de 14 euros par mois.

L'Institut national de la statistique (Insee), prévoit pour cette année une hausse de 0,9% du pouvoir d'achat.

Selon l'INC, Le pouvoir d'achat devrait reculer de 0,8% en 2008, après une hausse de 1,4% en 2007. .

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Monnaie

Paiement d'une addition dans un restaurant

Certains auteurs considèrent que la capacité d’éteindre des dettes et des obligations, notamment fiscales, constitue une quatrième fonction appelée "pouvoir libératoire" de la monnaie.

Une monnaie se caractérise par la confiance qu’ont ses utilisateurs dans la persistance de sa valeur et de sa capacité à servir de moyen d'échange. Elle a donc des dimensions sociales, politiques, psychologiques, juridiques et économiques.

La monnaie a pris au cours de l'histoire les formes les plus diverses : bœuf, sel, nacre, ambre, métal, papier, etc. Après une très longue période où l'or et l'argent (et divers métaux) en ont été les supports privilégiés, la monnaie est aujourd'hui presque entièrement dématérialisée et circule majoritairement sous des formes scripturales ou électroniques.

Chaque monnaie est définie, sous le nom de devise, pour une zone monétaire donnée (le plus souvent un État). Elle y prend la forme de dépôts, de billets de banque et de pièces de monnaie, dites aussi monnaie divisionnaire. Les devises s'échangent entre elles dans le cadre du système monétaire international. De facto depuis 1973 où les parités des principales monnaies mondiales cessent d'être défendues et de jure après les accords de la Jamaïque en 1976, les devises ne sont plus étalonnées directement ou indirectement par un poids de métal précieux. Leurs valeurs relatives fluctuent sur un marché international des devises dans le cadre d'un système de changes dits flottants ou flexibles.

En raison de l'importance de la monnaie, les États ont très tôt cherché à s'assurer le maximum de pouvoir monétaire, en définissant une devise officielle et en faisant de cette devise l'un de leurs symboles et une marque de leur puissance. Ils se sont arrogés progressivement un peu partout le monopole de l'émission des billets et des pièces. Ils exercent un contrôle sur la création monétaire des banques via la législation et la politique monétaire des banques centrales.

Aristote définit la monnaie par trois fonctions : unité de compte, réserve de valeur et intermédiaire des échanges. Depuis la suppression de toute référence à des matières précieuses et la dématérialisation des supports monétaires, et après l’intervention des économistes « nominalistes », les aspects légaux de l'usage de la monnaie (et notamment les droits juridiques qui sont attachés au cours légal et au pouvoir libératoire) sont plus apparents. Ces droits sont fixés par l’État et font de la monnaie une institution constitutionnelle en de multiples pays.

En l’absence de monnaie, les échanges ne peuvent se réaliser que sous forme de troc d’un bien contre un autre. Pour que deux agents A et B échangent des biens X et Y, il faut que celui qui possède X préfère Y et que celui qui possède Y préfère X. C’est ce qu’on appelle la condition de « double coïncidence des désirs ». Cette condition limite sévèrement le nombre de situations où le troc est possible pour un particulier dans la vie courante.

La monnaie permet de s'affranchir de ces conditions, en constituant un bien qu'on pourra échanger contre tous les autres. Un agent accepte de la monnaie en échange d’un bien qu’il cède parce qu’il sait que les autres agents l’accepteront en échange d’un bien qu’il souhaite acquérir. La monnaie a ainsi toujours une valeur pour tous par la possibilité de l’échanger contre n'importe quel autre bien.

Une opération d'échange d'un bien contre un autre est ainsi dissociée en deux opérations séparées dans le temps : d'abord l'échange du bien possédé contre de la monnaie, et ensuite l'échange de la monnaie contre le bien désiré. La fonction de moyen de paiement, quelquefois présentée comme une quatrième fonction de la monnaie, n'est qu'un aspect de sa fonction d'intermédiaire dans les échanges. En facilitant les échanges, la monnaie est un outil essentiel du commerce libre.

La monnaie facilite aussi le paiement de rémunérations de travailleurs libres qui autrement ne peut se faire qu’au pair ou plus généralement par compensation. Ces méthodes sont lourdes, potentiellement arbitraires et sujettes à contentieux.

La monnaie facilite l’emploi salarié, la division du travail et l'établissement des contrats. Elle donne une expression commode aux obligations privées nées de toutes les sortes de contrat, ou publiques (amendes, taxes, impôts) dès lors que la puissance publique lui donne un pouvoir libératoire.

C’est une institution fondamentale pour l’économie des sociétés modernes fondées sur la liberté du travail, des productions, de la consommation et de l’épargne.

Par réserve de valeur, on entend la capacité que possède un instrument financier ou réel de transférer du pouvoir d'achat dans le temps. Ainsi, un bien immobilier constitue une réserve de valeur puisqu'il peut être acheté aujourd'hui et revendu dans le futur en procurant pouvoir d'achat à son détenteur. On appelle cela un actif réel par opposition à la notion d'actifs financiers ou de titres, dont les actions et les obligations font partie.

La capacité de la monnaie est pratiquement garantie à court terme : il est rare qu'elle soit amputée fortement de sa valeur du jour au lendemain, même si cela s'est déjà produit. À plus long terme le pouvoir d’achat de l’unité monétaire est réduit par l’inflation. Pour échapper à ce phénomène, les épargnants cherchent à placer leur épargne plutôt qu’à la conserver sous forme de monnaie, sauf en cas de panique.

La thésaurisation de la monnaie est le placement le plus liquide. La propension collective à conserver plus ou moins « liquide » son épargne conditionne tous les marchés financiers et est suivie avec attention par les autorités monétaires. Lorsque les agents économiques accroissent leurs encaisses, c’est qu’ils se détournent des placements et la conséquence la plus fréquente est une restriction du crédit. Les paniques financières se manifestent par des ruées vers la liquidité qui déstabilisent gravement l’activité des banques et des entreprises.

L’humanité a représenté la valeur économique d’un bien ou d’un revenu sous forme abstraite depuis la plus haute antiquité. Le bœuf ou le blé ont été des repères fréquents. Ces repères servaient dans presque toutes les sociétés antiques pour fixer l’étagement des compensations, par exemple pour payer les amendes, répartir les productions, évaluer les rapports de troc, et fixer les rémunérations en nature.

Le faible nombre de produits disponibles et la tradition fixaient le rapport de valeur entre les biens d’une façon presque constante. Il y eut donc dans le passé de nombreuses unités de compte qui n'étaient pas des monnaies circulantes. Ce fut notamment le cas de l'Égypte des Pharaons, de la civilisation aztèque, des formes primitives des sociétés grecques et romaines (la tête de bœuf) ou des formes féodales au haut Moyen âge après la dislocation de l'Empire romain. Leur organisation sociale hiérarchisée et le caractère primitif des productions permettaient des modes de production, de distribution et d'échange reposant sur la contrainte et limitaient l'échange libre au troc.

En revanche, une monnaie circulante devient naturellement l’unité de compte qui sert à exprimer les prix. Dans un contexte où les biens sont très nombreux et où les prix relatifs peuvent varier fréquemment sur des marchés libres, l’expression monétaire du prix est la seule possible. Les agents fixent leur consommation en fonction de leur revenu disponible et de leur épargne exprimés en unités monétaires, et arbitrent leur consommation en fonction des prix des produits constatés sur les marchés. Le marché du travail permet également de fixer une valeur monétaire au salaire.

La monnaie est ainsi un moyen universel d’expression de la valeur des flux et des stocks. On parle de calcul économique quand cette évaluation est faite a priori et de comptabilité quand elle est faite a posteriori.

Il arrive que des populations persistent à exprimer des prix dans des monnaies qui n'ont plus cours depuis longtemps (le sou, le franc français depuis le passage à l'euro et l'ancien franc avant lui, la guinée dans les magasins de luxe britannique, etc.). Ces exemples anecdotiques montrent l'emprise psychologique forte des monnaies de compte et la rémanence des prix exprimés dans les anciennes monnaies, l’absence de connaissance des prix dans la nouvelle empêchant «  de se rendre compte » de l’importance d’un prix ou d’un revenu annoncé, faute d’échelles familières. Un changement de l‘unité nominale d’une monnaie est toujours un traumatisme pour les populations comme on l’a vu lors du passage à l’euro.

La monnaie divisionnaire, ce qu’on appelle les pièces de monnaie, est un dérivé de la monnaie. Les pièces n’ont pas de valeur intrinsèque même si elles ont un coût. Les variantes d’alliage et de composition de ces pièces n’ont qu’un but pratique. Les pièces sont généralement produites par le trésor public mais ne correspondent pas à une émission de monnaie : elles ne sont mises en circulation qu’après échange contre une quantité équivalente de billets.

L’humanité a toujours montré le plus grand pragmatisme dans le choix de ses monnaies divisionnaires qui circulent très vite et restent très peu de temps dans la poche des usagers. Le risque qu’elles perdent leur valeur pendant la période où elles sont conservées est quasi nul sauf très rares exceptions, et les sommes en jeu ne sont pas telles que la perte de valeur par démonétisation soit réellement grave.

Beaucoup des objets présentés comme monnaies primitives sont en fait de la petite monnaie dont la valeur intrinsèque n’a pas grande importance pourvu que l’objet ait une certaine résistance et ne soit pas facile à dupliquer. Les coquillages (les cauris) en Chine ont par exemple joué un rôle multi-millénaire de petite monnaie (jusqu’à la fin du XIXe siècle) alors même que les étalons monétaires changeaient ainsi que l’étalon de la monnaie principale. Ces cauris se retrouvent un peu partout et servirent très longtemps de petite monnaie en Afrique.

Pas de commerce de détail sans petites monnaies ! Ce qui rend les usagers peu regardants sur les substituts si la monnaie divisionnaire officielle vient à manquer. Sur les autoroutes ou dans les commerces italiens, on utilisait dans les années 1960 le bonbon pour le rendu de la monnaie aux péages des autoroutes. La dévaluation de la Lire avait rendu plus avantageux de fondre les pièces officielles de 10 lires que de les laisser en circulation, suscitant une étonnante prolifération de bonbons de mauvaise qualité.

On constate à chaque démonétisation d’une pièce de monnaie divisionnaire qu’une part importante de la circulation n’est pas présentée à la conversion, ce qui a notamment été vérifié partout en Euroland lors du passage à l’Euro.

Le billet nait comme substitut pratique mais provisoire et remboursable des monnaies métalliques. Après une histoire tourmentée, il finira par les remplacer totalement. On passe du billet de banque au papier monnaie.

Le premier billet a été utilisé au XIe siècle en Chine à une période où une pénurie de métal bloquait le monnayage. Les Jiao Z I étaient des planches en bois portant inscription à l’encre vermillon et noire émises en règlement en substitut d’argent métal par des commerçants pour leur usage propre. Ces planches ne circulaient pas sur les marchés. Mais même limitée cette circulation n’alla pas sans abus qui permirent à la dynastie Song, à court de numéraire, de prendre l’initiative en 1024 de monopoliser l’émission et d’en rendre le cours légal : le papier monnaie pouvait dés lors être utilisé pour payer ses impôts. L’opération est un succès. Le papier monnaie sera utilisé plusieurs siècles durant profitant de progrès techniques comme le moulin à papier introduit en 1168 permettant d’imprimer sur un papier à base de pâte d’écorce de murier. Le papier disparaît à partir du XIVe siècle à la suite d’émissions excessives, des exactions mongoles, de la grande peste puis de l’abondance de l’argent fourni par Venise.

Il réapparait à Amsterdam en 1609 pour faire face à une situation ennuyeuse pour un commerce alors en pleine expansion sur cette place. Plus de 400 pièces différentes de monnaies métalliques, plus ou moins rognées, plus ou moins trafiquées, circulent difficilement compte tenu des contrôles qui s’imposent à chaque échange. La banque d'Amsterdam a l’idée de recevoir toutes les monnaies (à un prix cassé) pour les refondre et les transformer en une monnaie métallique d’aloi certain. Au lieu de rendre directement cette nouvelle monnaie aux déposants, elle émet des certificats de dépôt représentant cette monnaie et convertibles à vue. Le métal collecté sert à financer la prise de pouvoir par Guillaume d’Orange. La conjonction d’une innovation bancaire et d’un calcul politique se retrouvera à travers l’histoire. Le Florin Banco ne circule pas dans le petit commerce.

En 1619, la Banque de Hambourg, créée par un banquier vénitien, Warburg, reçoit sa charte et travaille sur le mode de la banque d'Amsterdam. En 1661, la banque de Suède se constitue sur des bases comparables et crée véritablement le premier billet de banque occidental. La banque d’Angleterre démarre en 1694, s’implante symboliquement sur l’emplacement du temple de Mithras et obtient le privilège d’émission en contrepartie du financement massif des besoins financiers de Guillaume III. Vient alors le tour de l’Écosse qui, excentrée par rapport au lit du commerce, manque régulièrement de numéraire. La Bank of Scotland, créée en 1695, est totalement indépendante et émet ses billets selon les règles prudentielles qu’elle se donne.

À la fin du XVIIe siècle, les billets sont une innovation à grand succès (alors que beaucoup croient qu'ils datent du XIXe siècle). La technique est prête à essaimer partout dans le monde. Les Écossais en seront les promoteurs. C’est en effet un Écossais qui dirige la Banque d’Angleterre, un autre qui crée la première banque au Canada (qui conservera son droit d’émission jusqu’en 1934). Et c’est à l’Écossais John Law que la Régence, aux prises aux difficultés budgétaires laissées par le Grand Siècle, fait appel pour mettre en place un système du même genre : les monnaies métalliques seront apportées à la banque et mises aussitôt à la disposition de la Régence. En contrepartie, des billets seront mis en circulation remboursables en une quantité donnée de métal précieux monétaire.

