Médecins Sans Frontières

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Posté par marvin 08/04/2009 @ 05:07

Tags : médecins sans frontières, humanitaire, société

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Médecins sans frontières

Médecins sans frontières (MSF) au Tchad

Médecins sans frontières, abrégé MSF, est une organisation non gouvernementale internationale à but humanitaire d'origine française mais dont le Bureau international siège à Genève (Suisse).

Elle offre une assistance médicale d'urgence dans des cas comme les conflits armés, les catastrophes naturelles, les épidémies et les famines. MSF offre aussi des actions à plus long terme lors de conflits prolongés ou d'instabilité chronique, dans le cadre de l'aide aux réfugiés ou à la suite de catastrophes. Elle a reçu le prix Nobel de la paix en 1999.

Elle a été crée le 22 décembre 1971 par des médecins français qui s'étaient rendus au Biafra avec la Croix-Rouge pour tenter d'y aider la population lors de la guerre qui avait opposé cette région indépendantiste au gouvernement central nigerian entre 1967 et 1970. Estimant que la politique de neutralité et de réserve de la Croix-Rouge avait été une erreur, ils voulurent fonder une association qui allierait aide humanitaire et actions de sensibilisation auprès des médias et des institutions politiques.

Bernard Kouchner, le plus médiatique des treize fondateurs, a créé en premier lieu l'Organisation pour la lutte contre le génocide au Biafra, et l'année suivante, le Groupe d'intervention médicale et chirurgicale en urgence (GIMCU) qui était en effet l'ossature de MSF.

En même temps, le cyclone de Bhola frappe le Pakistan oriental, actuel Bangladesh, et fait près de 500 000 victimes. Les rédacteurs du journal médical Tonus ont commencé à y envoyer les médecins, sous le nom de Secours médical français (SMF). Bernard Kouchner a jugé qu'une association serait meilleure pour les deux organisations, et après quelques mois, MSF voit le jour.

À l'occasion de l'opération « Un bateau pour le Viêt Nam » en 1979, le fondateur le plus connu du public, Bernard Kouchner, a défendu l'idée d'affréter un bateau avec des médecins et des journalistes pour témoigner des violations des Droits de l'homme dans ce pays et aussi pour évacuer les Vietnamiens qui avaient fui leur pays après que le Viêt Nam fut devenu un pays totalement communiste. Il s'ensuivit une violente querelle à l'origine d'une scission avec la direction de MSF qui estima l'opération trop racoleuse. Bernard Kouchner quittera alors définitivement MSF et créera avec une quinzaine d'autres médecins l'organisation Médecins du monde en 1980.

Rony Brauman, Directeur de recherches à la Fondation Médecins sans Frontières et participant aux travaux du Crash, le Centre de réflexion sur l'action et les savoirs humanitaires, fut président de Médecins sans frontières France de 1982 à 1994.

MSF a reçu le prix Nobel de la paix en 1999. À cette occasion, le 14e dalaï-lama, également lauréat (et sans doute conseiller) du prix Nobel de la paix, adressa un message de remerciement à MSF notamment pour son travail au Tibet. Pourtant, en 2002, MSF a pris la décision controversée de se retirer du Tibet après 14 ans de collaboration avec les Tibétains sur des projets d'aides humanitaires et médicaux. Les autorités chinoises maintiennent un contrôle strict sur l'activité des ONG étrangères au Tibet.

La Charte de MSF rappelle que les interventions se font au nom de l'éthique médicale universelle et ne permet aucune discrimination de race, de religion, de philosophie ou de politique. Son auteur est Philippe Bernier et non Bernard Kouchner, il dit lui-même qu'il l'a écrite en dix minutes.

Depuis quelques années, les sections sont devenues des centres opérationnels. On parle aujourd'hui par exemple de l'OCB (Operational Center of Brussels), l'OCA (Operational Center of Amsterdam) en utilisant l'acronyme anglais et ne se basant plus sur la section mais sur le siège où gravitent les sections satellites. Une nouvelle vague a débuté aussi en « décentralisant » les opérations des 5 sections opérationnelles vers les sections satellites (ou encore appelées « sections partenaires »). Nous avons ainsi une cellule à Rome pour l'OCB, une à Berlin et à Toronto pour l'OCA, une à New York et à Tokyo pour l'OCP (Operational Center of Paris). Cette dernière abréviation n'est pas très utilisée, on parle encore de MSF France. Les deux autres abréviations sont OCG (Operational Center of Geneva) et OCBA (Operational Center of Barcelona). Les cellules opérationnelles de Luxembourg et Athènes sont respectivement liées à l'OCB et à l'OCBA.

Toutes les sections sont actives au niveau des campagnes de sensibilisation et de mobilisations de fonds. Les sections non opérationnelles ont généralement un partenaire privilégié parmi les sections opérationnelles.

Un Bureau international situé à Genève se charge de la coordination de l'action entre les différentes sections. Sur le terrain, une coordination inter-section plus informelle assure la cohérence des opérations. À titre d'exemple, les 5 sections opérationnelles de MSF sont présentes en République démocratique du Congo au cours de la Deuxième guerre, mais sur des projets différents quant à leur localisation, leurs actions dans la durée (des situations d'urgence au support au système de santé) ou leur nature (urgence, Sida, campagnes de vaccination, support au système de santé…).

En France, des « antennes régionales », animées par des bénévoles, participent aux activités d'information et de communication de l'association ainsi qu'à l'accueil et au recrutement des nouveaux volontaires au départ en mission.

En 2006, MSF France a dépensé près de 129 millions d'euros au titre de ses missions sociales.

En haut



Bernard Kouchner

Bernard Kouchner et le président de la Fédération de Russie, Dmitri Medvedev, le 21 mai 2008

Bernard Kouchner, né le 1er novembre 1939 à Avignon, est un médecin humanitaire et homme politique français, cofondateur de Médecins sans frontières et de Médecins du monde, ministre des gouvernements de gauche et de droite, haut représentant du secrétariat général de l'ONU au Kosovo.

Médecin de formation, Bernard Kouchner a connu une vie militante, qui l'a conduit à adhérer à l'Union des étudiants communistes, au début des années 1960, au PS, au PRG, puis à nouveau au Parti socialiste, mais il est surtout connu comme militant de l'action humanitaire et du droit d'ingérence.

Il est secrétaire d'État et ministre en charge de l'action humanitaire ou de la santé sous les gouvernements socialistes de Michel Rocard, Pierre Beregovoy, Édith Cresson et Lionel Jospin. Depuis le 18 mai 2007, il est ministre des Affaires étrangères et européennes dans le gouvernement François Fillon (reconduit dans le gouvernement Fillon II, le 19 juin 2007).

Né le 1er novembre 1939 à Avignon, d'un père juif, Georges Kouchner, médecin de gauche, et d'une mère, Léone Mauric, infirmière bénévole de la Croix-Rouge issue d'une famille protestante aisée. Samuel, le père de Georges avait quitté la Lettonie pour la France en 1908 et avait fait venir son épouse Rachel l'année suivante. Pendant la Seconde Guerre mondiale Samuel et Rachel ont été arrêtés en 1944 et déportés à Auschwitz. Ils font partie du convoi No 76 en date du 30 juin 1944.

Bernard Kouchner suit des études de médecine dans les années soixante tout en menant des activités militantes intenses à la rédaction du journal des étudiants communistes. Il est père de Julien, né en 1970 Camille et Antoine, jumeaux nés en 1975, trois enfants issus de sa première union avec Évelyne Pisier, professeur de droit. De sa compagne Christine Ockrent, journaliste, il eut Alexandre.

Bernard avait rencontré sa première femme Évelyne en 1964 lors du voyage à Cuba organisé pour les dirigeants de l'UEC. Pour Évelyne, ce voyage a d'abord été à l'origine d'une liaison avec Fidel Castro. Après mai 1968, alors que Bernard transformait son engagement politique en engagement humanitaire, Évelyne restait sur des positions révolutionnaires. En 1975, lors d'une mission au Viêt Nam, il écrivait à sa femme « ...C'est dans ces bois que se cachent les VC (Viêt-Congs). Toi, tu ris, car tu les aimes, les VC. Moi, je ne les hais pas ». Mais, en 1980 la rupture du couple, d'ailleurs mal vécue par Bernard, ne résulte pas d'un différent politique. D'après Burnier, biographe et ami de Kouchner, Évelyne ne supportait pas le style de vie imposée par les missions incessantes de Bernard « Je venais de passer quelques années avec un héros, Fidel Castro, et j'en avais marre des héros », déclare-t-elle à propos d'une première rupture survenue dés la fin des années 1970. Évelyne a pris comme second mari un professeur de droit, Olivier Duhamel, socialiste rocardien.

Christine Ockrent, compagne de Bernard à partir du début des années 1980 avait un parcours à l'écart de tout mouvement révolutionnaire: Fille d'un diplomate belge proche d'Paul-Henri Spaak, elle avait effectué son début de carrière de journaliste aux États-Unis. Elle avait acquis la célébrité en 1981 en devenant la présentatrice du journal de 20 heures sur Antenne 2. Elle n'est pas rebuté par les escapades humanitaires d'où son compagnon revient barbu, amaigri et insupportable « C'est ça qui m'intéresse a-t-elle déclaré à Michel-Antoine Burnier. Bernard n'est sûrement pas un mec qui revient à six heures et demie du soir avec sa petite serviette. Je n'ai pas choisi ce genre de vie et je n'ai pas choisi ce genre d'homme ». Christine et Bernard se font construire une maison près de Bonifacio en Corse.

« Je suis communiste et Rastignac. Paradoxe ? Détrompez-vous; le mélange n'est pas détonnant. Il est même étonnament efficace. Vous riez ? Je vous attends... ».

À cette époque, les étudiants communistes de l'UEC sont plus ou moins en conflit avec la direction du PCF et se sentent plus proches des positions du parti communiste italien qui s'est engouffré dans la critique de Staline amorcée par Khrouchtchev au moment où, le parti français dirigé par Maurice Thorez restait beaucoup plus timoré sur ce point. Kouchner fait partie des « Italiens ». La reprise en main définitive de l'UEC et l'éviction des Italiens de la direction ne sera chose faite qu'en 1965. Entre temps, Jean Schalit aura pu mettre sur pied Clarté-voyage et organiser un voyage à Cuba dont font partie une bonne partie des dirigeants de l'UEC. Ce sera l'occasion pour Kouchner d'interviewer Fidel Castro.

Kouchner qui n'avait jamais adhéré au PCF, mais seulement à l'UEC, quitte la mouvance communiste en 1965, lorsque les « Italiens » sont écartés de la direction de l'UEC. Toujours aux côtés de Jean Schalit et Michel-Antoine Burnier, il siège à la direction du Comité Vietnam national qui pourfend l'impérialisme américain qui s'englue dans la Guerre du Viêt Nam. Il poursuit également des activités journalistiques en participant toujours avec Michel-Antoine Burnier à la création du journal L’Événement d'Emmanuel d'Astier de la Vigerie.

