Laurent Gbagbo

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Posté par woody 12/04/2009 @ 22:09

Tags : laurent gbagbo, côte d'ivoire, afrique, international

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Laurent Gbagbo

Armoiries de la Côte d'Ivoire

Laurent Koudou Gbagbo (né le 31 mai 1945) est le président de la Côte d'Ivoire depuis 2000.

Originaire de Mama (village de la sous-préfecture de Ouragahio, département de Gagnoa), il a épousé en secondes noces Simone Ehivet Gbagbo, syndicaliste marxiste, très proche des milieux évangéliques états-uniens.

Il obtient son baccalauréat de philosophie au lycée classique d'Abidjan en 1965, puis une licence d'histoire à l'Université d'Abidjan en 1969. Il devient en 1970 professeur d'histoire au lycée classique Abidjan Cocody. Chercheur à l'Institut d'Histoire, d'Art et d'Archéologie africaine (IHAAA) à partir de 1974, Gbagbo est également titulaire d'une maitrise d'histoire de la Sorbonne. Il soutient en juin 1979 une thèse de doctorat en histoire intitulée Les ressorts socio-économiques de la politique ivoirienne: 1940-1960.

Membre du syndicat national de la recherche et de l'enseignement supérieur (SYNARES), il participe aux mouvements de grève de l'enseignement en 1982, et fonde dans la clandestinité le futur Front populaire ivoirien. Il part en exil pour la France en 1985, afin selon lui de lutter contre la dictature du PDCI, alors parti unique et promouvoir le multipartisme. En France, il se lie d'amitié avec Guy Labertit, membre du PSU, même si ses rapports avec le parti socialiste au pouvoir en France sont difficiles, du fait de son opposition à Houphouët-Boigny.

Gbagbo rentre en Côte d'Ivoire le 13 septembre 1988, Houphouët ayant implicitement accordé son pardon en déclarant que l'arbre ne se fâche pas contre l'oiseau.

Cet article fait partie de la série sur la politique de la Côte d'Ivoire, sous-série sur la politique.

Gbagbo est un syndicaliste actif dans les années 1970, dont l'enseignement est jugé subversif ; il est emprisonné à Séguéla et à Bouaké de mars 1971 à janvier 1973. Devenu directeur de l'IHAAA en 1980, il se révèle lors des manifestations étudiantes du 9 février 1982, qui provoquent la fermeture des universités et des grandes écoles. C'est durant cette année que naît dans la clandestinité le futur Front populaire ivoirien (FPI). Son exil en France est l'occasion de promouvoir le FPI et son programme de gouvernement. Idéologiquement proche du PS, il reste officiellement ignoré du gouvernement socialiste français de l'époque puis de celui de Jacques Chirac. Cependant, il subit des pressions françaises pour retourner dans son pays, Houphouët s'inquiétant de le voir développer un réseau de contacts, et trouvant que « son remuant opposant serait beaucoup moins encombrant à Abidjan qu'à Paris ».

En 1988, il rentre en Côte d'Ivoire, et devient secrétaire général du FPI, lors du congrès constitutif de ce parti les 19 et 20 novembre 1988. Le 28 octobre 1990 a lieu l'élection présidentielle, avec pour la première fois une autre candidature que celle de Félix Houphouët-Boigny, celle de Gbagbo, qui remporte 18,3 % des suffrages, ce qui lui confère le statut de leader de l'opposition. Les élections législatives du 25 novembre 1990 sont les premières sous le signe du multipartisme. Le FPI obtient 9 sièges (sur 175); Gbagbo lui-même est élu dans la circonscription de Ouaragahio, où se trouve sa ville natale.

En mai 1991, puis en février 1992 ont lieu d'importantes manifestations étudiantes. Le 18 février - Alassane Ouattara étant alors premier ministre - Gbagbo est arrêté, et condamné le 6 mars à deux ans de prison (libéré en août).

En 1995, Gbagbo appelle au boycott de l'élection présidentielle du 22 octobre, à cause de la réforme du code électoral (8 décembre). Henri Konan Bédié est élu avec 96,44% des suffrages. Lors d'élections législatives partielles le 30 décembre 1996, Gbagbo est réélu dans sa circonscription, le FPI remportant 5 des 8 sièges vacants. Désigné candidat officiel du FPI lors du 3e congrès de ce parti les 9, 10 et 11 juillet 1999, il se présente à l'élection présidentielle du 22 octobre 2000 contre le dirigeant militaire Robert Guéï. Cette élection est marquée par l'élimination par la Cour suprême de plusieurs candidatures -dont celle d'Alassane Ouattara)- pour nationalité douteuse et faux et usage de faux sur la filiation. Gbagbo l'emporte face à Guéï, qui refuse sa défaite ; une révolte populaire en faveur de Gbagbo (qui affirme avoir gagné avec 59,4 % des suffrages) éclate dans la principale ville du pays, Abidjan. Guéï est forcé de partir, et Gbagbo devient président le 26 octobre. Le général Guéï reconnaît la légitimité de Gbagbo le 13 novembre. Lors des élections législatives du 10 décembre, le FPI apporte à Gbagbo une majorité de 91 sièges, contre 70 au PDCI et 16 indépendants.

Le 19 septembre 2002, des soldats rebelles venus du Burkina Faso tentent de prendre le contrôle des villes d'Abidjan, Bouaké et Korhogo. Ils échouent dans leur tentative de prendre Abidjan, mais sont victorieux dans les deux autres villes, respectivement dans le centre et le nord du pays. La situation tourne rapidement à la guerre civile entre un sud tenu par le gouvernement et le nord tenu par les rebelles, qui s'opposent notamment à la politique « d'ivoirité » introduite par l'ex président Henri Konan Bédié.

Gbagbo est soupçonné d'avoir profité de cette révolte pour faire massacrer Robert Guéï, sa femme ainsi que plusieurs autres personnalités politiques ivoiriennes.

Après plusieurs mois de combats, un accord de paix est ratifié par les principaux partis politiques ivoiriens et la rébellion, en l'absence du président Gbagbo qui n'a pas été invité à la discussion, à Marcoussis le 26 janvier et la force de paix française (opération Licorne) se déploie pour patrouiller dans une zone de cessez-le-feu. D'après les termes de l'accord, Gbagbo doit rester en fonction (les rebelles ont précédemment exigé sa démission), un nouveau gouvernement de réconciliation doit être formé avec un premier ministre « neutre » suivi du désarmement des rebelles. Ce gouvernement inclut le FPI, l'opposition civile et des représentants des groupes rebelles. De plus, des lois doivent être votées afin de satisfaire aux exigences des rebelles.

Revenu en Côte d'Ivoire, il tient compte du ressentiment du peuple et indique que l'accord Marcoussis est « un médicament amer qu'il faut essayer ». Des lenteurs apparaissent dans l'application de cet accord suite à des divergences d'interprétation et la situation s'enlise. Les différents protagonistes espèrent que les parrains internationaux feront droit à leurs positions. Mais entre-temps, l'armée ivoirienne, autrefois une armée d'opérette, en profite pour recruter des troupes nombreuses, acheter de l'armement lourd et se constituer une aviation.

L'ONU délègue à une force d'interposition (l'ONUCI: Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire) la responsabilité d'accompagner un apaisement de la situation.

L'accord est dénoncé par les partisans du président qui pensent que trop de concessions sont accordées aux rebelles et que les Français soutiennent les objectifs politiques des rebelles. En novembre 2004, huit lois d'apaisement sur les dix-sept prévues sont effectivement votées.

Dans la première semaine de novembre 2004, Laurent Gbagbo lance une offensive dans le secteur des villes rebelles de Bouaké et Korhogo. En réaction, la France demande le 5 novembre au Conseil de sécurité de l'ONU une extension du mandat de l'ONUCI, afin qu'elle puisse s'interposer militairement aux combats entre forces gouvernementales et rebelles. Les casques bleus s’opposent à l’avancée de l’armée ivoirienne. Le 6 novembre, les bombardements opérés par les FANCI (Forces armées nationales de Côte d'Ivoire) sur la zone de confiance, notamment à Man et Bouaké font 9 morts,des soldats français de l'opération Licorne,dit-on. cette information assez grave d'ailleurs est toujours sujette à questionnement dans la mesure où,à notre connaissance, la mort de ces soldats n'a fait l'objet d'aucune autopsie de nature à confirmer avec précision les causes des décès. En riposte, celle-ci détruit deux avions de type Soukhoï et les hélicoptères MI-24 soit la totalité de la flotte aérienne ivoirienne. Les drones achetés à Israël sont saisis.

Le 20 novembre, Laurent Gbagbo affirme sur le forum Internet du Nouvel Observateur que l'armée française a décapité des jeunes ivoiriens lors de la répression des manifestations du week-end du 6 novembre.

Depuis la fin novembre 2004, la Côte d'Ivoire et la France s'opposent sur le bilan des manifestations des 6 au 9 novembre.

Ces manifestations ont commencé le 6 novembre, une heure trente après le bombardement de Bouaké, en s'accompagnant de pillages. Elles se sont d'abord tournées vers l'aéroport et l'hôtel Ivoire (samedi et dimanche), ainsi que devant la base française, avant de se dérouler lundi et mardi en direction du pont Charles-de-Gaulle, permettant d'aller du nord de la ville à l'aéroport et au 43e BIMa. Il semble que certains manifestants étaient armés (selon le gouvernement français et des journaux français).

Le gouvernement ivoirien avance un bilan de 57 civils tués et 2 226 blessés entre le 6 et le 10 novembre. Certains bilans faisant état de 67 morts incluent peut-être les gendarmes ivoiriens. L'armée française compte environ 80 blessés pour ces évènements-là (soit un bilan de 11 morts et 120 blessés depuis le début de son intervention en Côte d'Ivoire). Les bilans des différents hôpitaux ivoiriens d'Abidjan montrent que ces blessés l'ont été principalement par des tirs d'armes à feu.

Du 5 février au 3 mars 2007 ont lieu à Ouagadougou des rencontres de délégations des différentes parties. Un accord politique est signé le 4 mars par MM. Gbagbo, Soro et Compaoré, ce dernier en tant que facilitateur.

En conséquence de cet accord, Gbagbo nomme Soro premier ministre le 29 mars, lequel déclare, dans une adresse à la nation le 13 avril, savoir « gré au Président Laurent Gbagbo pour avoir pris l`initiative du dialogue direct », et « demande Pardon pour tous et au nom de tous ». « Nous devons à présent apprendre à pardonner » déclare-t-il également. Dans ce même esprit du pardon, Gbagbo signe le 12 avril une mesure d'amnistie.

Laurent Gbagbo a écrit à Kofi Annan, alors secrétaire général de l'Organisation des Nations unies, en décembre 2006 pour lui demander de rappeler le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en Côte d'Ivoire, le suédois Pierre Schori, en poste depuis avril 2005, date à laquelle il avait pris la succession du béninois Albert Tévoédjrè.

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Chronologie de la crise politico-militaire en Côte d'Ivoire

Voici une chronologie détaillée de la Crise politico-militaire en Côte d'Ivoire.

Le 19 septembre, une rébellion part du nord du pays. Quelques jours auparavant, le président Laurent Gbagbo avait licencié une part importante des Forces armées nationales de Côte d'Ivoire (FANCI) , selon des critères "ethniques" et de nationalité : il apparaissait que la nationalité ivoirienne de ces soldats était "douteuse" . La plupart des soldats licenciés étaient originaires du nord du pays . Certains de ces militaires limogés font partie des rebelles.

Le 22 septembre, l'armée française intervient pour protéger les ressortissants français et étrangers, c'est le début de l'Opération Licorne. Des renforts (environ cent hommes) sont envoyés pour appuyer le 43e BIMa. Dans les jours qui suivent, une zone coupant le pays en deux est établie par les militaires français, c'est la Zone de confiance. Cela stoppe net la progression des rebelles. Ces derniers se retranchent donc dans le nord, le sud du pays reste sous contrôle de gouvernement ivoirien.

Du 25 au 27 septembre, les militaires français évacuent 2 200 étrangers de Bouaké, tenu par les rebelles.

28 septembre : Abidjan demande l'application les accords de défense de 1961, passés avec la France. La France refuse d'activer ces accords pretextant qu'il s'agit d'une affaire « ivoiro-ivoirienne ».

Le 8 octobre, Laurent Gbagbo parle de la montée d'un « sentiment anti-français » et demande aux ivoiriens de « laisser les Français tranquilles ».

Le 17 octobre, un cessez-le-feu est signé entre le MPCI et le groupe de contact de la CEDEAO.

Le 27 novembre, le ministre français des Affaires Étrangères Dominique de Villepin est en visite en Côte d'Ivoire ; des manifestations hostiles ont lieu ; Alassane Ouattara est évacué par les forces françaises.

Le 28 novembre, deux nouveaux mouvements rebelles s'emparent de la zone ouest du pays, proche du Libéria : le Mouvement populaire ivoirien du grand ouest (MPIGO) et le Mouvement pour la justice et la paix (MJP). Ils revendiquent la prise des villes de Man et de Danané.

Le 5 décembre, un charnier de 120 cadavres est découvert par l'armée française à Monoko-Zohi.

Le 9 décembre, Diomandé Soualiho, secrétaire général de la Jeunesse de l’union pour la démocratie et pour la paix et Coulibaly Souleymane, son vice-président, ont été enlevés, et ne sont jamais retrouvés.

Durant tout le mois de décembre et le début 2003, plusieurs accrochages avec les rebelles dans la Zone de confiance font plusieurs morts dans les rangs de ces derniers et plusieurs blessés au sein de l'armée française.

Le 26 janvier, sous l'égide de la France et en position de faiblesse, Laurent Gbagbo signe en présence du secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, un compromis à Linas-Marcoussis, en France (voir l'article Accords Kléber).

Le 27 février, Amnesty international accuse le MPCI du massacre à Bouaké, d'une soixantaine de gendarmes et de leurs enfants, le 6 octobre 2002.

Le 8 mars, les Nations unies estimaient à 400 000 le nombre d'Ivoiriens qui avaient fui les combats à l'étranger, et à 800 000 ceux qui avaient été déplacés à l'intérieur du pays.

Le 17 avril, le gouvernement d'union nationale se réunit. L'accord ne tient pas, et peu à peu, les ministres rebelles sont marginalisés au sein du gouvernement.

Le 4 juillet, la fin de la guerre civile est officiellement proclamée.

Le 25 août, une tentative de putsch d'Ibrahim Coulibaly du MPCI est déjouée par les services secrets français. Le même jour, deux militaires français vers Béoumi (60 Km à l'Ouest de Bouaké) sont tués lors d'une attaque de plusieurs membres incontrôlés des Forces nouvelles (FN).

Le 21 octobre, le journaliste Jean Hélène, correspondant de Radio France international (RFI), est tué par un policier ivoirien.