L’opération s’avère positive de 1716 à 1719. Elle ranime une activité commerciale déprimée. Comme les banquiers italiens de Florence, Law en profite pour se faire affermer la collecte des impôts et attribuer le monopole d’opérations commerciales extérieures avec la compagnie perpétuelle des Indes.

Le cumul de deux innovations, la banque émettrice de billets et les grandes compagnies par actions, allait provoquer l’apparition d’un agiotage frénétique. La Régence rembourse les actionnaires en 1719, impose de nouvelles émissions et force Law à introduire, malgré ses plus vives protestations, une modification des statuts de sa banque : le billet n’est plus remboursable en une quantité précisée de métal précieux (« en monnaie de même poids et même titre que la monnaie de ce jour » est l'expression exacte) mais « en espèces d'argent ». Puissance de la sémantique, la différence est rapidement perçue et la bulle financière éclate. La banque est submergée de demandes de remboursement jusqu’à la banqueroute générale. Law est exilé à Venise. L’idée d’une banque émettant des billets est déconsidérée en France pour un temps.

Mais pas ailleurs. La banque d’Angleterre survit au krach de la Compagnie des Mers du Sud, après une frénésie boursière identique à celle qui a perdu Law et avec le temps devient le modèle de la banque d'émission.

Dans les colonies américaines de la couronne britannique, le besoin de monnaie est chronique. Il est tel que la monnaie traditionnelle des « peaux rouges » comme le Wampum circule et que certains états mettent en œuvre des monnaies agricoles comme le tabac.

La première émission de monnaie papier a lieu au Massachusetts en 1690. Elle est suivie d’une autre en Pennsylvanie en 1723 complétée par une seconde en 1729, avec de bons résultats sur l'activité. D'autres expérimentations eurent lieu un peu partout, l'argent étant émis par le biais de la dépense publique. L'exception du Maryland est remarquable : tous les contribuables recensés reçurent 30 shillings en billets ! Il est à noter que toutes ces émissions de billets furent rachetées en espèces au bout d'un certain temps.

La querelle entre colonisateur et colonisé, illustrée par les campagnes de Benjamin Constant qui publie en 1729 sa Modeste enquête sur la nature et la nécessité d'une monnaie de papier, porte largement sur la volonté de l’Angleterre d’imposer sa monnaie ce qui arrivera, provoquera une récession dans les colonies et accélérera le mouvement vers l’indépendance. La révolution américaine se finance par l’émission de billets dits « du congrès ». L’inflation sera immédiate et après 42 émissions tournant à l'hyperinflation cette monnaie disparaîtra non sans laisser le dicton « Ça ne vaut même pas un billet du Congrès ».

La révolution française pour les mêmes raisons se finance par l’impression de billets, les assignats, dont on assure la garantie sur la valeur des biens nationaux confisqués au clergé et à la noblesse. La terre garantit la monnaie. Comme pour le système de Law les débuts sont excellents avec une reprise de l’activité et la constitution de remarquables fortunes comme celle des Perrégaux, futur créateur de la banque de France. L’abus d’émission finit par faire perdre toute valeur aux assignats qui resteront de sinistre mémoire.

Bonaparte puis Napoléon refondent entièrement le système monétaire français créant une nouvelle monnaie, le Franc Germinal et une banque d’émission, la banque de France le 18 janvier 1800 qui obtient divers privilèges en 1803. Le billet, convertible en or, est désormais installé pour longtemps en France d’autant qu’en dépit de l’état de guerre permanent sous l’Empire, le billet reste constamment et effectivement convertible (ce qui ne sera pas le cas pour son principal adversaire, l'Angleterre).

Les banques privées n’ont désormais plus le pouvoir d’émettre des billets, mais en contrepartie, elles ont conservé et étendu celui d’émettre de la monnaie de crédit.

Les petites coupures sont des billets qui s’apparentent à la monnaie divisionnaire métallique avec laquelle elle entre en concurrence. Le plus petit billet reste dans les encaisses des commerçants et dans la poche des consommateurs. Ils ne sont pas souvent remis aux banques et ne reviennent que lentement à l’institut d’émission. C’est la raison de leur plus grande usure et saleté. Une polémique a été lancée en France pour la mise en circulation de billet d’un Euro, moins coûteuse à produire que la pièce. L’impossibilité d’en garantir la propreté et l’intégrité explique la réticence de la BCE à aller en ce sens.

Il a fallu une longue maturation pour que les agents économiques confient leur monnaie aux banques sous forme de dépôt. Actuellement c'est devenu le principal réservoir de monnaie. La principale raison est la sécurité offerte par les banques pour la conservation de l'épargne liquide, moins aléatoire que celle du bas de laine, et les facilités de paiement offertes par le système bancaire.

Tant que le chèque était payant et n'était pas accepté par l’État pour le paiement des impôts, le développement en fut lent. La possibilité de payer ses impôts par chèque date de Napoléon III qui fixe par les lois de 1865 les règles de son usage. En France, la possession de compte chèque ne s'est généralisée qu'à partir des années 1960. L’emploi du chèque est aujourd’hui très règlementé. Même s’il n’a pas cours légal (il peut être refusé par les commerçants) la loi en a imposé l’usage pour nombre de paiements, ne serait-ce que pour assurer la traçabilité des mouvements de fonds importants. Il est actuellement interdit de se transporter avec plus de 10000 euros en liquide dans le cadre d'un règlement valable pour l'Europe, ce qui implique des règlements via un compte bancaire pour toutes les grosses transactions.

La généralisation des succursales de banques de dépôts « à chaque coin de rue » qui a profondément bouleversé le physionomie de nos villes et celle du compte chèque ont permis ces législations favorables aux paiements bancaires.

La carte de crédit qui permet d’assurer un paiement garanti jusqu’à une certaine somme par l’émetteur sans avoir se préoccuper de la provision du compte en banque de l’acheteur, malgré son coût pour le vendeur, s’est désormais généralisée et l’emporte sur le chèque pour la plupart des achats un peu coûteux en boutiques et pour presque tout sur Internet.

Les dispositifs électroniques de virement comme par exemple le système Swift permettent de faire circuler les monnaies à travers le monde à grande vitesse. Instantanéité et ubiquité ont donné un intérêt d’usage inégalable au dépôt bancaire pour les transactions de placement ou d’achat liées à la mondialisation.

Les banques n'offrent pas leur service monétaire sans contrepartie. Outre que certains moyens de paiement sont les plus souvent payants (virement, cartes bancaires)les dépôts fournissent aux banques l'essentiel des ressources affectées aux prêts. À son tour le crédit permet de créer de la monnaie dans la mesure où l’écriture créditée sur le compte de l’emprunteur est acceptée comme base de paiement par les commerçants et d’autres banquiers. Cette acceptation a d’abord été limitée aux réseaux de commerçants intéressés par l’emploi de monnaies scripturales pour des raisons pratiques, puis s’est généralisée par différents dispositifs prudentiels soit privés (la sélection des risques, l’ampleur des réserves en liquidité) soit d’organisation générale, comme l’instauration de banque centrale prêteuse de dernier ressort, la règlementation bancaire et la mise en place d'une politique monétaire.

L’inconvénient systémique du fait de lier dépôt et crédit est le risque d’un afflux de demandes de conversion en billets, appelé crise de liquidité, par opposition à la crise de solvabilité qui qualifie la déconfiture des crédits d’une banque entraînant sa banqueroute «de son fait» et non pas à cause d’une panique générale. Ce risque a conduit les États à accorder des garanties publiques aux dépôts bancaires pour éviter les ruées dévastatrices. Ces garanties ont été récemment élargies et mieux coordonnées entre les États européens pour éviter une concurrence déstabilisatrice basée sur ce seul aspect.

L'autre inconvénient de la monnaie créée par le crédit est qu'il est fugace : la monnaie disparaît lorsque le crédit est remboursé. Alors que l’émission de billets par les banques centrales est aujourd'hui permanente. La disparition de la monnaie de crédit suit donc celle du crédit. Un « credit crunch », une déflation brutale de la masse monétaire qui asphyxie les entrepreneurs, se produit quand les restrictions de crédit deviennent trop importantes.

La panique mondiale de septembre 2008 déclenchée par la crise dite des subprimes, les crédits hypothécaires risqués américains, et marquée par la faillite de la banque américaine Lehman Brothers, et la déstabilisation universelle des institutions financières, laisse craindre un événement de ce genre.

La monnaie électronique est une monnaie stockée sur des dispositifs électroniques mobiles permettant également des paiements. La monnaie stockée dans ces appareils ne figure plus dans les dépôts bancaires. Il s'agit bien d'une forme sui generis distincte des trois précédentes.

Actuellement la seule monnaie électronique en France est celle qui peut être chargée sur les dispositifs Monéo.

Comme pour toutes les monnaies l'adoption de la monnaie électronique pose la question de la réalité des droits transférés au moment du paiement. Elle est actuellement garantie par le consortium de banques qui soutient Monéo. Cela veut dire que le commerçant qui a constaté des versements en monnaie électronique peut les reverser sur son compte de dépôt sans contestation possible de la part de Monéo et des banques affiliées, qui pensent elles-même s'être assurées que personne ne peut créer de la fausse monnaie sur leur carte. De même la confiance du propriétaire du porte-monnaie électronique est cruciale. Il veut être sûr que la monnaie qu'il y a versée ne sera pas contestée.

Les très faibles montants que l'on peut stocker (100 euros maximum) et la très faible valeur des opérations unitaires (moins de trente euros pour une opération sans vérification) ainsi que la relative nouveauté du dispositif expliquent que la monnaie électronique soit encore marginale. Mais c'est une monnaie dont l'usage possède un réel potentiel de diffusion.

Distinguons bien la monnaie électronique de son support de stockage. Qu'il s'agisse d'une carte à puces, d'un téléphone portable ou d'une clé USB, ces outils ne sont pas de la monnaie.

Il ne faut pas confondre non plus la monnaie électronique qui peut être stockée sur les différents supports Monéo et les dispositifs de prépaiement ou les cartes bancaires dans leur usage non Monéo (on peut actuellement se servir de sa carte bancaire comme porte-monnaie électronique).

Une carte bancaire permet de virer via un terminal de paiement une somme d'un compte de chèque à un autre. Elle ne stocke aucune monnaie et n'est pas en elle-même de la monnaie.

De même les dispositifs de pré-paiement n'acquièrent pas du fait qu'ils soient électroniques un caractère monétaire. Une carte métro-bus ou une carte de prépaiement de parking ne sont pas de la monnaie. Pas plus qu'un abonnement annuel à une revue ou une inscription à un club de golf ou une carte magnétique permettant d'aller au Louvre quand on veut. La prestation sera effectuée progressivement. Elle a été payée d'avance. La vraie monnaie est dans le compte du fournisseur.

Pour les besoins de l’analyse monétaire a été développé un concept de « quasi monnaie » constitué par des placements bancaires pratiquement immédiatement disponibles mais qui imposent un passage par un compte bancaire pour pouvoir être utilisés. Les opérations de liquidation pouvant être faites quasiment en temps réel, il n’est pas absurde de considérer que ces comptes sont quasi liquides et s’apparentent à la monnaie.

Les différents agrégats monétaires ont été définis sur une base statistique internationale.

M2 = M1 + les dépôts à terme à moins de 2 ans et dépôts avec préavis de moins de 3 mois (tels les livrets A et bleu, CODEVI, compte d'épargne logement, livrets d'épargne populaire, livrets jeunes, etc). À fin juin 2008 en zone euro, M2 = 7 667 milliards d'euros.

M3 = M2 + les titres de pension, les titres de créance émis à moins de 2 ans (tels les obligations et les bons à moyen terme négociables, ainsi que les titres d'OPCVM et les instruments du marché monétaire (SICAV monétaires, certificats de dépôts, bons des institutions et sociétés financières). À fin juin 2008 en zone euro, M3 = 9 022 milliards d'euros.

M0 qui n'est plus guère utilisé (on parle plutôt de « base monétaire ») n'est pas un agrégat monétaire: il correspond à la monnaie émise par la banque centrale (billets + solde créditeurs des banques secondaires à la banque centrale). En 2005 en Europe, M0 = 514 milliards d'euros.

Ces chiffres sont à rapprocher du montant du PIB en Euroland (15 pays de la zone Euro) au 31 décembre 2007 : 8 927 milliards d'Euros .

Tout ce qui affecte la masse monétaire peut avoir un effet direct et massif sur l'activité « réelle ».

L’interprétation de ces agrégats est devenue complexe du fait des changements structurels qui se sont produits récemment et l’introduction dans les produits relevant normalement de M3 de nouveaux instruments financiers complexes comme les CDO ( Debt Obligations).

Le ratio M1/PIB est passé de 0,40 en 1950 à 0,25 en 1982. Depuis il oscille autour de 0,25 . Cette baisse traduit une meilleure gestion des trésoreries par les entreprises et par les particuliers qui placent de mieux en mieux leur solde de compte créditeurs. En revanche, si on prend la valeur absolue de M1 et qu’on retranche l’inflation on constate en général que pendant les récessions M1 se contracte et se dilate pendant les phases d’expansion, correspondant à une plus grande prise de risque et un accroissement de l’endettement par les agents économiques.

Le 23 mars 2006, la Réserve fédérale américaine a cessé de publier M3, considérant que cet indicateur « n’était pas utilisé ». La BCE continue à le faire même si Christian Noyer, l’actuel gouverneur de la Banque de France a précisé que l’introduction de nouveaux produits en changeait l’interprétation.

