Flandre

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Posté par hal 05/04/2009 @ 12:19

Tags : flandre, belgique, europe, international

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Flandre

Le terme Flandre et son adjectif flamand(e) possèdent des composantes géographiques, historiques, linguistiques (flamand), culturelles (et identitaires). Ils désignent donc, suivant le contexte, des réalités connexes mais distinctes.

Étymologie : (IIe siècle av. J.-C.) Flaumandrum terres (suff. anc. germ. -andrum) inondées (anc. germ. flauma, frison flâm). Le mot désigne les marais côtiers et de l'estuaire de l'Escaut.

Le territoire de la Flandre s'étend de la mer du Nord à l'Escaut. Large plaine interrompue par les monts Cassel, des Cats, de Kemmel.

Le sol de Flandre est humide  : marais de la Flandre maritime et de la Flandre walonne, mer de Flines. En 1147, le comte de Flandres, Thierry d'Alsace fait dessécher les marais de Loos, d'Esquermes et de Wazemmes. Ces travaux ont été réalisés par les religieux de l'ordre de Saint Bernard. Les marais de bord de Scarpe ont été asséchés par les moines des abbayes d'Auchin, de Saint-Amand, de Marchiennes et d'Hasnon.

La Flandre française est une région non-administrative du nord de la France.

La Flandre zélandaise est une partie de la province de Zélande.

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Flandre (Belgique)

Carte du comté de Flandre en 1609 par Matthias Quad (cartographe) et Johannes Bussemacher (graveur et éditeur, Cologne).

Cet article traite de la Flandre belge. Pour la Flandre française et la Flandre zélandaise, voir les articles dédiés.

Le territoire actuel de la Flandre était au Moyen Âge divisé en plusieurs États féodaux : les principaux étaient le comté de Flandre à l'ouest, le duché de Brabant au centre et le comté de Looz à l'est (qui fut rattaché à la principauté de Liège en 1367). Également, ce territoire était traversé par la frontière du Saint-Empire romain. Le comté de Flandre était donc un fief direct de la couronne de France, alors que le reste de la Flandre actuelle faisait partie du Saint-Empire. Pour une histoire détaillée de ces territoires, on se reportera utilement aux articles en question.

À partir de 1384, ces territoires, à l'exception notable de la principauté de Liège, seront progressivement intégrés dans les Pays-Bas bourguignons (comté de Flandre 1384, duché de Brabant 1430), qui deviendront ensuite les Pays-Bas espagnols (1549). En 1581, les Provinces-Unies proclament leur indépendance et seuls les Pays-Bas du Sud restent sous domination espagnole. Suite à la bataille de la Peene à Noordpeene en 1677, la région la plus occidentale de la Flandre (les châtellenies de Cassel, Bailleul et Ypres) est annexée au royaume de France en 1678 par le traité de Nimègue. Les Pays-Bas du Sud restés espagnols passeront ensuite sous domination autrichienne à partir de 1713 (Pays-Bas autrichiens). En 1792, Pays-Bas autrichiens et principauté de Liège sont envahies par la France, puis reconquis en 1793 par l'Autriche. La France les reprend en 1794 et les annexe en 1795. En 1815, le territoire actuel de la Flandre est rattaché au royaume des Pays-Bas.

L'histoire de la Flandre depuis l'établissement de la Belgique en 1830 jusqu'avant la Seconde Guerre mondiale est dominée par la lutte des Flamands pour obtenir des droits égaux à ceux de leurs concitoyens francophones, lutte nécessaire à cause des discriminations qu'ils subissaient dans un État pensé au départ par et pour des francophones.

La communauté flamande est maintenant une des trois communautés qui constituent la Belgique.

La majorité d'entre eux vivent dans les cinq provinces flamandes : la province d'Anvers (1), le Limbourg (2), la Flandre-Orientale (3), le Brabant-Flamand (4) et la Flandre-Occidentale (5), et une toute petite partie (2% du total des Flamands) à Bruxelles, où ils sont minoritaires (environ 10 à 15% de la population bruxelloise). Les Flamands sont environ 6,25 millions, soit à peu près 60 % de la population belge.

La Flandre a son propre parlement (le Vlaams Parlement), son gouvernement et son administration. Ces institutions exercent à la fois les compétences de la Communauté flamande et de la Région flamande, suite à la fusion de ces deux entités (juridiquement, c'est la communauté qui a repris les compétences de la région, qui a cessé d'exister sur le terrain).

Toutes ces institutions ont leur siège à Bruxelles. À Bruxelles, la Communauté flamande est compétente dans certaines matières (tout comme la Communauté française de Belgique): enseignement, culture, etc. La cohabitation des deux communautés à Bruxelles pose parfois certains problèmes, voir à ce sujet l'article la Flandre et Bruxelles.

À Bruxelles, la Flandre dispose de ses propres institutions politiques, notamment la Commission communautaire flamande (Vlaamse gemeenschapscommissie ou VGC), compétente pour les institutions monocommunautaires flamandes de la Région de Bruxelles-Capitale. Dans chaque commune de la région de Bruxelles, le VGC dispose de son propre centre de la communauté (gemeenschapscentrum).

Les Flamands sont les citoyens de la Flandre. Depuis la fédéralisation de la Belgique, et suite à la fusion par la Flandre de ses institutions communautaires et régionales, sont considérés comme Flamands tous les Belges qui habitent la Région Flamande et en plus tous les Flamands de Bruxelles, c’est-à-dire les Belges habitant la région de Bruxelles qui se définissent comme Flamands. Il n'existe cependant pas de sous-nationalité flamande.

Certains pensent que ce terme devrait être utilisé uniquement pour désigner un habitant d'une des deux provinces belges : Flandre-Orientale ou Flandre-Occidentale. Toutefois, pour désigner les habitants d'une de ces deux provinces, on utilise plus souvent le belgicisme flandrien.

Le mot Flamand, dans un sens linguistique, peut aussi désigner les Belges qui s'expriment de préférence en néerlandais ou dans un des dialectes flamands. Il existe en Flandre belge une minorité de langue française.

Beaucoup de Flamands se considèrent comme un peuple distinct. Ils partagent les mêmes médias, universités, partis politiques, associations scientifiques et culturelles… Ils ont aussi organisé leurs choix et organisations politiques à l'échelle de tout le peuple flamand, et cela bien avant l'existence des institutions communautaires actuelles. Le terme « les Flamands » désigne donc d'abord l'ensemble de tous les Flamands, cette communauté flamande (dans le sens sociologique, politique et culturel du mot) qui est dotée aujourd'hui des ses propres institutions (Parlement flamand, gouvernement flamand et est reconnue par la constitution belge comme la Communauté flamande).

Dans cette optique, Bruxelles étant une ville officiellement bilingue (et en même temps très majoritairement francophone), cosmopolite et multilingue en pratique suite à l'établissement des institutions européennes et des communautés d'immigrés, est aussi une ville où les membres de la minorité flamande sont citoyens chez eux avec des services publics disponibles dans leur langue, la région de Bruxelles-Capitale disposant du statut de troisième région de la Belgique.