Le 29 novembre, l'armée française stoppe des troupes rebelles qui tentaient de franchir la ligne de cessez-le-feu.

Le 4 janvier, il est révélé par l'armée française que 4 militaires français de l'opération Licorne sont accusés d'avoir volé, fin septembre 2003, l'équivalent de 58 000 euros dans une succursale de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) à Bouaké. Ils ont profité du cambriolage réalisé par plusieurs rebelles pour s'emparer d'un sac qui restait.

Le 5 février, Laurent Gbagbo en visite à Paris, se déclare « Heureux et comblé » et que « Tout est au beau fixe » entre la France et la Côte d'Ivoire.

Le 27 février, la mission de la paix Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (ONUCI) est formée par l'ONU.

Le 4 mars, le PDCI suspend sa participation au gouvernement.

Le 25 mars, une marche pacifique organisée pour protester contre le blocage des accords de Marcoussis est réprimée durement par les forces gouvernementales et la gendarmerie (dirigée par Georges Guiai Bi Poin) ivoiriennes, ainsi que par les milices de l'Alliance des jeunes patriotes. L'ONU estime le 6 mai que le bilan est d'au moins 120 morts, et 20 disparus. Les Jeunes patriotes continuent leurs violences durant plusieurs jours, dénoncées par plusieurs rapports d'organismes de défense des droits de l'homme.

Le 4 avril, les Casques blancs passent sous mandat de l'ONU et devienent des Casques bleus.

Le 16 avril, le journaliste indépendant franco-canadien, Guy-André Kieffer, disparaît mystérieusement à Abidjan. Les soupçons se portent vers des responsables proches du pouvoir et de la finance ivoiriens. Michel Legré est inculpé fin mai pour enlèvement, séquestration et assassinat. Il met en cause M. Kadet, ancien ministre de la Défense, et conseiller de Laurent Gbagbo ; e pasteur Moïse Koré, « conseiller spirituel » et homme de confiance de Laurent Gbagbo ; et Aubert Zohoré, directeur de cabinet du ministère de l'Économie et des Finances. Aucune de ces personnes n'a répondu aux convocations du juge français, et la justice ivoirienne n'a rien fait pour qu'ils répondent de ces accusations. M. Kadet a porté plainte pour diffamation contre Michel Legré.

Le 7 juin, plusieurs membres incontrôlés des Forces nouvelles (FN), attaquent des positions des forces françaises et ivoiriennes à Gohitafla. On recense 5 morts dans l'armée ivoirienne (Forces armées nationales de Côte d'Ivoire FANCI) et plusieurs blessés dont 2 militaires français. À Abidjan, des manifestants favorables à Laurent Gbagbo manifestent devant l'ambassade de France, puis commencent une chasse aux Blancs dans la ville. Ces violences sont condamnées par Laurent Gbagbo.

Le 23 juin, Habib Dodo, secrétaire général de l'organisation de la Jeunesse communiste de la Côte d'Ivoire (JCOCI), est assassiné par des membres de la FESCI.

Le 25 juin, un militaire français est tué dans son véhicule par un soldat des FANCI près de Yamoussoukro.

Les 29 et 30 juillet, les chefs d'État africains de la CEDEAO, réunis à Accra (Ghana), parviennent à faire signer aux représentants des différents partis de Côte d'Ivoire et au président Gbagbo, les Accords d'Accra III. Ils reprennent les mesures des Accords de Marcoussis, et fixent un calendrier de désarmement des milices paramilitaires et des rebelles.

Le 2 août, l'ONUCI découvre une charnier de 99 cadavres à Korhogo. Cette ville est contrôlée par les rebelles.

En septembre, la France demande à Israël d'éclaircir son rôle en Côte d'Ivoire ; Israël maintient en effet 46 conseillers militaires à Abidjan depuis deux ans, et fournit du matériel militaire au gouvernement.

Le 20 septembre, 12 militaires français de l'opération Licorne sont arrêtés et extradés en France pour être jugés du vol de l'équivalent de 100 000 euros dans une succursale de la Banque centrale des États d'Afrique de l'Ouest à Man, à l'ouest d'Abidjan.

Selon les accords d'Accra III, les mesures législatives devant permettre la résolution du conflit auraient du être promulguées le 30 septembre. Seules trois l'ont été effectivement.

Le 11 octobre, les forces de l'ONU tirent sur la population qui se dirigait vers l'aéroport et font 30 morts et une centaine de blessés. Cette attaque et les pillages marquent la fin du processus de Marcoussis, dit aussi compromis. Les Forces nouvelles annoncent qu'elles refusent de déposer les armes le 15 octobre, comme prévu dans les accords d'Accra III. L'Alliance des jeunes patriotes n'en fait rien non plus.

Le 28 octobre, l'état d'urgence est décrété dans le nord du pays par les Forces nouvelles.

Dans les premiers jours de novembre, les médias ivoiriens notent un renforcement du recrutement et des sessions de formation militaire des milices de l'Alliance des jeunes patriotes.

Le jeudi 3 novembre, le directeur général de la Radio télévision ivoirienne Kébé, est remplacé par Jean-Paul Dahily, réputé proche du FPI (parti de Laurent Gbagbo). Ce remplacement s'est effectué manu militari, les FANCI l'accompagnant. Officiellement, M Kébé est toujours en poste mais ne dirige plus la RTI.

À partir du 4 novembre, les FANCI (forces ivoiriennes) bombardent Bouaké et les positions des rebelles. Les forces françaises restent neutres. Au gouvernement dit de réconciliation nationale, les ministres du FPI, le parti de Laurent Gbagbo, sont les seuls à siéger, les autres partis ayant tous abandonné leurs postes. Les journaux qui n'ont pas l'aval du pouvoir présidentiel sont interdits. Jean-Paul Dahily est imposé de force par les militaires à la présidence de la RTI, en remplacement de Kébé Yacouba.

Le 5 novembre, le gouvernement de réconciliation nationale se réunit, sans les 28 ministres issus de l'opposition, et sans le premier ministre Seydou Diarra.

Des hélicoptères français ont durant la nuit du 6 au 7, repoussé la foule d'émeutiers par des tirs de semonce et d'arrêt. L'armée française ne compte que 500 hommes à Abidjan, et des renforts sont appelés du centre du pays, des forces prépositionnées au Gabon et de France.

Le 7 novembre, deux compagnies du 2e REP arrivent en renfort de Libreville ; dans la soirée une autre compagnie du régiment, deux compagnies du 126e RI ainsi que l'escadron 21/6 de gendarmerie mobile de Hyères débarquent de France. Elles occupent alors l'aéroport ainsi que le quartier des forces aériennes ivoiriennes. Onze aviateurs russes, biélorusses et ukrainiens sont alors arrêtés, et remis au consulat russe le 11 novembre. L'aéroport est remis en service par les militaires française de l'ALAT pour permettre l'arrivée des forces étrangères (Canadiens, Italiens, Espagnols, etc.) qui viennent évacuer leurs ressoritssants.

Dans le même temps, une colonne de blindés du RICM fait route de Man vers l'ancienne capitale, en prévenant rebelles et FANCI de ce déplacement. Les FANCI dressent cependant plusieurs embuscades et ouvrent le feu sur le convoi français. Huit soldats ivoiriens sont tués et 15 blessés à Douékoué (l'un d'eux meurt de ses blessures) ; à l'entrée d'Abidjan, d'autres combats ont pu faire des victimes. La colonne française met environ 24 heures pour faire les 850 km de route, car elle a quand même accepté de discuter à certains barrages. Un hélicoptère français mitraille la résidence du chef de l'état ivoirien à Cocody. L'artillerie ivoirienne présente en ces lieux riposte mais un hélicoptère français la neutralise d'un missile Hot.

Ces destructions provoquent de violentes manifestations anti-françaises dès l'après-midi du 6, aggravées par la libération de 3 600 prisonniers de la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (MACA). Actuellement, les responsables de cette libération illégale ne sont pas connus, mais les prisonniers « évadés » sont jugés responsables par Laurent Gbagbo des pires crimes commis pendant ces journées à l'encontre des européens. Les manifestants, criminels et délinquants, mais aussi Jeunes patriotes auxquels des listes d'objectifs ont été distribuées, ont pillé les biens des européens de Cocody, brûlé le lycée international Jean Mermoz, poursuivi et agressé de nombreux étrangers, Occidentaux et Libanais (il y avait 40 000 Libanais en Côte d'Ivoire).

Le jour même, la RTI appelle les Ivoiriens à rejoindre l'hôtel Ivoire (lieu d eregroupement des ressortissants français avant leur évacuation) avec des bonbonnes de gaz. Les militaires français protégeant l'hôtel Ivoire sont assaillis par une foule convoyée par les autobus de la Régie de transport abidjanaise. Des militaires ivoiriens, ainsi que des sympathisants de l'Alliance des jeunes patriotes sont présents. La gendarmerie n'envoie que 60 hommes pour canaliser les 40 000 manifestants, commandés par Georges Guiai Bi Poin. Les mouvements de foule, les tentatives de lynchage des Français et les tirs venant de cette foule et des soldats français font plusieurs morts. Un médecin de Cocody donne le chiffre de sept morts par balles. Les vedettes de la marine ivoirienne, passant par les lagunes, ouvrent également le feu en direction de l'hôtel Ivoire.

Dans le week-end (selon le journal français Le Monde, édition du 8/11), des armes ont été distribuées aux étudiants du FESCI (Front estudiantin et scolaire de Côte d'Ivoire, proche du FPI), d'après les propos d'Ivoiriens du nord vivant dans le quartier d'Abobo. D'après un article du Soir Info de nombreuses Libanaises ont été violées. Les locaux des journaux d'opposition (dont 24 H, Le Patriote, du RDR, le Nouveau Réveil et Le Libéral) et les radios non-gouvernementales (Radio France internationale, BBC, Africa n°1, La Voix de l'Amérique, ainsi que des stations FM ivoiriennes autonomes) sont mis à sac. Les émetteurs des radios sont détruits.

Le 8 novembre, dans le sud du pays, des membres de l'ethnie Bété (celle du président Gbagbo), pillent la ville de Gagnoa. Ces pillages dégénèrent et provoquent la mort de quatre à six personnes. Dans le même temps, à Abidjan, l'évacuation des occidentaux commence. Plus de 8 000 d'ente eux quitteront ainsi la Côte d'Ivoire.

Le 9 novembre, les 46 conseillers militaires israéliens, qui géraient un centre de surveillance électronique, et qui ont piloté les drones ayant servi à la reconnaissance avant le bombardement de Bouaké, quittent la Côte d'Ivoire. Ces conseillers militaires étaient présents depuis fin 2002 à Abidjan. Toujours le 9 novembre, le général Amos Yaron, directeur général de la Défense israélienne, promet l'arrêt de l'envoi d'armes à la Côte d'Ivoire.

Ces pillages et ces émeutes provoquent la démission des journalistes de neuf quotidiens de l'Union nationale des journalistes de Côte d'Ivoire, accusée de démissionner devant le pouvoir, et laissent pour des semaines l'opinion publique ivoirienne aux mains des medias pro-Gbagbo. Certains journaux ont pourtant réussi, le 22 novembre, à éditer un numéro commun.

Le 26 novembre, le Pr Richard Kadio affirme qu'il y eut plusieurs morts par étouffement lors des journées du 6 au 9, ainsi que des blessés aux pieds et aux mains arrachés (qu'il attribue à des grenades).

Le 11 novembre, le cardinal Bernard Agré, archevêque d'Abidjan, affirme avoir vu les 64 morts victimes de la répression française, dont certains décapités, propos qui sont confirmés le 20 par Laurent Gbagbo sur un forum du Nouvel-Observateur.

Le 15 novembre, le conseil de sécurité des Nations unies, à la demande de la France, prend à l'unanimité la résolution 1572, interdisant le commerce des armes avec l'une ou l'autre des deux parties belligérantes, rebelles du nord ou forces gouvernementales. Plusieurs pays africains ont rendu plus sévère cette interdiction.

Le 17 novembre à Paris, une manifestation de soutien à Laurent Gbagbo a lieu place Victor Hugo. Une d'importance similaire a lieu sur le Trocadéro, regroupant des opposants au président Gbagbo.

Au conseil des ministres du 18 novembre, 23 des 42 ministres sont présents. Le PDCI notamment envoie de nombreux ministres, alors que seuls deux des sept ministres du RDR (parti d'Alassane Ouattara) font le déplacement, officiellement pour « tester les conditions de sécurité ».

Le 20 novembre, le président Gbagbo, sur un forum du Nouvel-Observateur, affirme notamment qu'il estime que les accusations selon laquelle l'armée française s'est livrée à la décapitation de jeunes Ivoiriens, sont sans doute « vraies ».

Le 23 novembre, devant une certaine détente de la situation, les barrages de l'armée française à Abidjan sont levés.

Des ex-rebelles du Libéria et de Sierra Leone armés par Charles Taylor et Foday Sankoh ont fait mouvement vers les zones rebelles de Côte d'Ivoire. Ils coopèrent avec les FANCI.

À partir du 28 novembre, le gouvernement ivoirien, abandonnant la thèse des Jeunes patriotes décapités par l'armée française, produit des preuves et un témoignage de tir volontaire sur une foule de manifestants désarmés de la part de l'armée française. Ces images sont sujettes à contestation, car elles ne montrent pas ou mal les faits reprochés, et n'expliquent pas les blessés de l'armée française. Le bilan est revu à la baisse avec 57 morts. Le même jour, l'annonce est faite du dépôt, pour le lendemain, d'une plainte contre devant la Cour internationale de justice, pour violation des accords de défense liant les deux pays et la destruction de l'aviation ivoirienne. Le président Gbagbo y a finalement renoncé.

Le 30 novembre, l'ambassadeur de France est bloqué à un barrage de jeunes gens armés, en soirée.

Le 1er décembre, en France, les partis de gauche, précédés par la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) et la Ligue des droits de l'homme (LDH), ont déposé une demande de commission d'enquête parlementaire sur les agissements de l'armée française en Côte d'Ivoire. La FIDH et la LDH ont également demandé à Abidjan de rechercher les responsables des émeutes, en dénonçant la complicité des autorités ivoiriennes.

Le 7 décembre, suite à l'annonce de manifestations des Jeunes patriotes pour exiger le départ de l'armée française, Laurent Gbagbo interdit toute manifestation à Abidjan jusqu'au 10 mars.

Le 23 décembre, une minorité de blocage à l'Assemblée nationale a empêché l'adoption d'une loi-cadre portant sur l'organisation des référendums. Cette loi aurait permis la révision de l'article 35 de la Constitution, qui empêche Alassane Ouattara de se présenter à l'élection présidentielle, par voie référendaire, et donc, après une réunification du pays.

Le 5 janvier, lors de la cérémonie des vœux aux armées, Jacques Chirac réitère sa position de soutien aux troupes françaises, rendant hommage à leur sang-froid et leur courage, leur discipline et leur détermination.