L’examen rétrospectif de M3 montre le gonflement de la bulle immobilière et le début de son renversement à fin 2007 qui allait précipiter le blocage puis la dégringolade des marchés financiers et des banques.

Le pouvoir du système bancaire dans son ensemble de créer de la monnaie apparait bien si on fait l'hypothèse d'une banque unique. Tout prêt à un agent est dépensé et la monnaie sort du compte du déposant concerné mais la monnaie revient à la banque unique, dans les comptes des fournisseurs ou prestataires, qui dispose à nouveau de la liquidité nécessaire à d'autres prêts.

Les banques, collectivement, disposent donc d’une possibilité remarquable : l’expansion de leur actif (par émission de créances accordées aux Agents Non Financiers – ANF), entraine instantanément celle de leur passif à l’équivalence (les dépôts à vue).

Imaginons que la demande de monnaie fiduciaire est constatée à 20% des dépôts, que les réserves obligatoires soient de 8% et que les banques disposent de réserves excédentaires auprès de la banque centrale pour un montant de 100.

S’il y a demande de crédit des ANF, elles peuvent accorder un nouveau crédit de 100, et, en assurant le total des fuites de 28, il leur restera 72 de réserves excédentaires.

Ces réserves vont, à leur tour, permettre 72 de nouveaux crédits, et le total des fuites sera de 20,2, le solde des réserve deviendra 51,9.

Ainsi de suite pour arriver à ce que les réserves excédentaires soient de 0, puisque le total des fuites sera de 100.

Dans cet exemple, au total, à partir de 100 de monnaie centrale, les banques auront créé 357, 71,4 se retrouveront en monnaie fiduciaire, 28,6 en réserves obligatoires auprès de la banque centrale et le retour des dépôts dans le système bancaire sera de 285,6.

Il y a donc bien création de monnaie par le système bancaire à partir du montant de monnaie centrale dont elles disposent (base monétaire).

Cette création n’est pas sans limite.

Le potentiel de création de monnaie se réduit au fur et à mesure des crédits émis : la multiplication du crédit comme nous l'avons vu finit par s'arrêter.

Sachant que dans la zone euro b = 15% et h = 2%, le système bancaire ne peut multiplier le crédit qu'au maximum 5,48 fois.

Les banques commerciales sont tenues également à des règles dites prudentielles (Bâle 2 – ratio Mac Donought) afin que les crédits qu’elles font ne dépassent pas différents ratios par rapport aux fonds propres et aux dépôts de leur clientèle. L'extension de la titrisation et des opérations hors bilan leur a permis largement ces dix dernières années d'échapper à ces contraintes.

Pour limiter l’expansion du crédit et donc de la masse monétaire, la banque centrale peut agir pour réduire la liquidité générale (opération d'open market) ou augmenter les taux de refinancement en monnaie centrale (ce levier a été le moyen privilégié de contrôle de la plupart des banques centrales ces dernières années).

Dans certaines formes d'organisation du contrôle bancaire, les autorités peuvent aussi agir directement sur la quantité de crédit offerte par les banques. C’était par exemple le cas en France dans le cadre des lois Debré dans les années soixante.

Les crédits doivent être remboursés. Lorsqu’ils le sont la destruction monétaire suit exactement les mêmes règles que la création dans le sens contraire. L’activité monétaire de crédit joue donc dans les deux sens. Si globalement les banquiers freinent puis réduisent leurs crédits il y aura diminution de la masse monétaire.

Cette complexité où la confiance et les facteurs psychologiques jouent un rôle important, explique l'instabilité associée à la création monétaire des banques et son rôle dans les mouvements de la conjoncture et dans le cycle économique.

Lorsqu’une banque prête de l'épargne pré-existante ou crée de la nouvelle monnaie scripturale à la suite d'un crédit accordé, elle crédite le compte à vue de son client qui va dépenser cette monnaie, c'est-à-dire la virer aux comptes à vue de ses fournisseurs et salariés, une fraction seulement des comptes des bénéficiaires étant tenus par cette banque. À l'inverse, la banque peut recevoir, dans les comptes de dépôts de ses clients, les montants correspondant aux achats effectués par les clients d’autres banques.

Les banques doivent faire face aux fuites correspondantes aux besoins de monnaie banque centrale : réserves obligatoires (2% dans la zone euro) et demande de monnaie fiduciaire (estimé en moyenne à 15 des dépôts à vue, mais variable suivant les périodes et les lieux). Si chaque banque accorde des crédits en fonction de ses parts de marché de dépôts, les fuites se compensent et le marché bancaire est équilibré. Mais si ce n'est pas le cas, pour ajuster leur trésorerie en monnaie banque centrale, les banques vont se tourner vers le marché monétaire (Euribor, par exemple) qui leur permettront de placer, auprès des autres banques et établissements financiers, leurs excédents ou d’obtenir d'eux le financement de leurs besoins de monnaie centrale, après compensation journalière des mouvements entre banques.

Les interventions de la banque centrale sur ce marché correspondent au « refinancement ».

Les opérations de la banque centrale sur les taux d’escompte et les opérations d’open market, conjointement avec les règles de mises en pension de certains actifs monétaires, sont censées réguler ce marché. Du fait d’une abondance excessive de liquidité des établissements financiers, les taux du marché peuvent devenir inférieurs aux taux de refinancement de la banque centrale. En cas de tension sur le marché monétaire, une mise à disposition de liquidité (refinancement) par la banque centrale est de nature à réguler la situation.

Lorsque (comme ce fut le cas en 2008) aucune banque ne fait plus confiance aux autres, il advient un blocage des prêts inter bancaires ou un taux de prêt trop élevé. Cette situation bloque le marché monétaire et impose des refinancements massifs par les banques centrales pour permettre aux banques commerciales d'assurer leurs besoins de monnaie centrale.

Des monnaies basées sur des objets ont persisté jusqu’à la fin du XIXe siècle (le sel au Tibet, les cauris en Chine, en Inde et en Afrique…) et réapparaissent sporadiquement lorsqu’il y a pénurie de monnaie, notamment pendant les grandes périodes de désordre et de pauvreté (le paquet de cigarettes en Allemagne juste après guerre). Ces phénomènes ne sont pas seulement anecdotiques : ils démontrent le besoin de disposer d'un moyen d’échange.

Les unités de compte existent depuis plus de 2 000 ans. Elles sont souvent dérivées des unités de poids.

Une unité de compte, le Mine, existe par exemple dans l'empire d'Akkad (2300-2200 avant J.C.).

L’Égypte antique des Pharaons dispose d’une série d’unités de compte : le Sha, le Deben son multiple, ou le Quite le dixième du Deben utilisés quotidiennement par les scribes.

Les Aztèques (plus tard mais à un niveau de développement comparable) disposaient d’un système de numération et également d’une unité de compte étalon le Quachtli égal à 100 cabosses de cacao ou une pièce de coton (l’Ixtle).

Mais la forme très hiérarchisée de ces sociétés, le peu de liberté des producteurs, le faible nombre de produits, le peu de division du travail, le rôle écrasant des autorités dans la collecte et la répartition des productions, expliquent que ces unités de compte ne circulaient pas. En Égypte, seul le troc était légalement autorisé. Chez les Aztèques, on ne commence à voir une circulation de la cabosse de cacao qu’à partir de l’arrivée des Européens,.

L’abandon progressif des sacrifices humains (au VIIe siècle av. J.-C.) pour se concilier les dieux laissa la place aux sacrifices d'animaux et aux donations en objets de valeur, notamment en or. La représentation des Dieux en métal précieux dans les temples perdurera longtemps, par exemple la statue chryséléphantine d'Athéna au Parthénon. « L'argent servait de tribut et n'était pas mis en circulation ». Le dicton égyptien « L’or est le sang des Dieux » fut et resta valable bien au-delà de l’Égypte antique.

Les sanctuaires étaient le lieu d’une intense activité de dons et de contributions. L'ékaté est un dixième religieux du même type que la dîme. « Les sanctuaires grecs étaient incontestablement des agents économiques. Les Dieux étaient des manieurs d'argent ». Les pratiques religieuses autour de la monnaie continueront après la création de la monnaie comme en témoigne la tradition de mettre une obole dans la bouche des défunts qui traversera les âges grecs anciens (On donnait ainsi symboliquement la pièce à Charon, gardien du Styx, le fleuve barrant l’entrée de l’empire des morts).

Jusqu’à ce qu’un roi lydien désacralise partiellement l’or et le fasse circuler sous forme de pièces d’autant plus facilement acceptées qu’elles permettaient en dernier recours de se dégager de ses obligations régulières vis-à-vis des Dieux et du temple. Le commerce des prostituées (proches des temples) et l’ensemble du commerce de détail local furent bientôt alimentés par ces pièces de monnaie qui étaient pratiques et qu’on était à peu près sûr de pouvoir échanger contre tout bien disponible à la vente.L’histoire des innovations monétaires des trois derniers rois de la dynastie des Mermnades, Alyattès (610-560 av. J.-C.) et Crésus (560-546 av. J.-C.), en Asie Mineure occidentale racontée par Hérodote a été confirmée depuis par les études archéologiques et numismatiques. L’or du fleuve Pactole, la manufacture des pièces et leur circulation dans les villes, les îles (en particulier Égine grâce à l'or de Siphnos) et jusqu’aux colonies grecques lointaines (des pièces ont été utilisées à Marseille dès la fondation de la ville) ouvrent une nouvelle page de l’histoire de l’humanité. « La monnaie n'a sans doute pas été créée pour faciliter les transactions mais aussitôt créée elle a été adoptée par le commerce ». « La monnaie a accompagné l'apparition du commerce de détail » .

L’invention de la monnaie est aussi importante que celle de la roue, de la boussole ou de l’imprimerie.

L’échange compensatoire est très compliqué pour les individus et encore plus pour les pouvoirs publics : comment rémunérer une grosse armée et des cohortes de fonctionnaires ? La réquisition et la fourniture directe des moyens d’existence élémentaires, agrémentées par la perspective du pillage est une chose. La mobilisation de citoyens libres en est une autre.

La révolution athénienne est celle de la rationalité, de la citoyenneté, des libertés publiques, de la science théorique et appliquée, de l’innovation économique, de l’expansion par le commerce et par la guerre. La monnaie permet à ces mouvements de s’exprimer complètement.

La Cité peut rémunérer les citoyens libres qui la servent avec des pièces qui permettront d’accéder aux marchandises librement échangées par des producteurs ou des commerçants libres. Les productions se diversifient, les échanges s’intensifient, le prêt devient facile, la commandite d’expéditions lointaines aussi. Les hommes quittent les campagnes (où ils étaient près des vivres) pour les villes (où la monnaie permet de se fournir en vivres).

La monnaie athénienne est une nomisma, de nomos, la règle. La monnaie est frappée sous contrôle public et a cours légal, c'est-à-dire que si les autorités peuvent rémunérer avec elle ses prestations, les citoyens peuvent réciproquement payer leurs impôts avec elle. Ils peuvent aussi solder les dettes de toute nature. La monnaie grecque a un caractère légal et juridique. Les indemnités accordées par les juges peuvent se faire en monnaie, une nouveauté pleine d’intérêt qui limite les pensions en nature et les cessions de terre.

Dracon fixait précédemment les amendes en « têtes de bétail », un système fort peu pratique.

La monnaie est l’enfant des libertés publiques, et se voit garantie par les autorités. Dostoïevski dira « la monnaie est de la liberté frappée ». Elle est aussi le symbole de la force de la cité, car la cité la plus prospère et la plus forte peut montrer sa supériorité par l’exposition de son numéraire. La tradition de symboliser les « temples de l’argent » par une réplique du Parthénon date de là.

En vérité, Athènes monétise principalement l’argent, d’où l’identité historique entre monnaie et argent. Mais l’Asie mineure conservera le bimétallisme et même le tri métallisme initial de Crésus avec des monnaies en or, en argent, ou en électrum, avec un rapport relativement stable entre elles : l’or est à l’argent dans un rapport de 1 à 13 1/3. Le drachme, le statère et le sicle deviennent les unités de compte de la civilisation helléniques après avoir été des unités de poids.

Athènes ne monétisera l'or que rarement et dans des conditions d'urgence militaire. Vers 406, les sept statues d'or du Parthénon sont monnayées, sous forme de Statère et de Tétradrachme avec un ratio 1/12 avec les équivalents en argent. Il faudra attendre 267-265 avant J.-C. pour qu'un second monnayage d'or soit organisé.

En revanche les mines d'argent du Laurion en Attique emploient en permanence entre 20 et 30 000 personnes, principalement des esclaves, ce qui donne une idée de l'importance de la monnaie dans le monde hellénique .

Alexandre le Grand, après Philippe II de Macédoine, enrichi par la conquête des mines du Mont Pangée, profite de la révolution monétaire qui permet de rémunérer des mercenaires pour financer de grandes armées qui conquerront toute l’Asie mineure jusqu’en Inde et en Égypte. Pendant tout son périple il identifie les mines d’or et d’argent et monte partout des ateliers de frappe de monnaie. La monnaie est le « nerf de la guerre », dès ses débuts. « Ce n'est pas Philippe mais l'or de Philippe qui prit les villes de Grèce »... et d'ailleurs.

La monnaie métallique gagne sur le modèle grec tout le monde antique, en dépit de certaines résistances comme celle de Sparte qui affichait son mépris pour la monnaie et un adversaire qui l'utilisait (la cité ne viendra à la monnaie qu'à partir du IIIe siècle av. J.-C.) ou des Phéniciens, peuple pourtant de négociants qui attendront également quelques temps avant d'entrer dans le système.

Elle sera un élément central de la vie économique et politique de deux empires : Rome et la Chine.