Pendant les événements de mai 68, Bernard Kouchner participe activement à la rédaction d'un « Livre blanc » de la faculté de médecine.

Après mai 68 dans lequel il ne s'est que modérément impliqué, Bernard Kouchner, qui a terminé ses études de gastro-entérologie mais n'a pas encore passé sa thèse, apprend par un de ses amis, Marek Halter que la Croix-Rouge française recrute des médecins pour faire face aux problèmes humanitaires consécutifs à la guerre du Biafra. Le docteur Bernard Kouchner séjournera au Biafra à trois reprises, de septembre à octobre 1969, en décembre 1968 et d'octobre à novembre 1969. Le responsable de la mission, Max Récamier, et Kouchner rompent le devoir de réserve imposé par le CICR et témoignent dans les colonnes du Monde daté du 28 octobre 1968, prenant fait et cause pour les rebelles biafrais. Plus tard, dans Le Nouvel Observateur du 19 janvier 1970, sous le titre « Un médecin accuse », Kouchner écrira ceci : « Comment peut-on être de gauche et laisser massacrer deux millions d’individus ? Le massacre des Biafrais est le plus grand massacre de l’histoire moderne après celui des juifs, ne l’oublions pas. Est-ce que cela veut dire que le massacre de millions d’hommes n’a pas de dimension politique ? La gauche, s’il en existe une, a fermé les yeux Sa préoccupation est simple : les gens qui meurent sont-ils de gauche ? ».

En décembre 1971 Bernard Kouchner participe à la création de Médecins sans frontières aux côtés d'hommes de terrain comme Max Récamier, Xavier Emmanuelli et de membres de l'équipe du journal médical Tonus, Raymond Borel et Philippe Bernier ». Kouchner revendique avoir proposé et défendu le nom de « médecins sans frontières » alors que d'autres fondateurs avaient proposé « Secours Médical Français ». Dans la charte de MSF, Philippe Bernier a introduit une règle inspirée de la Croix-Rouge stipulant que les membres « respectent le secret professionnel et s'abstiennent de porter un jugement ou d'exprimer une opinion à l'égard des évènements, des forces, et des dirigeants qui ont accepté leur concours ». Kouchner a tenté, en vain, de s'opposer à cette règle en expliquant qu'en rendant publics les crimes de masse, on pourrait contribuer à arrêter les massacres.

En mission à Saïgon, au Viêt Nam, en 1975, au moment de l'offensive finale Nord-Vietnamienne, Kouchner aura l'occasion de s'intéresser à nouveau au Viêt Nam, 4 années plus tard. En 1979, il participe à l'opération « Un bateau pour le Vietnam » qui aboutira à affréter un bateau, l' Ile de Lumière, censé venir en aide aux Vietnamiens qui fuient le Viêt Nam communiste sur de frêles embarcations et que l'on appelle les « Boat people ». En fait, l' Ile de Lumière servira surtout de bateau hôpital, au large de l'ile malaise de Poulo Bidong où s'entassent des dizaines de milliers de réfugiés. L' Ile de Lumière bénéficie d'une ample couverture médiatique qui fait connaitre Kouchner au grand public.

C'est à cette occasion que Kouchner sera mis en minorité au congrès annuel de MSF qui se tient à Paris en juin 1979. Le président sortant Claude Malhuret ne cite pas l' Ile de Lumière dans son rapport moral, met en avant le succès des opérations à long terme en Thaïlande ou en Ogaden et s'en prend à l'indiscipline des kouchnériens « On ne peut pas faire des coups spectaculaires seuls ». Malhuret réclame aussi l'anonymat dans les missions. Kouchner se défend en dénonçant « les bureaucrates de la charité, les technocrates de l'assistance ». Le rapport de Malhuret est approuvé par 80 voix contre trente et une vingtaine d'abstentions. Kouchner quitte définitivement MSF pour fonder Médecins du monde en 1980 .

Après l'accession au pouvoir de François Mitterrand en 1981, on trouve un certain nombre d'anciens « Italiens » de l'UEC dans les cercles du pouvoir. Parmi eux, Roland Castro qui présente Kouchner à Mitterrand . Kouchner mène alors campagne dans les institutions internationales pour la reconnaissance du droit d'ingérence, notion développée à l'origine par Jean-François Revel. En 1987, le président Mitterrand et son premier ministre Jacques Chirac honorent de leurs présences un colloque organisé par Kouchner sur le thème du « Droit et morale humanitaire ». Les deux hommes soutiennent l'idée du devoir d'ingérence défendu par Kouchner. « J'ai noté une belle formule, une belle expression du docteur Kouchner: la morale de l'extrême urgence... » aurait glissé le président Mitterrand. A cette époque, Chirac, premier ministre s'affiche beaucoup plus favorable au droit d'ingérence que Mitterrand, président. Il a créé dans son gouvernement un poste de « secrétaire d'état aux droits de l'homme » confié à Claude Malhuret que Kouchner considère toujours comme un usurpateur depuis sa prise de pouvoir de MSF en 1979.

A la veille des élections présidentielles de 1988, deux jours avant le premier tour, dans un texte cosigné par Bernard-Henri Lévy paru dans Le Monde, Kouchner prnd position pour le candidat Mitterrand tout en exprimant une vision politique moderniste qui n'est pas forcément celle qui domine au sein du Parti Socialiste.

Bernard Kouchner qui caracole dans le peloton de tête des sondages de popularité des personnalités françaises est nommé secrétaire d'état chargé de l'insertion sociale dans le premier gouvernement Rocard. Ceci ne le met pas à l'abri d'un échec électoral cuisant auquel il doit faire face dans la 20eme circonscription du Nord aux législatives de 1988 qui suivent les présidentielles de moins de deux mois. Il est parachuté par le parti socialiste dans un bastion communiste. Il arrive loin derrière son adversaire communiste Alain Bocquet et son score est bien inférieur à la moyenne socialiste dans le département . Alors qu'il hésite à se maintenir au deuxième tour en tentant de rallier les voix centristes pour battre le candidat communiste, il est contraint, lâché par son suppléant socialiste, d'accepter la discipline de parti et de se retirer.

Malgré cet échec électoral local, Kouchner fera partie de presque tous les gouvernements socialistes de 1988 à 2001. secrétaire d'État chargé de l'Action humanitaire dans le deuxième gouvernement Rocard, secrétaire d'État auprès du ministre d'État, chargé de l'Action humanitaire dans le gouvernement Cresson, ministre de la Santé et de l’Action humanitaire dans le gouvernement Pierre Bérégovoy, secrétaire d'État puis ministre délégué chargé de la Santé dans le gouvernement Jospin. En 1988, il est considéré comme trop incontrôlable par Mitterrand pour prendre en charge le ministère de la santé. Il se constitue un cabinet pléthorique dans lequel des anciens copains d'Actuel comme Patrick Rambaud cotoient le juriste Mario Bettati qui a donné des bases juridiques théoriques au droit d'ingérence et des grands profeseurs de médecine comme Alexandre Minkowski.

Avec ses fonctions de secrétaire d'état à l'action humanitaire, la vie de Bernard Kouchner reste ponctuée de déplacements dans les régions du monde troublées. En 1989, il a ainsi l'occasion de se rendre au Soudan où il franchit la frontière sans l'autorisation du gouvernement de Khartoum en vertu de la résolution 43/131 portant «droit d'accès aux victimes des catastrophes naturelles et des situations d'urgence du même ordre» qui avait été votée par l'Assemblée générale de l'ONU en décembre 88 sur proposition de Kouchner au nom de la France. Il s 'embarque également avec un hôpital mobile au Salvador où une guerre civile à éclaté, . Il est également en Roumanie au moment de la chute de Ceaucescu et au Libéria, à Monrovia complètement anéantie par la guerre civile.

Le 28 juin 1992, Kouchner, alors ministre de la santé et de l'action humanitaire accompagne le président Mitterrand à Sarajevo. Pierre Péan a écrit que c'est à cette occasion qu'il a gagner la confiance de Mitterrand et qu'il a bénéficié dans les huit derniers mois du gouvernement Beregovoy d'un statut de « ministre-bis des Affaires Étrangères ». Péan ajoute qu'il avait pris le pas sur le ministre en titre Roland Dumas et aussi sur le ministre de la défense, Pierre Joxe. Ainsi, c'est contre l'avis de Joxe qu'il aurait engager la France dans l'intervention militaro-humanitaire de Somalie en décembre 1992. Kouchner avait inspiré une campagne de collecte de riz dans les écoles le 20 octobre 1992 et le 5 décembre, il est présent sur les plages somaliennes devant les caméras de télévision et son image, sac de riz à l'épaule fera le tour des médias.

Ministre à part entière, à la Santé, en 1992 dans le gouvernement Beregovoy, Kouchner consacre une partie de son énergie à répandre les traitements antidouleur dans les établissements hospitaliers français. Il met également en route une loi sur la bioéthique que feront aboutir les responsables de la Santé dans le Gouvernement Balladur, Simone Veil et Philippe Douste-Blazy . En 1997, Kouchner supportera mal la tutelle de Martine Aubry, alors qu'il n'est plus que secrétaire d'État chargé de la Santé dans le gouvernement Jospin. Martin Hirsch est alors son directeur de cabinet. Il quitte le gouvernement en 1999 pour accomplir sa mission d'administrateur de l'ONU au Kossovo. Lorsqu'il reprend son poste en 2001, il devra faire face à la Crise de la vache folle. Il pourra également faire voter la loi qui porte son nom sur le Droit des malades.

En 1993, après la victoire de la droite aux élections législatives. Kouchner crée, la Fondation pour l’action humanitaire qui s'investit notamment dans la lutte contre le SIDA, l'installation de boutiques d'accueil pour les SDF. Bien que n’étant pas membre du PS, il est élu en 1994 sur la liste européenne du parti socialiste conduite par Michel Rocard après avoir annoncé le 3 octobre 1993 la constitution d'une liste indépendante. Selon Michel-Antoine Burnier, il commet alors une gaffe et une erreur politique. La gaffe consiste à se vanter, au soir des élections, de n'avoir pas voté pour sa propre liste. L'erreur politique consiste à adhèrer en 1996 au Parti radical de gauche rebaptisé « Radical », sur les traces de Bernard Tapie. Il y prend le titre de « président délégué à l'innovation politique » . Il s’est prononcé, à titre personnel, en faveur de la réforme Juppé de la Sécurité sociale. Il préside l'association Réunir et est à la fois proche de Michel Rocard et de Lionel Jospin. Il subit de nouveaux échec à l'élection législative de 1994 en Moselle et en 1996, à l'élection législative partielle de Gardanne. Il adhère au PS le 6 octobre 1998.

Il faut attendre le 10 juin pour que Milošević cède et retire ses troupes du Kosovo. 45000 soldats de l'OTAN s'installent alors au Kosovo. Le ministre français des Affaires étrangères de l'époque, Hubert Védrine, ne partage pas les idées de Kouchner sur le droit d'ingérence mais a l'idée de proposer Kouchner pour diriger la Mission d'administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK). Finalement, le 2 juillet, Kofi Annan, Secrétaire général des Nations Unies, annonce la nomination de Bernard Kouchner comme Haut-représentant du Sercrétariat général des Nations unies au Kosovo.

