Immigration

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Posté par talos 23/03/2009 @ 18:15

Tags : immigration, société

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Immigration

Un fort différentiel économique explique en partie l'immigration clandestine. Ici le mur de Nogales qui sépare à gauche les États-Unis et à droite le Mexique.

L'immigration désigne l'entrée, dans un pays, de personnes étrangères qui y viennent pour y séjourner et y travailler. Le mot immigration vient du latin immigrare qui signifie « pénétrer dans ». L'immigration est une migration vue du côté du pays de destination. Elle correspond, vue du côté du pays de départ, à l'émigration.

Dans le cas des frontaliers, les migrations peuvent être quotidiennes.

Pour les États, l'immigration peut permettre de faire face à un déficit des naissances ou encore assurer une quantité ou qualité de main-d'œuvre suffisante. Toutefois, l’immigration illégale va au-delà des souhaits des pays d’arrivée.

Aujourd'hui, les flux de migrations sont orientés aussi bien des pays en développement vers les pays développés que d'un pays développé vers un autre. Les plus forts taux de travailleurs immigrés dans la population active se retrouvent dans les pays du Golfe persique : 90 % aux Émirats arabes unis, 86 % au Qatar, 82 % au Koweït.

Un migrant peut ne pas être en règle au regard de la législation sur l'immigration en vigueur dans le pays de destination.

D'après le rapport du Secrétaire général des Nations unies sur les migrations internationales et le développement, remis en 2006, le monde compterait près de 200 millions de migrants. Un tiers environ se sont rendus d'un pays en développement vers un autre et un autre tiers d'un pays en développement vers un pays développé.

Après examen d'un dossier dépendant de l'attribution de points suivant la profession, l'âge, les langues maîtrisées, etc. Le Canada est un pays bien connu pour sa population biculturelle (francophone, anglophone).

Les villes de Toronto, Ottawa, Montréal et Vancouver sont connues pour leur accueil chaleureux envers les immigrants. Parmi les plus grandes communautés immigrantes, il y a les Marocains, les Algériens, les Tunisiens, les Chinois, les Ukrainiens ,les Italiens et les Haïtiens.

Près de huit millions de personnes se sont installées aux États-Unis entre 2001 et 2005, légalement ou illégalement, selon le Centre d'étude de l'immigration. C'est un rythme de 2,5 supérieur à celui de la grande vague d'Européens arrivés autour de 1910 sur le Nouveau Continent.

Les États-Unis accordent environ 675 000 visas aux immigrants chaque année, mais ceux-ci sont limités à 20 000 par pays. La règle est celle de l'ordre chronologique des demandes ; il existe deux grandes causes principales d'immigration : le regroupement familial et la recherche d'un travail.

Depuis 1990, l'organisation passe aussi par l'attribution ou non de carte verte donnée à l'issue d'une loterie due à une forte demande. La carte verte n'est cependant utile que pour devenir salarié aux États-Unis, pas pour y créer une entreprise ! C'est parce qu'il ne pouvait pas obtenir de carte verte que Philippe Kahn, qui désirait rester aux États-Unis, a créé la société Borland International (avec succès).

En raison d'une tradition de droit du sol, tout enfant né sur le territoire des États-Unis peut être déclaré citoyen américain. Le mariage avec une personne de nationalité américaine ne confère pas en revanche par ce seul fait la nationalité de ce pays.

En 2006, 1,2 millions de clandestins ont été arrêtés en tentant d'entrer aux États-Unis via le Texas, l'Arizona, le Nouveau-Mexique et la Californie.

Voir Immigration en Europe pour une présentation des questions relatives à l'immigration au niveau du continent, en particulier pour la politique d'immigration de l'Union européenne. Cette section ne présente que les données spécifiques aux pays ou régions composant l'Europe.

Si la plupart des pays européens sont aujourd'hui des terres d'immigration, la situation est très différente d'un pays à un autre. Dans les pays d'Europe du Sud, l'immigration, plus récente, concerne surtout l'agriculture, le bâtiment et les services alors qu'elle est plus diversifiée dans les pays d’Europe du Nord, où le regroupement familial favorise par ailleurs la constitution de communautés.

Les droits des immigrés dépendent du pays d'accueil et de celui d'origine ; les pays de l’Union accordent (sous conditions minimales, la plus courante étant la réciprocité) un droit de vote et d'éligibilité aux résidents étrangers pour les élections locales aux citoyens des autres pays de l'Union ; certains pays l'accordent aussi à des citoyens d'autres pays.

Longtemps pays d'émigration vers l'Europe et l'Amérique latine, l'Espagne est devenue une terre d'accueil dans les années 1980. Il y avait officiellement 3,7 millions d'immigrés en 2005. Les principaux pays d'origine des immigrants sont le Maroc, l'Équateur et la Roumanie.

L'Espagne est un lieu de destination et de transit pour les immigrés clandestins en provenance d'Afrique. Elle doit faire face à une arrivée massive de clandestins africains sur les îles Canaries. Au cours des cinq premiers mois de 2006, plus de 7500 immigrés clandestins ont débarqué sur les côtes de cet archipel espagnol. Le Premier ministre a du répondre aux attaques de l'opposition sur cette question et a demandé le soutien de l'Union européenne. Celle-ci a promis l'envoi de patrouilles aéronavales afin de surveiller la région. D'autre part, le gouvernement espagnol a renforcé sa collaboration diplomatique avec les pays d'Afrique de l'Ouest. Le journal La Razon a révélé que sur les quatre premiers mois de 2006, 60 000 Roumains et Bulgares étaient arrivés en Espagne. Il a rappelé que l'immigration la plus importante venait d'Amérique latine et d'Europe centrale.

L'Espagne a procédé à plusieurs opérations de régularisation d'immigrés clandestins depuis les années 1980. La dernière opération en date, lancée par le gouvernement Zapatero, a abouti à la régularisation de 700 000 personnes entre février et mai 2005. Certains pays membres de l'espace de Schengen, comme l'Allemagne ou les Pays-Bas, ont critiqué cette mesure car les immigrés munis de papiers attribués par l'Espagne peuvent ensuite circuler librement dans les autres pays. Ces régularisations massives provoqueraient par ailleurs un « appel d’air ».

Pays d'émigration jusqu'aux années 1960, l'Italie est devenu progressivement une terre d'immigration. Depuis les années 1990, l'Italie a ainsi accueilli de nombreux réfugiés en provenance de l'ex-Yougoslavie et du Kosovo, ainsi que de Somalie. Le nombre officiel d'immigrés était de 3 millions fin 2005 .

L'Italie fait aussi face à des vagues d'immigration clandestine, en particulier par voie de mer : Albanais sur la côte des Pouilles, Africains sur l'île de Lampedusa au sud du pays. Le gouvernement Berlusconi (2001-2006) a mis en place des vols charters vers les pays d'origine et a tenté de lutter contre l'arrivée d'immigrés clandestins par bateau. En 2005, 207 bateaux ont été arraisonnés par les autorités italiennes à proximité du littoral, sur un total estimé de 22 000 immigrés clandestins . Par ailleurs, le gouvernement a régularisé 690 000 clandestins en 2003.

En 2002, la loi Bossi-Fini a mis en place un système de quotas qui déterminent chaque année le nombre d'immigrés que l'Italie peut accueillir en fonction des besoins du marché du travail et de ses capacités d'intégration économique. La loi a aussi instauré un fichier d'empreintes génétiques pour les demandeurs de visas. En 2006, 170 000 immigrés pourraient ainsi entrer légalement en Italie.

Le gouvernement de Romano Prodi, entré en fonction au printemps 2006, a annoncé sa volonté de revenir sur la plupart des dispositions de la loi Fini-Bossi et de faciliter l'obtention de la citoyenneté italienne. Il n'y est pas parvenu et après les élections du 13 et 14 avril 2008, le quatrième gouvernement Berlusconi est entré en fonction le 9 mai 2008. Ce gouvernement considère l'introduction du crime d'immigration clandestine et d'autres mesures facilitant les expulsions des immigrés irréguliers.

Les étrangers doivent passer un test d'immigration sur la culture et la langue néerlandaises. Les cours de langue sont obligatoires et gratuits pour les nouveaux arrivants. Un projet de loi prévoit de faire passer ce test à des immigrés présents depuis longtemps sur le sol des Pays-Bas. La municipalité de droite de Rotterdam a édicté en janvier 2006 un code de bonne conduite aux étrangers qui leur impose d'utiliser le néerlandais dans les lieux publics. Depuis le changement de majorité, l'application en est suspendue.

Le Royaume-Uni a connu une immigration importante en provenance de ses anciennes colonies après la fin de la Seconde Guerre mondiale et la fin de l'Empire britannique. Les ressortissants des anciennes colonies britanniques, regroupées dans le Commonwealth, gardaient le titre de « citoyen britannique » qui leur permettait de venir et de travailler librement au Royaume-Uni.

À la fin des années 1950, les premières tensions apparaissent entre immigrés et Britanniques de souche dans certains quartiers comme Notting Hill à Londres. Les problèmes économiques rencontrés par le Royaume-Uni au cours de la décennie suivante la poussent à mettre en place les premières mesures de restriction de l'immigration. Les habitants du Commonwealth ne peuvent plus venir s'installer librement sur le sol britannique. Dès la fin des années 1960 l'immigration nouvelle commence à diminuer au profit du regroupement familial.

Dans le même temps, le gouvernement mène une politique de lutte contre les discriminations qui, contrairement aux politiques françaises, se base sur la reconnaissance des catégories ethniques. L'appartenance ethnique figure ainsi sur les recensements de la population. Une Commission for Racial Equality (CRE) lutte contre les discriminations et pour l'intégration des personnes de toutes races. Indépendante du gouvernement, cette commission favorise la représentation des minorités ethniques dans la vie publique. Elle décerne un prix annuel de la personnalité médiatique, remis en 2005 au footballeur Thierry Henry.

Ce modèle multiculturaliste fait actuellement l'objet de débats importants au Royaume-Uni. On lui reproche d'entraîner la création de communautés ethniques mal intégrées dans la société, critique renforcée après les attentats de juillet 2005 à Londres dont plusieurs des principaux suspects étaient des citoyens du Royaume-Uni. Le gouvernement de Tony Blair envisage ainsi de modifier le statut des demandeurs d'asile en leur accordant un droit de séjour limité à 5 ans et non permanent. Il souhaite aussi favoriser une immigration des élites en délivrant des permis de séjour et de travail en fonction de l'âge, de la qualification professionnelle des postulants, de leur expérience et de leur connaissance de l'anglais...

Moscou souhaite restreindre le nombre de ressortissants des pays de la CEI à six millions contre onze millions actuellement.

En 2007, la dernière loi sur l'immigration permet entre autre de limiter le travail des ONG, notamment lorsqu'il s'agit d'étrangers militants des droits de l'homme.

Fin 2008, la Russie comptait quelque 10 millions d’immigrés.