Pour ce qui concerne les Flamands de France (dont le territoire a été annexé par la France entre 1659 et 1678), il convient de se référer à l'article Flandre française.

La Flandre connait une démocratie avec une assemblée élue au suffrage universel, le Parlement flamand avec une chambre unique, un gouvernement, et des ministères. Toutes ces institutions sont installées à Bruxelles.

Pour la formation académique, il existe six universités néerlandophones en Belgique.

La tendance politique qui a dominé la Flandre presque sans partage au XXe siècle est la démocratie chrétienne.

Elle appelle ses célébrités du nom de « BV » pour bekende vlamingen, c'est-à-dire « Flamands connus ».

La littérature flamande est multiforme et ne peut être considérée comme totalement homogène. Les écrivains flamands sont couramment lus aux Pays-Bas, et vice-versa. Parmi les écrivains flamands les plus connus, on peut noter Hugo Claus, Kristien Hemmerechts, Tom Lanoye, Geert van Istendael, Paul Koeck, Stijn Streuvels, Ward Ruyslinck. Il existe également un courant poétique très important représenté par Willem Elsschot et Guido Gezelle entre autres. Une partie de ce que l'on peut qualifier de littérature flamande se trouve être écrite en français, Michel de Ghelderode en est un exemple. Jacques Brel a également toujours réclamé son attachement à la Flandre même s'il chante la grande majorité de ses chansons en français.

La Flandre a plusieurs chaînes de radio et de télévision, les principaux étant la VRT, chaîne officielle et dotée d'une mission qui comprend de l'information grand-public et objective, non-partisane et de qualité, et VTM, société privée qui regroupe deux chaînes.

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Comté de Flandre

Carte du comté de Flandre en 1609 par Matthias Quad (cartographe) et Johannes Bussemacher (graveur et éditeur, Cologne).

La Flandre désignait autrefois un comté, l'une des principautés du royaume de France, aux frontières durement disputées entre 866, date de sa création, et 1384, date de la mort du comte Louis de Male. Le comté fut ensuite progressivement intégré aux Pays-Bas bourguignons et fut détaché du royaume de France en 1526. Louis XIV en conquit une partie sur les Espagnols. Le comté cessa d'exister en 1795 après la conquête française des Pays-Bas autrichiens.

Le territoire du comté de Flandre ne correspond que très partiellement au territoire de la Flandre belge actuelle. Il était situé géographiquement plus à l'ouest (les provinces actuelles de Brabant-Flamand, d'Anvers et de Limbourg n'en faisaient pas partie).

L'Artois, au sud, en fut détaché en 1191 et érigé en comté en 1237.

Du temps des Romains, le territoire du comté de Flandre, qui faisait partie de la Gaule belgique, était occupé par les Morins, les Ménapiens, par une partie des Nerviens et au sud quelques Atrébates. Ces peuples opposèrent une vive résistance à Jules César ; les Nerviens et les Éburons ont réduit en pièces une légion entière et exterminé la moité d'une autre avant de se soumettre complètement aux Romains.

Le christianisme y fut introduit, sous Maximien et Dioclétien, par Piat de Tournai, Chrysole de Comines et Eucher de Maastricht, tous trois martyrs. En 445, Clodion le Chevelu, chef des Francs, vainqueur des Romains, envahit cette contrée et prit Tournai et Cambrai. À cette invasion succédèrent, en 449, les ravages d'Attila.

Roi dans la région depuis 486, Clovis Ier s'était emparé de tout le pays en 510. Sous ses descendants, le territoire fit partie de la Neustrie et fut administré par des gouverneurs dits Forestiers. Ce n'est qu'au VIIe siècle qu'apparaît le nom de Flandre : encore ne s'étendait-il à cette époque qu'au territoire de Bruges.

Les Baudouin fondent et développent le comté de Flandre. À partir de la région de Bruges, ils étendent son territoire en luttant contre les Normands, en captant l'héritage des lignées carolingiennes et en s'imposant à leurs voisins. Le principat de Baudouin V marque l'apogée de la première Flandre. Ses successeurs accompagnent l'essor économique qui s'appuie sur le tissage de la laine.

Le comté de Flandre trouve au IXe siècle son assise territoriale le long de la vallée de la Lys, à l'ouest de l'Escaut, entre Bruges et l'actuelle Saint-Omer. Il occupe des terres progressivement libérées par la mer qui recouvraient en grande partie cette région jusqu'alors. Aux temps des Carolingiens quelques familles puissantes occupaient les charges comtales et abbatiales (c'est le cas des Unrochides par exemple), mais elles n'étaient pas implantées uniquement dans la région.

Les partages successifs de l'empire de Charlemagne (Verdun 843, Ribemont 880) et surtout les invasions normandes ont destructuré et fragilisé cette situation. Le futur comté s'est retrouvé du côté du royaume de France (Francia occidentalis, ouest de l'Escaut), où le pouvoir s'est plus vite fragilisé qu'à l'Est. L'incapacité royale à lutter contre les Normands et leurs ravages a entraîné la montée en puissance de pouvoirs locaux avec lesquels la population espérait pouvoir être protégée.

C'est dans ce contexte qu'apparaît Baudouin, le premier de la lignée des comtes de Flandre. Avec le titre de marquis, il est un comte fonctionnaire. Sa fortune naît de son mariage en 863 avec Judith, fille du roi Charles le Chauve. Son pouvoir s'exerce dans l'aire primitive des comtés de Bruges, de Gand et de Mempisc (Bergues). Ces pays seront unis en comté de Flandre par son successeur. À sa mort (879), l'hérédité de la charge a été reconnue par le roi. Sa famille conservera la Flandre jusqu'en 1119, puis de 1191 à 1280.

Son fils Baudouin II (879-918) fonde véritablement la puissance flamande. Si les Normands ravagent sévèrement la contrée (879-883), il hérisse le comté de forteresses (bourgs), où la population peut se réfugier. Politiquement, il tente de capter l'héritage des Unrochides, éventuellement par le meurtre, et y parvient partiellement (acquisition de l'abbaye Saint-Bertin à Saint-Omer). Son successeur Arnoul Ier (918-965) réussit à étendre le comté vers le sud jusqu'à la Canche (Arras, Douai).