Rome imita la Grèce en matière monétaire comme dans d’autres. Les premières monnaies furent d’argent et de bronze. Auguste utilisera l’or avec l’aureus. La difficulté à laquelle Rome fut confrontée est le manque de sources nouvelles et suffisantes de métal monétaire à l'exception de la montagne espagnole de Las Medulas qui fut proprement détruite dans un effort frénétique pour se fournir des quantités requises par le paiement des mercenaires (le site, conséquence géographique de la passion pour la monnaie, est classé au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco). Les dépenses militaires furent telles qu’il fallut se résoudre à de nombreuses dévaluations de la monnaie sous forme de changement des titres des pièces en métal précieux. La teneur en argent des pièces fondit littéralement au cours des siècles. Une réforme importante fut entreprise par Dioclétien qui créa une nouvelle unité monétaire : le solidus en or. Il le fit en volant de façon éhontée tout l’or des temples païens qu’il put trouver. Le solidus marqua les esprits et la langue française puisque de lui vient le sol ou le sou.

Les manipulations romaines des monnaies leur ont valu une certaine mauvaise réputation auprès d’auteurs respectueux des canons de l’orthodoxie monétaire, au point que certains y ont vu une des sources de la chute de l’Empire romain. JK Galbraith ironisera sur ces raisonnements idéologiques en notant qu’après tous les romains réussirent à dominer le monde pendant des siècles avec et peut être grâce à une monnaie fondante.

En Chine, on trouve très tôt l’utilisation d’outils métalliques comme intermédiaires dans des échanges (des couteaux et des houes) ainsi que des lingots métalliques, notamment en argent. On ne passe à une véritable monnaie avec tous ses attributs qu’à compter du règne de Qin Shi Huangdi (221-210 av. J.C.), qui non seulement unifia la Chine et créa la grande muraille mais imposa aussi l’usage exclusif de la monnaie ronde à trou carré en cuivre qui survécut jusqu’en 1837. C’était une véritable monnaie: elle servait à payer les troupes et était acceptée pour payer l’impôt. La société l’utilisait sur les marchés sous forme de ligature de Sapèques encore que des formes non monétaires de règlements aient persisté jusqu’aux époques modernes, la forme monétaire connaissant à certaines périodes des éclipses importantes. Il n’y eut jamais assez d’or et d’argent pour frapper des pièces en ces métaux. Mais les gros commerçants restèrent fidèles au lingot d’argent à travers les siècles, la Chine étant une destination de choix pour ce métal.

L’usage de la monnaie connaît une régression dans l’Europe du Haut moyen âge avec les restrictions au commerce et la mise en place presque partout de systèmes féodaux laissant peu de places aux libertés économiques. Les Mérovingiens utilisent la monnaie ancienne et abandonnent même la frappe nouvelle sur le modèle des anciennes pièces à des villes ou des monastères. Les Carolingiens sont moins laxistes et frappent monnaie ainsi que leurs successeurs. En 781, Charlemagne remplace les pièces anciennes par une nouvelle monnaie frappée en argent. L'unité de base reste le denier, mais un nouvel étalon apparaît : la livre qui vaut 240 deniers. Le sou, dont le prestige demeure grand, n'a plus d'existence propre mais devient un multiple du denier. On a ainsi : 1 livre = 20 sous de 12 deniers = 240 deniers.

Ce système monétaire restera en vigueur pendant mille ans. Il permettra une reprise des échanges commerciaux et une première renaissance économique.

En Asie mineure, la monnaie d’or reste en circulation pendant toute la durée de l’Empire d’orient. Le monde musulman, s’inspirant du monnayage parthe (IIIe siècle), met en place un système monétaire trimétallique : le dinar d’or vient du syriaque denarius aureus, pièce d’or pour le nom et du solidus pour le poids. Le dirham est la drachme de l’antiquité et le fels, le follis de la haute époque byzantine. La grande réforme de 696 vit la refonte (au sens propre) totale des premières monnaies et la mise en place peu après de monnaies faisant référence à l’Hégire et au Coran.

Au Moyen Age, toutes les unités monétaires sont définies partout en référence à leur poids d’or ou d’argent. Sous réserves du contrôle de l’aloi, les monnaies peuvent être changées et substituées partout sur la base de leur poids d’or et d’argent. À partir du IXe siècle, le commerce renait avec des foires de plus en plus importantes. Des villes parviennent à obtenir des franchises et les marchands des latitudes par rapport aux seigneurs, aux princes et au clergé.

La banque naît, d’abord sous la forme de changeur puis rapidement sous celle de banque au sens moderne. Venise, républicaine et indépendante, devient la plateforme monétaire du monde. Son succès est basé principalement sur l’arbitrage entre les cours respectifs de l’or et de l’argent entre orient et occident. Elle assèche l’argent existant en Europe provoquant de nombreuses difficultés monétaires et par ricochet favorisant les manipulations monétaires. Les rois de France usent de tous les artifices pour fausser en leur faveur le rapport entre valeur nominale des monnaies et teneur en métal.

L’histoire monétaire devient celle de la production relative de l’or et de l’argent et des conséquences de la variation des taux d’échange entre ces deux métaux (ils varieront entre 1 à 7 et 1 à 12 pendant toute cette période). L'arrivée de l'or des Conquistadors a de profondes conséquences. Mais l'argent reste la monnaie principale en Europe. le bimétallisme est de règle dans l'Union latine. La découverte massive de l’or du Klondike puis de nouvelle technique d’extraction de l’or qui permettent d’obtenir des rendements accrus en Australie et en Afrique du Sud entrainent une hausse spectaculaire de la production : de 1851 à 1860 on produit la moitié de tout l'or sorti de terre depuis 1500 (2 000 tonnes contre 4 000 tonnes.

Cet afflux entrainent de graves difficultés pour le bimétallisme or et argent à partir du milieu du XIXe siècle. L’argent métal finira par être démonétisé, le passage au monométallisme d’or en 1873 aux États-Unis et dans tous les autres pays adeptes du bimétallisme dans les années suivantes, marquant la fin du processus au prix d’une crispation politique d’une rare intensité dans ce pays. Elle durera jusqu’à la guerre de 40, sous la pression des États américains producteurs d’argent.

L’étalon-or exclusif, pratiqué jusque là principalement par le Royaume-Uni, connaîtra une période de vie universelle relativement courte : 40 ans. La suppression de l’argent entraîne un peu partout une déflation qui créera des difficultés économiques sérieuses. Mais il s’agit d’un système international auto régulé qui marche effectivement comme la théorie le veut : quand un pays croit trop vite il se vide de son or et le crédit est restreint. En sens inverse les économies recevant de l’or voient leur crédit augmenter ainsi que les affaires et les prix. Il n’y a pas ou peu d’inflation permettant l'existence de rentiers. La révolution industrielle s’épanouit un peu partout en même temps que les banques et les bourses prennent de l’importance. Les crises spécifiques qui les affectent, comme la crise sévère de 1907 aux États-Unis, n’ont pas d’effet sur la valeur respective des monnaies. Le commerce international connaît un immense développement.

La guerre de 1914 signe la mort programmée de l’étalon or. Les belligérants suppriment la convertibilité des monnaies en or et en assurent la collecte auprès des particuliers. L’or quitte les coffres européens pour les pays fournisseurs et notamment les États-Unis, où les autorités fédérales mises en place en 1913 (en particulier la FED) tentent par tout moyen d’éviter que l’afflux d’or ne provoque un excès de création monétaire et d’inflation.

L’or est si mal réparti au sortir de la guerre qu’il est impossible de revenir immédiatement à l’étalon or. En 1922 on met en place un système de change basé sur l’or mais de façon indirecte. Seuls la Livre et le Dollar sont réellement convertibles en or. Les autres monnaies ne sont convertibles qu’en dollar ou en livre. Churchill commet une grave erreur en essayant de stabiliser la Livre sur un cours en or intenable, provoquant la stagnation de l’économie britannique. Le Franc Poincaré sera moins ambitieux et sans conséquences négatives.

La crise de 1929 fait exploser le système.

Après de multiples péripéties, les principales monnaies cessent d’être convertibles en or aussi bien dans la circulation nationale qu’internationale. À la libération, le système de Bretton Woods revient à un système de Gold Exchange Standard avec seulement le dollar comme monnaie convertible et uniquement pour l’ajustement des balances de paiement. Le système succombe en 71 quand le président Nixon suspend la convertibilité du dollar en or. En 1976, cent ans après la démonétisation de l’argent, la conférence internationale tenue les 7 et 8 janvier 1976 à Kingston permettent les accords de la Jamaïque et entérine la disparition de l’or comme étalon monétaire, le cours des différentes devises devenant officiellement flottant.

Le régime de change des monnaies entre elles dépend du système monétaire international et de la convertibilité des monnaies.

Une monnaie est dite inconvertible quand il est impossible de s’en procurer sur un marché libre. L’autorité monétaire se voit remettre les devises étrangères qu’elle convertit en monnaie locale selon sa règle propre. Elle délivre des devises à ceux qui veulent acheter à l’étranger ou s’y déplacer en fonction des disponibilités après que l’État s'est couvert de ses besoins. Un très grand nombre de monnaies sont aujourd’hui inconvertibles. Ce système est un frein majeur au commerce international. Lors de crises sérieuses une monnaie convertible peut cesser de le devenir temporairement. En France, le contrôle des changes à été rétabli temporairement pour la dernière fois par le gouvernement Mauroy, sous la présidence de François Mitterrand, après la mise en place du Programme commun de gouvernement et la fuite de capitaux qu’il a provoquée.

Le système monétaire international définit le régime des changes que les grands pays sont décidés à mettre en œuvre entre eux. Après l’échec successif du Gold Standard après la guerre de 1914, puis du premier premier Gold exchange standard mis en place à Athénes en 1922, puis finalement du Gold Exchange standard institués par les accords de Bretton-Woods en 1944, les accords de la Jamaïque en 1976 ont défini un système de flottement généralisé des monnaies.

Le cours des monnaies s’établit sur un marché particulier où les États, les banques, les entreprises et les particuliers peuvent intervenir. Sur l'organisation et l'évolution du marché des changes depuis 1973, voir notamment : Forex et Dollar US.

Cette organisation de change est une nouveauté qui pose de nombreuses difficultés théoriques et pratiques.

Le dollar est en fait la monnaie principale, Son cours a fait le yoyo depuis 1971, s’effondrant dans un premier temps, puis revenant à des sommets à partir de 1997 avant de retomber très bas en 2002. Ces variations qui vont du simple au double sont néfastes au commerce et provoquent de la part des industriels des critiques vives dès que leur monnaie devient forte. Elles posent de graves difficultés aux « petites monnaies », qui peuvent perdre beaucoup de valeur et contraindre les autorités financières locales à monter très haut les taux d’intérêt pour éviter une chute catastrophique. Les petits pays cherchent à échapper à cette difficulté en utilisant différentes solutions comme la caisse d'émission, la dollarisation, les systèmes de monnaies pivots (peg), avec des résultats mitigés.

La création de l’Euro, c’est-à-dire d’une monnaie réellement transnationale gérée par une banque centrale indépendante des États, marque aussi une étape importante de l’évolution des régimes de changes. Pour les européens cela signifie que leur monnaie n’a plus de caractère symbolique national, n’est plus gérée par leur gouvernement et permet de réaliser librement toutes opérations financières sans risque de change dans la zone monétaire de l’euro dite « Euroland ». Seize pays sont actuellement dans l'Euroland.

Le refus de la Constitution européenne qui proposait de constitutionnaliser la monnaie européenne et ses institutions et les tentatives pour surmonter cet échec montrent l’importance de la monnaie comme thème politique.

La pensée sur la monnaie traduit depuis toujours les oscillations de la pensée économique entre une approche théorique, neutre, conforme aux exigences de l’approche scientifique, quantifiée et cherchant à isoler des objets précisément et clairement définis, et permettant de définir des lois vérifiables, et des soucis doctrinaux largement liés aux intérêts des acteurs économiques, faisant intervenir des considérations éthiques, politiques et sociales, affirmant des attitudes et imposant des jugements et des politiques.

« Les premières réponses constituaient des vues doctrinales, des règles juridiques, des préceptes moraux et des recettes politiques » (Alain Barrère, Histoire de la pensée économique). Le normatif l’emporte le plus souvent sur l’analyse.

Aristote d'abord dans La Politique, puis dans l'Éthique à Nicomaque propose une vision fonctionnaliste de la monnaie mais également philosophique et morale. La poursuite du gain d’argent est néfaste. Dans l’échange monétaire, l’important ce n’est pas la monnaie. La monnaie est en elle-même stérile.

Caton et Varron, assez représentatifs de la mentalité romaine, placent l’agriculture au dessus du commerce et condamnent le prêt à intérêt donc le commerce de l’argent même si dans la pratique (non théorisée), les monetarii font le commerce de l’argent et pratiquent le prêt à intérêt, en même temps que les autorités manipulent les monnaies.

Les canonistes médiévaux posent la question du bien commun, notamment à travers les travaux de saint Thomas d'Aquin et de ses réflexions sur la nécessité de la propriété privée, essentielle à l’apparition d’un droit monétaire individualiste, et de la recherche du juste prix dans les échanges. Ils se rangent aux conceptions d’Aristote sur la stérilité de la monnaie et interdisent conformément au dogme théologique le prêt à intérêt, interdiction qui entre dans le droit civil pour des siècles. La possibilité de la monnaie d’aider la spéculation, déjà entrevue et condamnée par Aristote, génère une méfiance séculaire, source de nombreuses interdictions. Le prêt à intérêt ne sera pratiqué pendant longtemps que par les Syriaques (chrétiens d’orient) et plus tard par lesJuifs.