Après la fin de l'apartheid, l'Afrique du Sud a commencé à accueillir des réfugiés venant d'autres pays africains (notamment des pays immédiatement voisins), souvent clandestins. Le gouvernement a mis en place une politique stricte vis-à-vis de l'immigration illégale : un million de personnes ont été reconduites à la frontière dans les années 1990.

L'immigration clandestine concerne les habitants de pays pauvres cherchant un meilleur niveau de vie dans les pays plus riches et grand delta de démographie, ou des immigrants politiques non reconnus.

L'immigration clandestine se fait donc illégalement : les clandestins prennent fréquemment des risques importants pouvant mettre leur propre vie en péril afin de rejoindre des pays présentant des conditions de vie qu'ils espèrent meilleures. Ils n'hésitent donc pas à tout abandonner pour tenter l'aventure souvent « aidés » dans cette entreprise par des passeurs peu honnêtes leur faisant payer un prix exorbitant pour leur fournir les moyens de franchir les obstacles naturels (mers, montagne, fleuve, etc.) ou humains (poste frontière) dans des conditions de sécurité extrêmement précaires.

En haut



Émigration et immigration italienne

L’Italie de la fin du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle de ce siècle est plutôt une terre d’émigration et un réservoir à main-d’œuvre pour les pays plus industrialisés de l’Europe, mais aussi les États-Unis, elle est aujourd’hui, l’une des principales « porte d’entrée » de l’Europe pour les immigrants venus notamment du continent africain, des pays d’Europe de l’Est, et d’ex-Yougoslavie ; ainsi qu’une terre d’accueil pour ces migrants.

Dès l’Unité italienne accomplie, le nouveau Royaume d’Italie amorce, comme d’autres puissances européennes, sa révolution industrielle. L’Italie a du mal à rattraper des pays déjà plus avancés, tel que l’Allemagne ou la France, souffrant également d’un manque de matières énergétiques, notamment de charbon, essentiel durant cette période.

Accentué par la transition démographique, amenant une surpopulation des campagnes et la transformation de ses structures agraires, l’Italie va connaître plusieurs grandes vagues d’émigration.

L'Italie moderne qui a pris naissance entre 1860 et 1870, avec l'annexion de la moitié sud de la péninsule (le Royaume des Deux-Siciles), puis l'annexion définitive des États pontificaux est constituée de 15 millions d'habitants au nord auquel s'ajoutent 9 millions de sudistes (7 de la péninsule méridionale et 2 de la Sicile). Ainsi, en 1870, l'Italie a approximativement 25 millions d'habitants (contre environ 40 millions en Allemagne et environ 30 millions au Royaume-Uni) . Lors de l'unification de l'Italie, Naples - ancienne capitale du royaume des Deux-Siciles - devient la plus grande ville du pays et ce, pour un certain nombre d'années. En 1900, l'Italie a un peu plus de 32 millions d'habitants.

Une grande partie de l'Italie au moment de l'unification est rurale et en 1861, presque 70% de la population est composée d'agriculteurs. L'unification a brisé le système féodal: depuis le Moyen-Âge et particulièrement dans le sud, les terres étaient la propriété inaliénable des aristocrates, des organisations religieuses ou du roi. La décomposition du féodalisme et la redistribution des terres ne permet pas aux petits agriculteurs de vivre de leur production. Beaucoup ne disposent que de toutes petites parcelles qu'il faut diviser au cours des successions patrimoniales. L'Italie ne produit pas suffisamment de denrées alimentaires, la cause principale est le manque de capitaux et leur mauvais emploi, les riches propriétaires terriens plutôt que d'améliorer leurs terres, préfèrent en acquérir de nouvelles ou investir en titre, ce qui constitue le meilleur signe de progression sociale. L'impact de la politique sur la santé de la population est importante; en 1880, par le manque de programmation de plans d'aménagement des zones marécageuses, 600 000 personnes sont touchés par la malaria et dans les campagnes du nord la pellagre se développe, causée par la misère et la malnutrition provoquant 104 000 cas.

C’est dans ce contexte économique morose que débutent les premiers départs massifs d’italiens vers l’étranger. En même temps poussés par les transformations socio-économiques en cours dans le nord de la péninsule italienne qui touchent surtout la propriété de la terre, une partie des paysans vont être sollicités par les mines et industries de proches pays européens déjà industrialisés comme la France, la Belgique, l’Allemagne, la Suisse ou le Luxembourg (mécanique, acier, textile)… manquant déjà de main-d’œuvre.

En extrapolant à partir des 25 millions d'habitants de l'Italie à l'époque de l'unification du pays, la fécondité et la mortalité, sans prendre en compte l'émigration, la population aurait dû atteindre environ 65 millions en 1970 alors qu'elle n'était, en raison de l'émigration au début du siècle, que de 54 millions .

Entre 1876 et 1900 on dénombre déjà plus de 220 000 départs annuels d’italiens.

Le taux migratoire moyen qui n'est que de 8 ‰ en 1894, va s’élever à 10 ‰ en 1900, avant de culminer à 25 ‰ (soit 2,5 % de la population totale) en 1913 avec près de 875 000 départs hors des frontières . En tout, de 1900 à 1915, ce seront plus de 8 millions d’italiens qui quitteront le royaume .

L'émigration n'est pas particulièrement contrôlée par l'État. Les émigrants sont souvent entre les mains d'agents soucieux de leurs intérêts. Les abus conduisent à une première loi votée en 1888 pour placer les agences de l'émigration sous le contrôle de l'État.

La loi n.23 du 31 janvier 1901 crée un commissariat à l'émigration qui a pour objectif d'accorder des licences aux transporteurs, des coûts fixes de billets, un ordre aux ports d'embarquement, la surveillance des conditions de santé pour les jeunes, la mise en place d'auberges de jeunesse et d'établissements de soins, et de conclure des accords avec les pays d'accueil pour aider à prendre soin de ceux qui arrivent. Cela inclut les discussions sur législation du travail aux États-Unis jugée discriminatoire à l'égard des travailleurs étrangers (1885) et même suspendre, pour un temps, l'émigration vers le Brésil, où de nombreux émigrants sont utilisés dans des conditions inacceptables. Tous ces mesures favorisent l'émigration.

Les mouvements d’émigration concernent presque toutes les régions, y compris les plus dynamiques, comme la Lombardie, la Ligurie, l’Italie centrale. Même si certains de ces taux sont cependant inférieurs à la moyenne, car plus peuplés, c’est ce nord italien qui fournit une part importante des migrants vers l’Europe, et le sud vers les Amériques.

Les facteurs qui ont contribué à l'émigration italienne en France sont nombreuses, la France qui a tendance à contenir la croissance de sa démographie ne peut plus compter sur les pays limitrophes comme la Belgique ou la Suisse qui, sur le modèle français, ont un développement économique supérieur à l'Italie . La France dont le développement est plus précoce a besoin pour soutenir son développement industriel et colonial d'une main d'œuvre importante. La proximité territoriale constitue un atout supplémentaire ainsi que la position de terre d'accueil que la France a traditionnellement tenu à l'égard des réfugiés politiques.

La première vague d'émigration italienne remonte à la fin du XIXe siècle, notamment en Savoie, avec l'arrivée de paysans en provenance du Frioul, du Piémont, de Gènes. Après la première guerre mondiale, une nouvelle vague est formée de migrants chassés par la pauvreté et de réfugiés politiques. Des heurts avec la population existent (notamment en raison de la hausse du chômage dans les années trente). La dernière vague s'installe dans les années cinquante et soixante.

C'est l'Italie septentrionale qui fournit le plus gros de la main d'œuvre et particulièrement le Piémont avec 30 % des migrants suivi de la Lombardie (20%) et de l'Émilie-Romagne (10%). Les principales zones d'implantation se trouvent à proximité des frontières, les Alpes-Maritimes (20%), le Var (10%) et les Bouches-du-Rhône (12%) qui avec la Corse représente le tiers de la population transalpine. Le deuxième pôle est constitué des départements proche de la zone alpine avec le Rhône, la Savoie, Haute-Savoie et l'Isère. Le troisième pôle est la Seine qui compte 24 000 italiens en 1896. Ce n'est qu'après la première guerre mondiale que de nouvelles régions attirent des émigrants, la Lorraine, le Nord-Pas-de-Calais, l'Aquitaine (Lot-et-Garonne), le Gers.

Présence italienne en France En 1900, les Italiens dépassent pour la premières fois le nombre de Belges et en 1911 ils deviennent le premier groupe d'étranger en France, à cette date, ils constituent 36 % des émigrés et 1% de la population française.

En 2008, environ quatre millions de Français ont des origines italiennes.

Au milieu des années 1880, plus de 50 % des départs se font vers le continent américain, dont les 3 principales destinations sont essentiellement les États-Unis, mais aussi le Brésil et l’Argentine. Les habitants du Mezzogiorno sont les principaux migrants à tenter l’aventure outre Atlantique, avec près de 70 % des départs vers les Amériques entre 1900 et 1914.

Aux États-Unis, bon nombre d’entre eux ne pensent pas rester bien longtemps : 20 % à 30 % rentreront en Italie. Ils sont contraints à accepter les postes les plus pénibles physiquement et les plus dangereux. Ils vivent dans des conditions que des américains eux même n'auraient jamais tolérées. Dans les années 1890, les Italiens représentent 90 % des employés des travaux publics de la ville de New York et la moitié d'entre eux sont manutentionnaires. Or 60 % de ces ouvriers étaient d'anciens agriculteurs ou métayers habitués à des travaux difficiles, comme l'a montré une étude menée en 1903 pour la ville de New York.

L'arrivée massive d'Italiens engendre une vague de violence parmi les Américains établis depuis plus longtemps sur le territoire, répondant selon eux, à des stéréotypes (on les dit sales, illettrés, dangereux, agitateurs, anarchistes, etc.). Après l'assassinat du chef de la police de la Nouvelle-Orléans par un membre de la Mafia, en mars 1891, des Italiens sont au centre de manifestations un peu partout dans le pays. Dès lors, les États-Unis commencent à s'interroger sur les problèmes liés à l'immigration de populations, notamment du Sud et de l’Est de l’Europe.

Au Brésil, entre 1870 et 1920 ce mouvement migratoire amena près d’1,25 million de personnes, principalement dans les plantations de café de la région de Sao Paulo. Selon les données de l'ambassade d'Italie de Brasília, 25 millions de Brésiliens sont descendants d'immigrants italiens. Cette population étant considérée comme la plus importante d’oriundi (« descendants d’Italiens ») hors d’Italie.

À partir de 1880, comme nous l’avons vu précédemment, les mines et industries des puissances européens (notamment France, Belgique et Allemagne) en manque de main d’œuvre viennent puiser dans les familles paysannes sans terre, du nord de l’Italie. Ces ouvriers sans qualifications trouvent aussi dans ces pays d’autres emplois tels que les travaux routiers, les chemins de fer, le bâtiment. Ces émigrés installés en France, en Belgique, et en Allemagne, se trouvent essentiellement dans les vallées de la Meuse et de la Moselle (France), de la Ruhr (Allemagne) et en Wallonie (Borinage-Belgique), ainsi que dans quelques grandes villes industrielles (Paris, Lyon, Marseille).