Arnoul Ier reprend l'héritage, Boulonnais et Ternois, de son frère Adalolphe de Boulogne (†933) et se heurte dès lors, outre au roi lui-même, à d'autres grands féodaux : le duc de Normandie, le comte de Vermandois, et le duc de France. Guerriers, ces grands seigneurs sont aussi pieux. Ainsi Arnoul Ier soutient-il le mouvement monastique et la réforme religieuse. En 962 les enfants d'Adalolphe de Boulogne réussissent à récupérer grâce au soutien du roi Louis IV le comté de Boulogne ayant appartenu à leur père pour l'un d'entre eux, Arnoul II de Boulogne, mais dans la dépendance du comté de Flandre. Deux minorités comtales (Arnoul II de Flandre, Baudouin IV) ne viendront pas réellement affaiblir la puissance des Baudouinides. En 988 la riche veuve d'Arnoul II de Flandre, Rozala de Provence, tutrice ferme de Baudouin IV, épouse le capétien Robert II, mais la Flandre maintient son indépendance. Le territoire flamand s'est stabilisé et l'assise n'en changera plus pendant deux siècles: le noyau originel (autour de Gand, Bruges, Lille et Saint-Omer) est directement régi par le comte; un arc sud, où le comte est représenté par des châtelains locaux qui ne sont pas seigneurs de la terre; au-delà encore, au Sud et à l'Est, des comtés vassaux (Boulogne, Guînes, Hesdin, Saint-Pol, Lens). Le danger intérieur d'émiettement féodal à l'intérieur du comté est ainsi circonscrit.

Le règne effectif de Baudouin IV (988-1035) et surtout celui de Baudouin V (1035-1067), qui meurt tuteur du roi de France Philippe Ier et beau-père de Guillaume le Conquérant, constitue l'apogée politique de cette première Flandre. Si l'extension vers le sud se stabilise, elle s'oriente vers l'Empire, au-delà de l'Escaut. Les empereurs y ont créé des marches (Valenciennes, Ename, Anvers) et renforcé les pouvoirs de l'évêque de Cambrai. En réaction, les comtes de Flandre s'emparent de Valenciennes (v. 1007), échangée contre le Pays de Waes (nord de Gand), et des Quatre-Métiers autour d'Alost (entre Escaut et Dendre). Une Flandre impériale est ainsi constituée: les comtes de Flandre sont dès lors également princes du Saint-Empire. Le mariage du futur Baudouin VI avec Richilde l'héritière du Hainaut permet l'union personnelle des deux comtés (1067-1070).

La mort de Baudouin VI provoque une crise dynastique. Le comté de Hainaut passe à son fils cadet, tandis que la Flandre, à la mort de son fils aîné Arnoul III (1071) revient à Robert Ier le Frison (1071-1093), frère de Baudouin VI, qui s'empare du comté après une courte guerre. Les descendants de Robert Ier règnent jusqu'en 1119 — Robert II (1093-1111), Baudouin VII (1111-1119) — avant que l'héritage ne passe sans problème (en vertu du testament de Baudouin VII en faveur de son cousin germain) à Charles de Danemark (1119-1127), fils de Knut IV, roi de Danemark.

Les comtes de Flandre sont de grands féodaux et des vassaux exemplaires; ils créent une administration qui permet pour la première fois l'élévation de fonctionnaires roturiers. C'est une période de défrichement et les premières "villes neuves" apparaissent. La population croît, les villes se développent. L'apparition du métier à tisser horizontal à pédales, vers 1100, entraîne l'apparition d'une industrie textile dans les villes, alors qu'auparavant cette activité s'exerçait dans les campagnes. L'industrie textile sera dès lors une constante de l'histoire du comté, et même au-delà de l'histoire de la région. Le commerce de la laine anglaise, réputée pour son excellente qualité, est déjà pratiqué avec le royaume insulaire. D'autres échanges se font aussi vers la Rhénanie. Les marchands et les artisans des villes (Bruges, Gand, Lille, Arras, Saint-Omer, Douai) commencent à s'organiser. La richesse du comté est telle et son administration suffisamment forte, que trois de ses comtes peuvent abandonner leur terre et se rendre en Palestine comme pèlerin ou comme croisés.

Cependant la tension sociale créée par l’industrialisation éclate dans les années 1125-1128. Une famine, fléau oublié depuis longtemps, a lieu en 1125. Le clan de Bertulf ou Bertholf, prévôt de l’église Saint-Donatien et ancien serf devenu chef de l'administration comtale depuis 1091 (ce qui est révélateur des changements sociaux qui affectaient la société féodale de cette époque) est mis en cause dans des trafics de blé. Le 2 mars 1127 des membres du clan de Bertulf assassinent le comte Charles le Bon, dans l’église Saint-Donatien de Bruges pendant la messe du mercredi des Cendres, acte inouï qui marqua le temps.

La noblesse et les bourgeois de Bruges et de Gand fidèles au comte abattent la puissance de Bertulf qui est exécuté. Charles le Bon étant mort sans héritier, le roi de France, Louis le Gros, en tant que suzerain, intervient et impose Guillaume Cliton, fils du duc Robert II de Normandie, comme son candidat à la succession. Le 23 mars 1127, Guillaume Cliton est investi du comté et, afin de se faire accepter, promet d'accorder les premières franchises aux villes ainsi que l’abolition du tonlieu et du cens. Guillaume ayant oublié ses promesses, les villes flamandes se révoltent, et lui préfèrent un autre candidat, Thierry d'Alsace, qui s'impose finalement en 1128.

Le XIIe siècle voit l'apogée politique du comté. Les comtes se heurtent ensuite à la volonté de Philippe Auguste: après avoir reçu l'Artois, il finit par abattre l'autonomie flamande à Bouvines (1214) et attache à la cause royale la petite noblesse. Malgré les crises politiques et sociales, la puissance économique flamande est éclatante, encouragée par les deux « grandes comtesses », qui s'appuient par contre-poids sur les villes.

Thierry d'Alsace, fils de Thierry II de Lorraine, (1128-1168) et son fils Philippe d'Alsace (1128-1191) ont l'intelligence de ménager le patriciat émergeant des villes flamandes, tout en cadrant les libertés urbaines. Par une politique matrimoniale efficace, ils accroissent leur comté par l'acquisition des comtés de Vermandois et d'Amiens, du comté de Boulogne, et s'assurent le siège de l'évêché de Cambrai. L'industrie textile continue rapidement son essor qui se poursuivra jusqu'au milieu du XIIIe siècle, et la vie commerciale s'organise autour de cinq foires: celles d'Ypres, de Bruges, de Torhout, de Lille et de Messines (Mesen en Flandre actuelle).

Les draps flamands sont vendus, via les foires de Champagne, à travers toute l'Europe, de Gênes à Novgorod. Jusque vers 1175 les défrichements permettent la création de nombreuses villes neuves. Philippe d'Alsace fait assécher les marais de l'Aa. Tout reflète la vitalité économique, qu'accompagne un accroissement important de la population et une montée des aspirations politiques locales de la bourgeoisie. Les bourgeois siègent de plus en plus dans les conseils d'échevins dont ils prennent peu à peu le contrôle. En accordant des chartes à de nombreuses petites villes et en uniformisant celles des grandes (Arras, Bruges, Gand, Douai, Lille, Ypres, Saint-Omer), les comtes donnent satisfaction aux artisans-marchands, tout en contrôlant le mouvement. Ils instaurent également une administration plus efficace, substituant, en tant que leurs représentants, les baillis aux châtelains et récoltent les tonlieux. Cette richesse permet d'assouvir les idéaux religieux et chevaleresques des comtes Thierry et Philippe d'Alsace qui partiront comme croisés en Palestine.

