Littérature

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Posté par rachel 25/02/2009 @ 00:03

Tags : littérature, culture, podcast

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Littérature chinoise

Li Bai (701-762)

La littérature chinoise a une place à part dans l'histoire de l'humanité, étant donné le culte réservé à la chose écrite en Chine et le caractère unique des caractères chinois, qui tirent leur origine de rites divinatoires et se différencient radicalement des systèmes phonétiques utilises dans la majorité des autres langues.

On peut donc considérer l'émergence de la littérature chinoise au moment où les idéogrammes chinois ont quitté leur vocation originelle pour se constituer en caractères utilisables indépendamment, sans doute 2000 ans avant J-C. Ces premiers écrits gardent toutefois une rigidité canonique ou une vocation philosophique qui pose parfois problème avec la notion occidentale de « littérature ».

C'est sous la dynastie Shang (-1570 à -1045 av. J.-C.) qu'apparaissent les premières formes d'écrits chinois constituant de véritables textes (auparavant on ne peut trouver que des pictogrammes isolés). Il s'agit essentiellement de pictogrammes gravés sur des os, omoplates de bovins, écailles de tortues ou encore sur le bronze ou la poterie. L'interprétation de cette écriture reste difficile, en effet sur les quelques 2 500 caractères que l'on connaît en provenance de ces textes, seuls 1400 correspondent à des sinogrammes chinois postérieurs, et peuvent par conséquent être interprétés. La fonction de ces textes ne fait en revanche aucun doute, il s'agit principalement d'oracles utilisé à fin de divination.

La Chine possède une littérature ancienne riche, aussi bien en prose qu'en poésie. Les textes classiques datent pour la plupart de la dynastie de Zhou (1046 à 256 av. J.-C.) et furent rédigés en Chinois classique. Tous ces textes ont forgé la culture, la philosophie et la pensée religieuse du pays.

L'étude de ce qu'on appelle les "Quatre Livres" et "les Cinq Classiques" (四書五經, 四书五经, Sìshūwǔjīng) était obligatoire pour les étudiants qui souhaitaient passer les concours du mandarinat pour devenir fonctionnaires de l'état. Certains sont attribués à Confucius, mais il n'a peut-être été que leur compilateur. Quoiqu'il en soit, tous ont largement été influencés par ses idées.

Les Quatre Livres (四書, 四书, Sìshū) sont constitués de quatre textes compilés par Zhu Xi durant la Dynastie Song pour servir d'introduction à la philosophie chinoise et au confucianisme. Parmi ces quatre textes, deux sont extrait du Lijing 禮經 ou Classique des rites qui décrit les anciens rites et les cérémonies religieuses de la cour. Il s'agit de la Grande Étude (大學, 大学, Dàxué) et de l’Invariable Milieu (中庸 Zhōngyōng), les deux autres sont : les Analectes de Confucius (論語,论语, Lúnyǔ), une compilation de paroles attribuées à Confucius et rassemblées par ses disciples; et le Mencius (孟子 Mèngzǐ), compilation des entretiens entre Mencius et des rois de son époque.

Les Cinq Classiques (Wǔjīng 五经 ou 五經) quant à eux furent probablement compilés par Confucius lui-même. Le premier est le Classique des mutations ou Yi King (易經, 易经, Yìjīng), manuel de divination basé sur la combinaison de huit trigrammes dont l'invention est attribué au mythique empereur Fuxi. Le deuxième, le Classique des vers (詩經, 诗经, Shījīng), est un ouvrage composé de 305 poèmes divisés en 160 chants chantés lors des festivités ou des cérémonies religieuses de la cour impériale. Le troisième, le Classique des documents ("Shūjīng" 書經, 书经, ou "Shang Shu" 尚書 ou encore tout simplement "Shu" 書) est une collection de documents et de discours dont on suppose qu'ils ont été rédigés par les nobles et les officiels des dynasties Xia, Shang et Zhou. Le quatrième, le Livre des rites (禮記, 礼记, Lǐjì), est une restauration du livre Lǐjīng perdu au IIIe siècle av. J.-C. qui décrit les rites anciens et les cérémonies de cour. Et le dernier, les Annales des Printemps et des Automnes (春秋 Chūnqiū, alias 麟經, 麟经 Línjīng) constitue une chronique de l' État de Lu, (état de naissance Confucius) de -722 à -479. Le Classique de la musique (樂經, 乐经, Yuèjīng) est parfois cité comme le sixième classique, mais il a été perdu pendant la Dynastie Han.

On ajoute parfois d'autres classiques à cette liste pour constituer les neuf classiques (九經, jiujing) ou même les treize classiques (十三經, shisan jing). Mais ces autres textes sont d'importance secondaire.

Historiquement, le taoïsme s'est construit autour de trois œuvres majeures : le Classique de la voie et de la vertu (道德經, 道德经, Dàodéjīng) attribué à Lao Zi; le Zhuang Zi attribué au philosophe du même nom (莊子 Zhuāngzǐ Tchouang-tseu) et le Vrai classique du vide parfait qui aurait été rédigé par Lie-Zi.

À ces trois classiques, il faut ajouter un nombre élevé d'autres textes canoniques qui furent enrichis et compilés progressivement au gré des écoles de pensée et les dynasties successives.

Un certain nombre de ces textes semble avoir été irrémédiablement perdus. Un des plus importants classiques du légisme qui soit parvenu jusqu'à nous est le Han Fei Zi, attribué à Han Fei.

Deux classiques de l'art militaire chinois sont parvenus jusqu'à nous : L'Art de la guerre, attribué à Sun Zi et Les 36 stratagèmes, redécouvert en 1939 sur un marché chinois.

Ces classiques retracent l'histoire de diverses périodes, depuis l'Antiquité chinoise jusqu'à la dynastie Song. Il s'agit des Annales des Printemps et des Automnes de Zuo, attribuées à Zuo Qiuming, des Annales des Printemps et des Automnes de Lü Buwei attribuées à Lü Buwei, du Zizhi Tongjian, attribué à Sima Guang et des Annales de bambou.

Parmi les premières anthologies poétiques les plus influentes on trouve le Chuci 楚辭 (Chants de Chu) constitué initialement de poèmes attribuées au légendaire Qu Yuan 屈原 (vers 340-278 Av. J.-C.) et à son disciple Song Yu 宋玉 (IVe siècle av. J.-C.). Les chants de cette collection sont plus lyriques et romantiques et représentent une tradition différente de celles des premiers recueils de vers comme le Shijing. Durant la dynastie des Han (206 av. J.-C. à 220 ap. J.-C.), ce style à évolué jusqu'à devenir le Fu 賦 : un poème généralement construit en vers rimés à l'exception de son introduction et de sa conclusion qui sont rédigés en prose, souvent sous la forme de questions/réponses. L'ère de désunion nationale qui suivra la période des Han verra le développement d'une nouvelle poésie, profondément influencée par le taoïsme et en quête d'harmonie avec la nature.

La poésie classique atteignit son apogée au cours de la dynastie des Tang (618-907 ap. J.-C.). Le début de la période des Tang est bien connu pour ses lushi 律詩 (« vers réguliers ») poèmes de huit strophes contenant cinq ou sept mots par ligne, ses "Zi" poèmes en vers suivant des règles de prosodie très rigoureuses, et ses jueju 絕句 (« vers tronqués ») poème de quatre lignes contenant cinq ou sept mots par ligne. Les deux poétes les plus célèbres de cette période furent Li Bai 李白 (701-762 ap. J.-C.) et Du Fu 杜甫 (712-770 ap. J.-C.). Li Bai était célébré pour le romantisme de sa poésie et Du Fu était considéré comme un moraliste confucianiste pronant un sens aigu du devoir envers la société.

Les poétes de la période tardive de la dynastie des Tang développèrent un plus grand réalisme et sont connu pour leur vision critique de la société. Ils ont également contribué à l'affinement de l'art de la narration. Un des plus célèbre de ces poètes fut Bai Juyi 白居易 (772-846 ap. J.-C.) dont les poèmes se présentent comme un commentaire inspiré et critique de la société de son temps.

La période des Tang voit également le rejet de la prose ornée et artificielle développée durant la période précédente et l’émergence d’une nouvelle prose, puissante, directe et simple, basée sur les écrits des périodes Han et pré-Han. Le premier partisan de ce style néoclassique et qui influencera abondamment la littérature pendant près de 800 ans, fut Han Yu 韓愈 (768-824), un maître essayiste et un partisan inconditionnel du retour à l’orthodoxie confucianiste.

Les fictions en langue vernaculaire, bien que jamais reconnues par les officiels de la cour impériale, ont commencée à devenir très populaire après le XIVe siècle. Recouvrant un large panel de sujets, structurées plus longtemps et à un niveau moins élevé que les fictions littéraires, ces fictions populaires comprennent un certains nombres d’œuvres maîtresses. La plus célèbre fut certainement le roman familial Hong Lou Meng 紅樓夢 que l’on peut traduire par : Le Rêve dans le pavillon rouge. Cette œuvre semi-autobiographique rédigée par un descendant d’une famille bourgeoise sur le déclin, est reconnue par tous les spécialistes de la fiction chinoise comme une pièce incontournable de ce genre.

Un nouveau courant est amorcé avec les œuvres de Lu Xun (1881-1936). Il prôna un renouveau de la littérature et, notamment, pour la rendre plus accessible, il délaissa le chinois classique au profit de nouvelles rédigées en chinois moderne (Baihuà).