Au moment de la guerre de 1914-1918 des milliers d'Italiens de pays européens furent licenciés et nombre d'entre eux furent contraints de rentrer, souvent dans les campagnes du nord de la péninsule, où se trouvait leur famille, ou pour s’engager dans l’armée.

On évalue à 350 000 les émigrés qui passèrent par la gare de Milan entre juillet et août 1914. Cela aura pour conséquence de freiner, mais non pas d’arrêter, les mouvements migratoires entamés : il ne partira que 1,1 millions d’italiens durant ces 4 ans (contre 2,7 au cours des 5 années précédentes). La majorité d’entre eux migreront vers les Amériques.

Certains auteurs ont ainsi pu mettre en évidence une arrivée de capitaux dans la péninsule dû à l’argent épargnés par les émigrants. Ainsi entre 1891 et 1900, plus de 249 millions de lires sont ainsi rapatriés chaque année. Ces capitaux ont eu pour effet d’apporter de l’argent neuf sur le marché italien et la possibilité de donner au pays non seulement les moyens de maintenir ses exportations, sans accroître démesurément le déséquilibre de sa balance de payements, mais de renforcer indirectement la valeur de la lire sur les marchés financiers internationaux.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les immigrés italiens européens qui étaient retournés chez eux durant le conflit reviennent avec leur famille, souvent agrandie entre temps. D’autres familles italiennes les suivent, s’installant dans les mêmes endroits que les migrants de la première vague, à proximité des industries et mines d’Europe du nord, devant faire face à la reconstruction et à une disparition de main-d’œuvre dûes à 4 années de conflits, mais aussi dans les campagnes comme paysans, notamment comme dans le Midi de la France .

Aux États-Unis, le Congrès vote le Quota Act selon lequel ne sont autorisés à immigrer aux États-Unis que 3 % des nationalités présentes sur le sol américain en 1910. En 1924, le Congrès renforce cette loi en votant le National Origins Act, selon lequel ne sont autorisés à immigrer que 2 % de chaque communauté telle qu'elle était en 1890. Cette loi a été promulguée pour éviter l'émigration massive de populations du Sud et de l'Est de l'Europe.

L’arrivée du fascisme au pouvoir en Italie aura pour effet de couper les liens avec certains pays d’accueil comme le Brésil, en même temps le gouvernement de Benito Mussolini se met à contrôler les mouvements de populations qui quittent le pays.

Mussolini réglemente et encadre tout mouvement migratoire interne et externe ; il encourage les naissances et prône le retour à la mère patrie. Même avec une politique de prestige et d'armement sensée relancer l’économie italienne, il ne réussit pas à arrêter ces flux de populations. Ainsi, tout cet arsenal n'empêche pas le départ de près de 2,6 millions d'émigrants dont beaucoup d'opposants au régime fasciste.

Face à la fermeture de frontières comme les États-Unis ou le Brésil (avec la politique « anti-migratoire du fascisme »), ces migrants réajustent leurs stratégies et s'en vont vers des pays tel que la France et l'Argentine qui leur restent ouverts. Ces deux pays accueilleront respectivement 45 % et 20 % des émigrés italiens durant l’entre deux guerres. En France ils sont plus de 800 000 ressortissants italiens à être comptabilisés lors du recensement de 1931.

Durant la crise des années 30, les industries licencient massivement, certaines régions/pays renvoient des immigrés italiens de leur sol. D’autres s’adaptent, comme en Moselle, où, malgré la récession, une partie d’entre eux restent pour travailler sur la ligne Maginot.

Avec le début de la Deuxième Guerre mondiale, un grand nombre d’émigrants installés en Europe vont devoir retourner dans leurs familles italiennes. On comptera près de 150 000 Italiens venus de France. Mais, durant cette période, des navires continuent, depuis les ports de Gênes ou Naples, à alimenter l'immigration aux États-Unis, bien que devenue plus restrictifs.

À la sortie de la guerre, l’Italie est le seul pays développé qui n’a pas achevé sa transition démographique. Ainsi, elle bénéficie d’une main d’œuvre nombreuse, mais aussi mieux formée qu’au début du siècle, restant souvent inactive. À l’heure où tous les autres pays sont à l’heure de la reconstruction, cette main-d’œuvre italienne commence à être prisée dans les autres pays européens mais aussi en Argentine. L’état Italien essayera de « vendre » ses émigrés aux plus offrants. Par exemple, avec la Belgique où, le 23 juin 1946, fut signé, à Rome, le protocole d'accord économique entre l'Italie et la Belgique, prévoyant l'envoi de 50 000 travailleurs italiens contre l'approvisionnement de trois millions de tonnes de charbon annuel ou encore avec l'Allemagne en 1955 par lequel est garanti le réciproque engagement en matière de migration ce qui amène presque 3 millions d'Italiens à passer la frontière pour chercher "fortune".

Ces accords, font changer en partie les trajectoires de l'après-guerre, les destinations extra européennes s'effondrant : Les États-Unis n'acceptant, à partir des années 50, que le regroupement familial et l'Amérique latine est en pleine crise économique et politique.

La France, à elle seule, reçoit jusqu’au milieu des années 1970 1,8 millions immigrés transalpins et est devenue, depuis les années 1930, le premier pays d'accueil. Les Italiens dans ce pays sont maintenant « invisibles » : « ils sont accueillis comme des cousins un peu turbulents, mais fréquentables ». Mais ce pays est délaissé progressivement pour d’autres destinations telle que l’Allemagne, la Belgique, le Luxembourg ou la Suisse, où les conditions de travail et salaires sont meilleurs. L’Italie de la fin des années 1950 connaît son « boom economico », né de la remise en route d’une industrie peu touchée par la guerre, d’une injection d’argent, puis surtout de la demande des ménages occidentaux des Trente Glorieuses, de produits italiens bon marché (favorisé par de bas salaires et les début de l’ouverture européenne).

Au début du XXIe siècle, 600 000 citoyens italiens de quatrième génération sont présents en Allemagne surtout d'origine sicilienne, calabraise et des Pouilles alors qu'ils sont 500 000 en Suisse auquel s'ajoute des Venitiens et des Émiliens. Beaucoup ont un double passeport et la possibilité de voter dans les deux nations.

En Belgique et en Suisse, la communauté italienne reste la plus importante représentation étrangère bien que beaucoup sont rentrés en Italie lors de la retraite, souvent les enfants et petits-enfants sont restés dans le pays de naissance où ils ont désormais leurs racines.

Depuis 1995, l'institut SVIMEZ (institut du développement du mezzogiorno) commence à observer la reprise de l'émigration interne. L'origine des flux continue à aller des régions du Mezzogiorno mais la destination se fait vers le nord-est et une partie du centre. Les régions les plus actives sont la Lombardie orientale, la Vénétie, L'Émilie-Romagne, la Toscane et l'Ombrie.

Le phénomène d'italophobie est surtout présent dans les pays Amérique du Nord et d'Europe septentrionale caractérisés par une ample immigration italienne destinée à couvrir les secteurs économiques considérés pénibles, comme celui des mineurs que les habitants du lieu refusent pour des raisons sanitaires et de convenances sociales.

Les arrivées plus massives d’immigrés sur le sol italien sont un phénomène récent, amorcé dans les années 1970, à partir du moment où l’Italie connaît une forte période croissance économique.

Dès les années 60, on observe les premières migrations post-coloniales (avec le retour des italiens de Libye, d'Afrique du nord-est, doublé du départ de certaines populations éthiopiennes, érythréennes et somaliennes) ou encore le retour des émigrés italiens d'Amérique latine (durant la crise économique et politique qui sévit dans cette région à l’époque), commence à annoncer le phénomène.

Comme nous l’avons vu ci dessus, avec l’apparition de crises politiques (décolonisation), et économique (Amérique du Sud notamment), des migrants ou descendant de migrants italiens, reviennent vers ce pays, qui connaît une pleine croissance économique, appelé souvent « miracle économique italien » (miracolo economico ou encore boom economico par bon nombre d’économistes, le PIB progressant de 6,1 % par an en moyenne dans les années 50 et de 5,8 % dans les années 60, tiré par la production industrielle, le seul équivalent étant le Japon).

Avec la crise économique, survenu au lendemain des trente glorieuses, à partir milieu des années 70, les principaux pays d’immigrations d’Europe du Nord vont tenter de « fermer » progressivement leurs frontières. L’Italie devient alors une terre ne présentant peu de contraintes, car elle n’a jusqu’ici aucune législation et de pratiques, permettant de contrôler les flux d’entrées (à la différence de ses voisins). De plus étant un pays touristique, cela facilite les arrivées de personnes en quête de travail et disposées à accepter une situation d’irrégularité.

L’arrivée de ces nouveaux migrants ne se fait pas seulement par la relative pauvreté de ces personnes entre leur pays de départ et le sol italien, mais aussi par les nouvelles exigences de l'économie et de la société d'accueil qui ont besoin de main-d’œuvre, notamment pour des travaux peu qualifiés.

Certains secteurs saisonniers comme l’hôtellerie, l’agriculture, le bâtiment vont faire appel dès ces années 60-70 à de la main d’œuvre étrangère peu coûteuse, du fait de la disparition des dernières couches les plus pauvres du Mezzogiorno, dans les flux internes sud-nord. Dès les années 80, on trouve un nombre important d’immigrés établis dans des provinces telle que la Toscane, la Campanie, le Latium… acceptant des travaux précaires, dû à l’irrégularité de leur situation. Ces flux augmentent sans que ni les forces politiques, ni l’opinion publique italienne ne s’en émeuvent particulièrement. Aucune mesure spéciale ne sera prise par rapport à ce phénomène récent avant 1986. Jusque là les mesures concernant l’entrée et le séjour d’étrangers sur le territoire italien restent fondés sur des textes de 1931.

En 1986 les premières mesures prises visent à régulariser les étrangers déjà présents en Italie et à programmer les flux à venir. En 1989 est votée la loi Martelli (du nom du ministre de l’intérieur de l’époque), qui établit les bases d’un contrôle de l’immigration et permis dans un même temps la régularisation de prés de 700 000 étrangers.

Dès lors les frontières de l’Italie commencent à se fermer elles aussi, les entrées prenant le plus souvent les voies clandestines (notamment en provenance du Maghreb et de l’Albanie), ce qui donnera lieu durant les années 1990 à plusieurs régularisations.

À partir des années 1980, on assiste à une intensification des arrivées en provenance de la rive sud de la Méditerranée. Aux Tunisiens déjà présent dans l’agriculture du sud de la péninsule, et qui se stabilisent, viennent s'ajouter les Marocains, les Égyptiens (se distinguant par une trajectoire migratoire beaucoup plus stable, dont la destination est presque exclusivement les grandes aires urbaines, en particulier Milan) et, surtout à partir des années 1990, les Algériens. Mais c’est la communauté marocaine qui a le plus augmenté, pour devenir la plus nombreuse jusqu'au début des années 2000 (voir doc3).