Bernard Kouchner a ainsi administré le Kosovo en tant que Haut représentant de l'ONU de juillet 1999 à janvier 2001. Cette mission faisait suite au vote de la résolution 1244 du conseil de sécurité qui autorisait l'établissement d'une autorité « administrative internationale civile », autrement dit la MINUK.

Pendant dix-huit mois, il applique la politique de l'ONU consistant à créer une administration et un système politique pour combler les lacunes laissées par la séparation de la Serbie et à remettre sur pied une économie anéantie par les trois ans de la guerre. Cette politique aboutit à des élections municipales à la fin de l'an 2000.

Bernard Kouchner a par la suite été un candidat malheureux à différents postes à hautes responsabilités au sein des Nations unies : Haut commissaire aux réfugiés (HCR) en 2005, et directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2006.

« Que faire et comment gagner sa vie quand on n'est plu ministre, ni député ni fonctionnaire ? » C'est la question que pose Michel-Antoine Burnier en évoquant la situation de Bernard Kouchner en 1993 après la victoire électorale de la droite. La même question se posera à nouveau après la défaite de Jospin aux présidentielles de 2002. Et Burnier d'expliquer qu'en 1993, la candidature de Kouchner à un poste de professeur de médecine humanitaire à l'hôpital Cochin a été bloquée par le professeur Bernard Debré qui déclara qu'il ne suffisait pas d'avoir sa carte au PS pour devenir professeur, qu'en 2002 il est parti enseigner six mois à l'école de santé publique d'Harvard et qu'à son retour à Paris, en 2003, il devient titulaire de la chaire Santé et Développement au CNAM. Burnier souligne que Kouchner est alors beaucoup plus disponible pour s'occuper de ses enfants dont les aînés sont déjà engagés dans la vie active et dont le dernier va paser le bac. En 2009, un pamphlet de Pierre Péan portera à la connaissance du grand public que Kouchner a également exercé une activité de consultant rémunérée en proposant ses services auprès de grands groupes comme Pfizer ou Total ou auprès de gouvernements africains comme celui du Gabon ou du Congo. En fait, son rapport sur les activités de Total en Birmanie avaient déjà fait l'objet d'une controverse publique en 2003.

Bernard Kouchner est longtemps resté à l'écart de la vie politique d'appareil du Parti socialiste et s'autorise des prises de position publiques non orthodoxes vis-à-vis de son propre camp politique : militant socialiste, il est favorable à certaines mesures conduites par la droite comme le contrat nouvelle embauche, ou l'ouverture du capital d'EDF. Il se décrit lui-même comme un militant de gauche de tendance sociale-démocrate.

Le 11 janvier 2006, il se dit « candidat à des primaires à l'italienne » pour l'élection présidentielle de 2007.

En 2004, François Hollande, premier secrétaire du parti socialiste nomme Kouchner « secrétaire national pour l'innovation sociale et politique », plus pour l'attacher que pour l'écouter, précise Burnier. Dans un sondage de popularité IPSOS Le Point d'octobre 2005, Kouchner arrive en tête des personnalités pour lesquelles les Français aimeraient voter, juste devant Sarkozy. Dés lors, Kouchner va se mettre en posture pour devenir candidat aux présidentielles de 2007, mais à la fin de l'été 2006, devancé dans les sondages par Ségolène Royal, il doit se faire à l'idée de renoncer à sa candidature. En décembre 2006, Bernard Kouchner a indiqué qu'il se verrait bien ou pourquoi pas dans un gouvernement d'union nationale si Nicolas Sarkozy était élu, tout en réaffirmant sa fidélité au Parti socialiste.

En février 2007, il rejoint l'équipe de campagne de la candidate socialiste Ségolène Royal tout en prônant l'ouverture politique comme la propose François Bayrou. Dans cette logique, et suite à l'appel de Michel Rocard pour un accord PS-UDF, il prend position pour un rapprochement avant le premier tour entre Ségolène Royal et François Bayrou, dans une interview accordée au Journal du dimanche du 15 avril 2007.

Le 18 mai 2007, bien que membre du Parti socialiste, il accepte finalement de participer au gouvernement François Fillon en tant que ministre des Affaires étrangères et européennes. Le PS, par la voix de son premier secrétaire, a aussitôt précisé qu'une procédure d’exclusion à son encontre sera enclenchée rapidement. François Hollande s'est exprimé en ces termes: Bernard Kouchner « est exclu de fait aujourd'hui. C'est automatique, comme lorsqu'on se présente contre un candidat désigné par son parti. Bernard Kouchner va être solidaire de ce gouvernement. Il va donc soutenir la droite contre les candidats socialistes aux législatives. » .

Bernard Kouchner a signé un article intitulé « Pourquoi j'ai accepté » et publié dans l'édition datée du 20 mai 2007 du journal Le Monde, où il s'explique sur son ralliement à un gouvernement de droite en se revendiquant social-démocrate .

À 67 ans, il est le doyen de ce gouvernement dont la moyenne d'âge est de 53 ans.

Le 19 août 2007, il se rend en Irak pour un voyage officiel de trois jours. Le ministre est le premier haut responsable français à y aller depuis l'invasion américaine de mars 2003, à laquelle la France s'était opposée. Il y rencontre des représentants de toutes les communautés, y compris celle des catholiques chaldéens, et suggère une piste de travail pourrait être un partenariat entre trois "piliers" : "Les Américains parce qu'ils sont là, un gouvernement irakien peut-être un peu plus habile que celui qui existe actuellement et les Nations unies avec une présence élargie". À cette occasion, il formulera des excuses au gouvernement irakien pour avoir proclamé dans le pays qui l'invitait : Beaucoup de gens pensent que le premier ministre devrait être changé. Mais je ne sais pas si cela va se produire, parce qu'il semble que le président (George W.) Bush est attaché à M. Maliki. Mais le gouvernement ne fonctionne pas. .

Bernard Kouchner déclare le 16 septembre 2007 que la crise du nucléaire iranien impose de « se préparer au pire » qui est « la guerre ».

Dans le cadre de ses fonctions, en novembre 2007, Bernard Kouchner accompagne la politique étrangère de la France vis-à-vis de l'Allemagne, en enregistrant avec Frank-Walter Steinmeier, le ministre des Affaires étrangères et vice-chancelier allemand, dont il partage la spiritualité, et le chanteur allemand Muhabbet une chanson dont l'objectif est de promouvoir la compréhension et l'amitié des Allemands envers la communauté germano-turque. Cet acte inhabituel, quoiqu'officiel, est accompli en parallèle de la visite du président français dans le pays.

Bernard Kouchner se bat pour aider les réfugiés du Darfour, lors de son arrivée à ses fonctions de ministre des Affaires étrangères, il dit vouloir y ouvrir un couloir humanitaire. La guerre civile du Darfour, région riche en ressources naturelles, a fait 200 000 morts et 2 millions de déplacés. Le docteur Denis Lemasson, de Médecins sans frontières, voit cela comme un mélange entre approches militaire et humanitaire, qui pourrait nuire à la sécurité des acteurs humanitaires sur le terrain. ,.

L'association Arche de Zoé, tente d'emmener en France des enfants du Tchad, les présentant comme orphelins du Darfour. Les membres de l'association sont arrêtés et inculpés par la justice tchadienne d'« enlèvement de mineurs en vue de compromettre leur état civil » et d'« escroquerie ». Éric Breteau, un des principaux organisateurs de l'association, accuse Bernard Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères, d'être impliqué dans l'affaire .

Arnaud Montebourg l'accuse de ne jouer qu'un « tout petit rôle de figurant » après que le ministre a été plusieurs fois contraint de s'effacer derrière la cellule diplomatique de l'Élysée. Selon le député UMP, Claude Goasguen, le ministère n'est pas dirigé par Kouchner, mais par Nicolas Sarkozy.

En décembre 2008, Bernard Kouchner estime avoir eu tort de demander un secrétariat d'État aux Droits de l'Homme : « Je pense que j'ai eu tort de demander un secrétariat d'État aux Droits de l'Homme. C'est une erreur. Car il y a contradiction permanente entre les droits de l'homme et la politique étrangère d'un état, même en France ». À contre-courant de son image d'humanitaire, ces déclarations lui font perdre aussitôt 10 points d'opinions positives.

Dans la préface de l'ouvrage collectif Tibet, l'envers du décor (1993), il écrivait « D’abord, il convient d’affirmer que le Tibet est un pays, avec un passé et un présent, comme le prouve le livre riche et passionnant qui suit. En 1950, la Chine a envahi puis annexé le Tibet. » Il dénonce alors le bilan catastrophique de l'occupation chinoise du Tibet : plus d'un million de Tibétains seraient morts, imposition par la politique de l'enfant unique entraînant avortements et stérilisations forcées, devastations écologiques, stockage de déchets radioactifs et expériences nucléaires, mortalité infantile élevée, transfert massif de population chinoise au Tibet, suppression de la religion, pillage des monastères et du patrimoine. Il conclut en affirmant : « En ces temps de certitudes brisées et de triomphe apparent de la Démocratie, alors que partout exclusions et nationalismes se renforcent, nos enfants nous jugeront sur notre attitude face aux malheurs des Tibétains. » Il a rencontré le 14e Dalaï Lama dès 1989 et à plusieurs reprises depuis. Il devait le rencontrer à Nantes, mais il le rencontrera le 22 août, en compagnie de Carla Bruni-Sarkozy, lors de l'inauguration de temple de Lerab Ling de Sogyal Rinpoché à Roqueredonde près de Lodève.

En mai 1994, un mois après le début du génocide au Rwanda, alors que Kouchner n'est plus ministre, il se rend au Rwanda avec Renaud Girard, alors grand reporter au Figaro dans le but d'évacuer des orphelins tutsis retenus à l'hôtel des mille-collines de Kigali. Sur place, le général Dallaire, commandant de la force de l'ONU, la Minuar qui contrôle l'hôtel des mille-collines, est hostile à ce projet « d'exporter des enfants rwandais... pour que quelques Français bien-pensants se sentent un peu moins coupables du génocide. » . Kouchner obtient cependant l'accord de toutes les parties le 16 mai, mais rentre à Paris le 18 mai avant la réalisation du projet. L'évacuation pourra commencer le 4 juin.

Kouchner effectuera deux autres voyages au Rwanda, à la mi-juin et fin juillet. Lors du voyage de mi-juin, il discute avec le leader tutsi Paul Kagame d'une possible intervention française qui sera l'Opération Turquoise. C'est en tant que député européen qu'il effectue le voyage de juillet alors que Kagame est devenu le vice-président du nouveau gouvernement rwandais. Dans son livre polémique Le monde selon K. paru en 2009, Pierre Péan a défendu l'idée que Kouchner radicalisera désormais son discours, devenant un militant de la cause tutsie, dénonçant à la fois la responsabilité exclusive des Hutus et le rôle néfaste de la France.