Le 10 janvier, le président de la RTI, Kébé Yacouba retrouve son poste, alors que le changement de statut de la RTI prend effet : Oulaï Siéné, proche du FPI (présidentiel), est nommé président du conseil d'administration. Le retour à la normale réclamé par Thabo Mbeki a ainsi mis plus d'un mois à prendre effet.

Le 15 janvier, date à laquelle le désarmement des deux parties devait être constaté de part et d'autre, celui-ci n'est pas entamé.

Le 18 janvier, le retrait d'un millier de soldats français envoyés en renfort de la Force Licorne commence et doit durer deux semaines.

Le 23 janvier, les FANCI sont autorisées à remettre en état les aéronefs endommagés par l'armée française début novembre à Yamoussoukro, à condition qu'elles ne les réarme pas. Ils vont être transférés à Abidjan pour réparation, « en application de l'accord visant à éloigner du front les armes lourdes ».

En août, le président Thabo M'beki renonce à sa médiation : bien qu'ayant réussi à maintenir la trêve, il n'a pas réussi à faire avancer le règlement politique de la crise.

Le 28 septembre, le président Gbagbo annonce que les élections qui devaient avoir lieu le 15 octobre sont annulées (dans la partie du pays qu'il contrôle encore).

Le 27 décembre, la rébellion ivoirienne des Forces nouvelles (FN) menace, de ne pas siéger dans le gouvernement de transition dirigé par Charles Konan Banny si le Front populaire ivoirien (FPI) du président Laurent Gbagbo obtenait les trois ministères des Finances, de la Défense et de la Sécurité.

Le soir du 1er décembre, la caserne de gendarmerie d’Agban est attaquée à Abidjan.

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Crise politico-militaire en Côte d'Ivoire

Groupes ethniques de Côte d'Ivoire

La crise politico-militaire en Côte d'Ivoire commence le 19 septembre 2002, un début de solution se profile le 24 janvier 2003 avec la signature de l’Accord de Linas-Marcoussis. Cependant, une brusque crispation en novembre 2004 remet en cause toutes les avancées obtenues. Une promesse de règlement final se dessine enfin avec la signature de l’Accord politique de Ouagadougou le 4 mars 2007.

Le 19 septembre 2002, des soldats rebelles venus du Burkina Faso tentent de prendre le contrôle des villes d'Abidjan, Bouaké et Korhogo. Ils échouent dans leur tentative de prendre Abidjan mais parviennent à occuper les deux autres villes, respectivement dans le centre et le nord du pays.

La rébellion qui prendra plus tard le nom de "Forces Nouvelles" occupe progressivement la moitié nord du pays, le coupant ainsi en deux zones géographiques distinctes : le sud tenu par les Forces Armées Nationales de Côte d’Ivoire (FANCI) et le nord tenu par les Forces Armées des Forces Nouvelles (FAFN).

L'État bénéficie de l'appui des Jeunes patriotes, groupe nationaliste accusé de violences contre des ressortissants français, après l'assassinat présumé de 67 civils ivoiriens par les Forces françaises Licorne. Issu, comme Soro Guillaune, de la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d'Ivoire (FESCI), Charles Blé Goudé, le chef des "Jeunes patriotes" est acquis à la politique du président Laurent Gbagbo.

Sous la présidence de Félix Houphouët-Boigny (de 1960 jusqu'à sa mort en 1993), la Côte d'Ivoire est un pays très bien intégré dans le commerce mondial. Les principales recettes de l'État viennent de l'exportation de matières premières produites dans la zone forestière, notamment le cacao (dont la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial), le café et le coton mais également le gaz naturel.

Ce commerce extérieur a permis au pays de se développer et aux citoyens d'avoir un bon niveau de vie. Ce paradis économique et social, dans une Afrique pauvre, attire de nombreux immigrants des pays voisins. C'est ainsi que, notamment, les Burkinabè et Guinéens furent nombreux à s'établir dans la zone forestière au sud du pays. D'abord comme ouvriers sur les chantiers forestiers, dans les usines et villes de la côte, dans les plantations industrielles et individuelles, ils sont devenus par la suite producteurs agricoles pour certains.

Vers la fin du règne d'Houphoët-Boigny, dans les années 1990, la Côte d'ivoire connut des soubresauts liés à la transition du régime de parti unique à un régime multipartisan. À sa mort, le pays entra dans une crise multiforme. Ses successeurs n'avaient pas son aura et ils ne surent faire face ni aux difficultés économiques dues pour une grande part à la dégradation des termes de l'échange entre pays du tiers monde et pays développés, ni aux difficultés politiques.

Dès 1993, Laurent Gbagbo demande une révision du Code électoral pour ne permettre qu'aux Ivoiriens de souche de pouvoir voter et surtout, se présenter. La loi électorale ivoirienne, en particulier appliquée lors de la dernière réélection de Félix Houphouët-Boigny en 1990, faisait des Africains non Ivoiriens installés en Côte d'Ivoire des électeurs qui, malgré intimidations et menaces, s'étaient rendus aux urnes en 1990 et étaient ainsi accusés par l'opposition d'avoir faussé le résultat.

Le 8 décembre 1994, une révision du Code électoral impose aux candidats à la présidence de prouver leur ascendance ivoirienne, garante de leur citoyenneté, alors que pendant la période Houphouët-Boigny, les cartes d’identité leur avaient été largement distribuées.

Le 26 août 1995, Henri Konan Bédié, alors président depuis la mort d'Houphouët-Boigny, réintroduit le concept d'ivoirité. Selon lui, ce concept permet à la Côte d'Ivoire de mieux préserver son identité. Cela lui permet également d'évincer son principal rival, Alassane Ouattara originaire du nord dont les parents sont considérés comme Burkinabé.

Ce rejet d'Alassane Ouattara s'appuyait sur le rejet ancien du dioula, l'homme du Nord pour les Ivoiriens de la côte et du centre. À une différence ethnique s'ajoute en effet une différence de religion : les Ivoiriens du Nord, majoritairement musulmans, sont soupçonnés de ne pas être Ivoiriens et sont donc rejetés par les Ivoiriens du Sud, majoritairement chrétiens. Les populations du Nord et du centre, notamment les Malinkés, ont des patronymes identiques à ceux des immigrés de même ethnie provenant des pays voisins. Ceux qui sont dans cette situation subissent toutes sortes d'injustices. Certains voient leurs pièces d'identité détruites par les forces de l'ordre. Ils n'obtiennent plus de carte d'identité, de passeport et ne peuvent ni avoir de certificat de nationalité ni voter. Malgré le fait que certains Ivoiriens du Sud (notamment les Akans) possèdent aussi des patronymes identiques à certains peuples immigrés (Ghana, Togo et Libéria), ils ne subissent pas le même sort.

L'apparition du concept d'ivoirité s'explique essentiellement par la crise économique que connaît la Côte d'Ivoire depuis le milieu des années 1980. En effet, cette réaction xénophobe est apparu lorsque l'économie de ce pays a cessé de créer massivement des emplois. Cette situation n'a pas sensiblement réduit les flux migratoires provenant des pays musulmans pauvres et surpeuplés du Sahel. Le but de l'ivoirité semble être avant tout d'empêcher les populations étrangères, qui peuvent rentrer dans ce pays sans visa, de participer à la compétition pour le pouvoir politique et d'accéder aux emplois de la fonction publique. En effet, les étrangers représentaient 26% de la population en 1998.

Cet article fait partie de la série sur la politique de la Côte d'Ivoire, sous-série sur la politique.

Le 22 octobre 1995, contre un seul candidat (les autres candidats sont refusés par la Cour suprême ou ont boycotté l'élection), Henri Konan Bédié est élu président de la Côte d'Ivoire avec 96,44% des voix. Fort de ce succès, il effectue en 1998 une réforme de la propriété foncière avec l'appui de tous les partis politiques, y compris celui d'Allassane Ouattara. Avec cette réforme, seuls les Ivoiriens de souche peuvent détenir des terres.

Le 24 décembre 1999, Henri Konan Bédié est renversé par l'armée, non pas à cause du concept d'ivoirité mais pour une réforme de la Constitution qui lui aurait permis de se présenter jusqu'à l'âge de 75 ans. Le concept d'ivoirité disparaît mais la tentation xénophobe persiste.

Le général Robert Guéï est placé au pouvoir jusqu'à la tenue de nouvelles élections, l'ivoirité reste utilisée dans la politique du pays pour limiter la vie sociale des « Ivoiriens d'origine douteuse ». C'est dans ces conditions que le 23 juillet 2000, une nouvelle Constitution est adoptée par référendum, tous les partis politiques ayant appelé à voter pour. Elle stipule que seul les Ivoiriens nés de parents ivoiriens peuvent se présenter à une élection présidentielle. Une vaste « campagne d'identification », destinée à définir la véritable citoyenneté des Ivoiriens, est entamée. Cette nouvelle Constitution n'empêche pas Alassane Ouattara de se déclarer candidat à l'élection présidentielle.

Depuis son élection, Laurent Gbagbo insiste sur la dimension religieuse de ce concept, l’Ivoirien du Sud étant supposé chrétien alors que le rebelle ou l’étranger du Nord (le Dioula) est supposé musulman. Cette réorientation du discours, qui devient aussi potentiellement plus dangereux (avec une exigence de purification), se fait sous l’influence de son épouse et des Évangélistes .

Après quatre années de dictature, le coup d'État du général Robert Guéï est légitimé par la reconnaissance du Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo et le Rassemblement des républicains de Côte d'Ivoire (RDR) d'Alassane Ouattara. L'échec de plusieurs tentatives de coup d’État oblige les partisans d'Allassane Ouattara au sein de l'armée à fuir au Burkina Faso.

Les sept candidatures présentées successivement par le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), dont Henri Konan Bédié à la présidence en 2000, sont éliminées par la Cour suprême. Il en est de même pour le candidat du RDR, Alassane Ouattara, jugé non-Ivoirien. Au total, quatorze des vingt candidatures à l'élection présidentielle présentées par des partis sont rejetées par la Cour suprême. Le décompte des bulletins de vote place Robert Gueï en seconde position derrière Laurent Gbagbo le 22 octobre ; il s'autoproclame néanmoins président de la république ce qui déclenche d'importantes manifestations de la population, bientôt suivie par la gendarmerie. Les affrontements opposent la garde prétorienne du général Gueï à la population. Les premiers sont rapidement vaincus mais les affrontements se prolongent entre partisans de Ouattara et partisans de Laurent Gbagbo. Finalement, le 26 octobre, c'est Laurent Gbagbo qui est proclamé président sur décision de la Commission électorale.

L'approche des élections législatives est source de nouvelles tensions et c'est dans ces conditions que Laurent Gbagbo décrète l'état d'urgence le 4 décembre. Le 10 décembre, aux élections législatives, le FPI remporte 96 sièges sur 223, le PDCI de son côté en remporte 98. Le RDR, malgré sa décision de boycotter ces élections, compte quatre représentants au parlement élus sous la bannière « Indépendants ».

Les élections municipales se traduisent par une victoire relative pour le RDR et une victoire incontestable de la démocratie ; pour la première fois de son histoire, la Côte d'Ivoire assiste à une défaite électorale du parti au pouvoir.

Une tentative de coup d'État a lieu le 19 septembre 2002 de manière simultanée à Abidjan (principale ville du pays et siège du gouvernement), Bouaké (centre) et Korhogo. Pendant ce putsch, diverses tentatives d'assassinat ont lieu contre des personnalités politiques : Alassane Ouattara et Moïse Lida Kouassi, ministre de la Défense. Le ministre de l'Intérieur Émile Boga Doudou, Robert Guéï, ex-chef de l'État (1999–2000), et leurs gardes du corps sont assassinés. La responsabilité de cet assassinat et tentatives seraient dues au gouvernement, selon le rapport Leliel (rapport de l'ONU, voir lien en fin d'article). Les putschistes sont repoussés et se replient à Bouaké. Des combats ont lieu entre rebelles et forces gouvernementales et Bouaké notamment passe de mains en mains ; des exécutions sommaires se multiplient, de chaque côté. Lors de ce coup d'État, Laurent Gbagbo était en voyage diplomatique en Italie.

Durant les jours qui suivent et jusqu'au mois de novembre, de nombreux syndicalistes, étudiants, opposants politiques du RDR ou des partis proches du RDR, soupçonnés d'être à l'origine de la rébellion, ou militants d'organisations communistes sont exécutés par les forces de l'ordre ou par des miliciens. Trois cent personnes au total ont ainsi été assassinées à l'automne 2002. Des centaines d'étrangers ou de personnes suspectes sont également massacrées par les FANCI ou les mercenaires libériens. Des massacres similaires ont lieu dans la zone rebelle entraînant la fuite vers le Sud d'un million d'Ivoiriens alors appelés déplacés.

Des bombardements des hélicoptères de l'armée loyaliste font plusieurs morts dans les populations civiles en novembre et décembre 2002, notamment dans le village de pelezi à l'ouest.

Ce coup d'État avorté à Abidjan n'est pas le signe d'une crise tribale (avec sécession) mais celui d'une crise de transition de la dictature de la période Houphouët-Boigny vers la démocratie avec les heurts inhérents à la définition de la citoyenneté. Les rebelles sont des soldats qui ont été exclus de l'armée ivoirienne à l'époque de Gueï et qui se sont entraînés au camp de Pô au Burkina-Faso ainsi qu'au Mali. Équipés d'armes neuves, appuyés par des combattants provenant de plusieurs pays de la région et disposant d'une importante manne financière d'origine inconnue, ils se replient sur Bouaké et tentent dans un premier temps de se faire passer pour des soldats mutinés. Devant le succès de leur opération, les populations du Nord soutiennent leur rébellion. Leur principale revendication est le départ de Laurent Gbagbo, l'obtention de la nationalité ivoirienne à tous les habitants du pays, le droit de vote et leur représentation à Abidjan. Le concept d'ivoirité et tout ce qui en découle est directement mis en cause par les rebelles. Ils s'allieront néanmoins avec les partisans de l'ivoirité : Bédié et les héritiers de Gueï.

Un cessez-le-feu est signé en octobre 2002 mais il est aussitôt violé. L'Ouest de la Côte d'Ivoire est envahi début décembre 2002 à partir du Libéria par deux nouveaux mouvements rebelles qui exterminent plusieurs milliers d'Ivoiriens. Ces nouveaux rebelles sont constitués principalement de troupes libériennes commandées par le rebelle sierraléonais Sam Bockarie mais également par des éléments de la rébellion du MPCI (Kass, Adam's) et des militaires partisans de Gueï.

Parmi les principaux dirigeants des rebelles, Guillaume Soro, leader du Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI), parti principal des rebelles, est issu du syndicat étudiant proche du FPI de Gbagbo mais a aussi été colistier d'une candidate RDR aux élections législatives de 2000, Mme Henriette Diabaté. Louis Dacoury Tabley a également été un des dirigeants du FPI.