La littérature chinoise a subi un choc d'ampleur jusque-là inconnue dans son histoire suite a la chute de la dynastie Qing et la fin de la culture classique lettrée, revendiquée avec véhémence lors du mouvement du 4 mai 1919. La langue littéraire classique est alors largement remplacée par le chinois vernaculaire dans tous les domaines de la littérature. L'écriture issue du langage oral, appelée baihua 白话, devient un nouveau vecteur de création et d'engagement de la part d'écrivains qui sont rapidement confrontes aux nouvelles idées venues d'Occident, notamment le socialisme et le marxisme (création du Parti communiste chinois en 1921), et l'influences d'auteurs étrangers comme Romain Rolland.

Ce changement fut initié principalement par Lu Xun (1881-1936) qui fut le premier écrivain chinois de prose (autre que le roman) en langue vernaculaire, ainsi que par les réformateurs littéraires Hu Shi 胡適 (1891-1962) et Chen Duxiu 陳獨秀 (1880-1942). L'écrivain Lu Xun rédige des nouvelles et des essais qui incarnent l'évolution de l'écriture passant du wenyanwen, l'écriture classique, au baihua. Le contenu de ses œuvres porte également un témoignage sur la fédération progressive des écrivains au sein de l'Association des écrivains chinois, qui devront souscrire aux préceptes de propagande et de censure du Bureau culturel à partir de l'avènement de la République populaire de Chine en 1949.

La fin des années 1920 et les années 1930 furent des périodes de créativité pour la fiction chinoise, et les associations et revues littéraires adoptèrent de nombreuses théories artistiques qui proliféraient alors. Parmi les écrivains majeurs de cette époque figure Guo Moruo 郭沫若 (1892-1978), un poète, essayiste et critique littéraire; Mao Dun 茅盾 (1896-1981), le premier romancier à sortir de la ligue du mouvement libérateur de Chine et l’un de ceux dont les oeuvres reflètent la lutte révolutionnaire et la désillusion de la fin des années 1920; et Ba Jin 巴金 (1904-2005), un romancier dont l’oeuvre fut influencées par Ivan Tourgueniev et d’autre écrivains russes. Dans les années 1930, Ba Jin rédigea une trilogie qui dépeignait la lutte de la jeunesse moderne contre la dominance de l’antique système familial confucianiste. Lao She 老舍 (1899-1966), satiriste et romancier talentueux, fut un autre écrivain important de cette période. Après 1949, nombre de ces écrivains ont accédés à des postes importants en devenant administrateurs de la nouvelle politique artistique et littéraire chinoise. Beaucoup de ces auteurs qui étaient toujours en vie lors de la révolution culturelle(1966-1976) furent souvent éliminés ou forcés à se soumettre à des humiliations publiques.

La ligue du mouvement libérateur de Chine fut fondée en 1930 et incluait Lu Xun 魯迅 dans sa direction. En 1932, elle adopta la doctrine soviétique du réalisme socialiste qui affirmait que l’art doit se focaliser sur des événements contemporains à travers une approche réaliste, exposant les maux des sociétés non socialistes et promouvant l’avènement du glorieux futur sous le règne du communisme. Après 1949, le réalisme socialiste basé sur le célèbre “Discours de Yan'an sur la Littérature et l’Art” prononcé par Mao en 1942 est devenu l’unique style littéraire des auteurs chinois dont les oeuvres furent publiées. Cependant, des conflits se sont rapidement développés entre le gouvernement et les écrivains. Les talents de satiristes et de critiques de la société contemporaine qui avaient rendus si utiles les écrivains pour le parti communiste chinois avant son accession au pouvoir, ne furent plus les bienvenus par la suite. D’autre part, la persistance parmi les écrivains de ce qui fut déploré comme étant de “l’idéalisme de petit bourgeois” ou de “l’humanitarisme” et une volonté de liberté dans le choix des thèmes de leur œuvres, devint plus gênant encore pour le parti.

Un grand nombre d'écrivains et d'intellectuels chinois ont été envoyés dans les laogai. D'autres sont d'anciens zhiqing, c’est-à-dire ont vécu la déportation à la campagne d'une grande partie de la jeunesse chinoise urbaine à l'issue de la Révolution culturelle à partir de 1967.

Après la mort de Mao Zedong en 1976, Deng Xiaoping lance les réformes économiques et l'ouverture progressive du pays. La littérature des cicatrices, témoin des traumatismes liés a l'éclosion douloureuse de la Chine moderne, fait alors son apparition, conjointement à un florilège d'autres modes d'écritures, assoiffés de liberté créatrice.

L'expression d'idées politiques et notamment d'idées démocratiques émerge alors, jusqu'aux manifestations de la place Tian'anmen, qui durcit la politique de répression et de censure du Bureau culturel. Toutefois, des écrivains comme Wang Shuo ont continue a publier des romans, très critiques de la société chinoise : on a tort de considérer la Chine comme un goulag culturel. Le volume démesuré des publications en Chine, les milliers de maisons d'édition, laissent de nombreux interstices ou une relative liberté d'expression peut trouver sa place.

En particulier, l'écrivain Mo Yan semble disposer d'une totale liberté d'expression sans pour autant être censuré.

Le théâtre (xijù) peut désigner des pièces de théâtre modernes parlées (huàjù), ou des pièces traditionnelles chantées, comme celles de l’opéra de Pékin (Jingjù), de l’opéra de Canton (Yuèjù) ou de l’opéra de la province du Seutchouan (Chuanjù). Les pièces de ces opéras régionaux sont souvent écrites en dialecte local et contiennent des expressions littéraires parfois difficiles à comprendre. Dans le théâtre parlé, les dialogues comiques (xiansheng) sont des formes très prisées. Les sketches sont généralement truffés d’expressions dialectales et populaires, de jeux de mots et de jeux sur les sinogrammes homophones qui favorisent les situations de quiproquo. Ce genre littéraire à ses auteurs renommés comme Hou Baolin, Guo Qiru ou encore Ma Ji.

À cela il faut ajouter le théâtre de marionnettes (Mùouxi) et le théâtre d’ombres chinoises (piyingxi, « théâtre d’ombres en peau »), les figurines étant autrefois découpées dans de la peau d’âne.

Dans les années 1990, le développement exponentiel d'internet a donné lieu à la création d'une nébuleuse de pages web personnelles, et plus récemment, de blogs, dont celui de Mu Zimei, journal de la vie sexuelle d'une jeune fille de Canton, a attiré les foudres de la censure mais également une notoriété nationale.

Les deux blogs de la poetesse et analyste tibétaine Woeser furent subitement fermés fin juillet 2006, à la demande des autorités chinoises et alors qu’une vague de censure dénoncée par Reporters sans frontières frappait l’Internet chinois. Öser y publiait des essais sur la culture tibétaine, ainsi que des articles de son mari, l'écrivain chinois Wang Lixiong, dont le forum a aussi été fermé.

La Chine dispose du plus puissant système de filtrage de sites internet au monde, mais qui ne sévit dans le domaine de la littérature que quand des « excès » acquièrent une certaine notoriété.

En comparaison de l'immensité de la production littéraire chinoise, depuis les temps les plus anciens, seule une très maigre partie a été traduite en langues occidentales. Depuis l'émergence économique de la Chine, ce phénomène éditorial commence à évoluer, avec l'apparition de maisons d'éditions spécialisées comme les éditions Picquier ou Bleu de Chine en langue française.

Phénomène nouveau, des écrivains d'origine chinoise commencent aujourd'hui à s'exprimer directement en langue française, l'exemple le plus édifiant étant François Cheng, premier Chinois d'origine admis à l'Académie française. D'autres, comme Gao Xingjian, ont émigré en France où leurs idées peuvent être reçues publiquement. Beatrice Lao, poétesse chinoise qui travaille en Europe, écrit en anglais.

L'engouement récent pour la Chine a donc eu un impact positif sur la création littéraire chinoise et sa réception à l'étranger, parallèlement à une commercialisation de certains écrivains répondant aux goûts du public français : Mian Mian, Wei Hui ou Mu Zimei sont ainsi des phénomènes littéraires dont la valeur reste encore à prouver.

Des œuvres majeures, comme celles de Mo Yan, continuent heureusement d'être publiées.

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Littérature de langue arabe

Manuscrit arabe du XIIe siècle tiré des Epîtres des frères de la pureté (Ikhwan Alsafa, اخوان الصفا) un groupe de philosophes arabes

La littérature arabe concerne tous les écrits (en prose ou en vers) rédigés en langue arabe. Cela ne comprend pas les œuvres écrites avec l'alphabet arabe utilisé pour transcrire une autre langue comme c'est le cas avec le persan ou l'ourdou. Le terme arabe utilisé pour désigner la littérature est adab qui dérive d'un mot signifiant "inviter quelqu'un à un repas" et qui emporte les idées de politesse, de culture et d'enrichissement.

La littérature arabe a émergé au VIe siècle. Les témoignages antérieurs ne constituent que des fragments de langue écrite. C'est le Coran au VIIe siècle qui a eu l'influence la plus durable sur la culture arabe et sur sa littérature.

La période précédant la rédaction du Coran et le développement de la civilisation islamique est appelée, dans la propre et rénovante langue du coran, Jahiliya ou "ignorantisme". Ce terme d'"ignorantisme", qui a fait usage par la suite surtout entre les musulmans, connote l'idée d'une manière de vivre et d'agir propre aux infidèles censés ignorer la présence édificatrice de Dieu. Bien qu'il y ait peu de traces de littérature écrite durant cette période, la tradition littéraire orale est déjà riche et développée. C'est dans les dernières décennies de la fin du VIe siècle que commence à se développer une véritable tradition littéraire écrite. Les premiers écrits seront compilés deux siècles plus tard dans deux recueils de poèmes : les Mu'allaqât et les Mufaddaliyat. Ces ouvrages de synthèse ne donnent qu'une vision partielle de ce que pouvait être la littérature de l'époque. Il est probable que seuls les poèmes ou les parties de poèmes jugés les meilleurs aient été conservés.