Kouchner s'est rendu pour la première fois au Kurdistan irakien en septembre 1974, accompagné de ses collègues de MSF Max Récamier et Jacques Bérès. Il reste une quinzaine de jours dans le réduit contrôlé par Moustafa Barzani où vivent environ deux millions de personnes. Il y rencontre Idriss, le fils de Moustafa et constate que les Kurdes manquent plus de médicaments que de mèdecins. En France, le régime irakien de Saddam est soutenu aussi bien par Jacques Chirac que par une frange du PS où l'on trouve Jean-Pierre Chevènement. L'aide aux Kurdes crée également un clivage au sein de MSF, qui voient dans l'aide aux Kurdes un alignement sur des positions américaine et israélienne. Philippe Bernier, pro-irakien, est mis en minorité, mais Kouchner n'obtient pas l'autorisation de publier un article dans Le Monde . Par la suite, Kouchner a toujours gardé des rapports avec les Kurdes. Il effectue plusieurs autres voyages clandestins au Kurdistan. En 1983, en pleine Guerre Iran-Irak, il rencontre Jalal Talabani, un leader kurde qui s'oppose plus ou moins aux Barzani et deviendra président d'Irak en 2005.

En 1991, à l'issue de la défaite militaire de Saddam Hussein dans Guerre du Golfe, Kouchner, alors secrétaire d'état chargé de l'action humanitaire, réclame dans Le Monde que les armées de coalition poussent jusqu'à Bagdad pour renverser le tyran. Pendant la guerre du Golfe, les Kurdes et les chiites s'étaient révoltés, et le cessez-le-feu permettait à l'armée de Saddam d'aller mâter les révoltes. Un groupe de pression formé autour de Kouchner, André Glucksman, Yves Montand, Danielle Mitterrand obtient que la France fasse voter au Conseil de sécurité des Nations unies la résolution 688 qui ouvrait la voie à une opération militaire pour protéger les populations civiles. Il effectue ensuite plusieurs voyages en Turquie et en Iran d'où sont organisés des parachutages sur le Kurdistan irakien. Ensuite, en vertu de la résolution 688, les aviations américaine et britannique assurent la sécurité d'un sanctuaire kurde, en territoire irakien. C'est dans ce sanctuaire que Kouchner se rend en compagnie de Danièle Mitterrand en juillet 1992. En 1994, alors que les partisans de Barzani et ceux de Talabani s'entredéchirent, il convainc François Mitterrand d'inviter les deux factions kurdes à Rambouillet, ce qui n'empêche la guerre entre Kurdes de durer encore deux ans.

Kouchner se rend une dernière fois au Kurdistan en octobre 2002, alors que la gerre civile kurde a pris fin et que les les Américains de George W. Bush sont en train de préparer la Guerre d'Irak. Il y rencontre Talabani qui l'assure que les Kurdes souhaitent la guerre américaine.

Le 4 février 2003, il publie un éditorial avec Antoine Veil dans le Le Monde intitulé « Ni la guerre ni Saddam » où il se déclare opposé à l'imminente guerre en Irak, Saddam Hussein devant être contraint à abandonner le pouvoir par la pression diplomatique, via l'ONU,.

Toutefois, la perspective d'un départ négocié du dictateur irakien s'éloignant, et devant le raidissement des positions entre les partisans de la guerre, groupés autour des États-Unis et du Royaume-Uni, et leurs opposants, emmenés par la France, la Russie et la Chine, sa position évolue, et il dénonce l'éventualité d'un veto de la France au Conseil de sécurité de l'ONU,,. Au printemps 2003, il est, avec André Glucksmann, Pascal Bruckner, Alexandre Adler, Romain Goupil, Alain Madelin, Pierre Lellouche, Hervé Mariton, l'une des rares personnalités françaises à ne pas désapprouver la guerre engagée par les États-Unis et leurs alliés contre l'Irak.

Les premières prises de position de Kouchner vis à vis de l'État d'Israël et des Palestiniens date de la Guerre des Six Jours, alors qu'il collabore avec Emmanuel d'Astier de La Vigerie à l'éphémère mensuel L'Évènement. Ce sera d'ailleurs un motif de rupture entre les deux hommes, Kouchner ne supportant pas les reportages complaisants que D'Astier avaient faits sur des dirigeants arabes comme Nasser ou le roi Hussein de Jordanie. La position que Kouchner avait exprimée dans un dossier de L'Évènement (« La volonté nationale du peuple palestinien est légitime et rien n'interdit sa coexistence avec le peuple d'Israël ») étant proche de celle de Marek Halter, il rejoint ce dernier au Comité international de la gauche pour la paix au Proche-Orient mais se démarque du soutien inconditionnel aux Palestiniens contre le l'État sioniste, fréquente chez les jeunes juifs gauchistes de son entourage (voir Antisionisme).

Dans les années qui suivent, marquées par les répercussions du problème palestinien en Jordanie et au Liban, Kouchner effectue de fréquentes missions humanitaires dans cette région du monde. Avant le création de MSF, en septembre 1970 que l'on appelle Septembre noir, Kouchner répond à un appel du Comité international de la Croix-Rouge et se rend avec Max Récamier et deux autres médecins en Jordanie où l'affrontement entre les Palestiniens de Yasser Arafat et le roi Hussein de Jordanie a tourné au désavantage des Palestiniens, massacrés par dizaines de milliers. Les quatre médecins français montent un dispensaire en collaboration avec le service de santé palestinien.

Quelques années plus tard, en 1976, sa présence au Liban se situe dans le cadre de Médecins sans frontières dont il est l'une des figures de proue. À l'invitation du Croissant Rouge palestinien, MSF installe un hôpital de fortune dans la banlieue de Beyrouth, à Nabaa, enclave chiite dans un quartier tenu par les phalanges chrétiennes. Kouchner qui avait participé à l'installation s'y rend pratiquement chaque mois pour accompagner les nouvelles équipes. Il se rend aussi à Saïda, ravagé par les bombardements israéliens où MSF s'était installé dans un hôpital, puis, en 1978, dans le quartier chrétien de Beyrouth bombardé par les Syriens. Dans les années 1980, alors qu'il a quitté MSF, Kouchner retourne fréquemment au Liban. En 1989, lors de l'offensive syrienne, Kouchner, chargé de l'action humanitaire dans le gouvernement Rocard, obtient qu'un bateau militaire, La Rance soit mise à sa disposition pour l'évacuation des blessés.

Il ira soutenir en personne l'Initiative de Genève, plan de paix alternatif prévoyant la création d'un État palestinien aux côtés d'Israël, et prend part au « groupe de contact » soutenant l'initiative. Kouchner est reçu Docteur honoris causa de l'Université hébraïque de Jérusalem (UHJ) en 2005. En 2007, sa nomination comme ministre des Affaires étrangères après l'élection de Sarkozy est vue de manière très positive par les milieux gouvernementaux israéliens qui s'étaient inquiétés de la possible nomination d'Hubert Védrine à ce poste.

Bernard Kouchner se bat pour aider les réfugiés du Darfour et, lors de son arrivée à ses fonctions de ministre des Affaires étrangères, il affirme vouloir y ouvrir un couloir humanitaire.

Un de ses anciens collègues de Médecins sans frontières, le docteur Denis Lemasson, considère cela comme un mélange entre approches militaire et humanitaire, et y voit un rapport récent entre le rejet par les gouvernement soudanais et tchadien de l'exploitation du pétrole par le groupe français Total dans la région,.

Lorsque l'association Arche de Zoé tente d'emmener en France des enfants du Tchad, les présentant comme orphelins du Darfour, et que ses membres sont arrêtés et inculpés par la justice tchadienne d'« enlèvement de mineurs en vue de compromettre leur état civil » et d'« escroquerie », Éric Breteau, un des principaux organisateurs de l'association, accuse Bernard Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères, d'être impliqué dans l'affaire.

Bernard Kouchner est régulièrement cité depuis les années 2000 dans les sondages d'opinion comme une des personnalités publiques (a fortiori politiques) les plus populaires des Français, ce qui est souvent expliqué par sa présence médiatique, ses engagements humanitaires suscitant une large adhésion, ainsi que par son éloignement des combats « politiciens » (luttes d'appareil, désaccord systématique avec le camp adverse).

Sa décision de rejoindre un gouvernement de droite malgré son passé de gauche, lui ont valu de nombreuses animosités à gauche, notamment dans les rangs du Parti socialiste.

Kouchner rend en 2003, un rapport pour Total, payé 25 000 € par Total, où il affirme notamment que « le recours au travail forcé est une coutume ancienne... Ayant été prévenue de cette violation des droits de l'homme, la compagnie Total exigea que ces exactions cessent. Elle s'en ouvrit à Rangoon aux dirigeants qui promirent d'intervenir et le firent... Sur place, les responsables de la compagnie française allèrent jusqu'à payer le salaire habituel aux villageois qui avaient été raflés et forcés de travailler. ». Les liaisons entre les groupes pétroliers français Total et américain Unocal avec la junte birmane, pratiquant l’esclavage et les viols sur la population, est dénoncé par les associations de défense des droits de l'homme comme la FIDH, ERI et la CISL,,. Ce rapport de 19 pages, réalisé par la société BK conseils créée pour l'occasion, sera utilisé pour défendre Total contre des victimes birmanes ayant porté plainte contre le groupe .

En 2008 et 2009, deux livres ont été publiés dressant chacun un portrait de Bernard Kouchner. L'un à décharge, Les 7 vies du Docteur K, de Michel-Antoine Burnier (XO éditeur). L'autre, à charge, Le Monde selon K, de Pierre Péan (Fayard).

Dans son livre publié le 4 février 2009 aux Éditions Fayard, Pierre Péan met Bernard Kouchner en cause pour des activités de conseil qu'il a eues auprès des autorités du Gabon et de la République du Congo, dans le cadre de la réforme du secteur de la santé de ces pays, et notamment pour une intervention dans le recouvrement de factures pour deux sociétés de conseil, Africa Steps et Imeda, alors qu'il était déjà nommé au Quai d'Orsay. Après des déclarations de Jean-Marie Bockel condamnant la Françafrique, Omar Bongo aurait révélé à Nicolas Sarkozy les affaires de Bernard Kouchner et obtenu la mutation de Jean-Marie Bockel dont le ministre de tutelle était Bernard Kouchner. Suite à ces révélations, le ministre a évoqué des « allégations inexactes, ». À la suite du livre de P. Péan, Le Monde selon K, Arrêt sur images souligne le silence des médias sur ces affaires de conflits d'intérêts, et Arnaud Montebourg, dans un communiqué, dénonce un « ex-French doctor » qui se retrouve « dans une pénible dérive affairiste où l'argent de la Françafrique rémunère grassement le faux idéal de Bernard Kouchner », ce qui, selon lui, « achève de déconsidérer l'intéressé, en confirmant sa préférence pour l'argent et l'affairisme, plutôt que la défense de l'idéal des droits de l'homme ». Le ministre a réagi dans Le Nouvel Observateur, ce qui a déclenché une polémique médiatique Pour Le Monde, « l'ouvrage est principalement une attaque en règle de la politique de Bernard Kouchner, sur fond de désaccord idéologique majeur exprimé par l'écrivain, en particulier sur le génocide rwandais » qui occupe en effet une grande partie du livre - mais pas autant que ce qui concerne les relations de Kouchner avec des dictateurs africains. À l'étranger, de grands journaux ont favorablement rendu compte du livre de Pierre Péan (The Guardian, The Independent, The Washington Post). Sur l'échiquier politique, la droite prend le parti du ministre des Affaires étrangères tandis que la gauche hésite après les explications de Bernard Kouchner devant les députés.