La France intervient le 22 septembre mais uniquement pour protéger ses ressortissants et les occidentaux (quelques agents américains protégeant leurs propres ressortissants) : elle refuse d’appliquer les accords bilatéraux qui devaient jouer en cas de tentative de déstabilisation. De plus, la France empêche dans un premier temps tout secours d’arriver en Côte d’Ivoire : le Nigeria avait proposé son aide, l’Angola avait proposé un appui aérien. Paris envoie 2 500 militaires et demande à la CEDEAO d'envoyer des casques blancs, de manière à internationaliser la gestion de la crise.

Le 17 octobre, un cessez-le-feu est signé.

Le 28 novembre, le Mouvement Populaire ivoirien du Grand Ouest (MPIGO) et le Mouvement pour la Justice et la Paix (MJP), deux nouveaux mouvements rebelles, prennent le contrôle des villes de Man et Danané, dans l'Ouest. La France pousse à la négociation alors que rebelles et Gbagbo ne pensaient qu'à en découdre.

Toutes ces raisons ont poussé la France à intervenir mais elle fut très vite accusée de vouloir uniquement protéger ses intérêts et d'avoir des visées néo-colonialistes.

La France considère que les rebelles s'insurgent contre une humiliation. Cette humiliation serait liée au fait que le Nord est désertique alors que le Sud est plus riche car fertile et côtier. La discrimination ethnique et religieuse est également un facteur de rébellion. La notion d'ivoirité cristallise le problème. Pour Laurent Gbagbo, il s'agit d'anciens militaires, soutenus par une ingérence du Burkina Faso, qui souhaite déstabiliser la région même s’il explique désormais la crise aussi par la différence de religion.

La principale différence d'interprétation porte sur la reconnaissance d'une cause juste à défendre. La conséquence en est que Paris souhaite la réconciliation quand le gouvernement de la Côte d'Ivoire souhaite une répression militaire.

Dès le 4 février, des manifestations anti-françaises ont lieu à Abidjan en soutien à Laurent Gbagbo qui déclare avoir eu la main forcée après s'être engagé solennellement à Paris à faire appliquer ces accords, unique solution à la crise. La fin de la guerre civile est proclamée le 4 juillet. Une tentative de putsch, organisée depuis la France par Ibrahim Coulibaly, est déjouée le 25 août par les services secrets français.

Le 27 février 2004, dans sa résolution 1528, le Conseil de sécurité des Nations unies autorise la formation de l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (ONUCI), qui regroupe les forces françaises et celle de la CEDEAO (l'ECOMOG), pour une durée initiale de douze mois à compter du 4 avril 2004.

Le 4 mars, le PDCI suspend sa participation au gouvernement, étant en désaccord avec le FPI (parti de Laurent Gbagbo) sur des nominations au sein d'administrations et d'entreprises publiques.

Le 25 mars, une marche pacifique organisée pour protester contre le blocage des accords de Marcoussis, alors que les manifestations sont interdites par décret depuis le 18, est réprimée par les forces armées, épaulée par la police et les Jeunes patriotes : il y a 37 morts selon le gouvernement, entre 300 et 500 selon le PDCI d'Henri Konan Bédié. Cette répression provoque le retrait de plusieurs partis d'opposition du gouvernement. Le rapport de l'ONU du 3 mai révèle l'implication des hautes autorités de l'État ivoirien et estime le bilan à au moins 120 morts.

En avril, les forces loyalistes effectuent plusieurs bombardements dans l'Ouest du pays qui tuent des civils. Le gouvernement de réconciliation nationale, composé de 44 membres à l'origine, est réduit à quinze après le limogeage de trois ministres dont Guillaume Soro, chef politique des rebelles, le 6 mai. Cela entraîne la suspension de la participation au gouvernement d'union nationale de la plupart des mouvements politiques.

Le 26 juin, un militaire français est tué dans son véhicule par un soldat gouvernemental près de Yamoussoukro.

En juillet, un sommet à Accra au Ghana rassemblé par l'ONU relance le processus de paix en donnant un nouveau calendrier.

Bien que le nord de la Côte d'Ivoire soit considéré par les rebelles comme libéré, de nombreuses exactions ont été commises un peu partout. Plusieurs charniers et fosses communes ont été trouvés par l'ONU et des organisations non gouvernementales comme Amnesty International.

Parallèlement à cela, les rebelles mettent à sac les banques de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) à Bouaké et à Korhogo. Bien que le butin ne soit pas connu avec précision, il est estimé à plusieurs milliards de francs CFA (un milliard de francs CFA = un million et demi d'euros). Plusieurs militaires français de l'Opération Licorne sont arrêtés pour avoir ramassé des sacs remplis de billets abandonnés par les pillards.

Dans la zone contrôlée par le gouvernement, de nombreux massacres d'étrangers ont eu lieu. Les disparitions signalées aux forces de l'ordre ne donnent généralement pas lieu à des enquêtes. Tous les partis politiques d'opposition et les syndicats déplorent la disparition de plusieurs de leurs militants, disparition attribuée aux Escadrons de la mort, composés de militaires, policiers et miliciens. D'un autre côté, les détentions arbitraires et sans jugement se multiplient.

Les viols sur les femmes adultes ou sur les enfants sont extrêmement nombreux, souvent accompagnés d'actes de barbarie, sur tout le territoire de la Côte d'Ivoire. Les forces de police se sont rendues responsables de torture. Plusieurs communautés religieuses (notamment les musulmans) sont victimes d'exactions dans le sud du pays.

Le « chronogramme » des accords d' Accra III n'est pas respecté. Les projets de lois prévus dans le processus sont bloqués par le FPI à l'Assemblée nationale. Les conditions d'éligibilité pour le scrutin présidentiel ne sont pas revues car Laurent Gbagbo prétend choisir une procédure référendaire et non la voie des ordonnances, suggérée à Accra. Devant le blocage politique, le désarmement dont le début est prévu quinze jours après ces modifications constitutionnelles ne s'engage pas à la mi-octobre.

La tension remonte et des signes indiquent que les deux camps désirent en découdre à nouveau. Des soldats de l'ONU ouvrent le feu sur des manifestants défavorables au désarmement des rebelles le 11 octobre. Les rebelles, qui ont pris le nom de Forces nouvelles (FN), annoncent le 13 octobre leur refus de se laisser désarmer face aux achats massifs d'armes des Forces armées nationales de Côte d'Ivoire (FANCI). Elles ont en effet intercepté deux camions des FANCI plein d'armes lourdes faisant route vers la ligne de démarcation. Le 28 octobre, elles décrètent l'état d'urgence dans le Nord du pays.

Abidjan décide d’une contre-offensive, baptisée « opération Dignité » (parfois appelée « opération César »). Un film de propagande soutient que cette opération s'est faite avec l'accord de l'Élysée, mais sur ce point, les commentateurs politiques ne sont pas d'accord .

La responsabilité de la prise de décision du bombardement n’est toujours pas établie. Le 4 novembre, l'aviation récente des FANCI commence des bombardements sur Bouaké. Des combats opposent les forces terrestres les jours suivants mais les FANCI ne parviennent pas à percer. Au total, les Forces nouvelles annoncent la mort de 85 civils dans les bombardements du 4 au 6 novembre.

Le 6 novembre, l'aviation ivoirienne bombarde (selon le gouvernement ivoirien par erreur ) la base française de Bouaké (2e RIMA, RICM et 515e régiment du train) faisant neuf morts et 37 blessés parmi les soldats français et un civil américain appartenant à une ONG. Les forces françaises ripostent en détruisant les deux Sukhoï ainsi que deux Mil Mi-24 et un Mil Mi-8 poster sur la base de Yamoussoukro, quinze minutes après l'attaque.

Jacques Chirac, le président français, donne l'ordre de riposter en détruisant également tous les moyens aériens militaires ivoiriens. Cette action a pour objectif d'empêcher toute nouvelle attaque des FANCI contre les rebelles, contraire aux Accords de Marcoussis, et également d'empêcher toute nouvelle attaque contre les positions françaises.

Une heure après l'attaque sur le camp des forces françaises, des combats éclatent entre les militaires français et ivoiriens pour le contrôle de l'aéroport d'Abidjan, essentiel pour la France de manière à établir un pont aérien.

Dans le même temps, l'Alliance des jeunes patriotes d'Abidjan (voir Politique de la Côte d'Ivoire pour plus de détails sur les Jeunes patriotes), envoie ses troupes, attisées par les médias d'État (radio, télé mais aussi des journaux comme Le Courrier d'Abidjan ou Notre Voie), qui pillent de nombreux biens immobiliers. Des viols, des passages à tabac sont recensés, peut-être des meurtres par les Jeunes patriotes, qui exposent explicitement leur idéologie raciste. D'après la CCI d'Abidjan, les entreprises détenues par des Français, des Occidentaux, des Libanais ou des Ivoiriens ont été détruites ; les témoignages d'entrepreneurs ivoiriens ou libanais restés sur place s'accordent pour décrire des « pillages planifiés, ciblés et encadrés » et préciser que des militaires y participaient (Pierre Daniel, dirigeant du Mouvement des PME). Les médias d'opposition ou indépendants sont mis à sac.

Les militaires français, assiégés par la foule, ont ouvert le feu sur elle (déclaration du chef d'état-major Bentégeat, le soir du 7 novembre). Ces tirs font 67 morts et plus d'un milliers de blessés parmi les manifestants, renforçant la propagande anti-Français. Plusieurs centaines d'Occidentaux, principalement des Français, se réfugient sur les toits de leurs immeubles pour échapper à la foule, ils sont alors évacués par des hélicoptères de l'armée française.

La France envoie en renfort 600 hommes venant du Gabon et de France.

À partir de la semaine du lundi 8 novembre, certains expatriés occidentaux (Français et Libanais principalement mais aussi Marocains, Allemands, Espagnols, Britanniques, Néerlandais, Canadiens et Américains) en Côte d'Ivoire choisissent de partir, pour certains définitivement.

Le même jour, dans un entretien accordé au Washington Post, Laurent Gbagbo remet en cause l'existence même des morts Français à Bouaké.

Le 15 novembre, le Conseil de sécurité des Nations unies, à la demande de la France, prend à l'unanimité la résolution 1572, interdisant le commerce des armes avec l'une ou l'autre des deux parties belligérantes, rebelles du Nord ou forces gouvernementales. Plusieurs pays africains ont rendu plus sévère cette interdiction.

Fin novembre, le gouvernement ivoirien abandonne la thèse de l'armée française décapitant et massacrant la foule des manifestants. Il mène par contre une opération de communication visant à démontrer des tirs volontaires sur cette foule, en présentant une vidéo amateur tournée pendant les tirs, montrant la foule paniquée, mais néanmoins pas le carnage d'abord rapporté.

Charles Blé Goudé et le COJEP pensent que le pays va sombrer si personne ne réagit, ils décident de prendre l'initiative par le seul moyen qui était l'explication de la situation et un appel à la résistance aux studios de la RTI à l'instar de l'Appel du 18 Juin à la BBC. Blé Goudé déclare à la Première et TV2 : « Si vous êtes en train de manger, arrêtez vous. Si vous dormez, réveillez vous. Tous à l’aéroport, au 43ème Bima. L’heure est venue de choisir entre mourir dans la honte ou dans la dignité » ,.

Au 13 novembre, 2 600 expatriés français étaient revenus en France ainsi que 1 600 expatriés européens. Au 17 novembre, 8 332 Français (sur les 14 000 présents début novembre) avaient quitté la Côte d'Ivoire. Les opérations d'évacuation ont couté environ cinq millions d'euros.

Jean-Louis Billon (président de la Chambre de commerce et d'industrie de Côte d'Ivoire) lors d'un entretien sur la radio de l'ONUCI déclare que « les entreprises ivoiriennes sont touchées » et le départ de plusieurs entreprises détenues par des étrangers risque d'avoir des impacts importants sur l'économie et le chômage en Côte d'Ivoire.

Bien que la Côté d'Ivoire reste le premier producteur mondial de cacao, le départ de plusieurs milliers d'étrangers de Côte d'Ivoire et la fermeture de leurs entreprises risque de priver le pays de nombreuses recettes fiscales. Les troubles empêchent de plus l'exportation de ces denrées périssables ou les renchérissent : au Sud comme au Nord, les camions sont rançonnés (mais dix fois plus au Sud qu'au Nord d'après la CCI de Bouaké).

Courant décembre, le président Gbagbo relance le processus de modification de la Constitution prévu dans les différents accords, de Marcoussis comme d'Accra III. Le 17 décembre, le projet est adopté par l'Assemblée nationale, 179 députés ayant voté oui contre 19 députés ayant voté non. Cette modification ne porte que sur un mot de l'article 35 ; la phrase « Le candidat doit être exclusivement de nationalité ivoirienne, né de père et de mère ivoirien d’origine » devenant « Le candidat doit être exclusivement de nationalité ivoirienne, né de père ou de mère ivoirien d’origine » ce qui ouvre la candidature à l'élection présidentielle. Le dépôt de projet de loi dans le courant de la semaine avait permis de repousser les sanctions de l'ONU contre les personnes responsables de l'échec du processus de paix ; ces sanctions (gel des avoirs, interdiction de quitter la Côte d'Ivoire) seront examinées le 10 janvier 2005.

Il interdit de même les manifestations jusqu'au 10 mars alors que les Jeunes patriotes annonçaient pour samedi 18 un défilé réclamant le départ de la Force Licorne. Cette interdiction touche de même les organisations de jeunesse des autres partis qui avaient prévu un meeting le même jour afin de soutenir l'action de la France. Son discours à l'hôtel Ivoire qui accueillait la Confédération des jeunesses panafricaines (COJEP) est par contre très martial (18 décembre).

Le butin des cambriolages de la BCEAO est en partie saisi au Mali où les auteurs tentent de blanchir cet argent. La BCEAO a en effet lancé une opération de démonétisation des billets type 92 qui expire le 31 décembre.

Ce retour à la normale sera cependant rendu difficile par la fragilisation du tissu économique après deux ans de guerre et quatre jours d'émeutes à Abidjan. D'après Jean-Louis Billon, président de la Chambre de commerce et d'industrie d'Abidjan, 78 grosses entreprises sont totalement détruites, 20 ont choisi de quitter la Côte d'Ivoire et 106 n'ont pas encore rouvert leurs portes. Quant à Daniel Bréchat, président du Mouvement des petites et moyennes entreprises (MPME), il estime que sur 500 PME adhérentes, 120 ont disparu corps et bien .