Les années 1980 ouvrent aussi le front de l'immigration provenant de l'Afrique subsaharienne, jusqu'alors ponctuelle. C'est surtout l'Afrique de l'Ouest qui alimente ces flux migratoires parmi lesquels on distingue des migrants du Sénégal, de la Côte d'Ivoire, du Ghana, du Burkina Faso, du Nigeria… Toujours à cette époque, l'immigration destinée à occuper les emplois de travail domestique s'intensifie et, aux étrangers asiatiques déjà présent (Philippines…) s’ajoutent aussi l’Amérique du Sud (Pérou…).

Cependant la décennie 1990 se caractérise non seulement par la consolidation des flux migratoires existants, mais aussi par l'apparition soudaine de nouveaux dans tous les pays de l'Europe occidentale, liés à la chute du Rideau de fer et à la disparition du régime soviétique. L'arrivée de milliers d’Albanais pendant le printemps et l'été 1991 dans le port de Bari symbolise l'ouverture de cette nouvelle « frontière » orientale.

Aujourd’hui, avec l’ouverture de l’Europe à l’est, le continent européen est à la première place (avec 47,9 %) suivi de loin par l'Afrique (23,5 %) en terme d’étrangers. Après la dernière régularisation, le classement des nationalités change de façon importante. Suite à la disparition du visa pour les Roumains, les demandes de régularisation présentées par ces derniers représentent un cinquième de l'ensemble des demandes de permis de séjour (150 000). Ainsi, la communauté roumaine est devenue la plus importante, tandis que le Maroc et l'Albanie en 2003 sont loin derrière, même s'ils enregistrent une légère augmentation .

Comme on peut le voir dans les tableaux précédent, l’Italie joue un rôle primordial dans l’immigration de populations venu d’Afrique, notamment d’Afrique du Nord : les marocains sont en 2001 la première population étrangère de la péninsule, avec près de 150 000 ressortissants, répartis essentiellement dans les provinces du Nord de l’Italie (voir carte). On trouve aussi des Tunisiens (44 000 étrangers), Égyptiens, mais aussi Libyens et Algériens.

La répartition des étrangers dans l’espace fait apparaître de nos jours une grande proportion d’étrangers en situation régulière dans les grandes régions urbaines et industrielles et une présence importante dans les régions à dominante agricole ou quand le commerce informel est développé (voir la carte Répartition des immigrés régularisés sur le territoire italien en 2002).

En 2005, on comptait en Italie près de 2,8 millions d’étrangers, mais ce chiffre ne se réfère qu'aux présences officielles et ne prennent pas en compte la dimension clandestine estimée entre 300 000 et 400 000 personnes. Ce chiffre inclut en revanche les étrangers provenant des pays les plus développés comme les États-Unis, la Suisse, la France…

La politique confuse et laxiste du gouvernement italien au milieu des années 90 ouvre un débat entre partis politiques, dont certains estiment qu’il est tant de stopper cette « invasion ». Certains partis politiques comme la Ligue Lombarde estime qu’il n’y a que la répression qui peut arrêter ce phénomène. Néanmoins les ligues du nord trouvent dans cette immigration, la légitimité de leurs vieilles revendications séparatistes entre le Nord et le Sud du pays, puisque le Mezzogiorno est la terre d’origine de plusieurs organisations mafieuses qui participent à cette immigration clandestine. Mais ces réserves n’empêcheront pas le gouvernement Berlusconi en 2002 de procéder à la régularisation de plus de 700 000 clandestins.

Si les gouvernements agissent par « réalisme », peu importe leurs bords politiques, l’opinion publique dans son ensemble est sensible aux risques de débordements insécuritaires liés à ces immigrés, véhiculé par les médias en ignorant le rôle économique qui leur est dû. Le quotidien roumain Cotianul estime que les migrants originaires de ce même pays contribuent pour près de 11 milliard d’euros par an à la richesse du pays et titrait à la une du 6 novembre 2007 : « ‘Romani di merda’ produe 11 milliarde pe an in Italia ».

L'Italie est par ailleurs le pays européen avec le plus grand nombre d'étrangers sans abri. C'est ainsi un pays dont le nombre d'immigrés est supérieur à celui des italiens parmi les clochards. En général, on remarque un dualisme important du marché immobilier qui révèle un processus d'exclusion sociale, caractérisé par une véritable discrimination pour l'accès au logement. En effet, aux migrants sont réservés les logements en mauvais état, ceux que l’on ne propose même pas aux italiens et, en plus, à des prix exorbitants : il s’agit de bassi, autrement dit d’habitations situées au rez-de-chaussée ou en tout cas sombres et malsains dans le centre des villes ou les pires logements des périphéries urbaines. Le logement précaire est très répandu parmi les clandestins : usines désaffectées et fermes abandonnées ou encore bidonvilles comme ceux de Villa Literno à Caserte, appelé le "ghetto", et qui avait été brûlé en 1995.

On observe que les régularisations effectuées par les différents gouvernements ont eu pour effet à chaque fois de créer de nouveau appels de clandestins. En effet, après l’obtention de papiers, ces étrangers quittent les emplois précaires qu’ils occupaient jadis, faute de mieux. Et, dans bon nombre de cas, l’insertion professionnelle des migrants se fait dans des activités délaissées par les Italiens et que la sociologie anglo-saxonne définit par trois D : dirty, dangerous, demanding (sale, dangereux, difficile).

Ces immigrés tentent progressivement de s’insérer dans la société italienne, appuyés par des organisations non gouvernementales, ainsi que l’église (toujours très influente en Italie) avec par exemple Caritas, demandant une meilleure politique du regroupement familial, de reconnaissance des droits et d’accès à la citoyenneté.

On peut y lire : Déjà 170 000 d'entre eux ont créé leur entreprise – 30 000 en Lombardie, les marocains en tête.

On peut y lire : L’école, en classe le record des étrangers - 420 000. Au nord, 7/100 ne sont pas Italiens.

L'Italie, jusqu’aux années 1970, était beaucoup plus une terre d’émigration que d’immigration, bien que de petits groupes d’étrangers (minoritaires) vivaient déjà sur leur sol. L’absence de toute législation pour contrôler ces flux à partir du moment où ces étrangers deviennent de plus en plus importants, en plus de l'image véhiculée par des médias, inquiète la population.

À la fin des années 80, l’Italie est confrontée aux premières violences dites « racistes ». Par exemple, à Naples le 20 juin 1989, un homme s'arme d'un fusil, sort de chez lui et tire sur un marocain : « Ce sont des nègres, je n'en veux pas ici ! » Il en avait quatre comme voisins, ce qui l'exaspérait. Les journaux donnent l'information sans lui accorder beaucoup d’importance. Mais les médias sont beaucoup plus friands des violences dans le sens inverse…

Des tentatives d'homicides explicites motivent une série d'actions plus alarmantes. Le 23 décembre 1991 à Bologne, de deux à quatre jeunes armés s'approchent d'un camp de nomades et tuent deux femmes. Même dynamique quelques jours plus tard, dans un campement nomade, puis à Jesi, où une fillette est blessée de deux coups de fusil de chasse. L'action de Bologne est revendiquée par un groupe « Europe blanche », celle de Rome par un tract au contenu raciste. Au-delà de leurs conséquences, ces épisodes apparaissent comme très graves car ils semblent renvoyer aux formes bien plus structurées d'organisation paramilitaire et fasciste, comme il y en a dans les pays d’Europe du Nord.

C’est en premier lieu au sein de l’Europe que la politique italienne vis-à-vis de l’immigration est contestée. Les différents partis qui se sont succédé au pouvoir depuis les années 90, ont procédé à de nombreuses régularisations comme nous avons pu le voir précédemment. Lors d’une réunion interministérielle à Cannes en 1995, les partenaires européens ont essayé de faire pression sur l’Italie pour qu’elle abandonne ce genre de politique. La raison cachée étant qu’à l’heure de la « fermeture des frontières » face à l’immigration, les principaux pays d’accueil (Allemagne, France, Royaume-Uni…) craignent que l’Italie ne soit qu’une étape de migration : l’Italie étant membre de l’Espace Schengen, les étrangers qui obtiennent une régularisation peuvent ainsi se déplacer et s’installer au gré de leurs envies ou besoins dans cet espace.

Par ailleurs, au même titre que l’Espagne, de part leur situation péninsulaire et la difficulté de surveiller toute leurs côtes, l’Italie est une des portes d’entrée de l’immigration clandestine (voir carte des immigrations clandestines en Europe). Les principaux flux viennent principalement d’Albanie, de Tunisie et de Turquie. Mais au nord du pays se développe aussi une immigration clandestine en provenance des anciens pays communistes d’Europe de l’Est à destination de l’Italie mais aussi d’autres pays européens. Face aux demandes de ses partenaires européens, il est difficile aux autorités italiennes de pouvoir contrôler tous ces flux, tant les entrées sont nombreuses sur le territoire.

C’est surtout les conflits émanant des différentes communautés, amenant un climat d’insécurité, qui inquiètent les populations. Le débat a été notamment ravivé ces derniers temps avec la découverte d’une romaine de 47 ans assassinée près d’un camp de tsiganes, le principal suspect serait un immigré roumain de 24ans et ce à une période où le ministère italien de l’intérieur publie ses chiffres confirmant une augmentation des délits sur le territoire. Ces nuisances sont souvent attribuées aux mafias de toutes nationalités (les plus visés étant les mafias albanaises, roumaines, etc..) qui contrôlent l’essentiel des vols à la tire ou des trafics en tout genre.

Depuis cette affaire, le gouvernement italien a décrété l'expulsion des immigrés délinquants (notamment roumains), même s'ils sont citoyens européens. Comme le titrait le quotidien roumain Cotidianul dans son édition du 5 novembre 2007 : les autorités essayent de réagir avant que les électeurs ne se désintéressent de la politique, la presse italienne (La Stampa, Il Sole-24 Ore,...) s’inspirant grandement de l’exemple de l’échec électoral de 2002 en France.

L’Italie, dès son unification au XIXe siècle, a été l’un des principaux pourvoyeurs de main d’œuvre des pays nord européens, mais aussi des pays d’Amérique (du Nord comme du Sud). Pendant longtemps des flux de ses migrants se sont installés de part le monde avec plus ou moins de difficulté.

À partir des années 1960 – 70, les départs sont compensés par les arrivées, tout d’abord des familles de migrants rentrant au pays puis, à partir des années 80, des populations d’Afrique du Nord et équatoriale pour pallier le manque de main-d’œuvre pauvre peu qualifiée et nécessaire à certaines activités (notamment l’agriculture). Non préparée à ce retournement de situation, l’Italie a du mal à trouver sa propre politique d’immigration. Le modèle d’intégration italienne connaît ses premières limites dès la fin des années 1980 ayant du mal à faire coexister les populations d'origine et ces nouvelles populations, indispensables pour des secteurs clés des économies locales du pays.