Le 25 février 2009, France Inter met en ligne sur son site l'intégralité des rapports sur les systèmes de santé gabonais et congolais effectués par Bernard Kouchner en 2004 et 2007, pour des sociétés privées tenues par ses proches. D'après France Inter, ces rapports n'ont connu aucune suite.

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Médecins du monde

Logo de l'association

Médecins du Monde est une association loi de 1901 de solidarité internationale (ONG) basée sur le bénévolat de professionnels de la santé pour apporter une aide humanitaire aux populations vulnérables en France et dans le monde.

En 1979, Bernard Kouchner, qui était membre de Médecins sans frontières défendit l'idée de mener une opération intitulée « Un bateau pour le Viêt Nam » à laquelle se sont opposé les autres dirigeants de l'association. Il quitta alors cette organisation pour fonder, en 1980, Médecins du Monde avec un groupe de médecins militaires, et mener alors une campagne au Viêt Nam.

L'association se développe en intervenant lors des grandes crises qui ont marqué les années 1980 comme en Afghanistan, au Salvador, en Arménie… Médecins du Monde lutte aussi contre l'exclusion en France : elle ouvre, en 1986, un centre de soins et en 1987 le premier centre de dépistage du VIH, volontaire, anonyme et gratuit à Paris.

» La chute du mur de Berlin marque le passage à un monde global et complexe. Médecins du Monde milite avec d'autres ONG pour la création d'une Cour pénale internationale. Elle intervient en ex-Yougoslavie, en Somalie, au Rwanda, au Burundi, au Zaïre/Congo, en Iran, au Kosovo, en Turquie, au Timor, en Tchétchénie... L'association connaît une croissance importante : à la fin des années 90, plus de 70 missions sont mises en œuvre à travers le monde, dans plus de 50 pays.

L’action humanitaire devient de plus en plus difficile sur le terrain. Les contours des conflits sont moins nets, les ONG entrent sur la scène diplomatique… Médecins du Monde réaffirme sa position : une association de soignants militants et indépendants.

Elle maintient sa présence auprès des plus vulnérables, partout dans le monde, et développe son action en matière de réduction de risques liés à l'usage des drogues. Elle intervient en Afghanistan, dans les Territoires palestiniens, en Tchétchénie, au Maroc, en Côte d'Ivoire, en République démocratique du Congo, au Zimbabwe, au Libéria, en Haïti, au Soudan, en Indonésie, au Liban…

Médecins du Monde est présent dans plus de 60 pays. L'association mène des missions d'urgence et maintient ses activités au-delà des crises afin de participer à l'effort de reconstruction et mène des programmes de développement, de formation d'équipes médicales...

Ces activités sont souvent prolongées par une phase de reconstruction destinée à rééquiper les centres de soins détruits et à faire redémarrer les systèmes de santé. Depuis sa création, l'association intervient dans la plupart des grandes catastrophes naturelles, notamment en Iran et en Algérie (2003), en Indonésie (2004 et 2006), au Pakistan (2007) en Birmanie (2008). Médecins du Monde apporte un soutien aux populations victimes de conflits comme au Kosovo (1999), en Côte d'Ivoire (2002), au Libéria (2003), au Liban (2006) ou au Darfour (2004-2008) et se mobilise également sur des crises chroniques comme en Tchétchénie (1995) ou en Irak (2003 - 2008).

Pauvreté, discriminations, violences, guerre, espoir d'une vie libre et d'un avenir pour leurs enfants : autant de raisons qui poussent une personne, une famille à quitter un pays, des proches, un travail, tout un passé. Avec à l'arrivée, rejet et exclusion. Mais aussi violences et difficultés d'accès aux soins. L'association milite pour la non-expulsion des étrangers malades qui ne peuvent pas être soignés dans leur pays d'origine et un droit universel et opposable à la santé pour tous.

La fin des années 1980 est marquée en France par l'épidémie de sida et la recrudescence de la pauvreté. Médecins du monde crée en 1986 la première « Mission France ». Avec ses « Dix propositions pour l'accès aux soins pour tous », publiées en 1995, Médecins du monde réaffirme la priorité des soins avant tout examen administratif, qu'il s'agisse de personnes sans couverture sociale ou d'étrangers sans papiers. Cette idée a été reprise en 1999 lors de la mise en place de la Couverture maladie universelle (CMU).

Les centres de soins ont pour objectifs d'offrir des soins gratuits aux personnes en situation d’exclusion ou de vulnérabilité. Une équipe pluridisciplinaire accueille les patients sans imposer de contraintes, les soulage de leurs maux en adaptant les pratiques médicales aux patients et travaille avec eux à la récupération de leurs droits pour accéder aux dispositifs publics de santé.

Le droit au logement est un droit fondamental. Et pourtant, la grande majorité des patients vus par MdM France est sans-abri ou demeure dans des logements précaires.

Médecins du Monde repère les immeubles insalubres, informe les familles sur cette maladie, dépiste, et suit des familles d’enfants intoxiqués (au nombre de 85 000 en 2007). Elle mobilise également les acteurs locaux de la santé, de l’habitat et du droit.

Nos équipes assurent des consultations, diffusent des messages de prévention, et orientent les migrants vers des partenaires et vers le système de santé de droit commun.

Les gens du voyage sont menacés dans leurs droits, et cela se répercute physiquement et psychologiquement. L’objectif des équipes mobiles de Médecins du Monde est donc double : rencontrer les gens du voyage sur leurs lieux de vie, et les aider à faire reconnaître leurs droits.

Les Rroms quittent leur pays d’origine pour fuir la discrimination raciale et la misère. Toutefois, la multiplication des expulsions, provoquant la rupture de la continuité des soins, les fragilise et rend leur vie encore plus précaire.

Depuis la mise en vigueur de la loi sur le délit de racolage passif en 2003, les conditions de vie des personnes se prostituant se sont largement dégradées, et les violences à leur encontre se sont multipliées.

La réduction des risques liées aux pratiques prostitutionnelles, à l’usage des drogues dans les raves ou auprès des jeunes marginalisés est aussi une priorité qui exige un accompagnement social, médical, administratif et juridique. Les programmes d’échange de seringues sont reconnus comme établissements médico-sociaux depuis 2006 et sont financés par l’assurance maladie. Nos équipes vont au-devant des usagers de drogues dans la rue, les squats, et les raves pour fournir du matériel stérile et ainsi réduire les risques (Hépatite, Sida,...) encourus par la consommation de drogues.

Le soutien affectif est primordial dans le processus de lutte contre la maladie. De nombreux enfants aux pathologies souvent très lourdes et majoritairement de milieux défavorisés sont hospitalisés dans la région parisienne car impossible à traiter sur place. Beaucoup d’entre eux arrivent seuls et nécessitent le soutien affectif de bénévoles leur rendant visite trois fois par semaine.

Les missions sur le terrain de Médecins du monde sont diverses : missions d'urgence, de gestion de crise, de réhabilitation ou de développement.

Urgence : La mission d'urgence se définit par l'engagement d'une aide permettant de satisfaire les besoins essentiels à la survie des populations en détresse.

Crise : La crise est une rupture contextuelle ayant des incidences médicales fortes sur les populations. Médecins du monde distingue 4 types de crises : Les crises sanitaires (épidémies), les crises politiques génératrices de violences (Afghanistan, Irak, Guinée ...), les crises économiques génératrices d'entraves à l'accès aux soins (maquilas, accès aux ARV) et enfin les crises environnementales (nucléaire ...). Réhabilitation : La mission de réhabilitation est ce moment complexe, ou il s'agit après les crises de permettre aux populations de reconstruire temporairement certaines capacités sans encore être dans les projets de développement.

Développement : La mission de long terme permet d'apporter des solutions durables aux conséquences de la misère sur la santé.

Toutes les missions de Médecins du monde reposent une organisation structurée et un déroulement planifié et codifié par l'association, et surtout sur l’engagement de volontaires et de bénévoles : médecins,dentistes, infirmières, laborantins, psychologues, juristes, administrateurs, logisticiens ...

Médecins du Monde est financé par les dons du privé, ainsi que par des subventions administratives nationales ou internationales. Un soin est apporté à ceux dont les dons privés restent majoritaires pour conserver une indépendance des structures d'État.

En 2003, les ressources totales de l'association atteignent 43,6 millions d'euros.

Pour promouvoir son action auprès du public et lui permettre de faire appel au don en confiance, la section française de l’organisation, en tant qu’association, adhère au .

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Rôle de la communauté internationale dans le génocide au Rwanda

La France, présente à travers l'Opération Noroît d'octobre 1990 à décembre 1993, dispose encore sur place de quelques dizaines d'officiers et attachés militaires. La Belgique, ancienne puissance coloniale du Rwanda a gardé de nombreux liens et une présence dans le pays à travers de nombreux coopérants et sa participation déterminante au sein de la Minuar. Le Burundi, à la frontière sud, dont la langue, la culture, les conflits et l'histoire coloniale présente des similitudes avec le Rwanda. Le Burundi vient aussi de perdre son président dans le même attentat que celui qui tua le président rwandais. L'Ouganda, à la frontière nord, où s'est constitué le noyau dur du Front Patriotique Rwandais, mouvement d'exilés tutsi et de quelques opposants hutu qui attaqua militairement le Rwanda en octobre 1990 pour "rentrer au pays", est accusé par le Rwanda et par son alliée la France de servir de base arrière au FPR. Le Vatican et l'Église catholique occupent une place prépondérante au Rwanda depuis la colonisation, notamment dans toute l'organisation sociale, l'éducation et l'animation culturelle du pays.

Au delà de ces pays, l'ensemble de la communauté internationale, à travers les médias, les sociétés civiles et des décisions de l'ONU va éprouver les limites de ses capacités dans la mise en œuvre de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée à l'unanimité à l'Assemblée générale des Nations Unies en décembre 1948, après la prise de conscience internationale du génocide des Juifs pendant la deuxième guerre mondiale.

La Belgique a été extrêmement choquée par les événements de 1994. En tant qu'ancienne puissance coloniale elle suivait avec intérêt les événements de ce pays. La Minuar était composée pour moitié de soldats belges. Un ministre de Belgique, était venu en visite en février 1994, à un moment où selon certaines sources difficiles à vérifier, le déclenchement du génocide aurait été imminent. Rien ne permet de dire si cette visite a retardé ce déclenchement.