Le Coran a eu une influence considérable sur la langue arabe. La langue utilisée dans le Coran a donné naissance à ce que l'on appelle aujourd'hui "l'arabe classique" qui jouit toujours d'un important prestige parmi les locuteurs des dialectes arabes modernes. Non seulement le Coran est la première œuvre de longueur significative écrite en arabe, mais il présente également une structure bien plus complexe que les travaux littéraires précédents avec son organisation en 114 sourates (chapitres) qui contiennent 6536 ayats (versets). Il présente de nombreuses figures littéraires : injonctions, narrations, homélies, paraboles (considérées comme des paroles divines), ainsi que des instructions et même des commentaires sur le Coran lui-même et la manière dont il sera reçu et compris. Paradoxalement, il est également autant admiré pour ses multiples métaphores complexes que pour la clarté de son texte, une caractéristique qu’il mentionne lui-même dans la sourate 16:103.

Ceci a probablement exercé une pression sur les poètes pré-islamiques du VIe siècle, dont la popularité parmi le peuple les mettait en concurrence avec le Coran. En effet, on constate ensuite un manque manifeste de poètes dignes de ce nom jusqu’au VIIIe siècle. Une exception notable est cependant à relever, il s’agit d’Hassan ibn Thabit qui composa des poèmes à la gloire de Mahomet et fut connu comme le « poète du prophète ». Tout comme la Bible a tenu une place importante dans les littératures des langues étrangères, de même le Coran a marqué durablement l’arabe. Il est la source de nombreuses idées, allusions et citations et son message moral a influencé de nombreux travaux ultérieurs.

En dehors du Coran, les hadiths, qui consignent la tradition de ce que Mahomet est censé avoir dit et fait dans sa vie, constituent une véritable somme littéraire. La totalité de ces actes et travaux sont appelés sunnah ou « le chemin ». Parmi les hadiths, certains, considérés comme plus authentiques, sont distingués sous le nom de sahih. L’une des collections de hadiths les plus emblématiques inclut ceux de Muslim ibn al-Hajjaj et ceux de Mohammed al-Bukhari.

Les recherches sur la vie et l’époque de Mahomet et la détermination des parties authentiques des sunnah, furent une des premières causes majeures du développement de l’érudition en langue arabe. Une des raisons du rassemblement de la poésie pré-islamique tient au fait que certains de ces poètes étaient proches du prophète (comme par exemple Labid, qui a vraiment rencontré Mahomet et s’est converti à l’Islam) et que leurs écrits éclairaient l’époque à laquelle ces événements s’étaient produits. Mahomet a également inspiré les premières biographies arabes, connues sous le nom d’al-sirah al-nabawiyyah. La toute première fut rédigée par Wahb ibn Munabbih mais c’est Muhammad ibn Ishaq qui écrira la plus célèbre. Tout en traitant de la vie du prophète, les lettrés racontaient également les événements et les batailles du début de l’ère islamique, et leurs récits présentent aussi de nombreuses digressions sur les anciennes traditions bibliques.

Un certain nombre des premiers travaux étudiant la langue arabe ont été commencés au nom de l’Islam. La tradition rapporte que le calife Ali, après avoir lu un Coran qui présentait des erreurs, a demandé à Abu al-aswad al-Du'ali d’écrire un livre qui codifierait la grammaire arabe. Un peu plus tard, Khalil ibn Ahmad écrira le "Kitab al-Ayn", premier dictionnaire d’arabe qui comprenait également des travaux sur la prosodie et la musique. Son élève, Sibawayh, produira l’œuvre la plus respectée de la grammaire arabe, connue sous le nom de "al-Kitab" qui signifie simplement « le livre ».

D’autres califes ont exercé leur influence sur l’arabe comme Abd al-Malik, qui en a fait la langue officielle de l’administration du nouvel empire, et Al-Mamun qui a fondé la Bayt al-Hikma ou « maison de la sagesse » à Bagdad, centre de recherche et de traduction. Les cités de Bassorah et Koufa, qui entretenaient une rivalité tenace, furent deux autres foyers d’enseignement importants dans le monde arabe naissant.

Les institutions fondées principalement dans le but d'analyser en profondeur la religion islamique, fournirent un apport inestimables dans l’étude de nombreux autres sujets. Le calife Hicham ben Abd al-Malik fut déterminant dans l’enrichissement de la littérature en enseignant aux lettrés à traduire les œuvres étrangères en arabe. Le premier de ces textes fut probablement la correspondance d’Aristote avec Alexandre le Grand, traduit par Salm Abu al-'Ala'. À l’est, et dans un genre littéraire tout autre, Abdullah ibn al-Muqaffa traduisit les fables animales du Pañchatantra. Ces traductions ont gardé vivants l’érudition et l’enseignement, en particulier celui de la Grèce antique, alors que l’Europe était en plein Moyen-Âge. Beaucoup de ces travaux furent ensuite réintroduits en Europe par le biais des versions arabes.

Une grande partie de la littérature arabe précédant le XXe siècle se présente sous la forme de poésies, et même les écrits qui n’appartiennent pas à proprement parler à ce genre contiennent des bribes de poésie ou prennent la forme de la prose rythmée ou « saj' ». Les thèmes du registre poétique vont des oraisons solennelles aux pamphlets acerbes ou encore des compositions mystiques et religieuses aux poèmes célébrant la sensualité et le vin. Une des caractéristiques essentielles du genre poétique, et qui sera également recherchée dans tous les autres genres littéraires, est l’idée qu’il doit être agréable à l’oreille. La poésie et la majeure partie de la prose furent écrites dans le but d’être déclamées à voix haute, et un grand soin fut apporté pour rendre toutes les compositions aussi mélodieuses que possible. En effet « saj'» signifiait à l’origine « le roucoulement de la colombe ».

Vers la fin du , Ibn al-Nadim, un libraire bagdadi, compila un travail de toute première importance pour l’étude de la littérature arabe. Son Kitab-al-Fihrist est un catalogue de tous les livres disponibles à la vente à Bagdad et il donne une fascinante vision d’ensemble de l’état de la littérature de cette époque.

Une des formes de littérature les plus fréquentes durant la période des Abbassides fut la compilation. Il s’agissait de collections de faits, d’idées, de poèmes et d’histoires instructives traitant d’un seul thème à la fois et recouvrant des sujets aussi divers que la maison et le jardin, les femmes, les resquilleurs, les aveugles, la jalousie, les animaux et l’avarice. Les trois dernières de ces compilations furent écrites par al-Jahiz, un maître incontesté du genre. Ces collections furent très utiles aux nadim (compagnon d’un chef ou d’un noble) dont le rôle était souvent de régaler leur maître avec des histoires et des nouvelles utilisées pour distraire ou pour conseiller.

Un autre type d’œuvre fut associé de près aux collections : il s’agit du manuel, dans lequel les écrivains comme ibn Qutaybah donnèrent des instructions sur des sujets comme l’étiquette, la manière de gouverner, d'être un bon bureaucrate et même d'écrire. Ibn Qutaybah écrivit également l’une des toutes premières histoires du peuple arabe en puisant à la fois dans les histoires bibliques et dans les contes populaires, mais aussi et surtout en se référant aux événements historiques.

Le thème de la sexualité fut fréquemment exploré dans la littérature arabe. Le ghazal ou poème d’amour a une longue histoire, étant parfois tendre et pur, et à d’autres moments beaucoup plus explicite. Dans la tradition soufie, les poèmes d’amour connaîtront une large portée mystique et religieuse. Des guides sexuels furent également rédigés, comme « Le jardin parfumé », le Tawq al-hamamah (« Collier de la colombe ») de ibn Hazm et le Nuzhat al-albab fi-ma la yujad fi kitab (« Jubilation des cœurs concernant ce qui ne sera jamais trouvé dans un livre ») de Ahmad al-Tifachi. D’autres ouvrages s’opposeront à de telles œuvres, comme le Rawdat al-muhibbin wa-nuzhat al-mushtaqin (« La prairie des amoureux et la distraction des amoureux éperdus ») de ibn Qayyim al-Jawziyyah, qui donne des conseils sur la manière de séparer l’amour et la luxure et ainsi d’éviter le péché.

En dehors des premières biographies de Mahomet, le premier biographe majeur à approfondir des personnages plutôt que de se limiter à la rédaction d’hymnes de louange fut al-Baladhuri qui, avec son Kitab ansab al-ashraf ou « Livre des généalogies des nobles », présente une véritable collection de biographies. Un autre dictionnaire biographique important fut commencé par ibn Khallikan puis complété par al-Safadi. Enfin le Kitab al-I'tibar, qui nous relate la vie de Usamah ibn Munqidh et son expérience des batailles des croisades, constitua une des premières autobiographies d’importance.

Ibn Khurradadhbih, apparemment un fonctionnaire du service postal de l’époque, écrivit un des tout premiers guides de voyage. La forme se popularisa par la suite dans la littérature arabe à travers les ouvrages d’ibn Hawqal, d’ibn Fadlan, d’al-Istakhri, d’al-Muqaddasi, d’al-Idrisi ainsi que ceux d’Ibn Battûta dont les voyages restèrent mémorables. Ces ouvrages donnèrent une vision fascinante des nombreuses cultures du vaste monde islamique et offrirent également des perspectives de conversion des peuples non musulmans aux extrémités de l’empire. Ils firent connaître également à quel point les musulmans étaient devenus une puissance commerciale de premier plan. Le plus souvent, ces ouvrages prenaient la forme de comptes rendus foisonnant de détails géographiques et historiques. Ils donnèrent naissance à un genre littéraire à part entière que l'on nomme en arabe : rihla (رحلة) ce qui traduit signifie "voyage".