Après la mort de son chancelier Robert d'Aire, la politique de Philippe d'Alsace, qui n'a pas d'héritier direct, devient plus imprudente. Il sous-estime le jeune Philippe Auguste et commet l'erreur de lui faire épouser sa nièce Isabelle de Hainaut avec en dot l'Artois (1180). Le roi de France assoit fermement son pouvoir sur cette province et lui reprend également le Vermandois (1184-1191). En 1187, suite aux luttes de ses habitants pour l'indépendance, la ville de Tournai passe également aux mains du roi de France.

C'est donc un territoire diminué qui passe à la sœur de Philippe d'Alsace, Marguerite Ire (1191-1194). Mais son mariage avec Baudouin V de Hainaut (Baudouin VIII de Flandre) permet l'union personnelle des comtés de Flandre et de Hainaut, et le retour de la branche aîné des Baudouinides à la tête du comté de Flandre. Leur fils Baudouin IX (1194-1205) met partiellement en échec Philippe Auguste et, en octobre 1197, lui reprend Aire-sur-la-Lys et Saint-Omer. Philippe Auguste décide de mettre fin à la guerre avec la Flandre et signe en janvier 1200, le traité de Péronne avec Baudouin IX qui se reconnait vassal du roi de France. Le comte de Flandre récupère une bonne partie de l'Artois. Le prestige du comté est à son comble lorsque la quatrième croisade est détournée vers Constantinople où Baudouin IX est proclamé empereur en cette ville (1204), succèdant aux empereurs romains d'Orient.

Ce prestige politique de courte durée n'empêche pas Philippe Auguste, après la disparition en 1205 de son beau-frère Baudouin IX (Isabelle de Hainaut, l'épouse de Philippe Auguste, décédée en 1190 était la sœur de Baudouin IX) de prendre soin de ses deux nièces orphelines, Marguerite, âgée de 3 ans et Jeanne, âgée de 7 ans. En mariant cette dernière à Ferrand de Portugal en janvier 1211, le roi de France fait signer aux jeunes époux le traité de Pont-à-Vendin (24 février 1211) par lequel il récupère l'intégralité de l'Artois. Ferrand, tentant de se rendre indépendant de son suzerain, organise une coalition avec Jean sans Terre et l'empereur Otton IV, mais il est battu et fait prisonnier au cours de la Bataille de Bouvines le 27 juillet 1214. Emmené à Paris le comte Ferrand reste enfermé dans une prison du Louvre jusqu'en janvier 1227.

La comtesse Jeanne se retrouve seule à gouverner, dans le cadre rigoureux du traité de Paris (1214), sanctionnant la perte définitive de l’Artois : elle subit le contrôle étroit des agents royaux et prend en charge la récolte d’une énorme rançon en vue de la libération de Ferrand. Son pouvoir est tellement fragilisé qu’il est même provisoirement anéanti lors de l’usurpation du faux Baudouin (avril-mai 1225). Cette aventure, symptôme d'un contexte social et politique difficile, puis la mort prématurée de Louis VIII accélèrent la libération de Ferrand qui est accordée au traité de Melun signé en 1226. Ce traité impose aux villes et aux vassaux du comte la fidélité au roi en cas de rébellion de leur suzerain direct. Les Capétiens s’attachent alors, autant par leur prodigalité financière que par le droit, la noblesse flamande. En contrepartie, Jeanne de Constantinople et ses successeurs vont s’appuyer, comme leurs prédécesseurs d’Alsace, sur les villes. En effet, en dépit des difficultés, elle maintient fermement les accords économiques avec l’Angleterre, garantissant la prospérité économique toujours grandissante des villes et protège efficacement le commerce, notamment en dotant les villes d'un cadre juridique strict (chartes ou keures). Sans enfant survivant de ses deux mariages — le second avec Thomas II de Savoie (1237-1244), c’est sa sœur Marguerite de Constantinople qui lui succède.

Le règne de Marguerite II (1244-1279) est marqué par sa vie privée tumultueuse. Mariée dès l'âge de dix ans en 1212 à son ambitieux tuteur, Bouchard d’Avesnes qui lui a donné deux fils survivants, elle a dû se séparer de lui pour des motifs politico-religieux. Remariée en 1223 avec Guillaume de Dampierre, elle en a eu cinq enfants. Son accession au pouvoir rend crucial l’épineux problème de sa succession, aggravé par la haine que voue la comtesse aux fils de son premier lit. Une épuisante guerre de succession se déroule entre les Avesnes, protégés par l’Empereur Frédéric II, et les Dampierre, soutenus par la papauté et favoris du roi de France, dans un cadre plus vaste qui est celui de la lutte entre le Sacerdoce et l’Empire. Le conflit, doublé d'une guerre avec la Hollande, est marqué notamment par l’appel de Marguerite II à Charles d'Anjou en Hainaut. Le roi de France Louis IX met un terme au conflit en rendant le 24 septembre 1256 le "Dit de Péronne", une sentence de partage d'ailleurs identique à celle qu’il avait déjà rendue en 1246, à savoir: aux Dampierre échoira la riche Flandre et aux Avesnes, le Hainaut. Par ailleurs, la Zélande devient un comté indépendant de la suzeraineté flamande.

Ce conflit a coûté très cher à Marguerite II, qui s’est endettée et a dû demander l'aide des villes, augmentant de fait leur importance politique. Mais la prospérité éclatante, encouragée par les deux comtesses, ne se dément pas sous leurs règnes. Jeanne multiplie les chartes réglementant l’échevinage des grandes villes (Gand avec l’institution des “XXXIX”, Bruges, Douai, Ypres en 1228), mais calque également ce modèle aux petites villes et aux châtellenies. Le pays se couvre de beffrois, témoignages des libertés communales reconnues et réglementées. Pour les comtesses, les villes servent de contrepoids à la noblesse, ralliée à la cause royale. Foires et industrie drapière sont systématiquement encouragées, la cour comtale jouant pleinement son rôle d’arbitrage. La population augmente toujours, comme en témoigne la reprise des défrichements durant le deuxième quart du XIIIe siècle, assurant une expansion économique. La pratique de l’assolement triennal et le regroupement en villages sont un des phénomènes de cette période dans la campagne flamande, permettant le maintien jusqu’au XVIe siècle d’un rendement céréalier de 20 à 24 hl/ha. Jusqu’au milieu du siècle, on entreprend également la poldérisation des estuaires, commencée par l’Aa au siècle précédent. Marguerite fait réaliser de grands travaux de canalisation. Les marchands flamands exportent alors leurs draps dans l’Europe entière et deviennent créditeurs des princes. Gand profite de sa situation à la limite du royaume et de l’Empire. Ypres se voue au commerce textile. Arras, désormais dans le comté d’Artois (créé en 1237) connaît son apogée. Bruges, surtout, devient un centre important du commerce en Europe du Nord : outre le drap et la laine, circulent le cuir et le blé de la Baltique, les vins d’Italie. Les foires de Champagne entrent en relation, via Bruges, avec les villes de la Hanse. Les petites villes émergent dans tout le comté. Témoignant de la richesse des marchands, les bourgeois, à l’instar des comtesses, fondent leurs propres hôpitaux et leurs œuvres pieuses. Les lettres sont également encouragées: Jeanne protège Manessier, Marguerite, Jean et Baudouin de Condé.