Mais, face au vieillissement de plus en plus important de la population italienne (ayant maintenant un solde naturel négatif, -0,5 ‰ en 2005 d’après Eurostat), l’immigration va apparaître de plus en plus comme une nécessité. L’Italie pourrait bien devenir un des principaux pays ayant été confrontés à l’ensemble des migrations des deux derniers siècles : émigration économique de la fin du XIXe au début du XXe siècle, émigration politique durant le fascisme puis immigration économique à la fin du XXe siècle.

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Immigration aux États-Unis

Immigrants à Ellis Island (New York)

L'immigration est un phénomène démographique qui encadre l'histoire des États-Unis au XXe siècle. Les immigrants sont arrivés à raison de plus d'un million par an durant la première décennie du siècle et d'environ un million par an au cours de la dernière décennie. L'immigration a été considérablement réduite de 1915 à 1965, en partie du fait de la dépression de la fin des années 1920 et 1930 et sous l'effet de diverses mesures restrictives. Les immigrants d'aujourd'hui viennent de pays autres que ceux du début du siècle et s'éparpillent dans un plus grand nombre de centres urbains. Leur arrivée soulève toutefois en ce début de siècle certaines des mêmes questions qu'au début du précédent.

Avant la fin du XIX° siècle, il n'existe pas réellement de codes de loi se rapportant à l'immigration même si des régulations existent bel et bien dans les faits.

Afin de mettre un frein à l'immigration, de nombreuses mesures exclusives mises en place depuis la fin du XIX° s. comme par exemple le Chinese Exclusion Act de 1882. C'est en 1933 qu'est créé l'INS (Immigration and Naturalization Service), qui fut en 1940 transféré du ministère du travail à celui de la justice.

Le Bracero Program, mis en place en 1942, fut la première et plus grande mesure de politique publique afin d'organiser la venue massive de main d'oeuvre agricole en accord avec le gouvernement mexicain. Au sein de ce programme, l'événement qui restera dans l'opinion publique et dans celle d'une partie des législateurs est l'Opération Wetback qui organisa en 1954 la déportation manu militari de dizaines de milliers de mexicains ne pouvant remplir les critères prévus par le programme et venus migrer illégalement aux États Unis.

En 1952 est votée la loi Mc Carren Walter qui maintient la sélection par rapport à l'origine nationale pour, selon son texte, "conserver au mieux l'équilibre culturel et social du pays". Aussi, le début de la guerre froide est marqué par l'expulsion et le refus d'accueillir de nombreux étrangers pour leur convictions politiques, notamment s'ils sont soupçonnés par les autorités d'être "communistes".

Si 1965 constitue un tournant, y compris pour l'opinion publique étasunienne, c'est car cette date est celle de la fin de la politique des quotas. Il est établi un plafond numérique mis en place par Lyndon Johnson, ce plafond constitue selon lui "la consécration du critère du mérite et la fin de la discrimination selon le pays d'origine". Aucun pays ne peut faire admettre plus de 20 000 ressortissants par an, les ressortissants sont admis selon sept catégories de visa encore en vigueur en 1990. Il convient aussi de remettre ce tournant vis à vis de l'immigration dans le cadre d'un tournant majeur aux Etats Unis, celui des Civil Rights. Il existe en effet dans la société américaine une volonté d'appliquer les Civil Rights à tous les domaines des politiques publiques, y compris à l'immigration. Ce comportement constitue aussi une rupture avec la situation de l'après guerre, dans laquelle l'attention se portait d'avantage vers les réfugiés et les personnes déplacées en Europe en ce qui concerne la politique étrangère.

Le soutien est presque unanime d'autant plus que certaines organisations conservatrices conçoivent cette loi comme un bien car elle prévoit de privilégier les membres de familles de citoyens étasuniens. L'idée est assez répandue que l'origine des étasuniens ne sera pas diversifiée et que les proportions seront gardée entre les différents groupes ethniques en raison de la préférence que la loi accorde aux liens de parenté avec des citoyens étasuniens. Cette loi plaît bien sur aux organisations humanistes de la société civile ainsi qu'aux VOLAGs, les organisations chargées de l'accueil et de l'insertion des réfugiés dans la société étasunienne. L'abandon du système de séparation pour la sélection appelé « triangle Asie Pacifique » et du système de l'origine nationale passe dans l'opinion publique comme allant dans le même sens que les Civil Rights. Un élément étonnant cependant, seules quelques organisations de migrants asiatiques et notamment l'organisation des « japonais américains » ont critiqué le fait que les proportions ethniques dans la société étasuniennes allaient rester les mêmes. Ces organisations et les immigrés qu'elles représentent se sentaient lésés affirmant que si en raison du « triangle Asie Pacifique » la population asiatique avait été faible dans le passé, elle continuerait à être faible dans le futur. L'histoire leur donnera satisfaction comme on le verra par la suite.

La loi de 1965 prévoit donc de faire passer le mérite devant l'origine nationale sur le principe du premier arrivé-premier servi avec un plafond global. Au delà des détails numériques de la loi, il est important de retenir que des préférences sont accordées en fonction du degré de parenté (père, mère, époux, enfant, frère ou soeur...) avec un citoyen étasunien. Au bout de quelques années, 90 000 personnes arrivent par an aux États Unis dans le cadre de cette nouvelle loi, 125 000 en 1978 puis 138 000 en 1979. Cela dépasse largement le nombre de personnes prévues et la loi est ensuite baptisée de façon populaire la loi « frères et sœurs » (« Brothers and Sisters Act »). En effet, une fois un premier regroupement familial effectué par une personne présente sur le sol des États Unis, les époux des membres de cette famille font à leur tour venir leurs frères et leurs sœurs et une nouvelle famille s'installe aux États Unis. C'est donc une sorte d'effet « boule de neige » qui est décrit et qui ne cesse de faire augmenter chaque année les personnes admises grâce aux visas délivrés dans le nouveau cadre. Prenant conscience de cette situation et du mécontentement d'une certaine partie de l'électorat blanc anglo-saxon (dont l'opinion est aussi mue, comme on le verra plus loin, par la sensation de la présence d'un grand nombre d'immigrés sans papiers sur le sol des États Unis) l'administration réagit afin de préserver une préférence nationale pour certains emplois dont les immigrés sont perçus comme en prenant le plus de postes. Par exemple, c'est la fin en 1979 de la préférence pour les médecins lors des demandes de visa, malgré le fait que dans les grandes villes, les médecins manquent encore dans les années 1980. On leur permettra alors de prolonger leur visa.

Deux catégories de migrants continuent de subir une situation très difficile malgré le vote de la loi de 1965 : les réfugiés et les migrants irréguliers. En 1962, le Refugee Assistant Act consacre une position politique des États Unis vis à vis de l'asile car ils n'ont pas signé la Convention de Genève. Tout d'abord, cette loi a pour but d'accueillir la première vague de réfugiés cubains. Pour les autres nationalités, la politique est d'abord de venir en aide aux réfugiés dans les camps situés hors du territoire étasunien et d'en sélectionner une partie. Cette aide et cette sélection se fait au cop par coup selon la situation politique. Les réfugiés admis se voient remettre un titre de séjour pour une période conditionnelle de deux ans pendant laquelle le gouvernement peut revoir leur statut. Une fois passée cette période, leur statut s'aligne sur celui des autres migrants. En 1978, le but est annoncé de construire un service avec des plus compétents pour le traitement des demandes d'asile ainsi que d'instaurer la possibilité de faire appel. Le budget de la VOLAG (fédération des agences chargées du traitement des demandes d'asile) est alors augmenté, il s'agit alors de plusieurs centaines de milliers de dollars par an. Le traitement des demandes d'asile devient donc – dans une moindre mesure que celui de l'immigration clandestine comme on le verra plus bas – un problème politique. Pour ce qui est du nombre de réfugiés acceptés, il est fixé par le président et soumis à l'approbation du Congrès, celui ci dépend énormément de la conjoncture internationale.

Toutes ces mesures présentent bien sûr des difficultés propre à toute détermination du statut de réfugié : évaluation objective de la crédibilité du récit d'asile, délais de réponse, etc. La définition juridique du réfugié elle aussi pose problème car elle ne concerne que les personnes qui fuient des pays « communistes ». Ainsi sont accueillis Cubains, Vietnamiens ou Hongrois après examen de leur demande (et ce plus facilement s'ils ont des liens aux États Unis, cependant les Salvadoriens, les Chiliens après le coup d'État de 1973 organisé par la CIA, ou encore les Haïtiens sont directement considérés comme des migrants économiques car ils proviennent de pays dont le gouvernement (qu'il soit démocratique ou non) est soutenu par Washington. L'exemple le plus flagrant est le dépôt au début des années 1980 de 10 000 demandes d'asile par des Centraméricains suite aux multiples guerres civiles dans leurs pays. Seulement une dizaine furent acceptées.

En ce qui concerne les migrants sans papiers, il faut différencier ceux qui rentrent sur le territoire américain sans visa et ceux qui dépassent la date d'échéance de leur titre. Cela concernait déjà plusieurs millions en 1970, et pourrait concerner plus de 13 millions aujourd'hui. Leur entrée dans les années 1970 se fait principalement par la frontière mexicaine et malgré tous les efforts de l'Immigration and Natualization Service (INS) et l'informatisation de l'enregistrement des passages en 1980, l'immigration clandestine continue. En effet, les politiques répressives n'ont fait qu'augmenter la demande de passeurs, un métier qui se professionnalise et qui rapporte de plus en plus à la frontière mexicaine.

D'autre part, les raids de la police se multiplient pour déporter les sans papiers. Ces raids visent particulièrement les populations d'origine latnioaméricaine à la fin des années 1970 et surtout années 1980. En conséquence, les communautés s'organisent et crient à la discrimination. Les syndicats se trouvent dans une position difficile et ambiguë. En effet, les United Farm Workers (UFW) alors guidés par Cesar Chavez se positionnent d'abord contre les briseurs de grève qui attaquent directement leurs stratégie d'obtenir de nouveaux droits puis décident ensuite d'unifier à la fois les migrants légaux et les migrants sans papiers. Par ailleurs, il est très difficile de traiter de façon générale une population aussi diverse. Pour la période concernée, elle serait constituées d'étudiants israéliens ou iraniens ayant dépassé la date de leur visa ou des travailleurs pauvres venus de Chine par le Mexique trouver des emplois difficiles et mal payés à Los Angeles. Les migrants sans papiers se retrouvent souvent dans les grandes villes, recoupant les communautés de migrants légaux de par l'utilisation de leurs réseaux. En 1975, la Chambre du Texas décide que les sans papiers n'ont pas le droit à l'éducation. Si cette décision est cassé par la Cour Suprême à cinq voix contre quatre 1982, elle consacre le fait que l'immigration clandestine est devenue un problème politique. Le républicain Peter W. Rodino, président de la commission des affaires judiciaires à la chambre des représentants, témoigne devant la sous commission chargée d'examiner le projet de loi contre l'immigration. Il expose dans son discours que répression et amnistie ne sont pas contradictoires mais deux volets complémentaires de la politique à partir du moment où elles ne d'adresse pas aux mêmes personnes. Il répond à la fois aux communautés issues de l'immigration et aux restrictionnistes en disant qu'il est nécessaire de réprimer les employeurs de travailleurs sans papiers tout en protégeant ces derniers juridiquement pour éviter qu'il y aie de la discrimination spécialement contre ceux qui “ont l'air étrangers”. Pour lui, la répression des employeurs doit s'accompagner d'une vague de régularisations et d'avantage de contrôles aux frontières. C'est le tour qui est pris par la loi IRCA de 1986, avec des résultats mitigés.