Certains écrivains se concentrèrent sur l’histoire en général, comme al-Ya'qubi et al-Tabari, alors que d’autres se focalisèrent sur des périodes et des lieux précis, comme ibn al-Azraq qui relate l’histoire de la Mecque ou ibn Abi Tahir Tayfur qui écrivit celle de Bagdad. Parmi les historiens arabes, c’est ibn Khaldun qui est considéré comme le plus grand penseur. Sa chronique Muqaddima, qui prend pour objet d’étude la société, est un texte fondateur de la sociologie et de l’économie arabe.

Il y a comparativement peu de fiction en prose dans la littérature arabe, bien que de nombreuses œuvres non-fictionnelles contiennent de courtes histoires. Une large proportion de celles-ci ont probablement été inventées de toutes pièces ou embellies. L’absence d’œuvres fictionnelles complètes est en partie due à la distinction entre « a-fusha », la langue érudite, et « al-ammiyyah », la langue populaire. Quelques écrivains se sont efforcés d’écrire des œuvres en langue populaire, mais il a été ressentit que cette littérature devait s’améliorer et présenter des objectifs plus précis, c’est-à-dire être davantage instructive plutôt que d’avoir simplement un objectif divertissant. Ce point de vue n’a cependant pas mis fin au rôle traditionnel des « hakawati » ou conteurs d’histoires qui ont continué à raconter les épisodes distrayants des œuvres éducatives ainsi que les nombreuses fables et contes populaires qui n’étaient pas habituellement consignés par écrit.

Les contes des Mille et Une Nuits, qui sont parmi les plus connus de la littérature arabe et qui ont toujours un impact important sur les idées que les non-Arabes ont de la culture arabe, constituent cependant une exception notable à l’absence de fiction. Bien que considérés comme d’origine arabe, ils furent en fait développés à partir d’œuvres persanes, et les histoires elle-même ont peut-être des racines en Inde. Les histoires d’Aladin et la lampe merveilleuse et d’Ali Baba constituent de bons exemples de l’absence de prose fictionnelle populaire en arabe. Habituellement considérées comme des épisodes des Mille et Une Nuits, elles ne font en fait pas partie des contes originaux. Elles y furent incluses pour la première fois dans la traduction française des contes par Antoine Galland, qui les avaient entendus de la bouche d’un conteur traditionnel. Auparavant elles n’existaient que dans des manuscrits arabes incomplets. L’autre personnage haut en couleur de la littérature arabe fictionnelle, Sinbad, provient bien, lui, des Mille et Une Nuits.

Les Mille et Une Nuits sont généralement rangées dans le genre de la littérature arabe épique, au côté de nombreuses autres œuvres. Ce sont habituellement des collections de courtes histoires ou d’épisodes enfilés ensemble dans un long conte unique. Les versions étendues furent consignées par écrit, la plupart du temps assez tardivement, après le XIVe siècle, quoique nombre d’entre elles fussent indubitablement collectées plus tôt et que plusieurs des histoires originelles remontent probablement à l’époque pré-islamique. Dans ces collections on peut trouver de nombreux types d’histoires différentes telles que : des fables animales, des proverbes, des histoires sur le Jihad et la propagation de la foi, des contes humoristiques, des contes moraux, et même des contes traitant de personnages caractéristiques comme l’escroc rusé Ali Zaybaq ou le farceur Juha.

Le genre maqâmat (مقامة), une forme intermédiaire de prose rimée, ne dépasse pas seulement l’opposition entre prose et poésie : elle est aussi une voie intermédiaire entre les genres fictionnel et non fictionnel. En dehors des séries de courts récits qui sont des fictions tirées de situations de la vie réelle, d’autres thèmes sont envisagés. Un exemple célèbre est le Maqâma sur le musc, qui se présente comme une comparaison des caractéristiques de différents parfums, mais qui est en fait une satire politique masquée faisant la comparaison entre plusieurs souverains concurrents. Le maqâmat fait également usage de la doctrine du "badi" qui consiste en l’addition délibérée de tournures littéraires complexes destinées à montrer la dextérité langagière de l’écrivain. Al-hamadhani est considéré comme le fondateur du genre maqâmat et ses travaux furent repris par Abu Muhammad al-Qasim al-Hariri, rédacteur d’un maqâmat qui constitue une étude des travaux d’Al-Hamadhani lui-même. Le maqâmat fut un genre incroyablement populaire de la littérature arabe. Il fut l’une des rares formes que l’on continua à utiliser durant le déclin de la littérature arabe au XVIIe et XVIIIe siècle.

Jamais il ne chanta les chants des chameaux derrière une bête galeuse, Ni ne transperça la coloquinte amère, complètement affamé Ni ne déterra un lézard du sol et le mangea…

L'héritage culturel des habitats arabes du désert a continué à montrer son influence même si de nombreux écrivains et érudits vivaient dans les grandes cités arabes. Lorsque Khalil ibn Ahmad a énuméré les parties de poésie, il nomma les strophes “bayt”, ce qui signifie “tente”, et les pieds “sabah”, ce qui signifie “corde de tente”. Même au cours du XXe siècle cette nostalgie pour la vie simple du désert apparaissait dans la littérature ou du moins les écrits postérieurs étaient consciencieusement remis au goût du jour. Une lente résurgence du persan et une délocalisation du gouvernement et des principaux centres d’apprentissage à Bagdad réduisirent la production de la littérature arabe. Les thèmes et les genres de la prose arabe furent majoritairement repris en persan par des auteurs comme Omar Khayyam, Attar et Rumi, qui furent tous manifestement influencés par les premières œuvres. Au début, la langue arabe conserva son importance dans les domaines politique et administratif, mais avec l’ascension de l’Empire ottoman son usage fut restreint à celui de la religion uniquement. C’est ainsi qu’à côté du persan, les nombreuses variantes des langues turques domineront la littérature des régions arabes jusqu’au XXe siècle, tous en intégrant quelques influences sporadiques de l’arabe.

On appelle littérature arabe moderne la littérature qui débute avec la nahda (نهضة). Ce terme, qu’il est convenu d’appeler Renaissance, signifie littéralement éveil, essor, envol. Ce mouvement est historiquement déterminé à partir du XIXe siècle. Il accompagne la longue agonie de l’Empire ottoman, qui au début du siècle comprend encore la plus grande partie du Moyen-Orient et du Maghreb. Il est contemporain des premières convoitises occidentales, la France, le Royaume-Uni et l’Italie se disputant ces provinces de l’Empire qui sera peu à peu démembré jusqu’à disparaître définitivement en 1923. Il est la conséquence indirecte des deux réformismes politico-religieux qui ont surgi au milieu du XVIIe siècle : celui de Mohamed ibn Abd al-Wahhab (1703-1792), qui prêchait le retour à un islam primitif, débarrassé des innovations postérieures au IXe siècle ; et celui de la confrérie des Sénoussis (Libye) qui prônait, dès 1835, la résurrection nationale et luttait contre les Ottomans d’abord, les Italiens ensuite. Ce réveil est aussi le résultat et l’un des moteurs des réformes économiques, sociales et politiques que la Sublime Porte fut peu à peu obligée de consentir, et de celles qui, à la suite de la campagne de Napoléon Bonaparte (1798-1801), furent commencées en Égypte par Muhammad ‘Alî (1805-1839), puis poursuivies par son fils ‘Ismâ‘il (1863-1879). Il est enfin, au Liban et en Syrie, la conséquence de l’activité accrue des missionnaires, qui se servent de l’arabe pour leur enseignement et leur propagande, fondent des établissement scolaires, puis militaires, et installent des imprimeries. Cet ensemble de facteurs va peu à peu transformer les mentalités, si bien que vers le milieu du siècle émerge au Proche-Orient ce que l’on a pu appeler l’intellectuel moderne. C’est du milieu du XIXe que l’on date parfois la Nahda, le réveil des lettres arabes se produisant à cette époque. Cependant, on considère souvent que l’événement qui en marque le début est la campagne d'Égypte de Napoléon, puisque c’est à ce moment que le monde moderne fait son intrusion dans la région. Entre 1798 et 1801, Bonaparte va occuper l’Égypte afin de couper la route des Indes aux Britanniques et d’en faire une colonie. L’armée française met en déroute les gouverneurs mamlouks, et occupe le pays, ce qui va achever de déconsidérer les anciens gouvernants aux yeux des Arabes. Elle est accompagnée de techniciens, d’administrateurs, de savants, qui excitent la curiosité des ‘ulamâ’ et les initient au savoir occidental. Le chroniqueur et historien ‘Abd ar-Rahmân al-Jabartî (1753-1825) donne un précieux témoignage de cet émerveillement des élites, doublé de la prise de conscience du retard de leur pays sur l’Europe. Le projet militaire des Français échoue ; cependant, à leur départ, les ‘ulamâ’ feront tout pour empêcher le retour au pouvoir des mamlouks et élisent comme gouverneur Muhammad ‘Alî, officier albanais de l’armée turque. Celui-ci, militaire, a pour priorité la modernisation de l’armée et de l’appareil d’État. Néanmoins, il a conscience que toute réforme passe par la formation d’une élite et donc par la mise en place d’une politique éducative ouverte. Dans ce but, il fonde la première imprimerie égyptienne à Bûlâq en 1822, ouvre des écoles laïques, primaires et secondaires, et envoie des étudiants boursiers se former en Europe. Ces trois facteurs seront les éléments déterminants du renouveau de la littérature arabe.