La fin du règne de Marguerite voit une guerre économique avec l'Angleterre (1270-1274) qui se conclut par un accord très favorable pour le royaume: prémices d'une situation socio-économique qui se dégrade déjà. Marguerite cède définitivement le pouvoir en Flandre à son fils Gui de Dampierre et en Hainaut à son petit-fils Jean d'Avesnes en 1279. Les deux comtés vont donc être à nouveau séparés après la mort de Marguerite le 10 février 1280.

Après 1280, les tensions sociales, économiques et politiques se font vives. Philippe le Bel s'empare du comté, mais le commun contrecarre les ambitions royales et regagne l'autonomie du comté à Courtrai (1302). Léliaerts et klauwaerts s'opposent jusqu'au principat de Louis de Male qui réforme les institutions et prépare l'ère bourguignonne.

La période suivante voit s’amorcer un déclin économique, marqué par le changement des pratiques commerciales européennes : les premières galères génoises entrent dans le port de Bruges en 1280; artisans et marchands vont maintenant se distinguer : d’actif, le commerce devient passif. Ces changements sont accompagnés de crises sociales et politiques.

Dès le début du règne de Gui de Dampierre (1279-1305) éclatent des révoltes dans les villes flamandes (1280) : les communiers (petits artisans et ouvriers) ne supportent plus la mainmise de la grande bourgeoisie sur les échevinages des villes. Elles sont matées, mais il n’en reste pas moins que, pour conserver leur pouvoir et préserver leur indépendance face au comte, les oligarques urbains font désormais systématiquement appel au roi. Se dressent progressivement deux camps qui vont s’opposer bientôt : l’oligarchie urbaine et une grande partie de la noblesse constituent les partisans du roi de France ou léliaerts en référence au lys, emblême de la royauté française; ils ont face à eux les klauwaerts, en référence à la griffe du lion arboré sur le blason des Dampierre, essentiellement les communiers fidèles au pouvoir comtal.

Louis IX puis son fils Philippe III jouent sans abus le jeu des institutions. Tout change avec Philippe le Bel (1285-1314) et ses légistes, qui vont systématiquement faire jouer le droit en faveur du pouvoir royal. Le comte Gui se trouve ainsi privé de toute liberté de manœuvre, et se voit obligé d'entrer en rébellion ouverte (1297). Le roi organise alors l’invasion de la Flandre (1297-1300). Le comte Gui, qui a vainement cherché l’alliance anglaise est fait prisonnier. La Flandre est brutalement incorporée au domaine royal. Les maladresses et les exactions du gouverneur Jacques de Châtillon provoque une insurrection des communiers brugeois dirigés par Pieter de Coninck et Jan Breydel : lors des mâtines de Bruges le 18 mai 1302 quand tôt le matin, plus de deux cent soldats de la garnison française sont massacrés et d'autres chassés. Robert d'Artois, cousin de Philippe le Bel, et le connétable Raoul de Nesle interviennent en représailles à la tête d'une armée de près de dix mille hommes, mais les communiers affrontent la chevalerie française près de Courtrai et remportent l’emblématique Bataille des Éperons d'Or le 11 juillet 1302.

Philippe le Bel reprend l’initiative et profite de l’indécise bataille de Mons-en-Pévèle (18 août 1304) pour imposer le traité d'Athis-sur-Orge (23 juin 1305), qui ne sera jamais ratifié par les villes flamandes, principales pourvoyeuses des indemnités de guerre. Le traité d'Athis-sur-Orge permet à Robert III de Flandre dit Robert de Béthune de prendre la tête du comté (1305-1322) et de succéder à son père Gui de Dampierre mort dans une prison du château de Pontoise le 7 mars 1305. La situation stagne, marquée par le marasme économique, les dévaluations monétaires et les rivalités entre les villes (principalement Gand et Bruges). Robert, toujours en position inconfortable entre le roi et les villes flamandes, s’oppose systématiquement au pouvoir royal. Néanmoins, le roi de France va s’emparer d'une partie de la Flandre romane (où les parlers sont romans) qu'il garde en gage avec les châtellenies de Lille, Douai et Béthune : c’est le Transport de Flandre qui est ratifié par le traité de Pontoise. Signé le 11 juillet 1312 ce traité cède définitivement la Flandre gallicante avec Orchies au roi, le comte touchant en compensation une part de la rente versée par les villes au roi. Les campagnes militaires successives de Philippe le Bel et de Louis le Hutin en 1312, 1313, 1314 et 1315 ne parviennent pas à imposer le traité d’Athis. Ce n’est finalement que le 5 mai 1320 que le comte Robert de Béthune, venu à Paris, jure fidélité au roi de France, renonce à la Flandre gallicante et accepte de faire la paix sur arbitrage du pape Jean XXII. Le 2 juin suivant, le cardinal prêtre Gaucelin, neveu du pape, assiste à la signature officielle de la paix entre la Flandre et la France. Le comté est alors replié sur une seule zone linguistique.

Dès après la signature du traité, la prospérité revient. Robert III meurt en 1322. Son petit-fils Louis Ier lui succède (1322-1346), mais vassal fidèle et obstiné des Capétiens, il commet de nombreuses maladresses qui le rendent très vite impopulaire et suscitent une grande révolte conduite notamment par Zannekin (1323-1328). Le comte ne rassoit son autorité que grâce à l'intervention du roi Philippe VI (bataille de Cassel, 23 août 1328).

L'avènement du roi Valois a d'autres conséquences sur le comté : la Flandre va être le théâtre, dès 1337 des prémices et des débuts de la Guerre de Cent Ans. Le comte francophile s'oppose aux intérêts anglophiles des Flamands. Le roi Édouard III d'Angleterre, jouant de l'arme économique, menace la Flandre du blocus de la laine et de concurrence industrielle dans la production textile. Face à la menace, les Gantois se donnent un chef, le tribun Jacques van Artevelde (1337). Le Gantois prône la neutralité dans le conflit franco-anglais, l'accord économique avec l'Angleterre, l'alliance des trois "Membres" de Flandres (Gand, Bruges, Ypres) et l'union économique et militaire des Pays-Bas. Rapidement Ypres et Bruges se rallient à Artevelde et le comte est mis hors-jeu. Le tribun gantois traite directement avec le roi Édouard (reconnu suzerain comme roi de France) et fait lever l'embargo des laines. Il gouverne effectivement la Flandre de 1339 à 1345. C'est une tentative d'instauration d'un pouvoir populaire original. Cependant, Artevelde commet l'erreur de se jeter de plus en plus dans l'alliance anglaise. L'intransigeance économique des grandes villes face au Plat Pays qu'elles étouffent et la rivalité entre foulons et tisserands font le reste: Jacques van Artevelde est assassiné à Gand par les tisserands (17 juillet 1345). Mais l'alliance anglaise se maintient, et, après Crécy (où est tué Louis Ier) et la prise de Calais par les Anglais (1347), la Guerre de Cent Ans se détourne du comté.