Nicolas Oresme, évêque de Lisieux, précepteur et conseiller de Charles V, publie en 1366 « de origine natura, jure et mutationibus monétarum » qui est le premier texte de politique monétaire destiné au Prince. Il explique le rôle de la monnaie et l’amoralité de ses altérations. Il donne une première analyse des conditions de fonctionnement d’un système bimétallique.

Les conceptions mercantilistes dominent de 1450 à 1750. Contemporaines de l’émergence des grands États modernes, de la réforme religieuse, d’une montée des échanges et de la production, de la découverte des Amériques et des Indes, d’un gonflement de la richesse mobilière plus rapide que celui de la richesse liée à l’exploitation de la terre, elles posent la question de la richesse du Prince donc de celle de la nation.

Avec l’abondance des métaux précieux en provenance des mines d’Amérique du Sud se posent de nombreuses questions comme la relation entre cette abondance et la hausse des prix très forte que l’on constate partout en Europe, le bien fondé des politiques commerciales qui laissent s’échapper le métal à l’étranger et donc la question de l’accumulation ou de la circulation des espèces. Ces réalités conduisent à une intense réflexion sur le rôle des monnaies et la législation qui s’impose aux échanges monétaires.

Des thèses font valoir que le marchand est puissant parce que riche d’espèces monétaires et que la puissance du prince est d’accumuler également les signes monétaires pour financer ses ambitions.D’autres soulignent qu’il s’agit d’une illusion, l’illusion chrysohédonique, et que la vraie richesse est ailleurs.

L’activité manufacturière considérée dans un premier temps comme le moyen d’accumuler de la monnaie, par un renversement de point de vue remarquable devient un objectif per se, la monnaie abondante et peu chère en étant le moyen. Ces conceptions triomphent notamment en Angleterre et dans ses colonies à la fin du XVIe siècle et au début du suivant. Elles peuvent se résumer par cette règle : l’abondance de la monnaie et un taux convenable d’intérêt sont deux facteurs du développement de l’activité. Ce sont ces conceptions qui conduiront à la constitution de banque d’émission des billets comme complément et finalement substitut des monnaies métalliques.

Mais pendant toute la période des idées contraires sont proposées : Antoine de Montchrestien (1576-1621) publie en 1615 son « traité d’économie politique », imposant le nom de la nouvelle discipline, qui défend le nationalisme économique, les restrictions au commerce et exprime une grande méfiance vis-à-vis de l’excès de monnaie qui hausse les prix et déséquilibre les échanges extérieurs. Il souligne la nécessité d’une intervention forte de l’État.

L’émergence de la science économique à partir des travaux de Boisgilbert puis des physiocrates autour de Quesnay qui définissent l’économie comme un ensemble complet de relations entre les agents économiques, son épanouissement au cours du XIXe siècle avec le triomphe du modèle classique puis néoclassique imposent paradoxalement l’élimination de la monnaie du lit principal des réflexions. « Il n’est pas en économie une chose moins importante en elle-même que la monnaie ».

D’Adam Smith à JB Say, de Ricardo à Marx, de Stuart Mill à Walras, les grands auteurs de la science économiques de l’époque, s’accordent pour éliminer la monnaie du cœur des discussions. Elle est un voile. Elle est neutre. Elle est au mieux un lubrifiant. La réalité est ailleurs. Marx abonde dans ce sens en déclarant que la monnaie est aussi un leurre qui cache la réalité des phénomènes de domination.

Le paradoxe est que la banque et les institutions monétaires prennent au même moment une expansion prodigieuse. La réconciliation entre réalité et théorie prendra la forme comme souvent de l’apparition d’une orthodoxie doctrinale dominante.

Cette doctrine atteint son apogée entre 1873 et 1913 avec la généralisation de l’étalon or partout en Occident et l’achèvement du mouvement d’établissement des banques centrales avec la création du système de réserve fédéral américain en 1913.

Avant que la guerre de 1914 puis la crise de 1929 fassent exploser cette orthodoxie, divers auteurs, en général mal considérés, en contestent l’essentiel.

Richard Cantillon (Essai sur la nature du commerce en général, 1730) étudie les effets différentiels de la création de monnaie sur les différents acteurs économiques au cours du temps. Les bénéfices vont d'abord à ceux entre les mains desquels apparaît la monnaie nouvellement créée, puis se diffuse progressivement à l'ensemble de la société. À la fin du cycle, non seulement le niveau général des prix s'est élevé, mais les prix relatifs des biens ont été modifiés et les premiers récepteurs de la monnaie se sont enrichis au détriment de tous les autres. Ce phénomène est connu sous le nom d'« effet Cantillon ».

Malthus montre qu’une hausse de la circulation monétaire est favorable à l’activité et à l’emploi.

L’apparition de crises économiques régulières conduit à des réflexions sur leurs causes et à la responsabilité des crédits et de l’activité irrégulière des banques. C’est notamment le cas de Clément Juglar.

La démonétisation de l’argent au profit exclusif de l'or conduit à de très nombreuses protestations politiques ou théoriques fondées essentiellement sur l’affirmation que la réduction de la quantité de monnaie ne peut être que néfaste aux affaires. L’abondance monétaire est mieux assurée avec deux métaux. Milton Friedman donnera sa caution à cette thèse dans son livre « Money mischief ».

Les nominalistes contestent que la monnaie ne puisse être que métallique et que sa valeur soit intrinsèque. Marcel Mongin en 1887 affirme que la monnaie est un « bon d’achat », en terme moderne une créance sur l’économie et qu’elle peut s’exercer par tout support ad hoc bien géré. F. Knapp établit que la monnaie se manifeste par sa geltung (son pouvoir libérateur à l’égard des dettes contractées précédemment). Et pas seulement sa Wert, son pouvoir d’achat. Pour lui c’est l’État qui fixe la Geltung et le marché la Wert.

Knut Wicksell observe pour sa part que la réalité ne correspond pas à la doctrine : à la fin du XIXe siècle les prix restaient déprimés alors que les taux d’intérêt étaient très bas. Il démontre la contradiction entre la loi des débouchés de Say et la théorie quantitative de la monnaie. Pour ne pas se couper de l’ idéologie dominante il voit ses observations comme un perfectionnement de la pensée classique mais en fait il dresse un constat d’échec de la théorie quantitative et fait apparaître des notions nouvelles comme les contradictions possibles entre le marché des biens de consommations et celui des biens de production et les effets cumulatifs, un trouble initial pouvant prend une ampleur cumulative et s’aggraver de façon accélérée.

Bertrand Nogaro part aussi d’un constat contraire à la Doctrine. Le prix des métaux dépend du fait qu’ils sont ou non monétisés. Donc la valeur de la monnaie n’est pas liée à une valeur intrinsèque du métal. La démonétisation de l’argent, contemporaine de ses écrits, lui en donne une ample confirmation. Elle n’est pas « une marchandise ordinaire ». En même temps il prouve que la hausse des prix en cas d’abondance monétaire n’est ni générale, ni uniforme, ni inconditionnelle.

Joseph Schumpeter en 1911 dans « théorie de l’évolution économique » met en avant le rôle des entrepreneurs et signale que l’expansion du crédit, donc de la monnaie, est indispensable à l’investissement donc à l’activité et la croissance. La monnaie cesse d’être neutre et devient une condition de l’expansion économique.

La première guerre mondiale et industrielle avec ses énormes prélèvements en hommes et en richesses en même temps que la déstabilisation totale des relations économiques internationales qu’elle provoque, va signer l’échec des pratiques issues des doctrines dominantes avant guerre et provoquer un renouvellement complet de la pensée monétaire. La main passe aux partisans de l’activisme monétaire et au delà de l'interventionnisme des États.

Les États après guerre ne parviennent pas à rétablir l’étalon or et doivent faire face à des crises multiples (hyperinflation en Autriche et en Allemagne), récession de 1921 aux États-Unis et dans une grande partie du monde, en même temps que des guerres et des révolutions continuent un peu partout. La conférence d’Athènes au début des années 1920 met en place un système de Gold Exchange, qui fonctionne mal. La tentative de restauration de la monnaie anglaise sur des bases surévaluées provoque une récession. On parle encore « d’assainissement » des diverses monnaies quand la crise de 1929 survient et prouve l’incapacité des banques centrales à éviter la récession. Pour certains elles ont même eu une certaine propension à l’aggraver.

Sur les ruines du modèle prévalent en 1900 s’installe une nouvelle orthodoxie autour de l’œuvre majeure de John Maynard Keynes : « théorie générale de l’emploi de l’intérêt et de la monnaie » publiée en 1936, trop tard pour être d’un intérêt pratique pour sortir de la dépression, mais dont la propagation rapide en fera le guide des politiques économiques d’après guerre. Keynes fait valoir que la loi de Say (pour simplifier : l’offre fournit les moyens de sa propre demande) est fausse et qu’on peut aboutir à des situations de chômage par insuffisance de la demande globale. L’action par les taux d’intérêt pour ranimer la conjoncture est inefficace et il faut une politique macro économique conduite par les gouvernements pour assurer le plein emploi.

Ces idées devenues dominantes à travers le monde conduiront à une extension ininterrompue et massive de la place de l’État dans l’économie et à une hausse corrélative des impôts, de la dépense publique et de la dette publique. En France, par exemple, en 2006, la dépense publique est supérieure à la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand. Ce mouvement général dans les économies développées suscitera une réaction conservatrice.

La période de croissance continue et d’inflation modérée appelées «les trente glorieuses » construite sur les idées keynésiennes s’arrête après la crise mondiale de 1973-1974, la plus dure depuis la guerre, et la période de stagnation et d’inflation, appelée stagflation, qui s’en suit pendant une dizaine d'années. L’échec de toutes les « relances keynésiennes » dans les années 1970 conduit à un retour en grâce des thèses monétaristes sur la base des travaux de l’école autrichienne, très influencée par l’hyperinflation autrichienne qui a suivi la fin de la guerre de 1914 et qui précédera celle de l’Allemagne. Elles cherchent à montrer que l’État en matière monétaire ne sait guère faire mieux que provoquer des crises.

Carl Menger reconnaît le rôle central de la monnaie et décrit son invention comme celle d'un ordre spontané. Les différents moyens d'échange primitifs ont été progressivement supplantés par ceux qui étaient les plus durables, les plus commodes à utiliser et dont la valeur était la plus pérenne à cause de leur rareté, c'est-à-dire les métaux précieux. Toutes les fonctions de la monnaie sont des aspects ou des conséquences de sa fonction de moyen d'échange. Cette attitude cohérente avec celle des classiques est développée par les économistes de la tradition autrichienne, dont Ludwig von Mises qui voit dans la création excessive de monnaie et de crédit par l'État l'origine unique des crises économiques.

Ils sont relayés par les écrits éloquents de Milton Friedman et des économistes de l’école de Chicago. Ils dénoncent comme illusoires les politiques de relance monétaire et intenables les changes fixes.

Ces conceptions ont conforté le système de changes flottants qui s’est instauré de facto depuis l’explosion du système de Bretton-Woods en 1971 et les politiques libérales de dérégulation financières et monétaires qui ont été largement mises en place ultérieurement, en dépit de protestations théoriques vives comme celle du Français Maurice Allais qui critique les changes flottants et les risques d’une nouvelle crise globale de crédit : « Ce qui doit arriver arrive », écrit-il.

La grave crise bancaire et monétaire qui se développe depuis l’été 2007 est traitée par des moyens monétaires (l’injection massive de liquidité) et macro économiques (déficit record, plan de relance d’investissement, distribution de pouvoir d’achat par baisses fiscales) qui font l’impasse sur les thèses de Milton Friedman et remettent les thèses de Keynes au premier plan.

Dans un contexte de changes flottants, de mondialisation quasi-totale des échanges et de perfectionnement des produits financiers, la théorie monétaire, largement émiettée, ne permet pas de préjuger de leur validité.

C’est la théorie la plus ancienne, la plus débattue, la plus perfectionnée et la plus modélisée, sous le nom de théorie quantitative de la monnaie et des prix.

Elle se produit en Angleterre dans les années 1840 à la suite d’une crise bancaire qui a vu la faillite de plusieurs banques. Son objet est de fixer les règles à appliquer à l’émission des billets de banque.

Le currency principle dispose que les billets remplacent les monnaies métalliques 1 pour 1. Tout billet émis peut donc être converti sans aucune difficulté ce qui assoira la confiance et permettra de bénéficier des avantages du billet sans les risques d’insolvabilité des banques que l’on constate.

Le Banking principle considère que l’émission des billets doit être ajustée au besoin de l’économie qui, si elle est contrainte par le faible accroissement des ressources en métal, ne sera pas optimale.

La loi de 1844, le Banking Act, tranche la querelle au profit du currency principle.

La démonétisation de l'or et de l'argent a rendu cette querelle très inactuelle.

L’argent métal est démonétisé aux États-Unis en 1873, dans le cadre d’un mouvement international qui verra la fin du bimétallisme au profit de l’étalon or. La question agite fortement la vie politique américaine au point qu’un « parti de l’argent » est constitué qui aura un rôle dans toutes les élections présidentielles et législatives de la fin du XIXe siècle appuyé par les états producteurs de ce métal.

La querelle durera jusque dans les années trente où Roosevelt remonétise partiellement l’argent, provoquant une raréfaction en Asie qui mettra en difficulté le régime chinois de Tchang Kai Check et favorisera involontairement la révolution communiste .

Milton Friedman donnera raison rétrospectivement aux partisans du bimétallisme en montrant que la raréfaction de monnaie due à la disparition de l’argent monétaire explique pour une partie importante la récession qui a suivi.