Cette renaissance ne fut pas seulement ressentie au sein du monde arabe, mais également au-delà, à travers un grand intérêt des Européens pour la traduction des œuvres arabes. Bien que l’usage de l’arabe fut ravivé, beaucoup de tropes de la littérature classique qui la rendaient si complexe et ornée furent abandonnés par les écrivains modernes. D’autre part, les formes littéraires occidentales comme la nouvelle ou le roman furent préférés aux formes de la littérature traditionnelle arabe.

Tout comme au VIIIe siècle, lorsqu’un mouvement de traduction du Grec ancien revitalisa la littérature arabe, un autre mouvement de traduction depuis les langues occidentales va offrir de nouvelles idées et de nouveaux matériaux pour l’arabe. Un des tout premiers succès fut Le Comte de Monte-Cristo qui inspira ensuite une foule de romans historiques sur des thèmes spécifiquement arabes. Rifa'a al-Tahtawi et Jabra Ibrahim Jabra furent deux des traducteurs importants de cette époque.

Lors de la deuxième moitié du XXe siècle, des changements politiques majeurs dans le monde arabe ont rendus la vie des écrivains plus difficile. Nombre d’entre eux ont souffert de la censure, tel Sun'allah Ibrahim, et d’autres furent emprisonnés comme Abdul Rahman Munif. En même temps, ceux qui avaient rédigé des œuvres favorables aux gouvernements furent promus à des postes élevés dans les institutions culturelles. Des chroniqueurs et des lettrés rédigèrent également des polémiques politiques et des critiques ayant pour but de remodeler la politique arabe. Parmi les plus connus on trouve Le futur de la culture en Égypte de Taha Hussein, qui fut une œuvre majeure sur le nationalisme égyptien, ou encore les œuvres de Nawal el Saadawi qui milita pour les droits des femmes.

Tout au long du XIXe siècle, de nombreux auteurs explorent les relations entre Orient et Occident. Parmi eux on trouve le réformateur Rifa'a al-Tahtawi (1801-1873) ou encore Alî Mubârak (1823-1893). Des auteurs individuels en Syrie, au Liban, et en Égypte créèrent des œuvres originales en imitant le classique maqâma. L’un des plus remarquables fut Muhammad al-Muwaylihî, dont le livre Le Hadith de Issa ibn Hisham (حديث عيسى بن هشام) constitua une critique de la société égyptienne sous le règne d'Ismaïl Pacha. Cette œuvre représenta la première étape du développement du roman arabe moderne. Cette tendance fut suivie par Georgy Zeidan, un écrivain chrétien libanais qui émigra avec sa famille en Égypte à la suite des émeutes de Damas en 1860. Au début du XXe siècle, Zeidan publia ses romans historiques sous la forme de feuilletons dans le journal égyptien al-Hilal. Ces romans furent extrêmement populaires grâce à la clarté de leur expression, à leur structure simple et à la vive imagination de l’auteur. Khalil Gibran et Mikha’il Na’ima furent deux autres auteurs majeurs de cette période. Tous deux incorporèrent des rêveries philosophiques dans leurs œuvres.

Néanmoins, les critiques littéraires ne considèrent pas les œuvres de ces quatre auteurs comme étant de véritables romans, mais plutôt comme précurseurs des formes que le roman arabe moderne va incarner. Nombre de ces critiques désignent Zaynab, le roman de Muhammad Husayn Haykal, comme le premier véritable roman de langue arabe ; mais d’autres lui préférent Adraa Denshawi de Muhammad Tahir Haqqi. Un des thèmes récurrents du roman arabe moderne est l’étude de la vie de famille, qui présente un parallèle évident avec la famille arabe internationale du monde. Nombre de romans n’ont pas pu éviter les questions politiques et les conflits des régions dans lesquelles la guerre a souvent joué un rôle de fond dans l’apparition des drames familiaux. Les œuvres de Naguib Mahfouz dépeignent la vie au Caire, et sa Trilogie du Caire, qui décrit les luttes d’une famille moderne du Caire à travers trois générations, lui a valu le prix Nobel de littérature en 1988. Il fut le premier écrivain arabe à obtenir ce prix.

Ce n'est qu'à l'époque contemporaine que le théatre et les arts de la scene sont devenus une partie visible de la littérature Arabe. Il y a peu être eu une tradition théatrale plus ancienne, mais elle ne fut probablement jamais considérée comme étant légitime et la majeure partie de ces oeuvres ne fut jamais consignée. Il existe cependant, une ancienne tradition de représentations publiques parmi les musulmans Chiites qui consistent en une pièce dépeignant la vie et la mort de Hussein ben Ali lors de la bataille de Kerbala en 680 ap-JC. On peut trouver également de nombreuses pièces composées par Shams al-din Muhammad ibn Daniyal au XIIIe siècle. A cette époque il mentionne que les vieilles pièces de théâtre sont devenues démodées et offre donc ses oeuvres comme nouveau materiau.

De nouvelles pièces de théâtre ont commencé à être écrites au XIXe siècle, principalement en Egypte. Elle furent, au départ, essentiellement des imitations d'oeuvres françaises ou du moins fortement influencée par elles. Il fallut attendre le XXe siècle pour voir se développer un style plus typiquement arabe qui va se répandre. Le plus important des dramaturges Arabes fut Tawfiq al-Hakim, dont la première pièces mettait en scene l'histoire coranique des Sept Dormants d'Éphèse et la deuxième un épilogue des Milles et Une Nuits. Yusuf al'Ani d'Iraq et Sa'dallah Wannus de Syrie furent deux autres dramaturges importants de cette époque.

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Littérature suisse

Bibliothèque du couvent de Saint-Gall

La littérature suisse est une littérature d’expression allemande, française, italienne et romanche, composée par des auteurs de nationalité ou de culture suisse.

Il n'existe pas, à proprement parler de littérature vernaculaire suisse, ce qui s'explique par la diversité des États et des langues dont elle est composée et qui n'a jamais favorisé de vie intellectuelle commune. Mais il existe quatre branches qui représentent la littérature suisse, chacune se distinguant des autres par la langue dans laquelle elle a été écrite. Comme la Confédération, depuis sa fondation en 1291 jusqu'en 1798, était presque exclusivement composée (à l'exception près du canton de Fribourg) de cantons germanophones, la littérature vernaculaire suisse (si l'une quelconque de ses branches pouvait être qualifiée ainsi) serait la littérature en langue allemande, cependant au XVIIIe siècle le français devint une langue à la mode à Berne et ailleurs, alors que l'influence des régions alliées et sujettes francophones s'accroît.

La branche germanophone est donc bien plus importante et plus « nationale » que la branche francophone qui ne sera pas suisse avant 1815, lorsque ces régions deviendront des cantons à part entière au sein de la Confédération. Ainsi Genève et Lausanne, au XVIIIe siècle, avec leurs sociétés intellectuelles brillantes, n'étaient suisses que de loin, Genève en tant qu'allié et Vaud en tant que sujet. Les branches italophone et romanche sont elles moins fournies.

Alors que le Pacte de 1291 (ainsi que toutes les chartes précédentes) est écrit en latin, les alliances ultérieures ainsi que les documents concernant la Confédération entière seront écrits en allemand. Les documents politiques ne sont pas de la littérature, mais ils attestent que les alliances d'avant la réformation, basées sur le consentement populaire étaient écrites en allemand vernaculaire et non en latin.

La notion de langue nationale, apparaît vers la fin du XVIIIe siècle ainsi que le concept d'une littérature écrite dans une même langue et véhiculant une identité nationale connotée positivement.

En Suisse, les milieux intellectuels débattent de ce concept. Faute d'arguments linguistiques, les partisans d'une littérature nationale suisse unique insistent sur les thèmes communs : les Alpes, la nature et le monde rural. Philippe-Sirice Bridel (1757 - 1845) tente de créer une poésie nationale suisse d'expression française, transcendant l'identité cantonale, où les Alpes constituent un thème dominant. Ces théories ne se confirment pas par une production littéraire effective. Gottfried Keller, (1819 - 1890) rejette l'idée d'une littérature spécifiquement suisse qui ne se réfère pas aux grandes entités linguistiques allemande, française et italienne.

À l'approche de la Première Guerre mondiale, il apparaît nécessaire de combler le fossé culturel entre les régions linguistiques du pays. Le livre Histoire de la littérature suisse (1910), restaure l'image d'une unité littéraire de la Suisse, avec les parties allemande et latine indépendantes « mais en se nourrissant du même esprit, mais en sacrifiant au même idéal ». Edmond Gilliard (1875 - 1969) s'y oppose en mettant en avant le fait de l'importance primordiale de la langue par rapport à tous les autres critères de classification. Il revendique l'autonomie d'une littérature authentiquement vaudoise. À nouveau dans les années 1930, face aux totalitarismes, la vision nationale des littératures suisses se confirme à nouveau.

Au début du XXIe siècle, le terme de littérature nationale paraît quelque peu dépassé. Si la question des liens entre littérature et nation reste d'actualité, la valeur culturelle du plurilinguisme suisse est admise.

À la fin du XIXe siècle, des personnalités du monde littéraire et des arts s'insurgent contre la démolition de bâtiments historiques et la modernisation des vieilles villes. Ces critiques sont à l'origine du Heimatschutz, courant idéologique reposant sur l'idéalisation de la vie rurale et de l'agriculture traditionnelle. La nature et tout particulièrement les Alpes occuperont une place centrale par la fonction identitaire qu'elles représentent pour la Suisse. La Heimatliteratur, en allemand, (littérature de la patrie) est la littérature populaire des auteurs se réclamant de ce courant attaché à la nature et aux traditions qui se distingue par son idéalisation de la patrie.