Le règne de Louis II (1346-1384) voit la restauration de la confiance des Flamands envers leur dynaste. L'habileté politique du nouveau comte lui permet d'éviter les pièges de l'alliance anglaise, tout en maintenant une coopération économique. La paix est signée avec l'Angleterre (1348), les tisserands sont matés à Gand (1349) et la soumission au roi de France cesse d'être automatique (refus de l'hommage, 1350). Malgré les ravages de la Peste noire (1348), trente années de prospérité économique (1349-1379) et de tranquillité politique et sociale s'écoulent alors sous son règne. Le comte réforme et modernise alors les institutions du comté, spécialisant les différentes composantes de son ancienne cour. Il négocie avec grand succès les deux mariages successifs de son héritière. Le second mariage de Marguerite de Male avec le nouveau duc de Bourgogne Philippe de Valois permet le Transport de Flandre, c'est-à-dire le retour de la Flandre gallicante au comté. L'Artois revient également au comte par jeu d'héritage (1382).

Les querelles de clochers se réveillent néanmoins violemment en 1380: les tisserands gantois reprennent leur tentative d'hégémonie et essaient de l'imposer à Bruges, nouvelle capitale du comte. C'est la longue, sanglante et compliquée révolte des Chaperons blancs (1380-1385), menée en partie par Philippe van Artevelde (le fils de Jacques). C'est à Philippe de Valois que revient d'écraser la révolte à Roosebeke (27 novembre 1382). Mais Gand résiste jusqu'après la mort de Louis II (1384).

Les ducs de Bourgogne de la Maison de Valois (seconde Maison capétienne de Bourgogne) incorporent progressivement le comté au sein d'un vaste ensemble qui regroupe bientôt tous les Pays Bas. La Flandre y rayonne de son éclat économique et culturel. Louis XI abat la puissance bourguignonne, mais l'ensemble créé se transmet malgré les vicissitudes à la Maison d'Autriche. Charles Quint, natif de Gand, hérite des ambitions bourguignonnes et fédère une Flandre déclinante aux Dix-Sept Provinces.

La période pendant laquelle règnent les Valois de Bourgogne inaugure une nouvelle phase de l'histoire du comté de Flandre. En effet, les ducs-comtes de cette dynastie vont peu à peu agglomérer à leurs possessions un ensemble important de territoires, par mariages, héritages, captations d'héritages, force, népotisme ou achats. Outre l'Artois et la Flandre que Philippe le Hardi possède déjà du chef de sa femme (1384, 1405) Marguerite III, le Boulonnais (1416, 1419-1438), le Brabant et le Limbourg (1406, 1430), le Namurois (1421), le Comté de Hainaut, la Hollande, la Zélande et la Frise (1428, 1433), la Picardie (1435-1463, 1465-1477), le Luxembourg (1443) et le Gueldre (1472) entrent dans le domaine bourguignon. Le siège de l'évêché de Liège (1408-1482) et celui de Cambrai (1439-1479) sont aux mains d'alliés des Valois de Bourgogne. La Flandre se retrouve ainsi à la fin de la période au sein d'un ensemble qui, oubliés les deux Bourgognes et le rêve lotharingien de Charles le Téméraire, est géographiquement cohérent. Mais si la Flandre se fond peu à peu parmi les Pays de par-deçà, bientôt les Pays Bas, elle en reste durant toute la période l'élément le plus important parce que le plus peuplé et le plus riche. De la Bourgogne, au début de la période, le centre de gravité du pouvoir ducal passe à la Flandre durant la période. Marie de Bourgogne cèdera la Bourgogne, mais gardera la Flandre et les Pays Bas.

De fait Philippe le Hardi (1384-1404) et Jean Sans Peur (1405-1419) sont avant tout des princes français et agissent politiquement en France (régence de Charles VI, querelle des Armagnacs et des Bourguignons, conquête anglaise). Mais Philippe le Bon (1419-1467) (qui gouverne effectivement les provinces septentrionales à partir de 1413) et Charles le Téméraire (1467-1477) (qui gouverne effectivement à partir de 1465) résident en Flandre et, fait significatif, se font enterrer à Bruges. Leurs points communs sont qu'ils assurent une relative paix dans le comté, qu'ils ménagent les susceptibilités locales, tout en installant progressivement une administration d'état efficace, leur permettant d'établir un impôt constant qui finance leurs ambitions politiques. Dans ce but, ils visent, au moins pour les trois premiers, à la neutralité de leurs états.

Philippe le Hardi installe à Lille un Conseil permanent pour les Pays de par-deçà, sur le modèle du conseil créé par Louis de Male. Philippe le Bon refonde complètement sa haute administration. Il place sous une même juridiction Flandre et Brabant et crée pour la Flandre une chambre des comptes à Lille, parallèle à celles de Bruxelles et de Dijon. Les premiers États-Généraux des Pays Bas sont réunis en 1464. Charles le Téméraire va plus loin encore en instituant une cour suprême de justice pour toutes ses possessions (Parlement de Malines) et une chambre des comptes unique, à Malines. Depuis 1468, l'appel au Parlement de Paris pour la Flandre a été supprimé, rendant de fait le comté féodalement indépendant du royaume (accord arraché à Louis XI à Péronne).

Malgré les épidémies de peste et les famines locales (1400-1401, 1410-1411, 1425-1426, 1432-1433, 1438-1439…) et les destructions liées à la guerre, le pays se repeuple. Les historiens estiment la population du comté à 600 000 habitants en 1469. Gand dépasse 50 000 habitants, Bruges 40 000, Lille 20 000 et Ypres comme Douai avoisinent 10 000 âmes. Économiquement, les villes flamandes connaissent leur chant du cygne. Les comtes-ducs stabilisent un tant soit peu la monnaie (création du ‘gros’ de Flandre par Philippe II en 1390 ; dévalué en 1418, il est réévalué par Philippe III en 1433 ; prescription d’une frappe identique de la monnaie dans tous les ateliers en 1434). L’industrie textile traditionnelle, de plus en plus concurrencée par l’Angleterre notamment, est remplacée progressivement, en particulier à Bruges, par celle de l’art, du luxe, de la banque et des finances. Le siège de la ligue hanséatique rétabli dans cette ville en 1392, le retour des marchands gênois en 1397, les privilèges accordés aux marchands étrangers (portugais, castillans, français) assurent, malgré deux départs momentanés de la Hanse (1436-1438 et 1451-1457) et le rapide développement d’Anvers et d’Amsterdam, la position de Bruges comme centre international de commerce jusque dans les années 1480.