Des sanctions civiles et pénales aux employeurs de travailleurs illégaux ainsi que pour les passeurs Amnistie les sans papiers (undocumented) installés durablement depuis avant le premier janvier 1982 L'autorisation de la venue annuelle d'une maint d'œuvre saisonnière destinée à s'intégrer.

Cette loi trouve rapidement trois opposants : les producteurs agricoles du sud ouest voulant garder une main d'œuvre docile et bon marché, la population « hispanique » craignant encore d'avantage de discrimination à l'embauche par peur des sanctions et les défenseurs des libertés individuelles accusant la création de cartes d'identité. L'IRCA est cependant votée et est appliquée avec une rigueur partielle aux employeurs agricoles du sud ouest en raison de la puissance de leur lobby. En 1990, une nouvelle loi sur la primauté des des capacités dans la sélection des candidats aux visas est votée. Cette loi concernera 700 000 personnes les trois premières années et 675 000 par la suite. Elle passe largement à la chambre qui cette fois ci est en majorité républicaine.

Le Secrétaire d'Etat à la Justice acquiert pour sa part le pouvoir d'égaliser le nombre de visas donnés aux ressortissants des pays qui en ont reçu peu par l'organisation de loteries. Celles ci feront « gagner » un visa à 650 000 personnes par an environ entre 1991 et 1994. Le tournant opéré entre la loi de 1965, se voyant comme une régulation plus souple, et l'IRCA peut aussi s'expliquer par un revirement de l'opinion publique notamment anglo-saxonne. En effet, M.V. Hoods et Irwin L. Morris conçoivent que la tolérance à des mesures souples en matière de migration va de pair avec la résidence légale des étrangers sur le territoire étasunien. En revanche, la présence de nombreuses personnes sans papiers donne l'impression, en raison de leur statut juridique extra légal, que le pays se voit confronté à une vague d'étrangers peu respectueux des lois et peu assimilables. Ainsi on peut expliquer l'émergence de l'immigration clandestine comme un problème dans le débat public par le biais en partie de l'opinion publique blanche anglo- saxonne et l'IRCA comme une loi visant à satisfaire un électorat des classes moyennes des banlieues pavillonnaires dont le mécontentement grandit avec le nombre de sans papiers.

A partir de la fin des années 1980, l'attitude de l'administration par rapport au réfugiés évolue lentement par rapport au contexte de la Guerre Froide. Par exemple, la loi du premier octobre 1990, signée par Bush père accorde enfin une “protection provisoire » aux Salvadoriens qui avaient jusqu'alors été considérés comme des migrants économiques en raison du soutien de Washington à San Salvador et aux troupes régulières dans la guerre civile opposant les Sandinistes au gouvernement. La nouvelle loi fixe aussi des objectifs pour le traitement des demandes d'asile, on vise à recruter et à former des agents plus compétents et à traiter les demandes en soixante jours. Il est aussi officiellement mis fin aux refus d'entrée, de visas et d'asile pour motifs idéologiques (notamment les anarchistes et les communistes), sanitaires (malades du VIH/SIDA) ou d'orientation sexuelle. On crée des articles de loi spécifiques pour les femmes battues ayant acquis leur permis de résidence par le mariage, pour les demandeuses d'asile victimes de mutilations sexuelles et on accorde en 1995 quatre cent millions de dollars de budget à l'Office of Refugee Resettlement. Cependant, des discriminations perdurent notamment à l'encontre des Caribbéens, le mythe d'une « marée d'Haïtiens » arrivant suite à la délivrance de permis pour quelques uns d'entre eux perdure dans les esprits de la population et aussi dans ceux de l'administration Clinton. En comparaison aux Haïtiens, les Cubains ont toujours bénéficié d'un régime de faveur, en raison du contexte international de guerre froide. Cependant, avec la chûte du Rideau de Fer et le mandant de Bill Clinton, la reconnaissance primo facie des Cubains prend fin en 1995 et s'accompagne du principe « pieds mouillés / pieds secs ». Ce principe établi que tout Cubain pris par les gardes côtes en mer sera refoulé tandis qu'un Cubain présent sur le sol étasunien ne sera pas renvoyé à Cuba.

Les mesures restrictives de l'administration Clinton notamment vis à vis de l'immigration latino-américaine ont diverses origines. En effet, le souvenir est vivace pour le Président d'avoir accepté les Marielitos en 1981 et que cela lui ai coûté une élection par la suite, ce qui explique son comportement réservé vis à vis des réfugiés Cubains comme on l'a vu plus haut. En ce qui concerne les autres flus de migrants latino-américains, les regards se tournent vers la frontière avec le Mexique symbolisant par excellence leur entrée clandestine aux Etats Unis. Dans le milieu des années 1990, les opérations Hold the line à El Paso et Gatekeeper à San Diego consacrent le début d'une politique sécuritaire à la frontière sud ainsi que la fin d'une tolérance d'allées et venues en vigueur depuis la délimitation de cette frontière (la Border Patrol avait été créée en 1924, avec seulement deux agents pour contrôler plusieurs milliers de kilomètres de frontières). Les conséquences de ce type de politique, bloquant l'accès aux migrants dans des lieux propices au passage, repousse les routes migratoires vers des lieux bien plus dangereux comme la continuité du désert du Sonora dans les États de l'Arizona et du Nouveau Mexique ainsi que dans l'arrière pays désertique de la Californie. Le nombre de morts à la frontière sud des Etats Unis augmente rapidement d'année en année et la militarisation de cette frontière devient un sujet d'opposition pour les organisations de défense des migrants et de défense des Droits de l'Homme. Ces politiques ont aussi un coût financier énorme, il faut acheter des terrains ou procéder à des expropriations pour construire le « mur de protection », recruter de nombreux agents et faire appel à des technologies de pointe (caméras à vision nocturne, détecteurs de mouvements etc.).

Du point de vue économique, il faut mettre cela en parallèle avec l'entrée en vigueur de l'Accord de Libre Échange Nord Américain (ALENA) en 1994 qui permet la mise en place du système maquiladora. Ce système permet la délocalisation des usines notamment du sud des États Unis vers le côté mexicain de la frontière. Ainsi, des travailleurs pour la plupart Mexicains sont recrutés chez le voisin du sud pour travailler dans des conditions déplorables au mépris du très peu respecté code du travail mexicain. Ce système, plus rentable pour les chefs d'entreprises américaines, allège la pression de demande de main d'œuvre sur le président. Cependant, l'effet de la mise en place de ce système est difficile à évaluer sur l'immigration clandestine vers les États Unis. En effet, ce système a provoqué la migration de nombreux travailleurs pauvres (notamment des travailleurs agricoles ayant perdu leur travail suite à l'invasion du marché mexicain par les produits agricoles américains) vers les villes industrielles du nord du Mexique comme Tijuana ou Ciudad Juarez. La très forte insécurité dans ces villes ainsi que l'instabilité du marché du travail et la proximité avec les États Unis incitent ces travailleurs à partir, légalement ou non, plus au nord.

Les années 1990 sont aussi marqués par des actes de terrorisme, notamment contre des ambassades étasuniennes en Afrique de l'est, et par l'échec de l'opération militaire visant à régler le conflit en Somalie. Ces éléments du contexte international expliquent en partie le vote des la loi de 1996, les Law of effective Death Penalty et Law of Illegal Immigraiton and Migrant's responsability. Ces lois sont dites par l'administration être des mesures dissuasives pour lutter contre le terrorisme. Elles permettent la déportation et la perte de tout statut légal aux États Unis pour des personnes ayant commis de petits délits et soupçonnés de terrorisme. Certains renvois furent exécutés au mépris de droits fondamentaux comme celui de l'unité de famille. Cette loi et son application ont été dénoncées par la Fédération internationale des Ligues des Droits de l'Homme (FIDH) comme contraire à la Convention Internationale des Droits de l'Enfant (CIDE) ainsi qu'au droit à un procès équitable (l'une des dispositions de la loi prévoit la "déportation sommaire" de tout migrant sans documents intercepté par le service des douanes sans que son cas ne puisse être examiné par un juge). En effet, de nombreuses personnes ayant des enfants ou des épousx de nationalité étasunienne furent déportés. On se souvient aussi de la tristement célèbre déportation de nombreux Somaliens. Il s'agissait de personnes ayant perdu tout contact avec ce pays et qui y furent renvoyés alors que la Somalie se trouvait en pleine guerre civile et dépourvue de toute représentation diplomatique aux États Unis.

Les mesures de répression contre les migrants sans papiers (undocumented) prirent aussi forme sur le plan des États fédérés. La mesure la plus connue qui a suscité le plus de débats est la proposition 187, rédigée en 1994, qui prévoyait de priver de service publics les personnes sans statut légal. Selon George Borjas1, l'absurdité de cette mesure était profonde car elle visait à faire retourner dans leur pays de nationalité les migrants sans statut légal aux États Unis en privant leurs enfants d'écucation ou en les privant de soins. Or, la plupart des enfants de migrants sans statut légal ont la nationalité étasunienne et la privation de soins est sans influence sur des facteurs plus profonds qui provoquent la migration comme notamment la situation dans le pays de départ. Ce type de mesure selon Borjas aurait alors poussé les personnes touchées à entrer dans la clandestinité et aurait porté atteinte à leur intégrité sans provoquer leur sortie du territoire étasunien. On peut penser comme Stephen Castles que comme dans beaucoup de politiques touchant à l'immigration l'objectif de cette mesure n'était peut être pas l'objectif annoncé mais visait en fait à simplement réduire les coûts en matière de droit à l'éducation et à la santé pour les migrants jugés trop importants par une importante partie de l'électorat de la classe moyenne californienne. Une question intéressante, qu'il revient aux économistes de trancher, serait de savoir si ce coût toujours aussi important lorsque l'on prend en compte la faiblesse des prix des produits agricoles californiens rendue possible grâce à l'emploi de travailleurs sans papiers.