Après avoir envahi le Rwanda – alors colonie allemande – en 1916, la Belgique se vit confier un mandat par la SDN en 1923. Pour des raisons qui tiennent à l'état des théories anthropologiques du monde occidental contemporain des années 20-30, la Belgique institua au Rwanda et au Burundi, administrés conjointement, un régime colonial qui divisa en ethnies la population du pays et imposa systématiquement la domination administrative des Tutsi sur les Hutu et sur les Twa. Cette politique s'est matérialisée par la mise en place d'une carte d'identité ethnique et la désignation systématique de notables Tutsi comme administrateurs coloniaux dans les régions du Rwanda . Les Tutsi ont dans leur grande majorité accepté cette dérive, et ont introjeté sans objection cette idéologie qui les favorisait.

Lorsqu'au cours des années 1950, les Tutsi revendiquèrent l'indépendance, la Belgique renversa son alliance avec la monarchie tutsie au profit des Hutus . À la suite d'évolutions intellectuelles, dont une forme de théologie raciale de la libération au sein de l'Église catholique coloniale au Rwanda, elle détourna les frustrations Hutu contre les privilèges qu'elle avait accordés à ses relais coloniaux. Les Tutsi devinrent la cible de la colère anticoloniale. La Belgique fut contrainte par les institutions internationales et la pression montante dans le pays d'accorder l'indépendance au Rwanda en 1962. À partir de là, les Tutsi devinrent l'objet de discriminations (quotas stricts pour l'accès aux universités et à la fonction publique par exemple) et de persécutions, perçues en Europe (le quotidien français Le Monde du 4 février 1964 titrait sur trois colonnes en dernière page : « L'extermination des Tutsi, les massacres du Ruanda sont la manifestation d'une haine raciale soigneusement entretenue. »).

En octobre 1990, après l'attaque du FPR au nord du pays, la Belgique intervient au Rwanda conjointement avec la France, pour protéger et évacuer les ressortissants étrangers. Mais contrairement à la France, devant la vague d'arrestations arbitraires de 8 à 10 000 Tutsi, la Belgique prend ses distances avec le régime rwandais et retire ses troupes rapidement.

Lorsque l'ONU décide de constituer la Minuar en 1993 une mission pour soutenir l'application des Accords d'Arusha au Rwanda, la Belgique fournit la moitié du contingent de casques bleus.

Après l'attentat du 6 avril 1994, la radio des mille collines diffusa la rumeur que les soldats belges de la Minuar en étaient l'auteur. Dix soldat belges furent capturés et assassinés par la Garde présidentielle rwandaise le 7 avril 1994. Cet épisode dramatique plongea la Belgique dans la consternation.

Déçue par le manque de soutien à l'ONU pour renforcer la Minuar, la Belgique décida son désengagement de la Minuar. Dans la foulée, l'ONU entérina la décision belge et le 21 avril 1994 la résolution 912 du Conseil de sécurité des Nations Unies réduisit la Minuar à 270 observateurs . Un informateur, appelé « Jean-Pierre » par le général Dallaire, avait annoncé début 1994 à la Minuar ce projet de s'en prendre à des soldats belges pour les chasser et affaiblir le potentiel de résistance internationale au génocide.

Après le génocide, la Belgique, traumatisée, engagea une réflexion parlementaire. Le sénat de Belgique institua une Commission d'enquête parlementaire qui enquêta et rédigea un rapport parlementaire.

Pour le premier objectif un procès a eu lieu en 2007 contre un officier rwandais, Bernard Ntuyahaga, accusé de l'assassinat de la première ministre rwandaise et d'avoir capturé, transporté et assassiné les casques bleus au camp militaire de Kanombe où ils ont été massacrés. Il a été condamné à 20 ans de prisons .

Pour le deuxième objectif, la Belgique s'est doté d'un dispositif juridique lui donnant une compétence universelle pour juger des crimes contre l'humanité. Quatre Rwandais ont été jugés et condamnés pour crimes de génocide par la justice belge.

La France s'est intéressée au Rwanda à partir de 1963, date de signature de premiers accords dans le domaine culturel. A partir de 1975 des accords pour la formation de la gendarmerie rwandaise accentuent l'intérêt de la France pour le Rwanda . François Mitterrand accentuera encore cet engagement de la France en entretenant des relations plus étroites avec Juvénal Habyarimana dès le début de son premier septennat.

Le 18 juillet 1975, Valéry Giscard d'Estaing avait signé avec le président Juvénal Habyarimana des accords de coopération pour la formation de la gendarmerie rwandaise. Cet accord stipulait dans son article 3 des limites très précises : “ ils (les militaires français) ne peuvent en aucun cas être associés à la préparation ou à l’exécution d’opérations de guerre, de maintien ou de rétablissement de l’ordre ou de la légalité ” . Ensuite le président François Mitterrand et le président Juvénal Habyarimana tissèrent des « liens d'amitiés » entre les deux pays.

Le 20 avril 1983, un amendement à l'article 3 de l'accord de 1975 permit aux militaires français chargés de la formation de la gendarmerie rwandaise de servir « sous uniforme rwandais » et supprima les prudentes limites citées plus haut . Dès le début de l'invasion des exilés Tutsi venus de l'Ouganda le 1 octobre 1990, le président Habyarimana appellera la France à le soutenir militairement, bien que, contrairement à une idée répandue, les accords signés entre les deux pays ne soient pas des accords de défense, mais seulement des accords de formation de la gendarmerie rwandaise. S'il y a eu des accords de défense, ils n'ont pu être que des accords oraux, d'homme à homme, entre François Mitterrand et Juvénal Habyarimana.

Le 1 octobre 1990, le FPR entre au Rwanda. Aussitôt le Président Juvénal Habyarimana demande à son homoloque français, François Mitterrand, de l'aider à contrer cette offensive. L'armée française lance l'Opération Noroît le 4 octobre. L'offensive du FPR laissant craindre pour la sécurité des ressortissants français au Rwanda, les dirigeants français de l'époque décident de monter une opération avec le triple objectif de protéger l’ambassade de France, d'assurer la protection des ressortissants français, et, le cas échéant, de participer à leur évacuation.

L'opération Noroît devait être temporaire, mais elle se déroulera de 1990 à 1993. Elle sera toujours justifiée du côté français par la nécessité d'honorer les accords de formation de la gendarmerie rwandaise et celle d'aider le Rwanda à combattre une agression extérieure venue de l'Ouganda. On parlera même d'accords de défense alors que leur existence n'a jamais été établie par les autorités des deux pays .

Le FPR de son côté ne cessera d'accuser la France de le considérer comme ennemi pendant cette période, de ne pas être neutre et de se rendre complice des massacres à caractère génocidaire exécutés par les autorités rwandaises et dénoncés comme tel par des ONG et l'ONU.. En réponse la France et le Rwanda accusent le FPR de massacres encore plus graves mais dont l'étendue ne sera pas confirmée par les enquêtes de l'époque. L'étendue de ces massacres du FPR continue aujourd'hui d'être l'objet d'une vive controverse en France. Son objet est lié à la justification du bien fondé de la politique française au Rwanda pendant l'opération Noroît..

Après le génocide on accusera aussi la France d'avoir formé des miliciens à travers l'opération Noroit, ce que le France a toujours refusé d'admettre .

En décembre 1993, le FPR et ses alliés n'ayant accepté de signer les accords d'Arusha qu'à la condition sine qua non que les troupes françaises quittent le Rwanda, la France s'efface officiellement devant l'arrivée de la Minuar, mission de paix de l'ONU, venue aider à la mise en œuvre des accords d'Arusha. L'opération Noroît s'achève, mais la mission d'assistance technique française a en toute transparence repris la forme qui était la sienne avant octobre 1990.

Trois coopérants militaires français (deux sous-officiers de Gendarmerie et l'épouse de l'un d'entre eux) ont été assassinés dans les heures qui ont suivi l'attentat, au moment où ils accueillaient à leur domicile de nombreux rwandais qui venaient s'y réfugier.

Le 8 avril 1994, deux jours après l'attentat contre le président Habyarimana, la France déclenche l'opération Amaryllis pour permettre l'évacuation sécurisée de 1500 ressortissants, essentiellement occidentaux, ainsi que des membres de la famille du président. Certains rescapés rwandais ont vivement critiqué cette opération qui, selon des témoignages, n'incluait pas l'évacuation des Rwandais menacés par les massacres, même lorsqu'ils étaient employés par les autorités françaises. En revanche les troupes françaises ont assuré l'évacuation de près de 400 personnes presque exclusivement des personnes proches du régime d'Habyarimana, y compris Mme Habyarimana et sa famille .

Le 14 avril l'opération Amaryllis est terminée.

La France fut très active à l'ONU dans les discussions sur le renforcement de la Minuar en mai 1994. Devant l'inertie de la communauté internationale, elle obtint difficilement l'aval de l'ONU, pour conduire l'opération Turquoise, du 22 juin au 22 août 1994. Cette opération fut conduite à partir du Zaïre dans le sud-ouest et le Nord-Ouest du Rwanda.

Les minutes du conseil des ministres, étudiés par Pierre Favier et Michel Martin-Roland, puis par Pierre Péan, indiquent que le président François Mitterrand et le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé étaient des partisans résolus d'une intervention, afin de sauver les vies qui pouvaient encore l'être. Le Premier ministre Édouard Balladur et le ministre de la Défense François Léotard craignaient un dérapage vers une opération coloniale , mais se sont ralliés à la position des deux premiers. Le but annoncé était de protéger, dans une « zone humanitaire sûre », les « populations menacées » aussi bien par le génocide que par le conflit militaire entre le FPR et le gouvernement intérimaire rwandais. La France revendique d'avoir protégé les 8000 Tutsi du camp de Nyarushishi, et d'avoir secouru 800 Tutsi à Bisesero près de Kibuye.

L'attitude réelle de l'armée française sur le terrain est l'objet de vives controverses, selon les périodes et les lieux de l'opération turquoise.

Un gendarme français du GIGN a affirmé en 2005 dans Le Point et sur France Culture que les quinze premiers jours les militaires français sur le terrain avaient été informés par la France qu'il s'agissait des Tutsi qui massacraient les Hutu.

Des affrontements militaires ont eu lieu avec les soldats du FPR de Paul Kagame.

La classe politique française fut presque unanimement en faveur de cette opération. Valéry Giscard d'Estaing fut le seul homme politique français à critiquer ouvertement l'existence même de cette opération, le 7 juillet 1994 par des propos rapportés par le journal Le Monde: "« …Qu’est-ce qu’on va faire ?”, s’est interrogé l’ancien président de la République. “Il y a des Tutsi qui avancent. Est-ce qu’on va s’opposer à leur avance, de quel droit ?”, s’est-il exclamé. « Actuellement on a les Tutsi qui avancent, c’est-à-dire les victimes et on a derrière nous une partie de ceux qui ont procédé aux massacres… ». Les ONG ne s'associèrent pas tout de suite au rôle humanitaire que l'armée attendait d'elles.