L’effervescence politique des villes, qui causera à terme leur ruine, continue ponctuellement cependant. Suivant l’exemple de Liège, Anvers (1434), Bruges (1436-1438) et Gand (1452-1453) connaissent des révoltes, réprimées sans ménagement par Philippe le Bon. Ce dernier, fortement marqué par l’assassinat de son père (1419) a d’abord repris sa politique pro-anglaise, allant jusqu’à reconnaître l’accession d’Henri V d'Angleterre au trône de France. Mais l’affaiblissement de l’Angleterre durant la minorité d’Henri VI et les reconquêtes de Charles VII le conduisent à établir la paix avec son cousin Valois. Le traité d’Arras 1435 voit la rupture avec l’Angleterre, mauvais allié financier, l’indépendance vassalique personnelle avec le monarque français et l’acquisition des villes de la Somme et de Boulogne (Seule Tournai reste dans le giron royal). Cela entraîne inévitablement des troubles en Flandre (siège infructueux de Calais par les flamando-bourguignons, attaques anglaises en Flandre maritime, révoltes de Bruges et de Gand déjà évoquées). Malgré cela, Philippe de Bon réussit à maintenir la neutralité de ses états. Les approvisionnements anglais, suspendus en 1435, sont rétablis et la situation revient à la normale dès 1439.

La politique moins prudente de Charles le Téméraire engendre une guerre ouverte avec Louis XI (3 décembre 1470). La Flandre subit directement l'étouffement économique orchestré par le roi de France: interdiction de l'exportation de blé vers les états de Par Deça, attaques par les corsaires français des bateaux flamands de pêche au hareng, forte taxation des marchandises venant des états bourguignons... Disettes et crise économique se conjuguèrent et frappèrent de plein fouet la Flandre. En cherchant d'autres débouchés économiques dans le bassin rhénan, Charles II trouve la mort devant Nancy (7 janvier 1477).

La mort soudaine du Téméraire rend ouvert le conflit avec Louis XI: le roi de France, qui s'empare de l'Artois et de la Bourgogne et dont les troupes pénètrent en Hainaut, menace directement la Flandre. L'héritière de Charles, Marie de Bourgogne (1477-1482) doit céder aux forces décentralisatrices de ses territoires pour maintenir sa légitimité: elle accorde aux États-Généraux de Gand le Grand Privilège (11 février 1477) supprimant notamment le Parlement de Malines, et crée un Grand Conseil dans lequel la Flandre a quatre représentants (sur vingt-cinq). Elle octroie de nombreuses chartes (dont trois à Bruges, une à Ypres) et rend de nombreux pouvoirs aux Trois Membres de Flandre, après avoir déchu le Franc de Bruges du titre. Les métiers urbains trouvent leur revanche sur le patriciat. Marie ne peut cependant empêcher Bruges de se révolter et d'exécuter sauvagement les anciens symboles du centralisme bourguignons que sont les chanceliers Hugonet et Humbercourt (3 avril 1477).

Marie épouse en hâte l'archiduc Maximilien d'Autriche donnant ainsi un bras armé à ses états. L'archiduc contient l'avance française, repoussant notamment une attaque sur Audenarde et Ypres (mai 1478) et remportant, avec les milices communales flamandes, la victoire de Guinegatte (7 août 1479). La guerre aggravée par les rudes conditions climatiques (l'hiver 1479-1480 est particulièrement rigoureux) engendre la famine (1480). Le blé, désormais importé de Prusse par la Hanse via le port de Bruges, est très cher et les navires sont sous la menace constante des corsaires français. Le manque d'argent de Marie et de Maximilien les oblige à majorer de moitié le cours des monnaies d'or (1478). Devant les difficultés économiques, les villes rechignent de plus en plus à accorder leur aide financière. Aussi la mort accidentelle de Marie (27 mars 1482), oblige-t-elle Maximilien à conclure avec la France le traité d'Arras (23 décembre 1482), négocié partiellement directement entre Gand et Louis XI. Maximilien abandonne l'Artois, mais préserve l'intégrité de la Flandre, seigneuries de Lille, Douai et Orchies comprises.

L'archiduc, désigné tuteur de ses enfants par Marie de Bourgogne sur son lit de mort, n'obtient des États qu'une mainbournie réduite. C'est leur fils Philippe le Beau (Philippe IV en Flandre) qui est intrônisé comte de Flandre (1483-1506) en janvier 1483 (il transmettra le titre à son fils Charles Quint et par lui aux Habsbourg d'Espagne, puis d'Autriche). Les villes flamandes tentent de s'opposer à la dissolution du comté dans une entité plus vaste (Pays-Bas, bientôt empire des Habsbourg) par une rigidité réactionnaire et souvent violente: Maximilien est ainsi prisonnier des Brugeois au début 1488, et obligé de cautionner le bain de sang auquel il assiste. Ces événements sont symptômatiques du déclin irrémédiable de la Flandre depuis la fin du règne de Charles le Téméraire. Crise économique majeure, hausse des prix, destruction des campagnes, catastrophes naturelles (famines, ensablement du Zwin), ces facteurs sont aggravés par le conservatisme borné des guildes et l'arrogance politique de Gand qui se met à dos les autres provinces. La clientèle économique, les élites politiques et culturelles se déplacent vers Anvers ou le Brabant (Malines, Bruxelles), fuyant le rigorisme et les violences. La défense de leurs privilèges, désormais sans contenu, est un combat d'arrière-garde pour les villes. En 1491 le chef gantois Coppenholle est exécuté. Maximilien devenu empereur (1493), Philippe le Beau entame son règne personnel (1494-1506) en restreignant considérablement les concessions de 1477: il rétablit notamment le Franc de Bruges comme quatrième Membre de Flandre, contrebalançant ainsi le pouvoir des villes. En 1496 un traité (Intercursus Magnus) assainit le commerce avec l'Angleterre. Le Parlement de Malines est rétabli en 1504.

Le comte, souverain des Pays-Bas, s'il est encore présent en Flandre, hérite en 1504 par mariage de la couronne de Castille et meurt dans son nouveau royaume (1506). Son fils Charles, le futur Charles Quint, né à Gand, reste présent dans les Pays-Bas, sous la conduite de sa tante Marguerite d'Autriche; mais il cumule bientôt tout l'héritage de ses ancêtres: il quitte les Pays-Bas pour l'Espagne en 1517 et devient empereur germanique en 1519. Entre 1517 et 1555 Charles de Gand, ne séjourne que dix ans dans les Pays-Bas, même s'il reste ataviquement bourguignon. Il laisse sa tante Marguerite d'Autriche (1517-1530), puis sa sœur Marie de Hongrie gouverner les Pays-Bas. Il intervient néanmoins personnellement pour écraser la dernière révolte de Gand 1539, provoquée essentiellement par la misère, les débuts du protestantisme et le refus d'un nouvel impôt. L'exécution inique de Liévin Pyn illustre l'insurrection, que Charles réprime impitoyablement: outre l'exécution des principaux meneurs, la Concession caroline (1540) abolit définitivement les privilèges de la commune et les fossés de Gand sont comblés. Néanmoins, le creusement du canal entre Gand et l'Escaut oriental est initié dès 1547.