Les questions monétaires ont toujours agité les États-Unis. Après l’épisode d’hyperinflation des billets du Congrès on ressent le besoin d’une émission monétaire un peu mieux contrôlée. Une banque des Etats-Unis est créée en 1791 par Alexander Hamilton, dont la charte est temporaire 20 ans. Elle ouvre huit succursales, sert de dépôt pour les fonds de l'État, assure les transferts d'un bout à l'autre des États-Unis et joue le rôle de payeur général des dépenses publiques. Elle émet des billets convertibles en or ou en argent. Ces billets ne perdirent pas de leur valeur et "connurent l'estime générale" .

La Constitution américaine définit strictement la monnaie et donne au Congrès (Sénat et Chambre des représentants réunis) la responsabilité des questions monétaires. Une grande querelle politique s’installe lorsqu’il s’agit de renouveler ou non la franchise de la banque. Menée par Jefferson l'opposition au renouvellement gagne. Une seconde Banque des Etats-Unis voit le jour peu de temps après. Cette fois là c'est le Président Andrew Jackson qui l'étouffera.

L'idée d'une banque centrale s'effacera pour longtemps (80 ans).

Les banques se développeront à un rythme échevelé, surtout dans la seconde partie du XIXe siècle. Par exemple la Wells Fargo ouvre 3 500 succursales entre 1871 et 1900. Les Westerns rendent compte de cette frénésie bancaire en montrant que dans tout village qui se crée se monte aussitôt un relais de diligence, un saloon et…une banque. Il est vrai que les colons qui accèdent à un lopin de terre n'ont pas de ressources. La banque les leurs fournit, avec la terre comme garantie et les résultats d'exploitation comme source de remboursement. Il faudra attendre la crise de 1907 qui verra de nombreuses faillites de banques pour que l’idée d’une banque centrale assurant la fonction de « prêteur de dernier ressort » prenne corps à nouveau.

Mais les préventions sont telles qu’on lui donne un nom neutre (Système Fédéral de Réserve, dit familièrement FED) et on crée dans plusieurs régions (states) un établissement similaire avec de larges pouvoirs. Ce n’est que bien après le déclenchement de la crise de 1929 et la faillite de plus de 9000 banques que la FED obtient de Roosevelt en 1935 tous les pouvoirs d’une véritable banque centrale (1929 : 659 faillites de banque, 1930 : 1352, 1931 : 2294 ; fin 1933, près de la moitié des banques avaient disparu car 4004 banques firent faillites cette année-là). Mais ce n'est pas à la FED que l'on doit l'arrêt des faillites bancaires mais à la Société Fédérale D'assurances des dépôts qui offrit une garantie d'État aux déposants. En 1934 62 banques cessèrent leur paiement. La crise bancaire était terminée.

Note : Cette situation se répétera en 2008 où après la crise de confiance suivant la chute des bourses et la faillite de Lehman Brothers, ce sont les États qui déclarèrent garantir les déposants pas les banques centrales.

Le projet entièrement nouveau historiquement de créer une zone monétaire unifiée plurinationale en Europe a été une source de tensions politiques extrêmement fortes qui ont fait naître de très fortes divisions au sein des partis de gouvernement dans tous les pays concernés.

Les souverainistes ont expliqué que la monnaie était un attribut fondamental de la nation qui ne pouvait être transféré et que l’abandon de la souveraineté monétaire signifiait l’abandon de la souveraineté tout court.

Les désordres monétaires en cours ont plutôt conforté le désir de rejoindre une zone monétaire large comme celle l'Euro que celui d'en quitter la protection. Les difficultés extrêmes que connait l'Islande portent à réfléchir des pays comme la Hongrie ou certains pays baltes qui ont du pousser leur taux d'intérêt très haut au détriment de leur économie pour éviter le naufrage de leur monnaie.

La Hongrie a obtenu le 28 octobre 2008 un soutien financier exceptionnel de 20 milliards d'euros du Fonds monétaire international (FMI), de l'Union européenne (UE) et de la Banque mondiale, après avoir déjà obtenu 5 milliards d'euros de la Banque centrale européenne mi-octobre.

Éviter le retour de situations de ce genre pèsera nécessairement sur le débat pour l'entrée dans l'Euro en Hongrie. La situation est la même notamment au Danemark et en Pologne.

Une crise est spécifiquement monétaire lorsque l’épargne conservée en monnaie perd tout ou partie de sa valeur soit à la suite de la disparition des dépôts ou des titres de placements monétaires, soit parce que la valeur nominale de l’unité monétaire perd massivement de son pouvoir d’achat.

Lorsque la monnaie était métallique, des crises pouvaient se produire du fait de la raréfaction ou de la disparition du métal.

Aujourd’hui les crises ne sont plus physiques et prennent la forme d’une perte massive de confiance.

Les déposants se ruent à leur banque pour retirer leurs dépôts et les transformer en billets. Ils provoquent la faillite de la banque. La panique est contemporaine de la création des banques et il s’en produit encore de nos jours (exemple de la banque Northern Rock au Royaume Uni). Les faillites se propagent de banque à banque et peuvent faire disparaître la quasi-totalité du système bancaire d’un pays en deux ou trois ans. On parle de risque systémique.

L'hyperinflation est une situation où les prix montent à très grande vitesse et la spirale s’achève quand la monnaie ne vaut plus rien. En fin de scénario les billets peuvent atteindre des montants vertigineux se comptant en dizaines ou centaines de milliards.

Au XVIIIe siècle, les assignats en France au début de la Révolution, et les billets de la Convention aux États-Unis pendant la révolution furent des hyperinflations. Au XXe siècle, on connut l’hyperinflation autrichienne suivie de l’hyperinflation allemande au début des années 1920. Au XXIe siècle, on connaît actuellement l’hyperinflation du Zimbabwe.

L’exemple le plus récent est l’explosion du système de caisse d’émission monétaire (currency board) argentin au début des années 2000. Le système assurait une parité entre le Peso et le Dollar. Il avait permis de restaurer la convertibilité de la monnaie, la stabilisation des prix, l’investissement étranger et une forte croissance initiale. Mais la forte remontée du dollar allait provoquer la crise des pays émergents et mettre à mal les monnaies les plus fragiles.

Le Réal brésilien argentin est dévalué fortement fin 1999, alors qu’il s’agit du pays qui a les plus grosses relations économiques avec l’Argentine. Le pays est engagé dans une déflation douloureuse et confronté à un assèchement de liquidité. Certaine provinces argentines produisent des monnaies de substitution (comme l'argentino) en même temps que les dollars fuient le pays ou surtout n'y entrent plus.

Les comptes des argentins sont bloqués dans un « corralito » puis autoritairement dévalués. Les comptes en dollars sont convertis de force en comptes en pesos avec une forte décote. Les épargnants perdent une part très importante de leurs avoirs ainsi que les investisseurs étrangers.

Les CDO sont des dettes en général immobilières du marché américain qui ont été rassemblées puis transformées en titres, découpées en mini blocs notés par les agences de notation et vendus aux enchères sur le marché de gré à gré des produits quasi liquides. Elles ont été intégrées en masse dans les placements monétaires « dynamiques » par des intermédiaires financiers qui ont ainsi dopé un temps le rendement de la trésorerie de particuliers comme d’entreprises. En juillet 2007 ces titres se sont révélés invendables et ont perdu l’essentiel de leur valeur provoquant des pertes directes et massives de trésorerie et bloquant le marché interbancaire.

La panique bancaire américaine de 1907 offre également un exemple de rupture majeure du marché interbancaire.

Quelle qu’en soit la forme, les crises monétaires sont les plus graves car elles provoquent un collapsus général et immédiat de pans entiers de l’économie.

En Argentine, la perte de l’épargne monétaire entraînera une récession catastrophique avec un recul du PIB de 46.1% en 2002 et une très forte montée de la pauvreté.

Au Zimbabwe, il n’y a pratiquement plus d’économie. Le journal Le Monde du quatre décembre 2008 indique : « L'inflation atteint officiellement 231 millions pour cent. L'eau vient d'être coupée à Harare. Une épidémie de choléra touche 9 provinces sur 10 ». 11071 cas de choléra ont coûté la vie 425 personnes. « Des groupes de soldats se sont attaqués à des changeurs ». L'armée, non payée, commence à piller les magasins. De tels évènements démontrent à tel point la monnaie est symptomatique d'un régime et les dégâts éventuellement mortels de l'absence de monnaie saine.

En Autriche et en Allemagne le traumatisme sera tel que la BUBA, la banque centrale allemande aura toujours une politique extrêmement conservatrice, fuira tout risque d’inflation au point de faire capoter les accords de Bretton Woods en 1971 pour éviter les conséquences d’une arrivée inflationniste de dollars et finalement imposera son état d’esprit à la Banque Centrale Européenne (BCE).

L’un des désagréments de la crise économique mondiale en cours est qu’elle est très largement monétaire donc sévère.

Les numismates collectionnent et étudient les formes circulantes de la monnaie (pièces et billets). La recherche numismatique a permis de comprendre l’émergence des monnaies, leur diffusion, leur technique de production, leur manipulation. Même si l’aspect artistique et le goût de la collection priment, il ne faut pas négliger la contribution de la numismatique à l’histoire économique. L'investissement en pièces d'or est aussi un acte de précaution contre la dévaluation des monnaies et le risque de défaillance bancaire généralisée.

L’étude de la monnaie permet aux historiens et aux archéologues de dater des sites, d'identifier la succession des régimes, et de dimensionner les flux économiques du passé, tout en clarifiant les sphères d’influence.

Le faux-monnayage a commencé dès la création de la monnaie, la première fraude ayant été repérée en Lydie pratiquement de façon contemporaine de la création de la monnaie métallique.

Il a longtemps été sanctionné par la peine capitale. Certains billets qui portèrent un temps la promesse d’un remboursement finirent que par n’afficher que les sanctions encourues en cas de faux monnayage. Le développement des techniques de numérisation et d’impression couleur ont créé un risque nouveau qui a obligé les banques centrales à mettre en œuvre des techniques de plus en plus complexes pour contrer les tentations offertes par la facilité de la photocopie des billets.

Le passage à l’Euro a permis en Europe de supprimer des coupures qui étaient devenues trop faciles à imiter. La généralisation chez les commerçants de dispositifs permettant de détecter les faux billets traduit la montée du faux monnayage. La sanction du faux monnayage reste très élevée dans l’échelle des peines.

Certaines théories militaires ont laissé penser qu’en s’attaquant à la monnaie d’un pays on pouvait durablement porter atteinte à ses fondements. On a prêté cette intention aux Nazis puis à l’Union Soviétique vis-à-vis du dollar. Cette fantaisie a nourri une abondante littérature mais l’histoire ne rend pas compte de tentatives qui aient eu ne serait-ce que le début d’un effet. En revanche, on cite abondamment les propos de Keynes ou de Lénine expliquant que le meilleur moyen de créer les conditions d’une révolution était de pervertir la monnaie.

La condamnation religieuse de la monnaie et du prêt à intérêt est une caractéristique très forte du christianisme et de l’islam.

La contestation sociale de la monnaie provient donc soit de personnes qui pensent que l’extension de la sphère monétaire a grignoté la sphère du don entraînant ce qu’ils pensent être un recul de civilisation, soit de groupes qui considèrent que la contrainte directe est une manière plus immédiate d’obtenir la répartition des richesses : réquisition des logements vides, interdiction des stocks options et des parachutes dorées, « prendre l’argent où il est » etc.

La famille a été historiquement le domaine économique le plus important fondé sur le don. L'émancipation de la femme remet largement en cause l'isolement du Gynécée de la sphère marchande. Beaucoup de femmes préfèrent aujourd'hui en Occident, malgré la pression de la tradition, la liberté qu'offre une monnaie qu'elles peuvent s'approprier et qui est gage d'indépendance et de liberté, à l'abnégation d'une vie sans droit économique propre.

Plus récentes sont les tentatives qui se placent dans la sphère des échanges et préconisent le retour au troc pour permettre une meilleure convivialité et supprimer ce qui est présenté comme les inconvénients de la monnaie. Monnaies "locales", "sociales", "solidaires", "virtuelles", "libres", "affectées", "complémentaires", "alternatives", "plurielles"... une floraison de qualificatifs s’applique à des pratiques qui visent à établir un rapport « non marchand » au sein de « communautés de base » membres d’une « économie solidaire, plurielle et qualitative ». Le projet SOL en France est représentatif de ces tendances même si la floraison des adjectifs l'emporte encore sur celle des boutiques affiliées.

Le souci de l’avenir de la planète et les préoccupations écologiques ont développé une critique de la croissance et de ses moyens. La monnaie créée par le crédit, instrument de la croissance, a été ainsi mis au banc des accusés. Pour rembourser un prêt à intérêt il faut nécessairement de la croissance sinon l’intérêt entraînerait une capture progressive de tout le capital. Comme la monnaie est aujourd’hui presque entièrement créée par le mécanisme du crédit, il faut revenir sur la pratique de la monnaie de crédit souvent présentée comme une « monnaie dette » dans ces textes ou vidéos contestataires.

La monnaie a eu une profonde influence sur l'évolution du droit.

En l'absence de monnaie, la sanction publique ne peut prendre que des formes physiques : confiscation de bien ; travail forcé. Elle est relativement difficile à étager. La monnaie permet de simplifier le système des amendes et de proposer des sanctions nuancées qui peuvent pour les délits sans trop d'importance ne pas entraver la vie courante des contrevenants.

Dans le domaine civil l'absence de monnaie impose la compensation, c'est-à-dire la recherche d'une indemnisation en nature systématique et souvent très difficile à mettre en œuvre de façon juste et simple. L'indemnisation pécuniaire a été un grand progrès.