De plus, le clan Gbagbo détient toujours les principaux médias d'État et continue de les utiliser pour influencer les opinions. Ainsi, le 15 décembre, le ministre des Transports Kobena Anaky (du Mouvement des forces d'avenir, MFA) s'est plaint que son discours ait été tronqué dans un reportage du journal télévisé. Le retour à la neutralité de la Radio-Télévision ivoirienne (fin de l'occupation du bâtiment par les Jeunes patriotes, arrêt de la diffusion de l'hymne nationaliste l'Ode à la patrie, retour des anciens cadres) s'effectue de la mi-décembre à début janvier 2005.

Courant janvier 2005, alors que la France allège son dispositif, le bruit court que les FANCI sont autorisées à réparer leurs aéronefs endommagés début novembre par l'armée française. Les clarifications de l'ONUCI quelques jours plus tard montrent qu'il ne s'agit que d'un rapatriement des aéronefs vers une base d'Abidjan.

Au total, plus de 90% des blessés l'ont été par l'effet de la manifestation (piétinement, chevrotine, blessures aux armes blanches) ; le ministère de la Santé n’a pas donné de chiffres concernant les morts.

Ce bilan officiel ivoirien n'inclut pas les morts et blessés parmi les expatriés français vivant à Abidjan durant la nuit du samedi 6 novembre. En outre, les événements de cette nuit-là et des jours qui suivirent provoquèrent l'évacuation de plus de 8 000 occidentaux.

Le Mouvement ivoirien de libération de l'ouest de la Côte d'Ivoire (Miloci) attaque des positions des Forces nouvelles le 28 février et son chef militaire, le pasteur Gammi, promet une nouvelle Diên Biên Phu aux Français.

Le président d'Afrique du Sud, Thabo Mbeki, mandaté par l'OUA pour résoudre la crise ivoirienne, fait signer aux milices un accord de désarmement le 14 mai. Il remet son rapport le 31 août.

En octobre 2005, l'Armée française envoie neuf blindés de transporteurs de troupes AMX10P du 16e bataillon de chasseurs en Côte d'Ivoire. Paradoxalement, au moment où la situation semblait se détendre un peu, après que l'UA officialise le maintien de Laurent Gbagbo au pouvoir. Cette décision pourrait avoir plusieurs origines : la volonté de mieux protéger ses hommes (auparavant, certaines zones en ville n'étaient pas « couvertes » par manque de sécurité) et le sentiment que la situation risque de durer avant de trouver une issue et envisager un retrait.

Le 17 octobre, l’ancien responsable de l’Opération Licorne, le général Henri Poncet, a été suspendu, mesure exceptionnelle, pour avoir couvert le décès suspect le 13 mai 2005 de Firmin Mahé, impliquant des militaires français. Un communiqué militaire de mai 2005 déclarait que le « dangereux milicien » Firmin Mahé était « mort de ses blessures » après avoir ouvert le feu sur les militaires français qui venaient l’arrêter dans l'ouest de la Côte d'Ivoire.

Selon la presse et l'armée française, cet Ivoirien « coupeur de route » était recherché pour plusieurs meurtres et viols sur les populations civiles. L'enquête a établi qu'étant blessé par balle lors de son arrestation, il est étouffé avec un sac en plastique par des militaires français durant son transfert vers l'hôpital. Les militaires accusés d'avoir commis le meurtre ont prétendu avoir agi sur ordre de leur colonel qui a affirmé avoir transmis un ordre oral du général Poncet, ce que conteste ce dernier. Aucune information n'a filtré sur les crimes qui seraient reprochés depuis plus d'un an à Firmin Mahé. Son entourage et la presse pro-FPI d'Abidjan contestent qu'il en ait commis aucun et affirment que Firmin Mahé a été abattu à cause de son engagement politique contre la rébellion.

Il semblerait que le général Poncet était au courant que la version officielle n'était pas exacte et aurait couvert ses hommes. Des interrogations se font dans les médias sur les motivations réelles du gouvernement français. Est-ce vraiment pour la mort de cet Ivoirien et non pas pour les évènements de novembre 2004 autour de l' Hôtel Ivoire à Abidjan que le Général Poncet aurait été suspendu ?

Une certaine confusion a été entretenue autour du cas de Nestor Mahé, homonyme de Firmin Mahé, et qui aurait été arrété par l'armée française la veille de la mort de Mahé. Remis une première fois à la justice ivoirienne qui l'aurait relaché faute de plainte à son sujet, Nestor a été livré aux rebelles qui l'ont incarcéré.

Les journalistes du Monde ont également retrouvé le corps de Mahé dont l'armée francaise avait perdu la trace mais les résultats de l'autopsie n'ont pas été rendus publics.

Le procés de l'affaire Mahé devrait s'ouvrir devant le Tribunal aux Armées de Paris début 2008.

Une caserne de gendarmerie d’Abidjan est attaquée le 1er décembre.

De nouveaux combats ont lieu début janvier : le 2, des casernes d’Abidjan sont attaquées par des rebelles qui sont repoussés avec des pertes.

Après un report de 24 heures, un sommet extraordinaire réunissant tous les protagonistes de la crise ivoirienne – la première rencontre en terre ivoirienne des principaux leaders depuis le début de la guerre civile, en septembre 2002 – s'est ouvert le 28 février 2006 à Yamoussoukro, la capitale du pays, en présence du Président de la République Laurent Gbagbo, du Premier ministre Charles Konan Banny, du chef des rebelles Guillaume Soro et des dirigeants des deux principaux partis d'opposition, l'ex-Premier ministre Alassane Ouattara et l'ancien chef de l'État Henri Konan Bédié. Cette rencontre suscite de grands espoirs dans la population qui souhaite que soit trouvée rapidement une issue au conflit.

Le 4 mars, de nouveaux accords de paix sont signés à Ouagadougou. À la différence des précédents accords, un dialogue direct s'est établi entre les deux parties avec comme seuls négociateurs externes le président Blaise Compaoré et la communauté catholique Sant'Egidio qui a œuvré très discrètement depuis les accords de Marcoussis.

Cet accord a conduit le président Gbagbo à nommer le 29 mars Guillaume Soro chef d'un gouvernement de transition dont la liste des membres est fixée par décret le 7 avril. Dans la perspective d'une sortie de crise, une ordonnance est publiée le 12 avril. Elle proclame une amnistie sauf pour les infractions économiques. Un des principaux points est une procédure de révision des listes électorales qui devraient permettre l’inscription de trois millions de nouveaux électeurs.

La « zone de confiance » (de séparation entre zone rebelle et zone loyaliste) est progressivement démantelée à partir du 16 avril, comme prévu dans ces accords.

Le 29 juin 2007, Guillaume Soro (Premier ministre ivoirien) échappe à un attentat à la roquette lors de l'atterrissage de l'avion dans lequel il était à Bouaké. Quatre passagers sont décédés (deux gardes du corps de Soro, deux protocoles) et plusieurs sont grièvement blessés.

Le 30 juillet 2007, pour sceller la paix en Côte d'Ivoire, La cérémonie de la Flamme de la paix est organisée pour la première fois. Ce jour est décrété férié dans le calendrier ivoirien.

Déclaration du président de la république sénégalais Abdoulaye Wade lors de l'ouverture le 22 janvier 2001 à Dakar d’un forum sur le « racisme, la xénophobie et l’intolérance ». L'exaspérations de la situation économique désastreuse ne peut être qu'un élément catalyseur des comportements xénophobes des ivoiriens et des sentiments d'"ivoirophobie" des étrangers vivants en Cote d'Ivoire.

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Félix Houphouët-Boigny

Félix Houphouët-Boigny et son épouse Marie-Thérèse Houphouët-Boigny avec John F. Kennedy et Jackie Kennedy en 1962

Félix Houphouët-Boigny (serait né Dia Houphouët le 18 octobre 1905 à N'Gokro (Yamoussoukro) selon la biographie officielle - mort le 7 décembre 1993), surnommé « le sage » ou même « Nanan Boigny » ou « Nanan Houphouet » ou encore « le Vieux » (au sens africain du terme), est le « père » de l’indépendance de la Côte d’Ivoire.

Successivement chef traditionnel, médecin, planteur, leader syndical, député ivoirien en France, ministre de gouvernements français, président de l'Assemblée nationale ivoirienne, maire d'Abidjan, Premier ministre ivoirien et premier président de la Côte d'Ivoire de 1960 à 1993, Félix Houphouët-Boigny tient un rôle de premier ordre dans le processus de décolonisation de l'Afrique, et domine jusqu’à la fin de sa vie, la scène politique de son pays natal.

Partisan de la françafrique, une étroite collaboration avec l’ancienne métropole, il parvient de cette façon à développer économiquement la Côte d’Ivoire, notamment dans le secteur agricole, faisant de son pays un îlot de prospérité dans un continent miné par la pauvreté ; on parle alors de « miracle ivoirien ». Mais si l’exportation de cacao et de café a fait la richesse de la Côte-d’Ivoire, elle provoque également ses difficultés dans les années 1980, après la chute brutale des cours des matières premières. Dès lors, son régime dictatorial, bien que débonnaire, miné par une corruption endémique, devient de plus en plus insupportable pour la population touchée de plein fouet par la crise économique dont les impacts se font encore sentir, aujourd’hui, dans le pays.

Toutefois, cette coopération avec la France ne s’arrête pas au seul plan économique ; conjointement avec les services secrets de l’ancien colonisateur, il mène une politique africaine controversée qui se traduit par un soutien inconditionnel et mutuel des deux pays, dans chaque nouvelle « aventure » où ils s’impliquent. Houphouët-Boigny, l’homme de la France en Afrique, se taille de cette manière, une place toute particulière sur la scène africaine, notamment en Afrique francophone et dans le Golfe de Guinée où son influence fut grande.

Félix Houphouët-Boigny naît, selon sa biographie officielle, le 18 octobre 1905 à N'Gokro. Toutefois, un doute subsiste sur l’exactitude de cette date ; chez les Baoulés, son ethnie d’appartenance, l’état civil n’existe pas et il est donc fort probable que sa naissance soit antérieure à 1905.

Originaire de la tribu animiste des Akouès, il est le fils d’un dénommé Houphouët qui lui donne à l’origine comme prénom Dia, pouvant signifier, dans sa langue, prophète ou magicien. Dia Houphouët est le petit-neveu de la reine Yamousso et du chef du village, Kouassi N'Go. Lorsque ce dernier se fait assassiner en 1910, le jeune Dia est appelé à lui succéder à la tête de la chefferie. Mais, en raison de son jeune âge, son beau-père Gbro Diby (son père étant déjà mort) devient régent.

Compte tenu de son rang, l’administration coloniale décide de l’envoyer à l’école du poste militaire de Bonzi situé près du village puis, en 1915, à l’école primaire supérieure de Bingerville, ce malgré les réticences de sa famille. Cette même année à Bingerville, il se convertit au christianisme, considérant cette religion comme le signe de la modernité et un obstacle à l'islamisation ; il se fait baptiser Félix.

Brillant élève, il intègre, en 1919, l’École William Ponty où il obtient son diplôme d’instituteur et enchaîne, en 1921, avec l’École de médecine de l'AOF dont il sort major en 1925. Mais ses études de médecine sont incomplètes et Houphouët ne peut prétendre qu'à la carrière d'un « médecin africain », sorte de médecin au rabais.

Le 26 octobre 1925, Houphouët débute sa carrière en tant que médecin-auxiliaire à l’hôpital d’Abidjan où il fonde une « Amicale » regroupant le personnel médical indigène. L’entreprise tourne court ; l’administration coloniale voit d’un très mauvais œil cette association qu’elle assimile à une formation syndicale et décide de le muter, le 27 avril 1927, au service de Guiglo où les conditions sanitaires sont particulièrement éprouvantes. Toutefois, faisant preuve de véritables aptitudes professionnelles, il est promu à Abengourou, le 17 septembre 1929, à un poste réservé, jusque là, aux européens.

À Abengourou, Houphouët est confronté aux injustices dont sont victimes les cultivateurs de cacao indigènes exploités par les colons. Décidé à agir, il prend la tête, en 1932, d’un mouvement de planteurs africains hostile aux grands propriétaires blancs et à la politique économique du colonisateur qui les favorisent. Le 22 décembre, il rédige, sous un pseudonyme, un article engagé « On nous a trop volés » qui paraît dans un éditorial socialiste publié en Côte d’Ivoire, le « Trait d’union ».

L’année suivante, Houphouët est appelé par sa tribu à prendre ses fonctions de chef de village mais, préférant poursuivre sa carrière, il se désiste en faveur de son frère cadet Augustin. Cependant, afin de se rapprocher de son village, il obtient sa mutation à Dimbokro le 3 février 1934 puis à Toumodi le 28 juin 1936. Si jusque là, Houphouët a fait preuve de réelles qualités professionnelles, son attitude déplait ; en septembre 1938, son chef de service lui demande de choisir entre son poste de médecin et son engagement dans la politique locale. Le choix sera vite fait puisqu'en 1939, son frère décède et il lui succède à la tête de la chefferie.

En devenant chef, Houphouët devient l'administrateur du canton d’Akouè, représentant trente-six villages. Il reprend également en charge la plantation familiale qui est alors l'une des plus importantes du pays, et parvient à la développer en diversifiant les cultures de caoutchouc, de cacao et de café ; il devient ainsi un des plus riches planteurs africains.

Le 3 septembre 1944, il fonde, en accord avec l’administration coloniale, le Syndicat agricole africain (SAA) dont il devient le président. Regroupant les planteurs africains mécontents de leur sort, le SAA, anticolonialiste et antiraciste, revendique de meilleures conditions de travail, une hausse des salaires et l’abolition du travail forcé. Ce syndicat rencontre rapidement le succès et reçoit l’appui de près de 20 000 planteurs, ce qui déplait fortement aux colons qui vont jusqu'à porter plainte contre Houphouët. L’écho de ce syndicat est tel qu’il se rend, début 1945, à Dakar pour expliquer la démarche du SAA au gouverneur général de l’AOF, Pierre Cournarie.

En octobre 1945, Houphouët est projeté sur la scène politique ; le gouvernement français, décidé à faire participer ses colonies à l’assemblée constituante, organise l’élection de deux députés en Côte d’Ivoire : l’un représentant les colons, l’autre les autochtones. Houphouët se présente et, grâce aux nombreux soutiens qu’il a acquis par son action syndicale, est élu au premier tour avec plus de 1 000 voix d’avance. Malgré cette victoire, l’administration coloniale décide d’organiser un second tour, le 4 novembre 1945, qu'il remporte avec 12 980 voix sur 31 081 suffrages exprimés. Pour son entrée en politique, il décide d’ajouter Boigny, signifiant « bélier » (symbole de son rôle de meneur) à son patronyme, devenant ainsi Félix Houphouët-Boigny.