Le roman patriotique et le roman montagnard participent de ce genre littéraire qui s'adresse à la petite bourgeoisie et aux personnes des classes moyennes urbaines. Les précurseurs sont les récits de village rédigés à l'époque du Biedermeier, comme Romeo et Juliette au village de Gottfried Keller (1855) et le roman paysan comme Uli, le valet de ferme de Jeremias Gotthelf (1840).

En Suisse alémanique, la description de la vie rurale constitue un sujet majeur et se prolonge au XXe siècle. Après cette première phase d'évocation du terroir, la Heimatliteratur se rangea pour une grande part dans la littérature de gare. Après la Seconde Guerre mondiale, ce genre littéraire survit dans les romans feuilletons, le théâtre et le cinéma populaire, ainsi que dans des séries télévisées, évoluant dès lors vers une littérature de masse. Les principaux représentants sont Jakob Bosshart, Heinrich Federer, Jakob Christoph Heer, Alfred Huggenberger, Meinrad Lienert et Ernst Zahn, qui écrivent également en dialecte. Certains ouvrages, comme ceux de Huggenberger, furent abusivement utilisés à des fins idéologiques.

Aux Grisons, on trouve Maurus Carnot (1865 - 1935) (Bündnerblut, « Sang grison », 1902).

Dès la seconde moitié du XIXe siècle, la Suisse romande s'efforce de se démarquer des courants modernes. Quelques auteurs comme Urbain Olivier (1810 - 1888) et Adolphe Ribaux (1864 - 1915) reviennent aux thèmes locaux, la description du milieu campagnard et des valeurs conservatrices. Ils écrivent pour le peuple. Le Tessin connaît un retour aux valeurs traditionnelles avec des écrivains comme Angelo Nessi (1940 - ), Giuseppe Zoppi (1896 – 1952) et Francesco Chiesa (1871 - 1973.), sans pour autant avoir une idéologie définie.

Les auteurs suisses de littérature pour la jeunesse sont en majorité germanophones.

Se référant à Jean-Jacques Rousseau (1712 - 1778), des périodiques et recueils illustrés destinés aux enfants, visant à leur communiquer des connaissances et une capacité de discernement, apparaissent vers la fin du XVIIIe siècle. Johann Rudolf Schellenberg (1740 - 1806) et Johann Heinrich Lips créent les illustrations du Manuel élémentaire d'éducation (1770) de Johann Bernhard Basedow et de l'encyclopédie intitulée Porte-feuille des enfants (1790 - 1830), de Friedrich Justin Bertuch. Les auteurs suisses Isaak Iselin (1728 - 1782), Josef Anton Xaver Balthasar (1761 - 1837) puis Frédéric-César de La Harpe (1754 - 1838) mettent l'accent sur l'instruction civique.

Au XIXe siècle, le divertissement côtoie la littérature éducative et se renforce avec l'expansion du marché du livre. Le Robinson suisse (1812 - 1827) de Johann David Wyss (1743 - 1818), publié par son fils Johann Rudolf, traduit en français par Isabelle de Montolieu. En réaction à la littérature commerciale, Jeremias Gotthelf (1797 - 1854) écrit Le fils de Tell (1846), un texte éducatif empreint de patriotisme républicain. August Corrodi (1826 – 1885), à la fois poète et peintre, est auteur de livres pour enfants ainsi que d'illustrations et de caricatures.

En Suisse romande, les livres pour la jeunesse de Herminie Chavannes (1798 - 1853) ou Jean-Jacques Porchat (1800 – 1864), par exemple, sont imprégnés du protestantisme genevois et vaudois.

Aux Grisons, l'œuvre de Johanna Spyri (1827 - 1901), en particulier Heidi (1880 - 1881), porte un regard sur la psychologie enfantine. Elle reste néanmoins dans le cadre d'une vision de l'enfance parfois idéalisée.

Les facteurs politiques et la nouvelle pédagogie qui apparut vers 1880 font évoluer la littérature pour la jeunesse, surtout en Suisse alémanique, vers une identité nationale. Des éléments de dialecte sont introduits et les thèmes, à partir de 1920, sont orientés sur la Suisse ; par exemple Josef Reinhart, René Gardi ou la série Trotzli (1936 – 1947) de Konrad Scheuber.

Après 1960, la littérature suisse alémanique est caractérisée par un esprit d'ouverture.

Les trois aires linguistiques allemande, française et italienne ont ou avaient une production littéraire en dialecte, la plus vivace étant celle de Suisse alémanique.

En Suisse alémanique, dès la fin du XVIIIe siècle, des passages de pièces de théâtre sont écrits en dialecte par des jésuites lucernois. Le XIXe siècle voit se développer une riche littérature en dialecte, contes populaires et poésies lyriques, dans un mouvement de sauvegarde de l'identité linguistique et par nostalgie des origines. Dès la fin du XIXe siècle, on trouve des récits historiques et biographiques ainsi que des nouvelles villageoises. Puis vient le roman en dialecte (Rudolf von Tavel, Simon Gfeller et Albert Bächtold). Des pièces de théâtre et des films en dialecte sont diffusés à la radio, dès les années 1920 ainsi qu'à la télévision. La période conservatrice dure au delà de la Seconde Guerre mondiale. Entre les années 1960 et 1980, à l'instigation de Kurt Marti et Ernst Eggimann, se développe un dialecte moderne qui refuse l'idéologie traditionnelle, est critique envers l'actualité et a le goût de l'expérimentation (Ernst Burren, Martin Frank). La littérature en dialecte recule à partir du milieu des années 1980 et, dans un mouvement inverse, apparaissent des chansonniers populaires s'exprimant en dialecte.

En Suisse romande, il n'y a que des résidus folkloriques car le dialecte a disparu, seul le Valais maintient le dialecte vivant jusqu'au XXIe siècle. Le Ranz des vaches est l'œuvre la plus connue mais la production littéraire est pratiquement inexistante. Les premiers textes sont du XVIe siècle à Genève et au pays de Vaud. On trouve surtout des chansons et des poèmes dont certains sont ludiques comme Farce (Vevey, vers 1530) et le Conte de la lampe à huile (Lausanne 1730). À Genève, les textes sont politiques ou identitaires contre le clergé catholique (début du XVIe siècle), chansons sur L'Escalade, Cé qu'è lainô (XVIIe siècle-XIIIe siècle) entre autres. La seconde moitié du XVIIIe siècle propose des chansons satiriques comme Les Paniers (Jura, 1735 – 1736, poème satirique de Ferdinand Raspieler) alors que le XIXe siècle est nostalgique et folklorique, comme la Chanson des Petignats. Fin XIXe siècle et début XXe siècle, quelques auteurs comme Louis Bornet et Cyprien Ruffieux ont une audience locale et limitée aux personnes encore capables de comprendre le dialecte.

En Suisse italienne, à part quelques exceptions tel qu'un ouvrage écrit au milieu du XVIIIe siècle en dialecte de Lugano par Agostino Maria Neuroni évêque de Côme, il y a peu d'exemples avant le XXe siècle. Aux XIXe siècle et XXe siècle des poésies, satires politiques ou critiques sociales ou de mœurs, sont publiées dans les almanachs ou diverses feuilles volantes. Dans les années 1940 à 1960, de nombreux auteurs produisent de la poésie originale en dialecte : Giovanni Bianconi, Pino Bernasconi, Giulietta Martelli Tamoni, Sergio Maspoli, Ugo Canonica, Giovanni Orelli, Fernando Grignola, Elio Scamara et Gabriele Alberto Quadri. Comme en Suisse alémanique, le théâtre en dialecte connaît le succès populaire et une large diffusion par les retransmissions radiophoniques et télévisées.

La littérature médiévale allemande se divise en vieux haut allemand (700 - 1150), moyen haut allemand (1150 - 1350) et en nouveau haut allemand (1350 – 1620).

De la période vieux haut allemand, on trouve essentiellement des œuvre théologiques, des traductions et paraphrases de la Bible surtout issus de l'abbaye de Saint-Gall à partir de la seconde moitié du VIIIe siècle. Du début de la seconde période (1190 – 1220 environ), on trouve des œuvres courtoises, poèmes épiques et lyriques. Puis, sous influence de la littérature romane, des Minnesang avec notamment le Comte Rodolphe de Neuchâtel. Le Codex Manesse est un manuscrit enluminé contenant des poèmes lyriques compilés et illustrés de 1305 à 1340, à la demande de la famille Manesse, d'un patricien de Zurich. Apparaissent ensuite des genres différents : des discours rimés, comme le Schachzabelbuch, poème de 19 336 vers de Konrad d'Ammenhausen et aussi des ouvrages savants et textes spirituels comme les Marienleben de Walther von Rheinau. Au nouveau haut allemand, avec l'avènement des maîtres-chanteurs, on trouve des poèmes politiques, comme le Sempacherlied évoquant la bataille de Sempach. Un autre genre littéraire voit le jour : l'autobiographie et le récit de voyage.

L'humanisme au XVIe siècle n'eut que peu de représentants en Suisse. On peut tout de même mentionner Niklaus von Wyle (environ 1415 - 1479), l'un des grands traducteurs des débuts de l'humanisme et les historiens Gilg Tschudi et Johannes Stumpf dont les écrits renforcent le sentiment identitaire des confédérés.