Les pouvoirs publics sont seuls capables de donner un pouvoir libératoire à une monnaie, c'est-à-dire une capacité d'éteindre toute dette y compris les dettes fiscales et les dettes pénales ou civiles, en tout lieu et à tout moment dans la zone où la monnaie a cours légal. Toutes les formes de monnaie n'ont pas nécessairement cours légal. Le chèque en France n'a pas cours légal. Il peut être refusé par les commerçants.

Il est par ailleurs interdit de transporter plus de 10 000 Euros en liquide.

Toute infraction à ces dispositions est passible d’une amende de 750 à 15 000 euros. Cette amende incombe pour moitié au particulier non-commerçant qui a effectué le règlement et au vendeur du bien ou prestataire de services qui l’a accepté (art. L. 161-1 C. mon. fin. et art. 1749 CGI). Si vous voyagez en France et si vous n’y avez pas de domicile fiscal, le règlement d’un bien ou d’un service d’un montant supérieur à 3 000 Euros peut s’effectuer en espèces ou en chèques de voyage, sous réserve de donner une justification d’identité et de domicile.

Le cours légal ne garantit pas toujours de pouvoir utiliser sa monnaie. Dans les pays soviétiques certains magasins étaient strictement réservés soit aux détenteurs de devises étrangères soit aux membres de la Nomenklatura. Il était impossible d'y payer avec la monnaie "légale".

L'émission de monnaie de crédit est strictement encadré par le droit bancaire et des institutions étatiques de contrôle.

Une des difficultés démontrées par la crise monétaire en cours provient de l'absence de régulation planétaire dans la sphère financière mondiale.

La monnaie est le compagnon de tous les jours du citoyen. La confiance qu'il a en sa monnaie a des influences extrêmement importantes sur l'activité économique.

Une action psychologique visant à rasséréner la population a été pratiquée en tout temps. La monnaie stimule la mythification de certains personnages. En France le cas le plus notable est celui de M. Antoine Pinay, "l'ermite de Saint Chamond".

Ayant réussi le lancement d'un grand emprunt gagé sur l'or à un moment où les finances publiques françaises de la quatrième République étaient au plus bas, il deviendra une forme d'oracle que tout ministre des finances se devait de consulter à chaque émission d'un nouvel emprunt. On vit ainsi Valéry Giscard d'Estaing, puis Raymond Barre, faire le pèlerinage de Saint-Chamond pour obtenir la caution de l'oracle.

En Allemagne, Herr Schacht fut considéré comme le père d'une sorte de miracle allemand lors qu'il réussit à faire sortir l'Allemagne des suites de la crise de 1929 et son aura réussit à survivre au discrédit du nazisme.

Plus récemment le Président de la FED, l'américain Alan Greenspan, fut aussi largement considéré comme une génie de la finance dont les oracles, à dessein rarement compréhensibles, étaient guettés avec ferveur par les milieux économiques et boursiers dans les années 1990 et jusqu'en 2007. Considéré désormais comme un des instigateurs de la crise des subprimes, la magie de son verbe a quelque peu faibli.

Tous les grands plans lancés actuellement pour faire face à la crise monétaire, bancaire, boursière et économique en cours ont une forte dimension d'action psychologique. La réunion du G20 à Washington en novembre 2008 avait essentiellement pour but de montrer la détermination et l'unité de l'ensemble des grands pays. L'affichage de plans de sauvetage gigantesques et de plans de relance colossaux est aussi largement d'essence psychologique.

S'ils n'ont pas permis de supprimer le pessimisme ambiant ni d'altérer le cours de la récession, ils ont tout de même réussi à conjurer une panique bancaire et une ruée désastreuse sur les dépôts.

La psychologie du consommateur et de l'épargnant qui le pousse soit à l'euphorie soit à une rétraction très forte, est une force économique de première importance. Mais il est très difficile de l'influencer.

L'or valeur psychologique s'il en ait est un bon indice de la confiance. Bien que démonétisée il est le refuge en cas de peur sur la monnaie. Actuellement le dollar a perdu environ 95% de sa valeur en or, traduisant l'effet de l'inflation rampante depuis 1971 et celui d'une certaine fuite devant cette monnaie. Cette dévaluation est d'autant plus remarquable que la production d'or n'a jamais été au plus haut. Alors qu'il n'avait été extrait que 45,360 tonnes de l'origine des temps à 1956, 102,700 tonnes seront extraites après 1956. Les monnaies ne se sont pas dévaluées par rapport à un métal plus rare mais beaucoup plus abondant...

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Inflation

Timbre-poste de la République de Weimar pendant l'hyperinflation

L'inflation est la hausse du niveau général des prix, entraînant une baisse durable du pouvoir d'achat de la monnaie. Elle est généralement évaluée au moyen de l’Indice des prix à la consommation (IPC).

En général, on parle de l'inflation des prix à la consommation des biens et services, mesurée à qualité égale. L'inflation est un phénomène persistant, autoentretenu, qui touche l'ensemble des prix (avec une amplitude variable).

Selon la conception initiale et conformément à l'étymologie - le terme inflation provient du latin "inflatio" soit enflure -, l'inflation a d'abord été considérée comme l'enflure de la masse monétaire en circulation, principalement des billets en circulation : il y avait inflation quand la banque centrale émettait trop de billets. Il n'y avait donc pas de construction de richesse d'où la hausse des prix. La conséquence directe de l'inflation était alors l'augmentation des prix. Aujourd'hui on associe surtout cette conséquence (initiale) de l'inflation à sa définition.

L'inflation est la « hausse généralisée et durable du niveau général des prix ». Elle se traduit par une baisse du pouvoir d'achat de la monnaie, et à un taux de croissance différent entre valeur nominale et valeur réelle.

Employé seul, le terme d'inflation fait référence à la seule hausse de prix des biens de consommation, à l'exclusion de la hausse des prix des actifs (financiers, immobilier,…). Lorsqu'on parle de l'augmentation des prix de l'immobilier, des actions, des fonds de commerce ou autres actifs, on doit alors préciser que l'inflation se rapporte au niveau des prix de ces actifs.

La stabilité des prix décrit la situation où la hausse des prix est durablement très faible ou nulle, maintenant ainsi l'incertitude des agents économiques à un niveau faible.

La déflation est une baisse des prix, donc le contraire de l'inflation. C'est un phénomène qui peut être généralisé à l'économie ou particulier à un secteur économique volatil (p. ex. déflation du marché immobilier), durable (parfois sur une décennie), autoentretenu, parce qu'il modifie les anticipations des agents économiques. Comme le phénomène historiquement le plus fréquent (du moins dans la période contemporaine) est bien l'inflation, on parle parfois aussi d'une inflation négative.

La politique de déflation essaie de désenfler la masse monétaire c'est-à-dire faire en sorte que la monnaie soit forte pour qu'il y ait une désinflation de la masse monétaire (où le taux d'escompte de la banque centrale est élevé).

La désinflation, quant à elle, est une baisse du taux d'inflation, qui reste positif. Par exemple, si pendant des années l'inflation s'est située à 10 % en moyenne et que l'inflation des années suivantes baisse à 7%, puis 5%, puis 2%, on parlera de phénomène désinflatoire. Lorsque l'inflation approche de zéro, on risque un passage en déflation.

La stagflation consiste en la concommittance d'une croissance faible voire négative, avec un niveau élevé d'inflation.

La définition de l'inflation comme la hausse des prix est relativement récente en langue française. Jusque dans les années 60 ce terme désignait un excès de moyens monétaires par rapport à l'offre. Ainsi Gaël FAIN définit dans "Le Dictionaire des Sciences Economiques" PUF 1956 l'inflation comme "un excès de la demande solvable sur l'offre la hausse des prix en étant la conséquence".

L’inflation dépend en grande partie du comportement des agents économiques ; si les agents anticipent que les prix vont augmenter, alors les prix risquent effectivement d'augmenter.

Les entreprises qui pensent que les coûts de production, dans lesquels rentrent les prix de l'économie en général, vont augmenter, peuvent augmenter le prix de leurs produits pour se mettre à l'abri de pertes éventuelles.

Comme le coût de changement des prix de vente (le « coût d'étiquette ») est assez élevé, les entreprises ne peuvent pas modifier fréquemment leurs prix et sont obligées de se baser sur leurs anticipations d'inflation qui sont incertaines.

Une hausse des prix importante mais de faible durée ne provoquera pas d'augmentation durable de l'inflation car elle ne modifiera pas les anticipations des agents.

En général, le salaire moyen augmente aussi vite, voire plus vite, que l'inflation ; les salariés ne perdent donc pas en pouvoir d'achat. De même, les minima sociaux et les pensions de retraite sont indexés sur l'inflation, et leurs pouvoirs d'achat ne diminuent pas.

Une inflation élevée est néfaste pour l'économie : elle induit des « coûts d'étiquette », mais surtout modifie le comportement des agents économiques, pouvant entraîner une perte de confiance dans la monnaie.

Une inflation élevée se répercute généralement sur les prix à la production de l'économie, et donc, à taux de change constant, entraîne une baisse de la compétitivité-prix.

Le développement suivant fait appel à l'équation d'Irving Fisher (avec M la masse monétaire, V la vitesse de circulation de la monnaie, P le niveau des prix et T le nombre de transactions pendant une période donnée).

Comme la monnaie est l'étalon universel de valeur, sa valeur relative est fixe et toujours égale à un, ce qui n'apporte aucune information sur la valeur « absolue » de la monnaie. Pour contourner la difficulté et estimer la valeur de la monnaie, on utilise comme référence la valeur d’échange en biens de consommation associée à cette même monnaie mais à une époque antérieure, et on s'intéresse à sa variation relative (un pourcentage, positif lorsque l'ancienne monnaie avait une valeur inférieure) : c'est l'inflation.

Par extension, on peut mesurer les variations de la valeur d'échange de la monnaie en actifs et mesurer une inflation des prix des actifs.

On peut aussi utiliser comme référence un bien supposé stable (c’est-à-dire un bien dont le besoin, ou la demande globale reste constant), comme l'or ou une devise étrangère réputée. L’essentiel étant de pouvoir mesurer « ce que l’on peut obtenir avec telle quantité de monnaie ».

L'inflation et le risque d'inflation sont deux éléments qui entrent pleinement en compte dans les décisions des consommateurs, des dirigeants d'entreprise et des gouvernements : la possibilité de l'inflation représente un risque pour les agents économiques (ou une opportunité pour les agents endettés, dont la valeur de la dette diminue).

Pour mesurer l'inflation, on observe un « panier » pondéré de biens, représentatifs de l'ensemble des biens consommés. Ces biens sont répartis parmi les différents secteurs d'activité de l'économie. Les pondérations de ce panier de bien sont définies par la consommation des différents biens (de consommation) par les agents. On construit ainsi un indice des prix à la consommation qui permet d'apprécier la variation du coût de la vie pour les consommateurs, et donc la valeur de la monnaie dans ses aspects les plus concrets pour les citoyens.

On appelle taux d'inflation la variation en pourcentage de cet indice sur une période donnée : si le prix moyen du « panier » est passé de 100 à 102, l'inflation est de (102-100)/100 = 2/100 = 2%.

Le niveau de vie représente le point de vue d’un ménage (revenu global) tandis que le pouvoir d’achat le point de vue d’un seul revenu. La distinction peut sembler toutefois très formelle, et l’on utilise couramment le terme de pouvoir d’achat pour recouvrir les deux (le pouvoir d’achat d’un ménage dépendant alors de deux facteurs, son revenu et l’indice des prix à la consommation).

Par extension, si les prix des actifs (actions, immobilier) baissent, le pouvoir d'investissement des ménages et des entreprises augmente (on suppose ici un revenu stable).

Si la quantité de monnaies en circulation reste fixe, l'inflation moyenne n'est nulle que si la quantité de biens disponibles et le nombre d'échanges réalisés ne varient pas.

Historiquement, l'inflation et la déflation ont plus fréquemment été déterminées par les variations de la quantité de monnaie que par l'abondance des marchandises (la théorie néoclassique montre que les prix servent de variable d'ajustement aux déséquilibres entre l'offre et la demande de biens).

Le gouvernement ou la banque centrale peuvent adopter une politique monétaire restrictive : destruction de titres fiduciaires ou hausse des taux d'intérêts ou de réescompte des crédits bancaires accordés par la banque centrale (la quantité d'argent créée par le crédit est alors réduite). Les banques privées peuvent réaliser soudain qu'elles ont collectivement trop prêté, par suite d'une concurrence excessive. Elles réduisent alors simultanément leur offre de crédit, plusieurs agents économiques font faillite, des banques à leur tour font faillite, il en résulte une réduction de la masse monétaire.

En pratique, l'État et la banque centrale ont une certaine capacité à stabiliser la valeur de la monnaie, ou à l'adapter aux nécessités économiques (favoriser les exportations, limiter les importations, augmenter le pouvoir d'achat, mercantilisme, etc.). Les banques et le marché financier sont par ailleurs soumises à des évolutions endogènes, passant par des booms de crédit (favorable à l'inflation) suivis de krachs (favorables à la déflation).

Les pouvoirs publics ont une préférence pour l'inflation. En effet la déflation conduit et passe souvent par des faillites en série. La déflation correspond souvent à une phase de récession de l'économie (phase B du cycle de Kondratiev) caractérisée par une inadéquation de la production par rapport aux besoins réels et un défaut d'investissement, ce qui induit logiquement une baisse de la production et des salaires. La déflation est donc souvent associée à une baisse du pouvoir d'achat et à l'augmentation du chômage keynésien (demande insuffisante sur le marché de l'emploi). Les possibilités de relance proposées par Keynes s'appuient sur la stimulation de la demande (en vue d'effets d'entraînements notoires sur l'ensemble de l'économie) financée par l'État, qui peut provisoirement s'endetter et admettre un déficit budgétaire dont la résorption future est anticipée. Voir keynésianisme.