Au Palais Bourbon, Houphouët-Boigny est nommé membre de la Commission des territoires d'outre-mer. Il s'attelle à mettre en application les revendications du SAA. Un projet de loi tendant à la suppression du travail forcé est ainsi proposé le 1er mars 1946 à l’Assemblée et adopté en 1947 sous le nom de loi Houphouët-Boigny. Le 3 avril 1946, il propose d’unifier la réglementation du travail dans les territoires d'Afrique ; ce sera chose faite en 1952. Enfin, le 27 septembre 1946, il dépose un rapport sur le système de santé des territoires d'outre-mer qu’il invite à réformer.

Houphouët-Boigny milite également en faveur de l’Union française. Ce projet qui prévoie d'ériger les colonies en des départements et territoires français, est loin de faire l’unanimité chez les parlementaires métropolitains qui craignent de voir la France devenir la colonie de ses colonies. Tentant de les rassurer, Houphouët-Boigny leur répond qu’il n’existe, « à l’heure actuelle », aucun risque pour que les Africains submergent les parlementaires européens, mais qu’en revanche, une telle union permettrait de stopper la double politique menée par la France : l’une « métropolitaine et démocratique », l’autre « coloniale et réactionnaire ».

Après l’adoption de la constitution de la IVe République, il est réélu sans difficulté avec 21 099 voix sur 37 888 des suffrages exprimés. Toujours membre de la Commission des territoires d'outre-mer (dont il devient secrétaire en 1947 et 1948), il est nommé, en 1946, à la Commission du règlement et du suffrage universel. Le 18 février 1947, il propose de réformer en profondeur le système des conseils généraux des territoires de l'AOF, de l'AEF et du Conseil fédéral afin qu’ils soient plus représentatifs des populations autochtones. Il réclame également, à de nombreuses reprises, la création d'assemblées locales en Afrique afin que les indigènes puissent faire l'apprentissage de leur autonomie et de la gestion.

Le 9 avril 1946, Houphouët-Boigny transforme, avec l’aide des Groupes d’études communistes d’Abidjan, le SAA en Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI). Ce dernier devient lui-même, après le Congrès de Bamako du 18 octobre 1946, une section territoriale du tout nouveau parti inter-africain : le Rassemblement démocratique africain (RDA) dont il est le président.

Au fur et à mesure que la guerre froide s'affirme, l'alliance communiste devient de plus en plus préjudiciable pour le RDA, d'autant plus qu'en 1947, le PCF passe dans l'opposition. L’administration française manifeste une hostilité grandissante au RDA et à son président qu'elle apparente à un « Stalinien ». Les tensions atteignent leur apogée au début de 1950, quand, à la suite d’un incident, la quasi-totalité de la direction du PDCI est arrêtée. De dangereuses émeutes éclatent en Côte-d’Ivoire. Pour désamorcer la crise, le président du Conseil, René Pleven, confie à son ministre de la France d’outre-mer, François Mitterrand, la mission de détacher le RDA du PCF.

Conscient d'être dans une impasse, Houphouët-Boigny accepte de rompre avec les communistes en octobre 1950 et oriente le RDA vers une gauche modérée. Lors des élections législatives de 1951, il présente une liste commune avec le parti de Mitterrand, l’Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR) dont l’affiliation devient officielle en 1952.

Conservant l’image d’un communiste, bien que s’en défendant, il est le seul député RDA réélu en Côte d’Ivoire en 1951. C’est pourquoi, il prononce le 24 août 1951 un discours à l’Assemblée nationale où il conteste le résultat des élections qu’il déclare entaché de fraudes. Il dénonce aussi l’instrumentalisation des députés d’outre-mer comme « machines à voter ». Houphouët-Boigny et le RDA vivent alors une véritable période de purgatoire avant de renouer avec le succès en 1956 ; lors des élections de cette année, le grand parti de masse africain reçoit 502 711 voix sur 579 550 suffrages exprimés. Son leader, désormais, fait figure de modéré.

Nommé membre de la Commission du suffrage universel, des lois constitutionnelles, du règlement et des pétitions, Houphouët-Boigny entre également au gouvernement le 1er février 1956 en qualité de ministre délégué à la présidence du Conseil dans le gouvernement Guy Mollet ; poste qu’il occupe jusqu’au 13 juin 1957. Sa principale réalisation, dans ces fonctions, est la création d’une organisation commune de régions sahariennes qui permettrait d'assurer l'indépendance énergétique de l'Union française, et de contrer les revendications territoriales marocaines dans le Sahara.

Par la suite, Houphouët-Boigny devient ministre de la Santé publique et de la Population dans le gouvernement Félix Gaillard du 6 novembre 1957 au 14 mai 1958. Il essaie de réformer le code de la santé publique.

En cette qualité, il participe à l’élaboration de la politique africaine de la France, notamment dans le domaine culturel. Sous son impulsion seront créés le Bureau des étudiants de la France d’outre-mer, et l’Université de Dakar. Le 4 octobre 1958, Houphouët-Boigny est un des signataires, aux côtés de De Gaulle, de la constitution de la Ve République. Le dernier poste qu’il occupe est celui de ministre conseiller du gouvernement Michel Debré du 23 juillet 1959 au 19 mai 1961.

Suite à l’adoption, le 23 juin 1956, de la loi-cadre Defferre donnant l'autonomie aux colonies africaines, une élection territoriale est organisée en Côte-d’Ivoire le 3 mars 1957, au cours de laquelle le PDCI remporte une victoire écrasante. Houphouët-Boigny, qui occupait déjà les fonctions de ministre en France, de Président de l'Assemblée territoriale depuis 1953 (ayant succédé à Victor Capri Djédjé) et de maire d’Abidjan depuis novembre 1956, décide de placer à la vice-présidence de la Côte d’Ivoire Auguste Denise, même s’il reste, pour Paris, le seul interlocuteur de la colonie.

Contrairement à de nombreux dirigeants africains qui réclament une indépendance immédiate, Houphouët-Boigny souhaite une transition en douceur au sein de l’« ensemble français » car, selon lui, l'indépendance politique sans l'indépendance économique ne vaut rien. Aussi, donne-t-il rendez-vous à Nkrumah dans dix ans afin de voir lequel des deux eut choisi la meilleure voie.

Tout naturellement, il fait campagne pour le « oui » lors du référendum pour la Communauté franco-africaine, proposé par de Gaulle le 28 septembre 1958. Seul son protégé guinéen, Ahmed Sékou Touré ose dire « non » préférant, à l’inverse d’Houphouët-Boigny, « la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l'esclavage ». Malgré ce succès, la communauté franco-africaine s'écroule peu de temps après, poussée par la fédération du Mali qui souhaite l’indépendance. Le 7 août 1960, Houphouët proclame à contrecœur, l’indépendance de la Côte d’Ivoire .

Houphouët-Boigny prend officiellement la tête du gouvernement ivoirien le 1er mai 1959. Il ne souffre d’aucune opposition en ce qui concerne les partis rivaux, le PDCI les ayant tous neutralisés en 1957 (devenant de facto unique), mais il est en revanche, confronté à une opposition interne. Des nationalistes radicaux, menés par Jean-Baptiste Mockey, se dressent ouvertement contre sa politique francophile. Pour résoudre ce problème, Houphouët-Boigny décide de se débarrasser de cet opposant en fomentant, en septembre 1959, le « complot du chat noir » où Mockey, accusé d’avoir tenté de l’assassiner avec des fétiches maléfiques, est exilé.

En 1960, Houphouët-Boigny se lance dans la rédaction d’une nouvelle constitution. Il s’inspire de la constitution américaine qui établit un exécutif puissant, et de la constitution française de 1958 qui limite certains pouvoirs du législatif. Il transforme donc l’assemblée nationale en une simple chambre d’enregistrement votant les lois et le budget ; les députés sont désignés directement par lui, et le PDCI, totalement inféodé au président, doit se contenter de servir comme simple intermédiaire entre les masses populaires et l’État.

Mais, malgré ces mesures, des protestations émanent encore de l’intérieur, principalement des Jeunesses du rassemblement démocratique africain de Côte d'Ivoire (JRDACI). Pour les faire taire, Houphouët-Boigny profite du putsch réalisé au Togo et qui ébranle toute l’Afrique francophone pour les accuser de « menées subversives d’inspiration communiste »  ; trois ministres, sept députés et 129 autres personnes issus des JRDACI sont alors incarcérés. Toutefois, ce faux « complot de janvier 1963 » n’a pas le succès escompté puisqu'un fort sentiment d’injustice se développe, avec de nouvelles contestations. Houphouët-Boigny réagit en août 1963, cette fois-ci de façon beaucoup plus radicale. Les nouveaux « comploteurs » désignés sont les sympathisants communistes ivoiriens appuyés par les dirigeants africains progressistes (Kwame Nkrumah, Ahmed Ben Bella, Gamal Abdel Nasser), mais aussi les francs-maçons, les tenants du multipartisme, les anciens opposants au PDCI, les jeunes diplômés revenus de France imprégnés d’idéologie marxiste, et certaines régions du pays qui exprimaient une certaine antipathie envers le régime (pays Sanwi et Bété de Gagnoa). Un climat de terreur s’abat sur la Côte-d’Ivoire avec la création, le 26 août, d’une milice au service du parti regroupant 6 000 hommes, et l’arrestation, durant un an, de très nombreux « mauvais citoyens » dont sept ministres et six députés. Houphouët-Boigny gouverne dès lors en dictateur. Toutefois, ayant consolidé son pouvoir, il libère les prisonniers politiques en 1967. Il est réélu président à chaque élection sans aucune opposition.

Afin de déjouer toute tentative de putsch, le président ivoirien réduit au strict minimum les Forces armées nationales de Côte-d’Ivoire (FANCI), créées le 27 juillet 1960. La défense est alors confiée aux forces armées françaises qui, par le traité de coopération en matière de défense du 24 avril 1961, stationnent à Port-Bouët et peuvent intervenir dans le pays à la demande d’Houphouët-Boigny ou lorsqu’elles considèrent que les intérêts français sont menacés. Elles interviennent ainsi lors des tentatives sécessionnistes organisées par les monarchistes du Sanwi en 1959 et 1969, puis, en 1970, lors de la création d'un groupement politique non autorisé, le Mouvement éburnéen mené par Kragbé Gnagbé, que le président ivoirien accuse de vouloir faire sécession,.

Laurent Gbagbo, syndicaliste actif dans les années 1970 dont l'enseignement est jugé « subversif », est emprisonné avec son épouse Simone Ehivet Gbagbo à Séguéla et à Bouaké de mars 1971 à janvier 1973 par Houphouët. Après sa libération, il travaille comme chercheur à l'Institut d'histoire, d'art et d'archéologie africaine de l'Université d'Abidjan, et en devient le directeur en 1980.

Laurent Gbagbo se fait connaître lors des manifestations étudiantes du 9 février 1982, dont il est un des principaux instigateurs, et qui provoquent la fermeture des universités et des grandes écoles. C'est durant cette année qu'il crée dans la clandestinité notamment avec Simone Gbagbo, le futur Front populaire ivoirien (FPI). Son exil en France est l'occasion de promouvoir le FPI et son programme de gouvernement. Bien qu’idéologiquement proche du PS et personnellement de Guy Labertit, le gouvernement socialiste français tente de l’« ignorer » afin de ménager Houphouët. Ce n’est que trois ans plus tard que Gbagbo obtient son statut de réfugié politique, et ce grâce à un recours. Cependant, il subit des pressions françaises pour retourner dans son pays, Houphouët s'inquiétant de le voir développer un réseau de contacts, et trouvant que « son remuant opposant serait beaucoup moins encombrant à Abidjan qu'à Paris ».

En 1988, il rentre en Côte d'Ivoire, Houphouët lui ayant implicitement accordé son pardon en déclarant que « l'arbre ne se fâche pas contre l'oiseau ». Le 28 octobre 1990 a lieu l'élection présidentielle, avec pour la première fois une candidature autre que celle de Félix Houphouët-Boigny: celle de Laurent Gbagbo. Ce dernier remporte 18,3 % des suffrages, ce qui lui confère le statut de leader de l'opposition. Lors des élections législatives du 25 novembre 1990 le FPI obtient 9 sièges sur 175 ; Gbagbo, lui-même, est élu dans la circonscription de Ouaragahio où se trouve sa ville natale.

En mai 1991, puis en février 1992 ont lieu d'importantes manifestations étudiantes. Le 18 février (Alassane Ouattara étant alors premier ministre), Laurent Koudou Gbagbo est arrêté, et condamné le 6 mars à deux ans de prison mais il est libéré en août.

Dès 1961, Francis Wangah Romain Wodié, le membre fondateur de la LIDHO, du SYNARES et ancien président de la section ivoirienne d'Amnesty International est harcelé par le régime de Félix Houphouët-Boigny pour ses activités jugées « subversives », du fait de son engagement syndicaliste,. Un an plus tard il est emprisonné, pour peu de temps. En 1973, toujours harcelé par le régime présidentiel, il s'exile en Algérie. Ce n'est qu'en 1990 lorsque que le multipartisme est autorisé, que Francis Wodié en profite pour créer le PIT, parti marginal de l'opposition. Elu député de Cocody la même année, il est le seul parlementaire de son parti.

Si Houphouët-Boigny était un dictateur, il n’était pas moins conscient des réalités du marché. Il opte pour le libéralisme économique afin de bénéficier de la confiance de nombreux investisseurs étrangers, notamment français. Les avantages accordés par son code des investissements de 1959, permettent aux entreprises étrangères de rapatrier jusqu’à 90% de leurs bénéfices dans leur pays d’origine (les 10% restant étant obligatoirement réinvestis en Côte-d’Ivoire). Il développe également une politique de modernisation des infrastructures avec, notamment, l’édification du quartier d'affaires du Plateau à Abidjan (sur le modèle nord-américain) où des hôtels de luxe accueillent touristes et hommes d'affaires. Ainsi, la Côte d’Ivoire connaît une croissance de 11 à 12% durant la période de 1960 à 1965. Le PIB, multiplié par douze (en volume constant) entre 1960 et 1978, passe de 145 à 1 750 milliards de francs CFA, tandis que la balance commerciale ne cesse d’enregistrer des excédents.

L’origine de cette réussite économique est née du choix, du président, de privilégier le secteur primaire au secondaire. De cette manière, l’agriculture intensive connaît un développement fulgurant : entre 1960 et 1970, les cultures de cacao triplent leur production atteignant 312 000 tonnes, celles de café augmentent de moitié, passant de 185 500 à 275 000 tonnes tandis que les exportations de bois passent entre 1950 et 1965 de 90 000 à 1 250 000 tonnes. Si ces derniers représentent 80% des exportations de la Côte d’Ivoire, celles de bananes s’élèvent tout de même en 1965 à 150 000 tonnes et celles d’ananas à 40 000 tonnes. Par ailleurs, les cultivateurs du nord sont vivement encouragés à développer l’élevage du coton dans leur région. Toutefois, l’Etat ivoirien, par l’intermédiaire de la Caisse de stabilisation et de soutien des prix des productions agricoles (Caistab) qui garantit chaque année, un prix d’achat minimum aux productions des planteurs (inférieur à ceux du marché mais jugé satisfaisant), se garde le monopole sur les exportations de café, de cacao et de coton. Des ressources considérables sont ainsi dégagées pour financer les projets nationaux.