Les experts politiques et historiens spécialistes des États-Unis s'accordent à dire que le président George W. Bush préparait un programme de régularisation et un assouplissement des modalités migratoires pour les Mexicains au début de son mandat. Issu d'une famille traditionnelle texane, et malgré le racisme qui peut exister dans la société de cet État, G. W. Bush a toujours aimé la culture mexicaine et s'est souvent senti proche du « voisin du sud ». Cependant, les évènements du 11 septembre 2001 et la frénésie sécuritaire qui s'empare par la suite des conseillers de la Maison Blanche instaurent le début d'une politique strictement sécuritaire aux frontières qui ne permet pas la mise en place des accords prévus ou du moins préparés avec le Mexique. Le Patriot Act voté après les attentats de New York sonne un retour partiel à la loi Mc Carren Walter de 1952 puisqu'il donne au Procureur général des États-Unis le droit de renvoyer une personne (il convient d'insister ici sur le fait que la loi préfère ce terme à celui de citoyen) si elle se trouve qu'elle est terroriste ou s'il la soupçonne de terrorisme. Nous nous trouvons donc dans une logique qui, à l'instar des politiques européennes ayant donné lieu à la mise en place de dispositifs comme Frontex ou Eurodac instaurent une suspicion permanente à l'égard des migrants comme étant des fraudeurs ou des criminels. Le 11 septembre 2001 est marque aussi le début, grâce au progès technologique, de la mise en place des « frontières intelligentes » : prise des empreintes digitales et de photos à l'entrée sur le territoire, exigence de visas ou du passeport biométrique, questionnaires et entretiens supplémentaires à la demande de visas, détention encore plus systématique des migrants lors des refus d'entrée, restrictions des possibilités d'appel contre les décisions administratives, quasi impossibilité d'embarquer dans des avions à destination des États-Unis sans présentation du visa à la compagnie aérienne etc.

En 2003, le passage de l'Immigration and Customs Enforcement du Département de la justice à celui de la sécurité intérieure consacre une vision strictement sécuritaire de l'immigration par l'administration Bush. En 2005, une loi qui introduisait un « délit d'aide à l'entrée et au séjour irrégulier » mais avec des dispositions qui étaient susceptibles de toucher les ONG qui venaient en aide aux migrants est proposé, mais il sera bloqué par les Sénateurs. Beaucoup de projets du même type sont mis en place par l'administration Bush vers la fin du second mandat du président mais ils seront bloqués soit par la Chambre fédérale soit par le Congrès. La construction du mur à la frontière sud et le renforcement de la présence policière ainsi que l'envoi de la Garde Nationale autour de cette dernière auront coûté 30 000 millions de dollars. En 2008, le Department of Homeland Security Appropriations Act vise à terminer les acquisitions de terrains nécessaires et à y renforcer les patrouilles. Ces politiques coûteuses n'ont pourtant pas pour autant montré des résultats convaincants. De plus et 2007, le personnel de la Border Patrol est passé de 9078 à 14923 agents tandis que le nombre de migrants arrêtés à la frontière sud est passé de 1 676 000 à 876 000 et le nombre de personnes sans statut légal aux États Unis est resté au dessus des 11,5 millions. Parallèlement, entre 1995 et 2005, le nombre de morts à la frontière a triplé1. Ces politiques donnent aussi lieu à des mesures au niveau local, notamment en Californie où par exemple le maire républicain de San Diego avait fait de l'objectif d'avoir une « frontière sûre » l'un des axes principaux de sa campagne.

Un parallèle peut être fait entre les politiques migratoires européenne et étasunienne dans les années 2000, c'est l'instauration de politiques d'éxternalisation des frontières vers les pays de transit. En effet, les « frontières intelligentes » ne permettant plus d'entrer sans documents par les ports et les aéroports, les routes migratoires se déplacent vers le territoire du Mexique et ceux permettant l'accès à ce dernier : les pays d'Amérique centrale. Il est donc fait pression sur le Mexique pour qu'il restreigne l'accès à son territoire, tant dans les ports et aéroports qu'à sa frontière sud. C'est en partie chose faite lorsque ce pays accepte d'appliquer le principe « pieds mouillés / pieds secs » aux Cubains arrivant sur son sol et met en place les plans Seillamiento et Frontera Segura visant à renforcer la présence policière et militaire à la frontière avec le Guatemala grâce à des fonds, du matériel et des techniques directement importées des États Unis. La conséquence de ces plans sera comme ceux mis en place à San Diego et El Paso par l'administration Clinton de faire augmenter le nombre de morts de migrants à la frontière entre le Mexique et le Guatemala2. Il faut mettre ces politiques en relation avec le fait que le Mexique, l'Amérique Centrale et les Caraïbes représentent un tiers des migrants depuis 1960 et les deux cinquième depuis 1990 (statistiques du Departement of Immigration, 2004). En additionnant la population des trois “régions”, cela équivaut à 6% de leur population et à plus de 10% pour le Mexique. Les politiques bilatérales avec ces pays ont donc une grande influence sur immigration en général.

Il est aussi possible de nous interroger sur l'avenir des politiques migratoires notamment durant le mandat de Barack Obama élu en 2009 qui a su drainer les voix à la fois des démocrates traditionnels et des citoyens américains issus de l'immigration notamment hispanique. Barack Obama a repris dans sa campagne la possibilité d'une régularisation des sans papiers comme George W. Bush l'avait proposé dans son projet de Comprehensive Immigration Reform Act of 2007 . Mc Cain avait pour sa part considéré que ce type d'amnistie était « trop facile » et qu'il valait mieux donner priorité à une sanction des employeurs de sans papiers afin de réduire le flux de migrants économiques.

Dans les années 1980, les États-Unis ont accueilli 7,3 millions d'immigrants et neuf millions dans les années 1990. Aujourd'hui, moins de 10 % des immigrants sont d'origine européenne.

Dans Immigration to the United States : Journey to an Uncertain Destination (L'immigration aux États-Unis : Voyage pour une destination incertaine), rapport publié en 1994 par le Bureau des références en matière de population, Philip Martin et Elizabeth Midgley identifient trois facteurs qui ont orienté le débat sur l'immigration au cours des années 1990. Il y a tout d'abord l'augmentation du nombre des immigrants par rapport aux niveaux très bas des années 1940. En second lieu, les immigrants d'aujourd'hui diffèrent considérablement des Américains de naissance par l'ethnicité, l'éducation et les connaissances. En troisième lieu, il n'existe pas de consensus politique sur la question de savoir si les immigrants constituent un atout ou, au contraire, un boulet pour la société américaine. Si l'Enquête sociale générale de 1994 met en évidence une tolérance globale à l'égard de l'immigration, elle révèle également que 60% des Américains pensent qu'il serait bon de la freiner par rapport à son rythme actuel. Un peu plus des deux tiers estiment qu'une immigration accrue rendrait « plus difficile le maintien de l'unité du pays ». Les Américains considèrent que l'immigration n'est probablement pas un facteur de croissance économique, et plus de 80% estiment qu'une augmentation de l'immigration se traduirait par une augmentation des taux de chômage (sans craindre, toutefois, que cela ne vienne menacer la sécurité de leur propre emploi).

De 1905 à 1914, les immigrants sont arrivés aux États-Unis principalement par bateau, à une moyenne d'un million par an. Au cours de la présente décennie, depuis 1992, la moyenne annuelle est la même, mais les immigrants arrivent maintenant par voie terrestre, maritime et aérienne.

Si les chiffres sont aussi élevés au début qu'à la fin du siècle, leur impact sur la composition de la population est très différent car le pays est aujourd'hui beaucoup plus peuplé. Les Américains nés à l'étranger représentaient près de 15% de la population totale au début des années 1900 contre environ 8% aujourd'hui, d'après Martin et Midgley, et d'après un article de Carol De Vita publié en 1996 dans Population Bulletin, intitulé The United States at Mid-Decade (Les États-Unis au milieu de la décennie).

La différence la plus évidente entre les immigrants d'hier et ceux d'aujourd'hui est leur lieu d'origine. Dans les années 1900, la plupart venaient d'Italie, d'Autriche-Hongrie, de Russie, du Canada et d'Angleterre. Ils étaient si nombreux à venir d'Europe par bateau, que les autorités n'ont commencé à compter ceux qui entraient aux États-Unis en provenance du Mexique et du Canada qu'en 1908. Le Mexique est devenu une source importante d'immigration aux États-Unis dans les années 1920. C'est lui qui fournit aujourd'hui le plus grand nombre d'immigrants aux États-Unis, suivi par les Philippines, la Chine et l'Inde.

Depuis 2006, les Etats-Unis ont renforcé leur frontière avec le Mexique. 1132 kms de tronçons de mur, de surveillance électronique et de barrières anti-véhicules ferment la "linea", qui s'étend sur 3140 km. A Tijuana, la clôture se dresse même dans l'océan. Selon le gouvernement américain, le renforcement des contrôles est dissuasif. Le nombre d'interpellés aurait baissé de 24 % entre octobre 2006 et juin 2007 par rapport à la même période un an auparavant. Cependant, de nombreux rapports montrent que le renforcement de ces contrôles poussent les migrants à emprunter des passages moins surveillés et plus dangereux comme le désert de l'Arizona. Depuis la construction des nouveaux dispositifs de contrôle le long de la frontière sud des Etats Unis, le nombre de migrants morts en tentant de traverser cette frontière s'élèverait à plus d'un millier par an. Le programme politique du renforcement des contrôles à la frontière sud s'accompagne aussi de politiques d'externalisation du contrôle vers des pays de transit sur la route des Etats Unis comme le Mexique ou le Salvador.

En 1910, la ville de New York constituait la destination de choix des émigrés européens, débarquant à Ellis Island, et 40% de la population de la ville était alors de naissance étrangère. Maintenant que l'Amérique centrale et l'Asie sont devenues les principales sources d'immigration, Los Angeles est en concurrence avec New York pour la première place. De 1991 à 1996, ces deux villes ont accueilli chacune plus de 600.000 immigrants, soit, à elles deux, un immigrant sur cinq. Pour cette même période, Chicago et Miami se classent aux troisième et quatrième rangs avec chacune en moyenne 200.000 nouveaux arrivants. Boston et San Francisco, destinations importantes au début du siècle, sont encore parmi les 12 principaux points d'entrée des immigrants.

Lorsque les immigrants arrivaient principalement d'Europe, ils s'établissaient dans le nord-est et le centre des États-Unis. Aujourd'hui nombreux à venir d'Amérique centrale et d'Asie, ils se déplacent vers l'ouest et le sud-ouest. Ils suivent en cela les modèles de migration de la population autochtone et introduisent des accents régionaux distincts dans le débat de l'assimilation et du pluralisme. La Californie, l'État le plus peuplé de l'Union, est aussi la première terre d'immigration. Elle accueille traditionnellement des Chinois, comme les États de la côte pacifique et des Mexicains dans les États du Sud.

Les trois indicateurs de base du statut socio-économique aux États-Unis sont l'éducation, l'emploi et le revenu. Dans une société parfaitement assimilée, il ne devrait y avoir que des différences mineures dans ces trois mesures parmi les populations provenant de divers pays. On pourrait également s'attendre à ce que ces distinctions s'atténuent progressivement en fonction de l'ancienneté d'implantation des différents groupes dans le pays. Les données du recensement de 1990 confirment partiellement ces hypothèses. Les immigrés des périodes antérieures ont des revenus familiaux plus élevés que les immigrés plus récents et sont plus souvent employés comme cadres ou exercent une profession libérale. Et pourtant, on compte un pourcentage supérieur de diplômés de l'enseignement supérieur parmi les nouveaux arrivants que chez leurs prédécesseurs ou chez les autochtones.