L'hyperinflation est une inflation extrêmement élevée échappant à tout contrôle. Elle entraîne en général une forte récession économique. Phillip Cagan la définit en 1956 comme une période durant laquelle le niveau d'inflation se maintient au-dessus de 50% par mois.

L'inflation agit directement sur la qualité des investissements. Un exemple permet de saisir le problème.

Alain, Bertrand et Claude investissent à l'année n 100 000 (peu importe l'unité) dans un bien (par exemple une maison), dont ils se servent pendant un an, puis revendent (à l'année n+1). Supposons que les conditions économiques soient différentes pour les trois individus (zone monétaire, époque), le taux d'inflation est donc différent.

Le calcul naïf compare les valeurs en monnaie courante, sans tenir compte de l'inflation. Il semble alors que Claude a fait la meilleure affaire. Mais cela ne tient pas compte du fait que, à cause de l'inflation (ou, dans le cas d'Alain, de la déflation), ces trois personnes ne pourront pas acheter les mêmes biens de consommation avec la même quantité de monnaie : Alain pourra acheter plus, Bertrand et Claude moins. Pour gommer cet effet, il faut raisonner en monnaie constante, en déduisant l'inflation, et il apparaît alors que la meilleure affaire a été faite par Alain.

D'un autre coté, il faut bien voir que l'inflation ne dit rien de l'évolution des prix de l'immobilier ou des actions. Si les trois personnes veulent consommer leur argent, alors Alain a fait la meilleure affaire. Par contre si ces trois personnes veulent l'investir, alors il faudrait regarder l'évolution de l'inflation des prix des biens de capital et notamment de l'immobilier. Si par exemple durant la même période le prix d'un fonds de commerce a augmenté de 30% dans les trois pays et que les trois personnes veulent acheter un fond de commerce, alors les trois ont perdu de l'argent durant cette période. C'est précisément pour cela qu'il ne faut pas penser que l'inflation du prix des biens de consommation suffit à donner une évaluation de la valeur de la monnaie. L'indice général des prix des biens de consommation ne fait que donner la valeur de la monnaie en équivalents biens de consommation, il ne dit rien de l'équivalent en biens de capital. Or le plus souvent le prix des biens de consommation n'évolue pas à la même vitesse que le prix des biens de capital.

Jusqu'au début du XXe siècle, l'inflation est restée inconnue (non pas qu'elle n'existait pas, mais elle n'était pas mesurée ni prise en compte) et la coutume était de fixer les loyers en monnaie fixe et pour longtemps (parfois même à perpétuité). Lorsque la valeur de la monnaie chutait, des montants de loyers (par exemple « 1 sou ») ne représentaient plus qu'un montant ridicule, pour le plus grand bénéfice des tenanciers et la ruine des possédants (généralement les nobles), avec toutes les conséquences sociales. À d'autres périodes plus rares et plus courtes, les gouvernements, en restaurant la valeur de la monnaie, ont au contraire suscité des émeutes et même des révoltes, un loyer raisonnable se transformant en charge ruineuse.

Enfin, les humains raisonnent et tiennent compte de tout cela, en sorte qu'ils finissent par donner une importance considérable aux anticipations (ce qu'ils croient, voire ce qu'ils pensent que les autres croient) de l'inflation future. C'est tout particulièrement le cas dans les périodes d'hyper-inflation, lorsque la méfiance s'installe et se développe, de sorte que les acteurs, anticipant une dévaluation accélérée, exigent des augmentations de revenus qui nourrissent l'hyper-inflation et valident les anticipations les plus pessimistes.

L'inflation est un phénomène sensible dans tous les sens du terme. En effet, chacun d'entre nous se rend compte que les prix ont une tendance naturelle à augmenter (pensez au prix de la baguette ou du ticket de métro). Mais c'est un phénomène sensible pour les politiques puisque l'inflation est un signe de bon ou mauvais fonctionnement économique, avec toutes les conséquences électorales.

De sorte que même s'il y a accord théorique sur le fait que telle situation économique engendre telle évolution de l'inflation, il y a toujours plusieurs interprétations possibles à l'inflation mesurée, conduisant à des mesures radicalement opposées.

L'inflation pouvant être vue comme une perte de valeur de la monnaie, elle a des conséquences négatives pour les agents détenant de la monnaie. Inversement, si elle provient d'une création ex nihilo de monnaie, l'inflation est la conséquence d'une augmentation de la richesse de l'émetteur de monnaie, État, banque, acteur sur le marché financier ou faux-monnayeur. L'inflation peut alors être considérée comme un impôt frappant la détention d'encaisses réelles.

En réaction à ce transfert, très utilisé dans les années 1970, la plupart des États ont abandonné la possibilité d'émettre directement de la monnaie au profit d'une banque centrale indépendante. L'État ne bénéficie alors de l'inflation qu'en tant que débiteur.

Lorsqu'un créditeur (par exemple une banque) et un débiteur (par exemple un ménage) sont liés par un taux d'intérêt fixe, l'inflation favorise le débiteur au détriment du créditeur. Considérons un ménage qui emprunte à sa banque une somme S au taux d'intérêt de 8%, remboursable l'année suivante. Si l'inflation est nulle la banque touche l'année suivante S(1 + 0,08), directement comparable à la somme S prêtée. Avec une inflation de 3%, la banque touche toujours S(1 + 0,08), mais cette somme achète l'année du remboursement moins que ce qu'elle aurait acheté l'année du prêt. Plus précisément, elle correspond à de l'année du prêt. En termes réels, le débiteur rembourse donc d'autant moins que l'inflation est forte.

On rencontre ainsi des situations où l'inflation est supérieure au taux d'intérêt nominal. Dans ce cas, le taux d'intérêt réel est négatif, c'est-à-dire qu'on gagne de l'argent à emprunter, ce qui alimente encore l'inflation.

Face à une menace d'inflation, le créditeur ne peut qu'imparfaitement se couvrir, l'inflation étant un phénomène aléatoire. Il peut alors soit avoir recours aux systèmes de couverture financière, notamment les swaps de taux d'intérêt pour les relations déjà établies, et demander dans les nouvelles relations des garanties, par exemple des contreparties du prêt peu sensibles à l'inflation (hypothèque sur un bien, valeur indexée sur l'inflation) ou un taux de remboursement indexé sur l'inflation.

En termes de finances publiques, l'inflation diminue de la même manière le poids de la dette pour les États, et a parfois été délibérément utilisée à cette fin. Afin de se couvrir, les investisseurs en dette publique demandent souvent une prime de risques lorsque l'État débiteur est suspecté de vouloir recourir à cette méthode, ou le remboursement dans une monnaie ou un panier de monnaie non contrôlable par l'État débiteur.

Un cas particulier de créditeur perdant à l'inflation est celui du titulaire d'une rente fixe. Pour cet agent, la valeur de sa rente diminue proportionnellement à l'inflation sans possibilité de couverture. Les périodes de haute inflation du XXe siècle en France (années 1920, années 1960) ont conduit à la quasi-disparition des rentiers, qui ont vu leur revenus réels laminés par les taux d'inflation.

Lorsqu'elle n'est pas anticipée (en absence d'indexation ou de renégociations salariales), l'inflation diminue les revenus réels du travail, et par conséquent le coût réel de la main-d'œuvre. C'est une des raisons expliquant l'existence d'une relation négative entre inflation et chômage, mise en évidence par la courbe de Phillips : la baisse du coût réel de la main-d'œuvre entraîne une baisse du chômage. L'inflation est aussi en lien avec l'expansion de la masse monétaire, généralement due à l'accroissement des crédits accordés par les établissements financiers (ce phénomène intervient habituellement en période de demande soutenue).

Indépendamment des effets ci-dessus, essentiellement redistributifs, l'inflation a des coûts pour l'ensemble de l'économie, liés à des difficultés d'allocation efficace des ressources et aussi des gains, liés à l'irrationalité sur les marchés financiers.

Dans un premier temps, le niveau de l'inflation ou sa progression n'ont pas de conséquences directes sur l'économie. Si les agents savent que l'inflation sera de 3% pour les années à venir, ils intégreront cette évolution dans leurs contrats, conduisant à une allocation des ressources identique à une situation sans inflation.

Cependant, l'inflation dépend souvent de décisions discrétionnaires, que les agents peuvent difficilement anticiper correctement. De ce fait, l'inflation fait peser un risque sur toute décision d'investissement ou de prêt, réduisant les incitations à des investissements productifs. Cet aspect doit toutefois être mis en balance avec l'effet négatif de l'inflation sur les investissements à revenus fixes, comme les rentes ou les emprunts d'État. En limitant la rentabilité de ces titres, un taux élevé d'inflation encourage la substitution vers les investissements à rendements liés à l'activité économique, généralement plus productifs en termes d'emploi et de création de richesses.

Dans un article de 1985, l'économiste Gregory Mankiw montre que les agents peuvent hésiter à ajuster systématiquement leurs prix face à l'inflation lorsque cela a un coût, même très faible, pour eux (l'auteur prend l'exemple du coût de changer les prix sur les menus des restaurants, qu'il faut faire réimprimer). Les agents n'ajustent alors l'allocation de leurs ressources qu'avec un retard. L'auteur montre que ces retards ont des conséquences importantes sur l'allocation d'ensemble des facteurs, conduisant à d'importantes inefficacités.

La richesse créée au cours d'une année dans un pays donné est mesurée par le PIB. Lorsque le PIB est calculé avec les prix valables au cours de l'année considérée ("à prix courants" ou "en valeur"), on parle de PIB nominal. Si le PIB est exprimé avec les prix d'une année passée prise comme référence (par exemple, les prix de l'année 2000), on dit alors "PIB à prix constants, base 2000" (on dit aussi "PIB en volume").

En 2000, pour couvrir les besoins d'une famille "moyenne", il faut dépenser 20000 euros. L'année suivante, pour couvrir les besoins de la même famille "moyenne" avec les mêmes produits et services (on les appellera "le panier de la ménagère"), il faut dépenser 21000 euros. On a donc un taux d'inflation (ou taux de croissance des prix, ce qui revient au même) de 21000 / 20000 - 1 = 5%.

Supposons qu'il n'y ait pas d'importations et que toute la production des entreprises soit consommée par les ménages ou exportée dans d'autres pays (on suppose qu'il n'y a pas d'investissement, de variation de stocks ni de dépenses des administrations publiques). En 2000, les entreprises ont produit 80 millions de "paniers de la ménagère", dont une partie ont été consommés dans le pays et l'autre partie exportés et consommés à l'étranger. En 2001, 82 millions de paniers ont été produits.

Il est clair qu'une partie de la hausse du PIB nominal est due à l'augmentation de la production (croissance réelle) et que l'autre partie est due à la hausse des prix (5%, calculée plus haut). Quelle est la croissance réelle ?

En pratique, l'arbitrage entre les différents effets de l'inflation conduit la plupart des économistes à estimer qu'un taux d'inflation stable proche des 2% est un signe de bon fonctionnement d'une économie développée.

On a tendance à se plaindre de l'inflation de certains produits et services non industriels (plombier, boulanger). Pourtant ces prix n'ont suivi que l'inflation, on croit que le prix du pain par exemple augmente depuis vingt ans alors qu'en fait ce sont les prix de tous les autres objets qui ont diminué, on croit donc naturellement que le prix du pain a augmenté. En effet tous les autres produits bénéficient de la hausse de la productivité (nouvelles machines) et de la baisse des prix liée, alors que le pain lui est produit toujours de la même façon, à peu de chose près.

A noter par ailleurs qu'oublier de tenir compte de l'inflation, par exemple dans l'évolution des revenus, est un biais cognitif, connu de l'économie comportementale, appelé illusion monétaire (en biens de consommations). L'illusion monétaire existe aussi pour les biens de capital. Par exemple les consommateurs se considèrent plus riches lorsque le prix de leur maison augmente, parce qu'ils envisagent l'hypothèse où ils la vendraient contre des biens de consommation, sans penser qu'ils devraient alors se loger. Pour se reloger, ils devraient alors acheter une autre maison (plus chère également), ou louer (loyer plus chers).

Le courant monétariste, d'inspiration libérale, a été initié par l'économiste américain Milton Friedman, « prix Nobel » d'économie 1976. Les monétaristes voient la monnaie comme élément neutre de l'économie à long terme, cette dernière ne devant être qu'un voile dans les échanges (exogène au système).

Le rôle en revanche actif qu'elle joue à court terme lui confère une tendance inflationniste : selon la formule d'Irving Fisher, la masse monétaire influe sur le niveau général des prix. Une création excessive de monnaie génère de l'inflation.

L'École autrichienne définit l'inflation d'une façon différente de la majorité des économistes. Selon elle, tout indice de prix est arbitraire. C'est pourquoi, pour elle, l'inflation est simplement une hausse de la masse monétaire supérieure à la croissance économique et la déflation une croissance monétaire inférieure à la croissance économique. Pour les autrichiens par exemple il n y a pas eu la moindre désinflation dans les années 1980. En effet la masse monétaire a continué à croître aussi vite que par le passé. Les autrichiens sont hostiles à toute création monétaire privée ou publique. Ils sont partisans d'une monnaie marchandise (par exemple l'or) et d'une lente déflation, le stock de monnaie restant constant durant la croissance économique.

Selon la Synthèse néo-keynésienne, de manière approximative, la monnaie est neutre à long terme, mais pas sur le court terme.

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Source : Wikipedia