Bien que n’étant pas le pilier de l’économie ivoirienne, le secteur secondaire connaît, lui aussi, un essor spectaculaire grâce à l’industrie légère, notamment dans l’agroalimentaire avec l’installation de minoteries, d’huileries et de conserveries, et dans la transformation avec la mise en place de filatures et de scieries. Ainsi, entre 1960 et 1973, la production industrielle enregistre un taux de croissance annuelle moyen de 20%, faisant passer sa part dans le PIB de 15 à 25%. Le chiffre d’affaires de la grande et petite industrie passe alors, pour cette période, de 13,5 à 164 milliards de francs CFA, tandis que pour la période de 1973 à 1983, il est multiplié par 8,5, atteignant 1 170 milliards de francs CFA.

Cet essor économique modifie profondément le mode de vie des Ivoiriens, entraînant une accentuation de l’exode rural et la hausse du revenu annuel moyen par ménage qui atteint 500 000 francs CFA en 1980. Une forte demande de céréales « modernes » émerge alors en Côte-d’Ivoire, notamment en ce qui concerne le maïs et le riz ; cette nouvelle demande étant, comme partout en Afrique, assimilé à une promotion sociale. Des efforts sont aussi enregistrés dans le domaine de l’éducation : en 1975, le taux de scolarisation pour l’instruction primaire était de 17,3%, de 5,1% pour l’instruction secondaire et de 0,5% pour l’instruction supérieure ; en 1985, le taux d’alphabétisation était de 57,3% pour les personnes âgées de plus de 15 ans.

Ces progrès, liés pour l’essentiel au domaine économique, font du pays d’Houphouët-Boigny, une réussite rare en matière de décolonisation, un îlot de prospérité dans la région du golfe de Guinée. La Côte-d’Ivoire devient même un pays d’immigration pour la région : la forte main-d'œuvre étrangère (principalement burkinabès), nécessaire à la mise en œuvre et à l’entretien des plantations autochtones, représente dans les années 1980, plus du quart de la population ivoirienne.

Le « miracle ivoirien », comme on l’appelle, vaut à Houphouët-Boigny de gagner une image de « Sage de l'Afrique », tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays. Il est, alors, surnommé respectueusement « le Vieux ».

Toutefois, le système économique instauré en coopération avec la France est loin d’être sans défaut. La Côte-d’Ivoire d’Houphouët connaît, en fait, une « croissance sans développement ». La croissance ivoirienne dépend des capitaux, initiatives et cadres fournis de l’étranger ; elle n’est donc pas autocentrée et auto-entretenue mais engendrée et entretenue de l’extérieur. Le modèle ivoirien ne débouche pas automatiquement sur du développement.

A partir de 1978, l’économie ivoirienne connaît un sérieux ralentissement du fait de la chute brutale des cours mondiaux du café et du cacao. Cette chute est cependant perçue comme une conjoncture passagère puisque ses impacts sur les planteurs sont atténués par la Caistab qui leur assure un revenu décent. Dès 1979, afin d’enrayer la chute des prix, l’Etat tente de s’opposer à la tarification des matières premières par un boycott des cours mondiaux. Mais, appliquant seule cette résolution, la Côte-d’Ivoire enregistre, entre 1980 et 1982, plus de 700 milliards de francs CFA de perte. Par ailleurs, la Côte-d’Ivoire est victime, en 1983 et 1984, d’une sécheresse qui ravage près de 400 000 hectares de forêt et 250 000 hectares de café et de cacao. Pour faire face à cette situation, Houphouët-Boigny se rend en 1983, à Londres, pour négocier un accord sur le café et le cacao avec les négociants et les industriels ; mais, l’année suivante, ces derniers le rompent et laissent la Côte-d’Ivoire s’engouffrer dans la crise.

Même la production de pétrole off-shore et l’industrie pétrochimique ivoiriennes développées dans le but d’alimenter la Caistab, sont touchées par la récession économique mondiale à la suite du contre-choc pétrolier de 1986. L’Etat, qui achète alors les récoltes des planteurs au double des prix pratiqués sur le marché, s’endette lourdement. En mai 1987, la dette extérieure atteint 10 milliards de dollars, obligeant Houphouët-Boigny à suspendre unilatéralement les remboursements de la dette. Refusant de brader son cacao, il gèle en juillet les exportations afin de forcer les cours mondiaux à augmenter. Mais, cet « embargo » échoue. En novembre 1989, il se résigne à liquider son énorme stock de cacao aux grands négoces. Gravement malade, il nomme un Premier ministre (le poste était inoccupé depuis 1960), Alassane Ouattara, qui instaure des mesures d’austérité.

Du temps de la croissance économique, un climat général d’enrichissement et de satisfaction permettait à Houphouët-Boigny de maintenir et de maîtriser les tensions politiques intérieures ; sa dictature débonnaire, où prisonniers politiques sont quasi-inexistants, est relativement bien acceptée par la population. Mais, à la fin des années 1980, la crise économique entraîne une sévère dégradation des conditions de vie des classes moyennes et des populations urbaines défavorisées ; selon la banque mondiale, la population vivant en deçà du seuil de pauvreté passe de 11 % en 1985 à 31 % en 1993. Malgré la prise de certaines mesures telles que la réduction du nombre de coopérants français qui passe de 3000 à 2000 en 1986, libérant ainsi mille postes pour de jeunes diplômés ivoiriens, le gouvernement ne parvient pas à endiguer la montée du chômage et la faillite de nombreuses entreprises.

De fortes agitations sociales secouent alors le pays, créant un véritable climat d’insécurité. L’armée se mutine en 1990 et 1992, et le 2 mars 1990 des manifestations contestataires sont organisées dans les rues d'Abidjan avec des slogans, jusque là inédits, tels que « Houphouët voleur » et « Houphouët corrompu ». Ces manifestations populaires obligent le président à lancer une démocratisation du régime aboutissant, le 31 mai, à l’autorisation du pluralisme politique et syndical. Lors de l’élection présidentielle du 28 octobre 1990, le « vieux » est confronté, pour la première fois, à un adversaire, Laurent Gbagbo. Cela ne l’empêche pas, pour autant, d’être réélu pour un septième mandat avec 81,68% des suffrages, au grand dam de son opposant du FPI qui, dénonçant une manipulation du Code de la nationalité, réclame la différenciation nette entre nationaux et étrangers émigrés, dans la mesure où ces derniers disposent pratiquement des mêmes droits civiques, politiques et sociaux que ces premiers, et offrent quasi-automatiquement leurs suffrages à leur protecteur : Houphouët-Boigny. Gbagbo va même plus loin, en revendiquant une reconnaissance juridique des droits des nationaux sur la terre, remettant en cause les propriétés acquises, depuis des décennies, par les planteurs burkinabés dans l’Ouest et le Sud-Ouest forestier.

Les tensions vont atteindre leurs paroxysmes en 1991 et 1992. Lassé de devoir supporter une nouvelle manifestation étudiante, Houphouët-Boigny, qui avait déjà déclaré « Entre l’injustice et le désordre, je préfère l’injustice », envoie dans la nuit du 17 au 18 mai 1991, ses para-commandos occuper le campus de la cité universitaire de Yopougon. De nombreuses exactions y sont perpétrées par l'armée. Devant ces violences restées impunies, la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire organise à Abidjan, le 13 février 1992, une manifestation qui se termine par l’interpellation d’une centaine de personnes. Le 18, c’est au tour du FPI d’organiser à Abidjan, une manifestation qui dégénère en émeute, avec l’arrestation de 300 personnes dont Laurent Gbagbo et René Dégni-Ségui, président de la Ligue ivoirienne des droits de l'homme. Les deux hommes, condamnés le 6 mars à deux ans de prison ferme, sont amnistiés par Houphouët-Boigny le 24 juillet.

Dès 1977, une affaire de malversation, au sujet de la « surfacturation » de trois sucreries, ébranle le gouvernement. Aucun procès n’a lieu mais des mesures sont immédiatement prises. Le 23 juin 1977 une loi anti-corruption est adoptée, le 20 juillet 1977 neuf ministres sont limogés, et, en vue de moraliser la vie publique, Houphouët-Boigny fait don à l’État de ses plantations de Yamoussoukro. Lors des élections législatives de 1980, il permet aux électeurs de choisir parmi une multitude de candidats afin d’éliminer un certain nombre de barons du régime.

La corruption n'en est pas pour autant endiguée. Elle se fait même de plus en plus visible lors de la crise économique. En 1983, un nouveau scandale financier secoue la classe dirigeante au sujet de la LOGEMAD, un organisme d’État chargé de reverser à des particuliers les loyers des logements occupés par des fonctionnaires ; lors de cette affaire, il s’avère que cet organisme profite essentiellement aux responsables politiques qui, après avoir fixé des baux administratifs, récupèrent l’argent versé par l’État par le biais de logements leur appartenant.

Outre cette corruption endémique et cette immense fortune, Houphouët s'adonne à des dépenses somptuaires. En 1983, la capitale est transférée dans son village natal à Yamoussoukro, officiellement pour soulager Abidjan. Il y construit, aux frais de l’État, de nombreux édifices jugés démesurés par certains a l'époque, tels qu'un Institut Polytechnique, fréquenté par des étudiants de toute l'Afrique de l'Ouest, ou bien un aéroport international. Le plus pharaonique projet est la Basilique Notre-Dame de la paix, de béton et d'acier, employant le plan classique de Saint-Pierre du Vatican, plus grand lieu de culte chrétien au monde. Financée sur ses fonds personnels, elle est réalisée entre 1985 et 1989 par le Libanais Pierre Fakhoury et la société française Dumez pour un coût total de 1 à 1,5 milliard de francs français. Il l’offre au pape Jean-Paul II qui la consacre le 10 septembre 1990.

Le déploiement d’un tel faste, alors même que l’économie nationale s’effondre, n'a pas l'effet escompté par Houphouët, sinon alimenter le mécontentement de la population.

Cette crise économique, sociale et politique englobe également le problème de sa succession à la tête de la Côte-d’Ivoire. Depuis l’élimination en 1980 de son « dauphin » Philippe Yacé, qui était président de l’Assemblée nationale et donc « de plein droit président de la République » en cas de vacance du pouvoir, Houphouët-Boigny retarde autant qu’il peut la nomination officielle de son successeur. Sa santé de plus en plus fragile, attise les convoitises entre ses différents « héritiers » potentiels qui se mènent, entre eux, une véritable guerre. Finalement, le Premier ministre Alassane Ouattara, qui assure l’essentiel du pouvoir depuis 1990 du fait des hospitalisations répétés du président à l’étranger, est écarté au profit de son protégé Henri Konan Bédié, président de l'assemblée nationale. En décembre 1993, en phase terminale d’un cancer, le « vieux » est ramené d’urgence dans son pays afin qu’il y meure. Il est maintenu en vie artificiellement pour que les dernières dispositions soient mises au point concernant sa succession. En accord avec la famille, Félix Houphouët-Boigny est débranché le 7 décembre.

À la mort du Président, l'unité du pays, symbolisée par ses obsèques grandioses et consensuelles le 7 février 1994, est toujours maintenue. Une importante délégation française y assiste, composée de son ami le président François Mitterrand, du Premier ministre Édouard Balladur, des présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, Philippe Séguin et René Monory, de Valéry Giscard d’Estaing, de Jacques Chirac, de son ami Jacques Foccart et de six anciens Premiers ministres.

Après sa mort, la Côte-d'Ivoire est dirigée par Henri Konan Bédié ; mais, ce dernier n’a ni sa carrure, ni son charisme. Il suscite par des rivalités personnelles avec Robert Guéï, Laurent Gbagbo et l’ancien Premier ministre Alassane Ouattara, la mise en place en 1995 du concept d'ivoirité. Ces luttes ethniques, que Félix Houphouët-Boigny s'est toujours attaché à éviter au profit de la construction d'une « nation » ivoirienne, débouche en 2002 au conflit politico-militaire, proche d’une guerre civile.

Jusqu’au milieu des années 1950, les colonies françaises d’Afrique noire étaient regroupées administrativement au sein de deux grands ensembles : l’Afrique-Équatoriale française (AEF) et l’Afrique occidentale française (AOF). Rattachée à l’AOF, la Côte-d’Ivoire finance, à elle seule, les deux tiers de son budget. Souhaitant libérer la Côte-d’Ivoire de la « pesante » tutelle de l’AOF, Houphouët-Boigny prône une Afrique des patries qui préfèrerait créer des richesses plutôt que de partager la misère avec les autres territoires. Il participe ainsi activement à la rédaction et à l’adoption de la loi-cadre Defferre qui, en plus de donner l'autonomie aux colonies africaines, relâche les liens unissant les différents territoires et accorde de très larges compétentes aux Assemblées locales.

Cette loi-cadre est loin de faire l’unanimité parmi ses compatriotes africains. Le leader sénégalais, Léopold Sédar Senghor, est le premier à s’insurger contre ces projets de « balkanisation » de l’Afrique, arguant que les territoires coloniaux « ne correspondent à aucune réalité : ni géographique, ni économique, ni ethnique, ni linguistique ». Pour lui, le maintien de l’AOF en un Ėtat fédéral leurs permettrait de pouvoir détenir une crédibilité politique plus forte, de se développer de manière harmonieuse, et d’émerger culturellement en tant que véritable peuple. Sur ces points de vue, Senghor est rejoint par la majorité des membres du RDA, regroupée derrière Ahmed Sékou Touré et Modibo Keïta qui mette Houphouët en minorité lors du congrès de Bamako en 1957.

La Côte-d’Ivoire accède à la souveraineté nationale. Houphouët-Boigny remporte, ainsi, une première victoire face aux tenants du fédéralisme ; victoire qui, d’ailleurs, est le terreau du futur « miracle ivoirien » puisque, entre 1957 et 1959, les recettes du budget ivoirien progressent de 158%, atteignant 21 723 000 000 francs CFA. Malgré cette « réussite », Houphouët-Boigny est bien décidé à enrayer définitivement l’hégémonie du Sénégal en Afrique de l'Ouest ; un véritable affrontement politique s’engage entre les leaders ivorien et sénégalais. Houphouët-Boigny refuse de participer à la conférence interafricaine de Dakar du 31 décembre 1958 qui doit poser les bases de la fédération des Ėtats d’Afrique francophone. Il sabote même toute combinaison territoriale dont le contrôle politique lui échapperait; en coopération avec la France, il parvient à convaincre la Haute-Volta, le Dahomey et le Niger de ne pas adhérer à la fédération malienne qui, composée du Sénégal et du Soudan français, finit par éclater en août 1960.