Les militaires français ont reconnu avoir procédé, pendant l'opération Noroît, à des contrôles d'identités sur la base de la carte d'identité ethnique de la république rwandaise, qui précisait si la personne était Hutu, Tutsi ou Twa. Ils ont également reconnu avoir conseillé des officiers des FAR dans les combats contre le FPR. Des témoins affirment que des militaires français auraient pris part à ces combats, ce que la France dément.

La France, un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, est ainsi accusée pendant cette période d'avoir armé et aidé le régime. Des voix allèguent qu'en renforçant un camp qui allait devenir génocidaire la France aurait favorisé l'éclosion du génocide.

Pour Pierre Péan et Bernard Lugan, le seul reproche qui peut être fait à la France est de ne pas être allée jusqu'au bout de sa logique, puisque, selon eux, ce seraient les attaques du FPR qui ont déclenché, en toute connaissance de cause, le génocide par les milices hutues, comme les attaques précédentes avaient déclenché, tout aussi sciemment, les premières exactions : la France aurait dû maintenir ses troupes en 1993, ne pas se laisser intimider, et rééditer ce qui avait été fait en 1990.

Des livraisons d'armes aux Forces armées rwandaises, sur l'aéroport de Goma, ville frontalière du Rwanda au Zaïre, auraient été effectuées jusqu'au 18 juillet 1994. L'une d'elle est établie sur la base d'une livraison effectuée par l'Égypte en 1992 qui aurait reçu la caution du Crédit lyonnais, alors banque publique, plus précisément de son agence à Londres. Le document produit par Human Right Watch ne mentionne qu'un blanc à côté de « la banque » se portant caution. Il y a bien eu, en revanche, une livraison par des trafiquants le 18 juillet, mais à cette date, Kigali était déjà tombée aux mains du FPR. La commission d'enquête citoyenne a recensé cinq livraisons dans ses documents collectés, mais un de ses témoins, le journaliste Franck Johannès parle de livraisons quotidiennes.

La France est également accusée d'avoir continué son soutien aux génocidaires pendant l'opération Turquoise, ce que ses responsables réfutent en revendiquant une intervention humanitaire exemplaire. Humanitaire pour les uns, notamment au moment de l'épidémie de choléra dans les camps de réfugiés constitués aux Zaïre, cette opération fut vivement contestable pour les autres, car elle aurait selon eux facilité la fuite de responsables du génocide sans les désarmer, la continuation du génocide plus longtemps que dans le reste du pays et un déplacement massif de populations aux Zaïre (environ deux millions de personnes). Les autorités françaises accusent le FPR d'avoir provoqué la moitié de ces déplacements, en refusant leur conseil de ne pas investir le nord-ouest du pays. Pour le FPR, ces conseils sont une preuve de plus de la collusion française pendant le génocide, puisqu'essentiellement les militaires français demandait au FPR de laisser une partie du pays aux milices génocidaires.

À la suite d’une campagne de presse, notamment des articles du journaliste Patrick de Saint-Exupéry parus en 1994 et en 1998 dans le journal français Le Figaro, le parlement français décida d’examiner l’action de la France au Rwanda, par le moyen d’une Mission d'information parlementaire sur le Rwanda. Des ONG françaises auraient souhaité une mission d’enquête parlementaire, dont les pouvoirs juridiques sont plus étendus, pour rechercher la vérité. Après plusieurs mois de travaux, fondés sur des entretiens et l'étude de documents d'archives, le président de la mission parlementaire, l'ancien ministre des Armées Paul Quilès, conclura à la non culpabilité de la France (décembre 1998).

Dix ans après, lors de l'année 2004, des livres, des films, des émissions de radio et de télévision ont ravivé les polémiques sur le rôle de la France au Rwanda. En mars 2004, le journal Le Monde diffusa des fuites du rapport Bruguière accusant Paul Kagame d'être l'auteur de l'attentat contre Juvénal Habyarimana. De leur côté, à l'initiative de l'association Survie, des ONG insatisfaites par les conclusions du rapport de la mission parlementaire sur le Rwanda, se sont auto-constitués en commission d’enquête citoyenne. À l'issue d'une semaine de travaux à Paris leurs « conclusions provisoires » ont été lues le 27 mars 2004 lors d'un colloque qu'ils ont organisé dans l'enceinte de l'Assemblée nationale française, en présence d'un des deux rapporteurs du rapport parlementaire, l'ancien député Pierre Brana. Le 7 avril 2004, un grave incident diplomatique eut lieu entre le Rwanda et la France lors des commémorations du génocide à Kigali. Au cours des cérémonies, le président rwandais accusa publiquement la France de ne pas s'être excusée de son rôle au Rwanda et de prétendre participer malgré tout aux commémorations.

En juillet 2004, les ministres des Affaires étrangères des deux pays ont convenu de « partager un travail de mémoire » sur le génocide. Le Rwanda annonçait quelques jours plus tard: « le conseil des ministres a adopté le projet de loi organique portant création de la commission nationale indépendante chargée de rassembler les preuves de l'implication de la France dans le génocide perpétré au Rwanda en 1994 » . Le ministère des Affaires étrangères français « a pris acte » de la création de cette commission rwandaise. Cette commission a rendu public son rapport en août 2008 .

Le 22 octobre 2004, le Tribunal pénal international pour le Rwanda demanda officiellement à la « République de France », de permettre à son ancien ambassadeur Jean Michel Marlaud et un de ses représentants militaires, l'officier Jean-Jacques Maurin, de répondre à la demande de la défense du cerveau présumé du génocide : le colonel Bagosora en cours de jugement. Le colonel Bagosora fut le premier officier rwandais ancien élève de l'École de guerre française.

Le 27 novembre 2004, dans un débat télévisé sur France 3, après la projection du film «Tuez-les tous !» réalisé par trois étudiants de sciences politiques, le président de la mission parlementaire d'information pour le Rwanda, Paul Quilès envisagea pour la première fois que « la France demande pardon au peuple rwandais, mais pas à son gouvernement ».

En août 2008, à l'occasion de la publication du rapport de la Commission rwandaise sur l'implication de la France, le ministre rwandais de la justice a publié une liste de 33 personnalités françaises susceptibles d'être poursuivies pour complicité de génocide .

Diverses plaintes ont été déposées en France contre des génocidaires présumés présents sur le sol français . Aucune n'a encore abouti. En juin 2004, la France a été condamnée à ce sujet pour la lenteur de sa justice par la Cour européenne des droits de l'homme .

Le 3 février 2005, la commission d’enquête citoyenne publie en librairie son rapport et un mémorandum juridique pour cadrer la question des poursuites juridiques éventuelles contre des responsables français. Entretemps, des plaintes ont été déposées devant la justice française par des Rwandais, qui se disent victimes de l'action de Français au Rwanda. Il s'agit notamment de viols qui auraient été commis au camp de Nyarushishi, dans la zone humanitaire sûre de l'opération Turquoise, par des soldats français .

Le 16 février 2005 plusieurs nouvelles plaintes ont été déposées devant la justice par maître Antoine Comte et maître William Bourdon à Paris au nom de plaignants rwandais . Les plaintes portent sur des actes de « complicités de génocide » de la part de responsables militaires français que la justice devra identifier. Ces plaintes sont également localisées dans la ZHS de l'opération Turquoise. Conformément au droit international et au droit français, les plaintes pour complicité de génocide sont imprescriptibles.

Le rôle des États-Unis est directement inspiré de l'échec qu'ils venaient de subir lors de leur intervention en Somalie en 1993. Pendant deux mois, d'avril à mai 1994, les dirigeants américains feront la guerre à l'emploi du mot génocide qui aurait obligé la communauté internationale à une intervention au Rwanda en vertu de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1948). Elle fut incontestablement l'un des freins à l'efficacité de la Minuar pendant le génocide.

En 2001, le gouvernement américain déclassifia des documents confirmant l'attitude des USA de ne pas avoir pris en compte la réalité de la situation dès janvier 1994.

Cette attitude, perçue très négativement par les rescapés du génocide amena le président Clinton à présenter des excuses à mots couverts aux Rwandais.

L'OUA, aujourd'hui transformée en Union africaine, a fait un rapport sur le génocide en 2000.

Les pays qui entourent le Rwanda ont accueilli les réfugiés Tutsi qui fuyaient le Rwanda à partir de 1959. L'Ouganda est devenu le lieu de regroupement du Front Patriotique Rwandais qui décida de rentrer par la force au Rwanda en octobre 1990. La Tanzanie, à Arusha, abrita les négociations de paix entre le FPR et le régime Habyarimana, et ensuite le Tribunal pénal international pour le Rwanda.

Les événements du Burundi, très proche du Rwanda quant à la structure de sa population et par la colonisation, mais ayant eu une histoire différente après les indépendances, ont probablement eu une influence très importante sur les planificateurs du projet génocidaire.

Le génocide au Rwanda a été vivement ressenti en Afrique. Mais les Forces armées rwandaises, ex-FAR du régime génocidaire, et les milices Interahamwe ont trouvé refuge notamment au Zaïre. De nombreux responsables du génocide, des planificateurs recherchés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda, ont trouvé refuge dans les pays d'Afrique. Certains ont été capturés et remis au TPIR.

En l'an 2000 un collectif d'écrivains africains se constitua pour écrire « par devoir de mémoire » sur le génocide au Rwanda.

Encore aujourd'hui l'Afrique des grands lacs, et plus particulièrement la République démocratique du Congo, subissent l'instabilité politique en partie provoquée par la présence des forces génocidaires en fuite et par le FPR. L'Afrique du Sud joue un rôle de plus en plus présent dans les efforts de pacification de cette région.

Au moment du génocide, le secrétaire général de l'ONU est Boutros Boutros-Ghali. Le rôle de l'ONU a été critiqué, notamment par la France et le Rwanda. L’ONU n’a pas fait d’enquête sur l’attentat qui a été le signal de départ du génocide. Pendant des semaines, la communauté internationale a laissé faire les tueries sans intervenir. La MINUAR, mission des nations unies au Rwanda, dut se débrouiller pendant cette période dans des conditions que son commandant le général Roméo Dallaire a longuement relatées dans son livre J'ai serré la main du diable. L’ONU a fait un rapport sur le génocide.

Kofi Annan, qui n’était pas encore secrétaire général de l’ONU, a été très marqué par le génocide. Il dirigeait alors le « Domp » (Département des opérations de maintien de la paix), service de l’ONU qui avait la responsabilité du suivi des relations avec la Minuar. Dans son discours du 7 avril 2004, à l’occasion du dixième anniversaire du génocide, il a fait part des préoccupations particulières que lui inspirent les événements du Rwanda dans la prévention indispensable des conflits armés et des génocides.

Dans son rapport « Aucun témoin ne doit survivre », HRW souligne les écarts d’appréciation au moment du génocide entre le général Dallaire et Jacques-Roger Booh Booh, le responsable diplomatique de la Minuar. Selon l’association, au moment du génocide, les communications sur les événements du Rwanda de Jacques-Roger Booh Booh étaient très éloignées de la réalité, contrairement à celles de Roméo Dallaire, et ont probablement contribué à la mauvaise information du Conseil de sécurité.