Le revenu familial médian pour 1990 était de 35.700 dollars chez les personnes nées à l'étranger arrivées aux États-Unis avant 1980, chiffre pratiquement identique à celui des Américains de naissance. Parmi les immigrants arrivés après 1980, en revanche, le revenu familial médian pour 1990 n'était que de 24.000 dollars. Les immigrants récents sont deux fois plus susceptibles d'être pauvres (23 %) que les immigrants précédents (11 %) et que les Américains de naissance (10%). Ces statistiques sur le bien-être économique reflètent les différents modèles de l'emploi. Un quart des immigrants adultes arrivés aux États-Unis en 1980 sont des cadres ou des membres de professions libérales, tout comme les Américains autochtones. Par comparaison, seuls 17% des immigrés en âge de travailler arrivés après 1980 ont des postes de direction ou des professions libérales. Il y a autant de travailleurs indépendants chez les immigrés que chez les Américains de naissance (13%). L'anomalie tient au niveau d'éducation : en 1990, environ un de ces arrivants récents sur quatre possédait un diplôme universitaire contre un sur cinq chez leurs prédécesseurs et dans la population autochtone, selon Martin et Midgley et une autre équipe de chercheurs, Barry Chiswick et Teresa Sullivan, dont l'enquête de 1995 sur les nouveaux immigrants a paru dans State of the Union : America in the 1990s (L'État de l'Union : l'Amérique dans les années 1990, Reynolds Farley éditeur).

Selon le journal Financial Times, 55 % de la main-d'œuvre qualifiée migre aux États-Unis. Ce brain drain s'explique par la politique de l'immigration américaine ; il est encouragé par le système de la carte verte (green card en anglais).

Religion, langue, alimentation et fêtes sont les bases de l'identité culturelle. Les mosquées se sont élevées auprès des églises et des synagogues pour s'intégrer au paysage urbain des grandes métropoles. Les panneaux d'affichage annonçant les offices du culte en deux langues ou plus n'ont rien d'inhabituel aujourd'hui dans les communautés américaines, où beaucoup d'églises partagent leurs locaux avec les nouvelles congrégations d'immigrés jusqu'à ce que celles-ci puissent se doter de leur propre édifice cultuel. La multitude de langues introduites par les immigrants a imposé des charges supplémentaires à certains systèmes scolaires mais elle a aussi accru les contacts des étudiants avec les littératures et les arts extra-occidentaux.

Les immigrés ont enrichi les Américains par l'implantation de restaurants et de magasins qui recrutent leur clientèle aussi bien parmi les immigrants que parmi les autochtones. C'est ainsi que la région métropolitaine de Washington abrite des communautés vietnamienne, coréenne et éthiopienne en pleine expansion, dont les spécialités culinaires sont venues agrémenter des menus jadis fades. Le Cinco de Mayo et le nouvel an chinois sont largement célébrés dans tout le pays. La création et la gestion de petites entreprises et l'investissement dans les marchés stagnants de l'immobilier dans les quartiers marginaux sont deux moyens par lesquels les immigrants ont contribué à revitaliser certaines villes des États-Unis. S'agissant de la préférence pour l'assimilation ou le pluralisme, l'opinion des immigrés varie. Dans un monde idéal, ces deux formules pourraient coexister, ce qui permettrait aux nouveaux venus de continuer d'observer les pratiques culturelles qui soutenaient leurs communautés dans leur pays d'origine, tout en participant à la société américaine de manière économiquement productive.

Les immigrés votent moins souvent que les autochtones, parce qu'un grand nombre d'entre eux n'ont pas encore accédé à la citoyenneté par le processus de la naturalisation. Les nouveaux arrivés de 18 ans et plus peuvent acquérir la citoyenneté américaine s'ils sont résidents légaux depuis au moins cinq ans, parlent, lisent et écrivent l'anglais, possèdent une certaine connaissance de l'histoire et du gouvernement des États-Unis, et se conduisent de façon satisfaisante. Le choix de devenir un citoyen des États-Unis constitue l'un des signes d'assimilation les plus clairs qu'un immigrant puisse donner. En 1990, 40% des immigrants ont obtenu la citoyenneté américaine. Selon l'étude de Martin et Midgley, les Italiens et les Allemands ont enregistré les taux les plus élevés de naturalisation (près des trois quarts des immigrants de ces deux groupes) et les immigrants d'Amérique centrale le taux le plus bas (moins de 20%).

Un « taux de naturalisation » de 40% est-il élevé ou bas selon des normes historiques ? En 1920, première année où les femmes ont eu le droit de prétendre à la nationalité américaine, 49% de la population adulte née à l'étranger avaient opté pour la citoyenneté américaine, selon le Bureau du recensement des États-Unis. On peut interpréter ce fléchissement des taux de naturalisation comme un indicateur de la progression du pluralisme. Par ailleurs, la similitude des taux de 1920 et de 1990 est remarquable si l'on considère la diversité accrue de l'immigration récente et l'évolution du climat politique.

La plupart des Américains préfèrent l'assimilation au pluralisme, lorsqu'il s'agit des questions politiques. Dans le sondage de 1994 du Centre national de recherche sur les opinions, les deux tiers des Américains interrogés étaient d'accord avec la déclaration suivante : « Les organisations politiques établies sur la base de l'appartenance à une race ou une ethnie favorisent le séparatisme et rendent difficile la coexistence des divers groupes. » Apparemment, les gens joignent les actes aux paroles. Interrogées sur leur propre identité, la grande majorité (89 %) des personnes interviewées disent se considérer comme « américain tout court » plutôt que comme membre d'un groupe racial ou ethnique donné ou comme un « Américain à trait d'union » (italo-américain ou afro-américain, par exemple).

Les tendances passées et présentes de l'immigration ont produit une population américaine majoritairement blanche et non hispanophone (74%). Toutefois, si l'immigration se poursuit à son rythme actuel, les Blancs ne détiendront plus la majorité que de justesse (52%) d'ici à 2050. Les hispanophones seront le principal groupe minoritaire (22%), les Afro-Américains représenteront 14% de la population totale et les Asiatiques seront passés de 3 à 10%.

Pour la première fois de leur histoire, les Américains qui répondront au recensement de l'an 2000 pourront s'identifier comme appartenant à « une ou plusieurs races ». Cette décision a fait l'objet de vifs débats parmi les statisticiens, les politiciens et le grand public. Elle signale une évolution en direction de l'assimilation raciale et permet d'envisager la disparition possible, à terme, de distinctions raciales précédemment sources de conflit. Roberto Suro, auteur de Strangers Among Us : How Latino Immigration Is Transforming America (Étrangers parmi nous : comment l'immigration latine transforme les États-Unis), estime que notre terminologie actuelle en matière de race est inadéquate en ce que les « Latinos » et les Asiatiques sont maintenus hors d'un monde où les gens sont classés comme étant de l'intérieur ou de l'extérieur selon qu'ils sont blancs ou noirs. En fait, la catégorie « Latino-Américain », ou « hispanophone », regroupe aussi bien les immigrés que les Américains de naissance, occultant ainsi la distinction entre nouveaux arrivants et résidents de longue date. Les débats futurs opposant l'assimilation au pluralisme prendront un tour très différent à mesure que les distinctions de race et d'ethnicité s'estomperont.

À la fin des années 1990, de vastes réformes législatives relatives à la sécurité sociale ont été proposées, votées par le Congrès et promulguées par le président Clinton, limitant les droits des immigrants à certains types d'assistance publique. Dans ces conditions, étant donné que les immigrants récents seront vraisemblablement plus pauvres que leurs prédécesseurs, il restera à voir comment les collectivités locales à forte immigration pourront assurer des prestations adéquates à ceux qui en ont besoin.

Les réfugiés aux Etats Unis ont depuis la création de cet Etat toujours eu des origines très diverses. Leur admission légale a toujours été très liée au positionnement du pays sur la scène politique internationale, ce qui, comme dans beaucoup de pays du monde entre en contradiction avec les principes des Nations Unies et notamment de la Convention de Genève qui prévoit la protection de toute personne fuyant des persécutions pour motifs raciste, politique, ethnique ou religieux.

La loi sur les réfugiés votée en 1980 prévoit que le Président des États-Unis établisse le nombre de réfugiés pouvant être accueillis chaque année dans le pays. Cette décision doit être prise avec l'accord du Congrès. Les réfugiés sont ensuite sélectionnés dans les camps du HCR à l'extérieur du pays. Cependant, leur admission dépend étroitement des rapports que Washington entretient avec le gouvernement de leur pays d'origine. En effet, les réfugiés venant de pays socialistes sont accueillis en fonction des attaches qu'ils peuvent déja avoir à l'intérieur du pays. Dans le cas de réfugiés venant de pays entretenant de bonnes relations avec les Etats Unis comme le Salvador avant 1990 ou Haïti, les demandeurs d'asile sont immédiatement considérés comme des migrants économiques et rares sont les cas d'admission au statut de réfugié. Dans les années 1980 et 1990, les réfugiés à qui l'on a refusé l'asile et qui craignaient des persécutions en cas de retour dans leur pays n'ont eu d'autre choix que de se maintenir illégalement aux Etats Unis. Chaque événement politique grave du XX° siècle a fait apparaître une vague de réfugiés aux États Unis, les ressortissants ex-soviétiques en 1990, les Cubains entre 1959 et 1961 puis en 1980, les Somaliens et les Erythréens dans les années 1990 ne sont que quelques exemples. Avec les événements du 11 septembre 2001 et la fermeture des frontières américaines, il est devenu extrêmement difficile d'embarquer sans visa pour les États-Unis ce qui a rendu les demandes d'asile dans les ports et aéroports presque impossibles d'autant plus que les demandeurs d'asile à la frontière sont souvent placés en détention avec des criminels fédéraux dans l'attente du traitement de leur demande. Ce phénomène a eu pour conséquence de modifier les routes migratoires des réfugiés vers le Mexique ou l'Amérique Centrale, territoires par lesquels ils tentent d'entrer aux Etats Unis par le désert, à la frontière sud du pays. Cette route, particulièrement dangereuse, a mené à la mort de nombre d'entre eux et les a poussé à utiliser les services de passeurs et de trafiquants ce qui a conduit une partie de la population étasunienne à les criminaliser.

En 1989, la municipalité de San Francisco (Californie) a voté une ordonnance dite « sanctuaire » qui implique la non-coopération avec les autorités de contrôle de l'immigration. En 2007, San Francisco à décidé d'octroyer des papiers d'identité à toute personne pouvant prouver un lieu de résidence, y compris aux immigrés clandestins. Au printemps 2008, la ville a lancé une campagne d'information pour les immigrés clandestins, diffusée sur des brochures et à la radio en plusieurs langues, afin de leur faire savoir qu'ils ne seront pas dénoncés par les services municipaux (hôpitaux, écoles, police) aux services fédéraux de l'immigration.

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Source : Wikipedia