À l'époque de la Réforme, la littérature est au service des luttes confessionnelles par les feuilles volantes illustrées ainsi que le théâtre. Dans les régions protestantes, on trouve des drames à sujets bibliques écrits par Jos Murer, Hans von Rütte, Jakob Ruf et Sixtus Birck. Dans les régions restées catholiques, les œuvres sont inspirées de la vie des Saints. Un chef d'œuvre linguistique de l'époque est la traduction de la Bible par Ulrich Zwingli.

Au XVIIe siècle, la littérature baroque en Suisse est limitée à la poésie de circonstance et la littérature populaire religieuse. La montagne est abordée comme thème poétique par Hans Rudolf Rebmann avec le poème Gastmahl zweier Berge (1606).

Les auteurs suisses alémaniques de l'époque des Lumières suivent les modèles anglais et français. Grâce aux maisons d'éditions établies à Zurich, cette ville est un centre intellectuel pour les pays de langue allemande. Albrecht von Haller, dans le poème Les Alpes oppose les montagnards aux gens de cour. Les Idylles de Salomon Gessner, est lu dans toute l'Europe. Johann Jakob Bodmer et Johann Jakob Breitinger diffusent Shakespeare et publient, sans rencontrer grand succès, le premier hebdomadaire suisse de réflexion morale, les Discourse der Mahlern (1721-1723). Johann Kaspar Lavater acquiert une renommée internationale avec ses livres d'édification ainsi qu'avec ses Fragments physiognomoniques. Johann Heinrich Pestalozzi écrit le roman Léonard et Gertrude, qui montre la nécessité de l'éducation. Ulrich Bräker écrit son autobiographie avec Pauvre homme du Toggenbourg et Johann Gaudenz von Salis-Seewis est un fameux poète lyrique.

Il n'y a pas d'écrivains suisses allemands pour les courants du classicisme et du romantisme. La période entre 1815 et 1848, jusqu'au nouvel État fédéral, est marquée par le repli sur soi, c'est l'époque du Biedermeier. On trouve des récits historiques légendaires (Heinrich Zschokke et Johann Rudolf Wyss le jeune) et la littérature en dialecte prend de l'importance. Outre Jeremias Gotthelf, mentionné sous littérature patriotique, on peut citer les poésies de Johann Rudolf Wyss l'Ancien. Les réfugiés allemands jouèrent un rôle culturel en enseignant et en publiant en Suisse leurs œuvres.

Le récit et le roman dominent la période entre 1848 et 1890 qui est celle du réalisme bourgeois ou poétique. Le thème principal est l'intégration de l'individu dans la société bourgeoise et l'idéalisation des villages. Néanmoins, Gottfried Keller avec Les gens de Seldwyla et Henri le Vert critique l'essor du capitalisme. Le roman Heidi de Johanna Spyri est le plus grand succès de l'époque. L'expressionisme est représenté par Max Pulver, Hans Ganz et Karl Stamm. Le mouvement Dada est fondé à Zurich, pendant la Première Guerre mondiale, par un groupe d'intellectuels et artistes, dont les écrivains Hugo Ball et Tristan Tzara.

Durant la première moitié du XXe siècle, la notoriété des écrivains suisses allemands est limitée à la Suisse, à l'exception de Carl Spitteler (1845 – 1924) un des auteurs de langue allemande les plus connus avec, par exemple, « Olympischer Frühling » (1900-10). Il est célèbre pour son discours de décembre 1914 : « Unser Schweizer Standpunkt » où, pendant la Première Guerre mondiale, il marque son désaccord avec l'attitude des Allemands, s'opposant en cela à l'opinion de la majorité des Suisses alémaniques. Il devient le premier Prix Nobel suisse de littérature en 1919.

Après la Seconde Guerre mondiale, Max Frisch (1911 – 1991, également architecte) et Friedrich Dürrenmatt (1921 – 1990) sont les plus célèbres des écrivains suisses du XXe siècle et internationalement reconnus. Tous deux membres du Groupe Olten, ce sont des intellectuels engagés. Dürrenmatt écrit des pièces de radio et des romans policiers. Frisch créé ses premières pièces de théâtre au Schauspielhaus de Zurich, il est le père spirituel d'écrivains comme Adolf Muschg, Peter Bichsel et Otto F. Walter.

Une sélection d'autres écrivains : Thomas Hürlimann, Zoë Jenny, Christian Kracht, Paul Nizon, Martin Suter, Peter Weber et Urs Widmer. Hermann Hesse, d'origine allemande, reçu le Prix Nobel de littérature en 1946.

Les cantons romands, historiquement, ne forment pas un ensemble homogène et, la littérature en dialecte étant marginale, la question de l'existence ou pas d'une littérature suisse francophone avec une identité spécifique différente de la littérature française se pose. Elle est objet de controverse. À partir du XVIe siècle, la production littéraire romande tend à se différencier de celle de France et devient autonome à partir de la seconde moitié du XIXe siècle.

À l'époque médiévale, des auteurs tels que Othon III de Grandson, Martin Le Franc ou Jehan Bagnyon ne se distinguent pas des autres régions francophones.

Jean Calvin (1509 - 1564) et Théodore de Bèze (1519 – 1605) sont d'origine française, ils trouvent refuge dans les villes de la Suisse romande actuelle et participent au développement de la Réforme qui touche Neuchâtel, Lausanne et Genève. L'ouverture d'académies (1537 à Lausanne et 1559 à Genève, fondée par Calvin) favorise le développement d'une poésie originale qui se distingue des goûts baroques alors en vogue en France. Pierre Viret (1511 - 1571) d'Orbe est autochtone. Les réformateurs utilisent le latin et, lorsqu'il faut toucher des cercles laïques, ils utilisent toutefois la langue du peuple.

Progressivement, la conscience d'une identité suisse s'instaure et aboutit au XVIIIe siècle au mythe suisse entretenu par les récits de voyageurs comme Béat Louis de Muralt (1665 – 1749). Jean-Jacques Rousseau (1712 – 1778) donne au mythe sa dimension européenne avec sa lettre : J.J. Rousseau Citoyen de Genève, à Mr. d'Alembert sur les spectacles (1758) et Julie ou la Nouvelle Héloïse (1761).

Isabelle de Charrière (née dans une famille de la haute noblesse néerlandaise, 1740 – 1805), considérée comme « la première des grandes romancières romandes » et Isabelle de Montolieu (1751 - 1832) ont du succès avec le roman sentimental.

Germaine de Staël (d'origine genevoise, 1766 - 1817) avec Benjamin Constant (écrivain et homme politique franco-suisse d'origine vaudoise, 1767 – 1830) exercent une influence considérable en France et auprès de tous les mouvements d'émancipation européens dans la confusion post-révolutionnaire. En exil au bord du lac Léman, Germaine de Staël créé un réseau connu sous le nom de Groupe de Coppet qui a su préserver le meilleur de l'héritage des Lumières tout en diffusant des idées nouvelles de romantisme et de démocratie libérale. Jean Starobinski, théoricien de la littérature, voit la marque de la littérature produite en Suisse romande.

La situation politique durant la Restauration puis la Régénération (1813 à 1832) est peu propice au développement culturel, les forces conservatrices et les différences cantonales étant fortes notamment à Fribourg, Neuchâtel, en Valais ainsi que dans l'ancien évêché de Bâle devenu bernois. À Genève, Rodolphe Töpffer, romancier et nouvelliste, créé vers 1830 ce qui s'appellera la bande dessinée et Henri-Frédéric Amiel publie Du mouvement littéraire dans la Suisse romane et de son avenir (1849), une thèse où il y propose un programme pour distinguer la littérature romande de la française. Pour le canton de Vaud, Juste Olivier est un poète qui se distingue comme historien (Le Canton de Vaud (1837) et Le Major Davel (1842)) et Alexandre Vinet est un grand critique littéraire et théologien.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, de nouvelles maisons d'éditions permettent une certaine autonomie ainsi que le rôle des revues littéraires (Bibliothèque universelle et La Semaine littéraire). Eugène Rambert, collaborateur à la Bibliothèque universelle consacre une grande partie de ses publications à la littérature romande. Édouard Rod choisit l'exil parisien. Il est l'auteur de nombreuses études critiques, il déclare « qu'il n'y a pas plus de littérature romande que de marine suisse ». Cette déclaration, en 1906, s'inscrit dans le débat identitaire qui oppose les écrivains qui prônent une littérature nationale avec un apport de culture germanique et l'influence du protestantisme comme fondement de l'identité romande (Gonzague de Reynold et Robert de Traz), à ceux qui se veulent latins (Alexandre et Charles-Albert Cingria). Charles Ferdinand Ramuz (1878 - 1947) adopte un point de vue cantonal, il recherche un style qui puisse exprimer l'essence du Pays vaudois et refuse l'idée d'une culture suisse. Animateur des Cahiers vaudois, il y publie le manifeste Raison d'être (1914). Gonzague de Reynold, quant à lui, cherche à définir l'esprit suisse. Pour Guy de Pourtalès, la Suisse est au carrefour des cultures françaises et allemandes avec son roman La Pêche miraculeuse (1937).

D'autres écrivains suisses en quête d'identité sont nomades, sous le signe de l'aventure : Charles-Albert Cingria, Blaise Cendrars, Ella Maillart, Lorenzo Pestelli, et Nicolas Bouvier.