Dans son livre J'ai serré la main du diable, le général Dallaire a critiqué Jacques-Roger Booh Booh, dont il n’appréciait guère les méthodes et la proximité diplomatique avec la France et le secrétaire général de l’époque, Boutros Boutros-Ghali, qui s’était absenté de cette actualité jusqu’au 21 avril 1994. Il critique également très sévèrement l’action de la France au Rwanda.

En mars 2005, Jacques-Roger Booh Booh publie un livre édité en France, critiquant très durement son ancien subordonné en prenant le risque de s’attaquer à sa réputation morale, sur le même registre que les caricatures de la propagande génocidaire au moment des événements.

Les ONG ont pris le génocide au Rwanda de plein fouet. Certaines, comme la Fédération internationale des Droits de l'Homme ou l’association française Survie, avaient donné l’alerte au moins un an avant.

Lors de l’opération Turquoise de la France, à la fin du génocide, un clivage se creusa entre les ONG qui acceptaient l’intervention et celles qui s’en méfiaient. Les autres sections nationales de Médecins sans frontières ne partageaient pas toutes l’approche de la section française. Les militaires français, qui comptaient sur les ONG pour « faire de l’humanitaire », déplorèrent leurs réticences. Ces réticences furent partiellement vaincues lorsque le choléra éclata dans les camps de réfugiés et qu’il fallut porter secours aux réfugiés malades. Mais en novembre 1994, Médecins sans frontières quitta à nouveau les camps, affirmant que les extrémistes hutus s’étaient imposés par la force dans les populations réfugiées au Zaïre.

Human Rights Watch publia un rapport en mai 1994. En 1999, HRW et la Fédération internationale des Droits de l'Homme publièrent un rapport commun de 800 pages, Leave None to Tell the Story, traduit Aucun témoin ne doit survivre en français.

En 1998 en France des Comités Vérité sur le Rwanda furent initiés pour tenter d’obtenir en vain du parlement qu’il fasse une commission d’enquête sur l’implication de la France au Rwanda au lieu d’une mission d’information .

En 2004 des ONG constituèrent avec diverses personnalités une Commission d'enquête citoyenne sur l'implication de la France au Rwanda qui déboucha sur un rapport de 600 pages : L'horreur qui nous prend au visage et un ouvrage sur la faisabilité de la mise en cause juridique de responsable français devant la justice : Imprescriptible .

Pierre Péan a critiqué le rôle de ces ONG. Dans son livre sur le Rwanda, Pierre Péan estime que le FPR a développé une stratégie de communication très efficace qui en France serait relayée par Survie qu'il qualifie de "Cabinet noir du FPR en France". Il stigmatise notamment le rôle de Jean Carbonare, ancien président de Survie, qui après le génocide et la mise en cause de la France par son association, a travaillé sur des projets de reconstruction au Rwanda avec le président de la République Pasteur Bizimungu. Selon Pierre Péan, Jean-Marie Vianney Ndagijimana, ministre des Affaires étrangères du Rwanda entre juillet et octobre 1994 aurait déclaré : « Carbonare a été l’œil de Kagame auprès de Bizimungu et des membres du gouvernement qui ne faisaient pas partie du premier cercle de Kagame» . Des historiens et sociologues comme André Guichaoua et Claudine Vidal estiment que Pierre Péan a eu raison de dénoncer ces réseaux, mais se sont démarqués du caractère non scientifique de son livre . Survie conteste vigoureusement cette thèse qu'elle estime animée par un négationnisme de la complicité française dans le génocide des Tutsi. .

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David Servan-Schreiber

David Servan-Schreiber, né le 21 avril 1961 à Neuilly-sur-Seine, est un médecin et docteur ès sciences français, il est chargé de cours à l'Université de Lyon I et enseigne comme professeur clinique de psychiatrie à l'Université de Pittsburgh. Sa carrière de praticien clinique au Canada et aux États-Unis a duré de 1983 à 2002. A partir de 2003, il est surtout connu comme chercheur et auteur scientifique auprès du grand public.

Né en 1961, David Servan-Schreiber est issu d'une famille française célèbre. Il est le fils aîné de Jean-Jacques Servan-Schreiber et de Sabine Becq de Fouquières. Il a trois frères: Franklin, Emile et Edouard. Il débute ses études de médecine à la Faculté Necker-Enfants malades à Paris en 1978 et les termine au Québec à l'Université Laval en 1984. Il poursuit ensuite des études de spécialisation en médecine interne et en psychiatrie à l'Hôpital Royal Victoria de Montréal (Université McGill). Plus tard, David Servan-Schreiber rejoint ses trois frères à l'Université Carnegie Mellon de Pittsburgh. Cette université a des activités de recherche en cybernétique et en sciences neuro-cognitives. Les recherches auxquelles David Servan-Schreiber contribue se concentrent sur des applications informatiques en médecine, ainsi que la simulation sur ordinateur des réseaux de neurones qui modulent les états émotionnels. Il crée en 1988 avec Jonathan Cohen un laboratoire de Neurosciences Cognitives cliniques qu'il co-dirigera jusqu'en 1997. Il obtient un des premiers doctorats américains de neurosciences cognitives en 1990 avec une thèse sur "les mécanismes neurobiologiques de la pensée et des émotions" sous l'égide du prix nobel Herbert Simon. Les principaux résultats de sa thèse sont publiés dans le magazine de référence Science sur la simulation de l'influence des émotions sur les processus cognitifs au niveau neuronal.

De 1990 à 1993, David Servan-Schreiber devient interne en psychiatrie clinique à l'Institut psychiatrique de Pittsburgh.

Il est nommé professeur assistant de psychiatrie à la faculté de Médecine de Pittsburgh de 1993 à 1996, et dirige la Division de Psychiatrie de l'hôpital Shadyside du Centre Médical de l'Université de Pittsburgh de 1997 à 2001. Il dirige l'enseignement en Sciences Comportementales, appliquées à la pratique clinique. Il est également directeur des Services de Santé Mentale au Centre de Médecine Intégrative (Center for Integrative Medicine) qu'il a contribué à fonder en 1997 puis qu'il dirige de 2000 à 2002. Dans le cadre de ses recherches cliniques Neuropsychologiques, il finit par étudier aussi les effets des médecines douces complémentaires, en particulier sur les patients atteints de problèmes psychiatriques. Il a publié plus de 90 articles scientifiques dans des revues et conférences internationales. Ses travaux sont récompensés par plusieurs prix. Il est élu par ses pairs " Meilleur Psychiatre de Pennsylvanie " .

David Servan-Schreiber rentre partiellement en France en 2002. Il fonde et dirige l'Institut Français d'EMDR, ainsi que l'association regroupant les praticiens français de cette méthode de psychothérapie (EMDR-France). Il se lance dans l'écriture d'un livre sur ses différents travaux en médecine complémentaire appliqués à la psychiatrie.

Diverses études scientifiques comme la méta-analyse de 2007 de Lin ont confirmé l’efficacité des oméga-3 dans le traitement de la dépression. Quant à la thérapie EMDR, qu'il a introduit en France, elle est reconnue comme un des seuls traitements démontrés être efficace dans le traitement des syndromes de stress post-traumatiques. L'Inserm la mentionne spécifiquement dans une méta-analyse comme une thérapie efficace . En 2008, une étude de l'université de Harvard a confirmé qu'une méthode de relaxation très proche de la cohérence cardiaque induit une modification de l'expression des gènes qui agissent à la fois sur le corps et sur le cerveau et favorisent l'homéostasie.

Suite à la publication de son livre Guérir, la demande en gélules à base d'oméga-3 a énormément augmenté. Considérant que la marché français ne proposait pas de gélules d'une qualité suffisante, David Servan-Schreiber a contribué à la formation d'une société commerciale dont il a créé et dirigé le conseil scientifique et été actionnaire de juillet 2003 à juillet 2007. Bien que la création de cette entreprise de fabrication du produit soit largement postérieure à la publication de Guérir, certains médias lui ont alors reproché d'avoir publié son livre Guérir dans un but publicitaire.

Vendu à 1,3 million d'exemplaires et traduit en 28 langues, Guérir connaît un succès international.

En 2007, David Servan-Schreiber publie un second ouvrage, Anticancer, traduit en 33 langues et imprimé dans le monde à 1 million d'exemplaires, où il parle de sa propre expérience. Soigné grâce à la chirurgie, la chimiothérapie, et la radiothérapie il évoque l'importance des défenses naturelles du corps contre le cancer. Il décrit les changements de style de vie qui contribuent à prévenir la maladie ou à suppléer aux traitements conventionnels pour ralentir son évolution et contribuer à la guérison. Le livre est un best-seller en France, en Belgique (en français et en néerlandais), en Suisse (en français et en allemand) au Canada (en français et en anglais), en Allemagne, en Espagne, en Italie, en Hollande, en Pologne, en Israël, au Brésil, et surtout aux États-Unis où il figure sur la liste du New York Times seulement 10 jours après sa publication en septembre 2008.

En 1991, David Servan-Schreiber se rend en Irak avec Médecins sans frontières en tant que médecin et pédiatre volontaire. Il participe à la fondation de Médecins sans frontières USA dont il sera membre du conseil d'administration de 1991 à 2000. Il ira ensuite au Guatemala en 1996, en Inde à Dharamsala en 1997, au Tadjikistan en 1998 et au Kosovo en 1999. Il participe à l'organisation de services d'urgence médico-psychologiques adaptés à la prise en charge des syndrome de stress post-traumatique affectant tant les civils que les soignants sur le terrain.

En juin 2008, il lance avec divers scientifiques un appel concernant les téléphones portables en suggérant la prudence sur ce sujet et en préconisant -- en autres -- l'utilisation du kit mains libres.

Mais ses critiques contre la psychiatrie et la psychanalyse - entre autres - l'ont à son tour exposé à des critiques de la part de spécialistes de ces disciplines. Ses approches sont souvent discutées sévèrement. Sur la dépression, les thèses de Servan-Schreiber paraissent pouvoir être utiles pour des dépressions légères et modérées pour lesquelles elles peuvent contribuer à se passer du recours aux antidépresseurs comme le confirme le rapport de la Mental Health Foundation. Certains critiques émanant de la psychanalyse traditionnelle suggèrent qu'elles risquent de contribuer à renforcer les résistances de personnes qui auraient besoin de se faire soigner notamment par une psychothérapie, une psychanalyse ou autres. Les travaux de recherche qu'il cite dans son livre récent sur la lutte contre le cancer par des approches naturelles sont à considérer avec l'esprit critique qui s'impose dans tout débat scientifique. Toutefois les thèses de Servan-Schreiber ont été confirmées par certaines des conclusions du rapport d'octobre 2007 du Fonds Mondial de la Recherche Contre le Cancer qui confirme l'importance de la nutrition et de l'activité physique dans la prévention -- et l'accompagnement des traitements -- de la maladie. A son tour, en 2009, un rapport de l'Institut National du Cancer (INCa) en France reprend ces conclusions.

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Source : Wikipedia