A l’instar de Charles de Gaulle qui refusa toujours une Europe intégrée, Houphouët-Boigny s’oppose à l’idée d’États-Unis d'Afrique proposé par Kwame Nkrumah qui remet en cause les souverainetés nationales récemment acquises. Toutefois, le dirigeant n'est pas contre l'unité africaine qu'il conçoit sous la forme d'une coopération au cas par cas.

Houphouët-Boigny prévoit même, en 1966, d’accorder la double nationalité aux ressortissants des pays du conseil de l’Entente, mais le projet est abandonné suite à la pression de la rue. Le président ivoirien s'engage donc à soutenir financièrement ses alliés, en échange de leurs allégeances respectives à la Côte-d’Ivoire.

Ambitieux, le leader ivoirien conçoit de plus grands desseins pour l'espace francophone d’Afrique ; il prétend le regrouper au sein d’une grande organisation dont le but serait de se soutenir mutuellement. Le projet se concrétise le 7 septembre 1961, lors de la signature de la charte donnant naissance à l’Union africaine et malgache (UAM), regroupant douze pays francophones dont le Sénégal de Senghor. Des accords sont signés et resserrent la solidarité des Ėtats francophones, notamment dans les domaines économique, militaire, et des postes et télécommunications. Mais en mai 1963, la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) vient perturber ses plans : les tenants du panafricanisme exigent la dissolution de tous les regroupements régionaux dont l’UAM ; le président ivoirien cède à contrecœur, et transforme, en mars 1964, l’UAM en Organisation africaine et malgache de coopération économique et culturelle.

Considérant l’OUA comme une voie de garage, d’autant plus que Paris y est hostile, il décide de créer l’Organisation commune africaine et malgache (OCAM), une organisation purement francophone et concurrente à l’OUA, qui voit le jour en 1965. Ce bloc « modéré et modérateur » regroupe, en son sein, seize pays dont le but est de briser les velléités révolutionnaires en Afrique. Mais, au cours des années, estimant cette organisation trop inféodée à la France, huit pays membres quittent l’OCAM.

En 1974, Houphouët-Boigny et Senghor mettent de côté leurs querelles et s’unissent afin de contrecarrer les plans du Nigeria qui vise à s’imposer en Afrique de l'Ouest, au détriment de la Côte-d’Ivoire et du Sénégal, par la création d’une grande organisation inter-linguistique, la CEDEAO. Les deux homologues créent, dans le but d’entraver le fonctionnement de la CEDEAO, la Communauté économique de l'Afrique de l'Ouest (CEAO) qui supplante les anciennes unions douanières dans la région francophone. Mais, ayant reçu l’assurance, de la part du Nigeria, que seraient maintenues les organisations francophones antérieures, les fondateurs de la CEAO décident de rejoindre la CEDEAO en mai 1975.

Tout au long de sa présidence, Houphouët-Boigny s’entoure de conseillers français dont l’influence s’étend à tous les domaines, notamment politiques avec Guy Nairay, chef de cabinet du président de 1960 à 1993, et Alain Belkiri, secrétaire général du gouvernement ivoirien. Cette diplomatie spécifique, la « Françafrique » comme il la nomme lui-même, lui permet de conserver des liens très privilégiés avec l’ancienne métropole, faisant de lui le principal allié de la France en Afrique. Ainsi, à chaque nouvelle « aventure » africaine où s’implique l'un des deux pays, ils s’apportent, mutuellement, un soutien inconditionnel ; Houphouët-Boigny nouera même, avec le « Monsieur Afrique » de l’Élysée, Jacques Foccart, de véritables liens d’amitié.

Dès l’indépendance de la Guinée, ses rapports avec son voisin ghanéen Kwame Nkrumah se dégradent aussi considérablement après que ce dernier eut apporté un soutien financier et politique à Sékou Touré. Par ailleurs, convaincu que Nkrumah soutient les sécessionnistes Sanwi en Côte-d’Ivoire, Houphouët-Boigny tente, par tous les moyens, d’isoler et de discréditer le régime ghanéen. Il accuse Nkrumah de vouloir déstabiliser son régime lors des faux complots de 1963, et appelle, en 1965, les Etats francophones à boycotter la conférence de l’OUA prévu à Accra en septembre. Finalement, Nkrumah est éliminé en 1966 par le coup d’Etat auquel le président ivoirien prend part en mettant son pays à la disposition des conspirateurs, qui s'en servent comme base de départ et d’arrivée à leurs missions.

Toujours en collaboration avec Foccart, Houphouët-Boigny participe aux complots menés contre le régime révolutionnaire de Mathieu Kérékou au Dahomey, notamment lors de la tentative de putsch du 16 janvier 1977 dirigé par le mercenaire français Bob Denard. Il agit aussi en Angola où, afin de lutter contre les marxistes installés au pouvoir depuis 1975, il apporte son soutien à Jonas Savimbi de l’UNITA qui mène une véritable guerre civile meurtrière dans le pays.

Houphouët-Boigny participe également à la crise congolaise. En novembre 1960 à l’ONU, afin de soustraire le Congo-Léopoldville de l’influence de Patrice Lumumba, accusé de sympathies communistes, le leader ivoirien apporte son soutien au président Joseph Kasa-Vubu, adversaire déclaré de Lumumba ; puis, s’alignant sur la France, au très controversé Moïse Tshombe. Ce dernier, désavoué par une grande partie de l’Afrique, se voit ainsi défendu avec ardeur par Houphouët-Boigny qui le fait même intégrer, en mai 1965, dans sa toute nouvelle organisation, l’OCAM. Son appui à Tshombe est tel, qu’après le renversement de celui-ci en novembre 1965 par le général Mobutu, le président ivoirien soutient en 1967, le plan Kerilis proposé par les services secrets français qui vise à ramener au pouvoir le leader congolais déchu. L’opération est un échec. En réaction, Houphouët-Boigny décide de boycotter la réunion du 4e sommet annuel de l’OUA tenu en septembre 1967 dans la capitale zaïroise.

Houphouët-Boigny est aussi un des principaux responsables du drame biafrais. Jugeant le Nigeria comme potentiellement dangereux pour les Etats du « pré carré français », Jacques Foccart envoie en 1963, à Houphouët-Boigny, le lieutenant-colonel Raymond Bichelot en mission pour suivre de près l'évolution politique de ce pays. L’occasion d’affaiblir le géant anglophone se présente en mai 1967, lorsque le lieutenant-colonel Odumegwu Emeka Ojukwu entreprend la sécession du Biafra. Les hommes de la françafrique soutiennent alors les sécessionnistes qui, en passe d'être matés, peuvent, grâce aux mercenaires et armes fournis en masse depuis Abidjan par Jean Mauricheau-Beaupré (l’« homme de confiance » détaché par Foccart en Côte-d’Ivoire), résister et engager une guerre civile particulièrement meurtrière. Par la fin des années 1960, les Etats du « pré carré français » se désolidarisent subitement et ouvertement de la politique menée, dans cette affaire, par la Côte-d'Ivoire et la France. Isolés sur la scène internationale, les deux pays décident d’interrompre leur assistance à Ojukwu qui finit par s’exiler en Côte-d’Ivoire.

Il propose même à l’OUA, en juin 1971, de le suivre dans cette décision. Mais, loin de faire l’unanimité, sa proposition est rejetée. Ce refus ne l’empêche pas, pour autant, de poursuivre ses tentatives d'approche avec le régime de Pretoria qui se concrétisent en octobre de la même année par une rencontre semi-officielle, dans la capitale sud-africaine, d’une délégation ivoirienne de haut rang avec le Premier ministre Vorster. Par ailleurs, soucieux de l’influence communiste en Afrique, il rencontre lui-même Vorster à Genève en 1977, après les interventions soviéto-cubaines en Angola et en Éthiopie. Jusqu’à la fin sa présidence, les relations avec l’Afrique du Sud se poursuivent de façon plus officielles puisque le 25 octobre 1988, une rencontre est organisée à Yamoussoukro entre Houphouët-Boigny et le président Pieter Botha puis, l’an suivant, avec son successeur Frederik de Klerk.

Si Houphouët-Boigny s'aligne le plus souvent sur la politique menée par la France, le président ivoirien influence également la France dans sa politique africaine.

Après la prise de pouvoir au Burkina Faso par le jeune militaire révolutionnaire Thomas Sankara, le « vieux » noue, très rapidement, une relation dès plus houleuse avec son voisin. Les tensions atteignent leur paroxysme en 1985 : la Côte-d’Ivoire accuse les autorités burkinabès d’être impliquées dans une tentative de complot et d’enrôler de force de jeunes étudiants Ivoiriens au Faso, dans des camps d’entraînement en Libye. Houphouët-Boigny réagit en invitant le capitaine dissident Jean-Claude Kamboulé à se réfugier en Côte-d’Ivoire afin qu’il organise l’opposition au régime sankariste. En 1987, Sankara trouve la mort au cours du putsch qui le renverse. L’implication de Houphouët-Boigny est probable. Le président ivoirien aurait profité des dissensions de l’organe dirigeant le Burkina Faso, pour prendre contact avec Blaise Compaoré, le n°2 du régime. Ensemble, ils auraient organisé en 1987 à Korhogo, conjointement avec l'Élysée, Laurent Dona Fologo, Robert Guéï et Pierre Ouédraogo, le renversement de Thomas Sankara,,.

Houphouët-Boigny pousse également la France, lors de la guerre civile libérienne, à soutenir et à armer la rébellion du seigneur de la guerre Charles Taylor, dans le but de s’accaparer une partie des richesses du Libéria.

Félix Houphouët-Boigny descend de chefs animistes akouè par sa mère, Kimou N’Dri (dite N’Dri Kan), décédée en 1936. En revanche, en ce qui concerne les origines de son père, des doutes subsistent. En effet, officiellement originaire de la tribu N’Zipri de Didiévi, N’Doli Houphouët serait décédé peu de temps après la naissance de Augustin, bien qu’aucune information fiable n’ait jamais été donnée à son sujet ; Félix Houphouët-Boigny interrogé, rétorque d’ailleurs : « Que voulez-vous donc savoir de l’étranger ? ». Ce manque de clarté donne lieu à toute sorte de rumeurs dont une, particulièrement répandue, veut que son père soit un musulman originaire du Soudan, prénommé Cissé. En tout cas, de cette union, Félix Houphouët-Boigny eut deux sœurs aînées, Faitai décédée en 1998 et Adjoua décédée en 1987 ainsi qu’un frère cadet, Augustin décédé en 1939.

Bien que catholique pratiquant, il épouse en 1930 à Abengourou, Kady Racine Sow (1913-2006), fille d’un riche commerçant sénégalais de confession musulmane. Les deux familles respectives, opposées à cette union, finissent toutefois par accepter ce mariage mixte qui est, dit-on, le premier jamais célébré en Côte-d’Ivoire. De cette alliance naît cinq enfants : Félix (décédé en bas âge), Augustin, François, Guillaume et Marie, tous élevés dans la foi catholique.

Le mariage connaît des scandales : en 1958, son épouse commet une escapade en Italie tandis que lui, collectionne les maîtresses et a en 1961 un enfant hors-mariage avec Henriette Duvignac qu’il reconnaît : Florence (décédée en 2007).

A sa mort en 1993, Félix Houphouët-Boigny ne laisse aucun testament écrit sinon un legs verbal en faveur de l’Etat ivoirien. Ses héritiers reconnus, et tout particulièrement Hélène, mènent depuis, un combat contre l’Etat ivoirien afin de récupérer une partie de l’immense fortune d’Houphouët qu’elle affirme être une succession « privée » devenue « d’Etat ».

Parmi ses amis et artisans de la décolonisation on compte Auguste Denise, Ernest Boka, Modibo Keïta, le Général De Gaulle, Mathieu Ekra, Germain Coffi Gadeau, Philippe Yacé, Arsène Usher Assouan, ... Son amitié avec Victor Capri Djédjé, se détériore lors de l'inauguration du Port autonome d'Abidjan en 1951. Vers 1970, arrivent sur la scène politique ivoirienne et internationale ses jeunes protégés dont il a financé pour certains l'instruction : Denis Bra Kanon, Gustave Kouassi Ouffoué, Alphonse Djédjé Mady, Henri Konan Bédié, Auguste Debray, Djéni Kobina... Sur le plan international, il est en contact privilégié avec de nombreux hommes politiques français parmi lesquels Jacques Chirac qu’il compte parmi ses jeunes protégés. Au Gabon Omar Bongo est également son jeune protégé.

Afin de laisser à la postérité l’image d’un homme de paix , il crée en 1989 un prix pour la recherche de la paix parrainé par l’Unesco, entièrement subventionné par des fonds extrabudgétaires apportés par la Fondation Félix-Houphouët-Boigny. Ce prix qui porte « le nom du Président Félix Houphouët-Boigny, doyen des chefs d’État africains, apôtre infatigable de la paix, de la concorde, de la fraternité et du dialogue pour résoudre tout conflit à l’intérieur comme à l’extérieur des États », est attribué chaque année par un Jury international, composé de onze personnalités originaires des cinq continents, qui décerne un chèque de 122 000 euros.

Le prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix a été accordé respectivement à Nelson Mandela, président du Congrès national africain (ANC) de l’ Afrique du Sud et Frederik Willem De Klerk, président de la République sud-africaine en 1991, à l’Académie de droit international de La Haye au Pays-Bas en 1992, à Yitzhak Rabin Premier ministre de l’État d’Israël, Shimon Peres, Ministre des affaires étrangères de l’État d’Israël et Yasser Arafat, Président de l’Autorité nationale palestinienne en 1993, à S. M. Juan Carlos I, Roi d’Espagne et Jimmy Carter, ancien président des États-Unis d’Amérique en 1994, au Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés et à Mme Sadako Ogata, Haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés en 1995, à Alvaro Enrique Arzú Irigoyen, président de la République du Guatemala et au Commandant Rolando Morán, représentant de l’Union révolutionnaire nationale guatémaltèque (URNG) en 1996 , à Fidel Valdez Ramos , président de la République des Philippines et Nur Misuari, président du Front de libération nationale moro (MNLF) des Philippines en 1997, à Sheikh Hasina Wajed, Premier ministre de la République populaire du Bangladesh et George J. Mitchell, Sénateur américain, ancien conseiller spécial du président des États-Unis d’Amérique pour les affaires irlandaises en 1998, à la Communauté de Sant'Egidio d’Italie en 1999, à Mme Mary Robinson, Haut commissaire des Nations unies aux droits de l’homme en 2000, à Kay Rala Xanana Gusmão, président de la République démocratique du Timor-Oriental en 2002, au Cardinal Roger Etchegaray, président émérite du Conseil pontifical Justice et Paix et Dr Mustafa Cerić, Grand mufti de Bosnie en 2003 et à Maître Abdoulaye Wade, président de la République du Sénégal en 2005. Le Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix n’a pas été attribué en 2001 et 2004.

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Source : Wikipedia