Cette période est marquée, notamment, par une grande vitalité de la poésie, de l'essai et de la critique littéraire et une intense vie théâtrale. Pierre Louis Matthey (1893 - 1970), Edmond-Henri Crisinel (1897 - 1948) et Gustave Roud (1897 - 1976) créent une poésie originale. Gustave Roud est exemplaire pour la génération suivante : Maurice Chappaz (1916 - ), décrit les Valaisans et Jacques Chessex (1934 - ) est un des écrivains les plus remarquables ayant joué un rôle important en Suisse romande. Prix Goncourt en 1973 pour son roman L'Ogre. À ces poètes baroques, on peut opposer Philippe Jaccottet (1925 - ) dont la poésie est empreinte à la fois de simplicité et de mystère.

Dans le domaine du roman Maurice Zermatten est dans la continuité de Ramuz. En revanche, les romancières apportent un renouveau là où le travail sur l'écriture prime sur le contenu narratif : Monique Saint-Hélier, Catherine Colomb, Alice Rivaz et S. Corinna Bille. Yvette Z'Graggen écrit des autobiographies et remet en question les mythes suisses. Monique Laederach et Anne-Lise Grobéty contribuent à leur tour à l'expression de la condition féminine et de la quête de l'identité personnelle.

Denis de Rougemont (1906 – 1985), avec Journal d'Allemagne (1938) analyse les causes de la montée du nazisme en Allemagne. Il fonde en 1940 la Ligue du Gothard, un groupe de résistance suisse aux fascismes européens victorieux et rédige son Manifeste. Avec ses plaidoyers en faveur de l'Europe des régions et pour un fédéralisme européen, il s'inscrit dans une tradition qui remonte au Groupe de Coppet. Après la guerre, il créé en 1950 à Genève le Centre européen de la Culture pour promouvoir la culture, l'éducation et la citoyenneté européennes. Il écrit encore Les Mythes de l'Amour (1972).

Une sélection d'autres écrivains : Paule d'Arx, Raphaël Aubert, Hélène Bezençon, , François Debluë, Alice Heinzelmann, Georges Piroué, Ferenc Rákóczy, Thomas Sandoz, Anne-Marie Simond, Pierre-Laurent Ellenberger.

La littérature de Suisse italienne (Tessin et quelques vallées des Grisons) est orientée vers la culture de l'Italie. La littérature des écrivains suisses italophones sont une expression régionale de la littérature italienne avec, parfois, une composante helvétique. Cette région fut d'abord baillages italiens sujets de Confédérés ou sujets des Trois Ligues dès le XVe siècle, puis membre à part entière de la confédération à partir de 1803.

Au XVIe siècle, Francesco Ciceri (1521 - 1596) de Lugano étudie des manuscrits d'auteurs comme Euripide alors que Martino Bovollino (1497 - 1531), de Mesocco est le premier poète grison de langue italienne. Au XVIIe siècle, on peut citer Paganino Gaudenzi (1595 – 1649) et Giacomo Genora (1656 – 1731) mais la production littéraire est peu abondante. Au XVIIIe siècle, Diego Girolamo Maderni (1725 ? – 1761) écrit des poésies religieuses et Francesco Soave (1743 – 1806) des nouvelles, des œuvres philosophiques ainsi que des traductions. La traduction est une activité importante de cette région : Gian Menico Cetti (1780 - 1817) est le premier traducteur de textes russes dans une langue occidentale. Il est connu aussi pour ses traductions de Daniel Zschokke. Les maisons d'éditions existantes dans la région dès le XVIe siècle sont importantes, deux sont implantées à Poschiavo : l'imprimerie Landolfi créé en 1547 a joué un rôle dans la diffusion d'écrits protestants en Italie du nord et l'imprimerie Ambrosioni publie, en 1782, la première traduction en italien du Werther de Goethe. L'imprimerie Agnelli de Lugano, active entre 1746 et 1799, contribue à la diffusion en Italie des idées du siècle des Lumières, des milieux antijésuites et de la Révolution française.

Le nouvel État fédéral de 1848 reconnaissant l'italien comme langue nationale, le besoin d'affirmation de l'identité culturelle italienne augmente. Les lumières lombardes sont un pôle d'attraction culturel et les suisses italophones suivent avec intérêt le Risorgimento en Italie (mouvement pour l'unité italienne).

Ainsi, les préoccupations dominantes sont de caractère politique, administrative ou social ; en politique les œuvres de Stefano Franscini et Vincenzo Dalberti ; en sciences naturelles celles de Luigi Lavizzari et Silvio Calloni ; sur l’histoire : Pietro Perri, Angelo Baroffio et Emilio Motta ; en linguistique : Carlo Salvioni ; sur la religion : Giocondo Storni et Giambattista Torricelli. Le Grison Giovanni Luzzi est connu pour son travail de traduction et de commentaire de la Bible et Giovanni Andrea Scartazzini est un spécialiste de Dante .

Pour la première moitié du XXe siècle, deux auteurs de proses dominent : Francesco Chiesa (1871 – 1973), qui est le poète qui influença le plus la vie culturelle et politique du canton et Giuseppe Zoppi (1896 - 1952). Après la publication, en 1944, d'un recueil de Zoppi survient une rupture avec le passé : les premières poésies de Giorgio Orelli (1921 - ), les premières proses de Felice Filippini (1917 – 1988) et les romans de Giovanni Bonalumi (1920 – 2002). Bonalumi écrit aussi des récits en partie autobiographiques comme Gli ostaggi (1954).

Alors que Giorgio Orelli est le poète de référence en Suisse italienne, Fabio Pusterla (1957 - ) est considéré aujourd'hui comme l'un des meilleurs poètes de langue italienne. Depuis Chiesa, ces auteurs du XXe siècle ont publié en Italie chez de grands éditeurs attestant de leur audience suprarégionale. Au niveau national, certaines de leurs œuvres ont été traduites en français ou allemand.

Une sélection d'autres écrivains : Giovanni Orelli, Pietro De Marchi, Pierre Lepori, Anna Ruchat, Plinio Martini, Aurelio Buletti, Federico Hindermann, Antonio Rossi, Gilberto Isella, Alberto Nessi, Dubravko Pusek.

Le romanche, au contraire du français, de l'allemand et de l'italien, ne fait pas partie d'un ensemble linguistique plus grand. En outre, il existe cinq idiomes distincts de cette langue romane répartis dans les différentes vallées des Grisons qui tiennent à leur autonomie linguistique. Ceci a empêché la formation d'un pôle littéraire commun, malgré la tentative avec le « Rumantsch grischun » créée en 1982 par la Ligue romanche comme langue standard ou langue de compromis.

Aux origines, on trouve des contes, légendes et chansons transmises oralement, tels que la canzun da Santa Margriata ou Trais compagn con trais barettas cotschnas. Mais le premier texte est La Chanzun da la guerra dalg Chiasté d'Müs (la chanson de la guerre de Musso, 1527), par Johann Travers (1483 - 1563) de Zuoz. Avec la Réforme et la nécessité de communiquer dans les langues locales apparaissent, dans la seconde moitié du XVIe siècle, les traductions de Bible, des catéchismes et des recueils de cantiques. Au XVIIe siècle, on trouve encore des ouvrages religieux mais aussi on traduit du latin ou de l'allemand les statuts de juridictions et les coutumes villageoises.

Au Siècle des Lumières, on doit une grammaire allemande-romanche (1820), et un dictionnaire romanche-allemand et allemand-romanche (1823 – 1828) à Mattli Conrad (1745 – 1832) ainsi qu'un psautier et des manuels scolaires. Le père Placidus Spescha (1752 – 1833) lance l'idée d'une nation rhéto-romanche et d'une langue unifiée (le rhéto-romanche qui sera crée vers 1982).

Entre les années 1840 et 1850, les écoles passent sous le contrôle de l'État. Les manuels sont traduits de l'allemand puis, vers la fin du XIXe siècle on utilise les manuels directement écrits en romanche sursilvan par Gion Antoni Bühler et Giachen Caspar Muoth. La demande de textes littéraires originaux grandit. On trouve à la fois des immigrés, surtout dans la seconde moitié du XIXe siècle, comme Conradin Flugi, et aussi des auteurs qui sont nés ou qui ont vécu à l'étranger, comme Clementina Gilli. Le thème de l'émigration et le mal du pays est présent comme dans les nouvelles de Gion Antoni Bühler ou les poèmes de Peider Lancel. Avec l'essor des partis politiques, de nombreux journaux sont fondés à l'aube du XXe siècle. Ils servent aux débats d'idées. Les poètes y publient tel que le Ni Italiani, ni Tudais-chs, Rumantschs vulain restar de Peider Lancel publié entre 1913 et 1917 (ni Italien, ni Allemands, nous voulons rester romanches) pour répondre à l'irrédentisme italien. La production littéraire augmente et l'on parle, vers 1900, d'une renaissance rhéto-romanche. Jusqu'en 1950, la littérature reste attachée aux valeurs paysannes, aux traditions populaires et à la défense de la langue.

Après 1950 se développe l'édition qui ouvre le champ de diffusion des œuvres. Grâce au soutien de la Confédération, des œuvres romanches sont traduites dans d'autres langues nationales et certains auteurs ont un succès national. La littérature s'ouvre au monde et explore de nouveaux thèmes. La radio et télévision sollicitent également les auteurs. Il existe des opéras en romanche. Les thèmes traditionnels perdent du terrain.

Le rumantsch grischun est rarement utilisé comme langue littéraire, on peut mentionner Fieu e flomma (1993) de Flurin Spescha (1958 - 2000) ou Fortunat Kauer (1998) de Linard Bardill (1956 - ) ; en revanche, cette langue unifiée s'impose au début du XXIe siècle pour les textes techniques ou spécialisés. Parmi les jeunes auteurs du XXIe siècle certains écrivent aussi en allemand, le romanche étant une des formes d'expression.

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Source : Wikipedia