En 1526 le traité de Madrid abolit la vassalité de la Flandre vis à vis de la France, qui abandonne également Tournai, conquise en 1520. Le dernier lien, vassalique, du comté à la France est brisé mais comme le traité n'est pas ratifié par la France, il faut attendre 1559 (traités du Cateau-Cambrésis) pour que cela devienne officiel. Le comté est intégré aux Dix-Sept Provinces du Cercle de Bourgogne par Charles Quint en 1548. Le comté est ainsi formellement rattaché au Saint-Empire (en 1559 officiellement, donc), mais, comme les autres provinces, avec une vassalité réduite à l'extrême. La Pragmatique Sanction de 1549 règle et simplifie la procédure de succession dans les provinces. Aussi le fils de Charles, Philippe II d'Espagne succède-t-il à son père lors de son abdication en 1555. Ce prince est espagnol et ne connaît ni la Flandre, ni les Pays-Bas.

Les querelles religieuses et la morgue de Philippe II d'Espagne font éclater l'unité des Dix-Sept Provinces (proclamation de l'indépendance des Provinces-Unies, 1581). La guerre ruine la Flandre qui étouffe bientôt sous la domination espagnole, au sein des Pays-Bas du Sud (Pays-Bas espagnols), et la Contre-Réforme. Le sud du comté est reconquis par Louis XIV alors que le reste finit par passer à l'Autriche (Pays-Bas autrichiens, 1714). Le comté disparaît formellement dans la tourmente de la Révolution française.

La morgue et l’intransigeance bornée de Philippe II d'Espagne (si peu Philippe V de Flandre) précipitera les Pays-Bas à la catastrophe humaine et finalement à la scission des Provinces en deux entités politiquement et religieusement séparées. Le comté de Flandre sera touché de plein fouet par le terrible conflit, mêlant guerre d’indépendance, guerre religieuse et guerre civile.

L’Inquisition que les élites locales ont modérée sous le règne précédent, devient forcenée sous le règne de Philippe. À la suite de la Bulle papale de 1559, la vieille structure épiscopale datant de l’époque franque est actualisée. Alors que le comté relevait jusqu’alors de trois évêchés au moins (celui de Thérouanne pour Ypres et le sud-ouest, celui de Cambrai pour l’est et celui de Tournai pour le cœur du comté), un seul évêque installé à Bruges régit maintenant l’ensemble du territoire. Mais cette amélioration renforce la mainmise espagnole et l’acharnement contre les hérétiques au catholicisme romain. De nombreuses élites urbaines sont devenus protestantes. Le luthéranisme est apparu dès après 1517, grâce à l’imprimerie et au fort contexte humaniste de la région. Les Anabaptistes se sont développés par la suite, mais depuis les années 1550, le calvinisme domine le mouvement protestant.

Les premières exactions de la Révolte des gueux, qui va déboucher sur la Guerre de Quatre-vingts ans, ont lieu en Flandre : les calvinistes iconoclastes saccagent les premiers édifices religieux en août 1566 : l’église St-Laurent à Steenvoorde, le monastère de St-Antoine à Bailleul, puis des dizaines d’églises autour de Poperinge, Bergues-Saint-Winoc, Cassel avant Anvers et Gand. La Flandre, plus vulnérable géographiquement que la Zélande ou la Hollande, subit de plein fouet la terrible répression du duc d’Albe (exécution du comte d’Egmont conseiller d’état de Flandre et du comte de Hornes, 1568) : les élites protestantes qui ne sont pas massacrées prennent la fuite. Le commerce et l’industrie sont cette fois ruinés pour un long moment. Le massacre de la Saint-Barthélémy en France (1572) déçoit les espoirs de Guillaume d'Orange de reprendre la Flandre. Les mutineries sanglantes des soldats espagnols impayés (Furie espagnole à Anvers), le rappel du duc d’Albe (1574), et la mort de son successeur (1576) permettent aux États de proclamer la Pacification de Gand et de s’unir contre les Espagnols (5 novembre 1576).

Mais les fanatismes religieux sont trop exacerbés. Gand, puis Ypres et Bruges sont devenues des républiques théocratiques calvinistes sur le modèle genevois. Les églises de leurs environs ont été systématiquement pillées. Aussi, après la défaite de Gembloux devant Alexandre Farnèse (1578), les régiments wallons catholiques battus attaquent-ils les calvinistes flamands, pourtant leurs compatriotes. L’Union d’Arras regroupe en janvier 1579 les provinces du sud à dominance catholique, ainsi que Douai, qui se reconnaissent fidèles au monarque espagnol. L’Union d’Utrecht au nord, protestante, lui répond ; Bruges, Gand, Ypres, Tournai, Anvers… s’y associent. C’est la guerre civile et la fin des Dix-Sept Provinces.

La Flandre, à la géographie si plane, ne peut se maintenir dans les Provinces-Unies, auto-proclamées indépendantes en 1581: une à une les villes tombent dans les mains du duc de Parme : Tournai en novembre 1581, Audenarde en juillet 1582, Ypres en janvier 1583, Bruges en mai 1584, Gand enfin en septembre de la même année. Vers 1585 après la chute (et la ruine) d’Anvers, sans aide des états du nord, la Flandre entre définitivement dans l’ère espagnole.

Les Espagnols noyautent dès lors tous les niveaux de l'administration, sans jamais s'implanter. La vigueur de la Flandre s'anéantit dans la Contre-Réforme. Privée de son commerce par le refus de l'Espagne de l'associer à celui des Indes, et par la fermeture de l'estuaire de l'Escaut par les Provinces Unies, le comté devient une coquille vide dont la structure subsistera néanmoins jusqu'à la fin du dix-huitième siècle.

Les Pays-Bas méridionaux deviennent après le traité des Pyrénées en 1659 un état tampon entre les ambitions françaises et les Provinces Unies, qui ont oublié très vite toute idée de réunification. La Flandre subit les guerres quasi incessantes entre les puissances européennes. Louis XIV s'empare graduellement du sud du comté (Tournai, Douai, Armentières, Lille, Bergues, Furnes en 1668 à la Paix d'Aix-la-Chapelle, Courtrai, Audenarde entre 1668 et 1678, Cassel, Ypres en 1678 au traité de Nimègue), avant de refluer partiellement. L'administration royale crée alors la Province de Flandre, regroupant ces conquêtes, incluant également le Cambrésis et la partie sud de l'ancien comté de Hainaut. La Flandre reste dévastée par les campagnes de l'armée française (1642-1658, 1661-1668, 1673-1678, 1689-1697, 1700-1705).

La Guerre de Succession d'Espagne voit le retrait limité de la France (perte d'Ypres et de Poperinge) et l'administration du territoire pas les Anglo-néerlandais (1705-1714) jusqu'au traité d'Utrecht qui place les Pays-Bas méridionaux sous le contrôle autrichien.

La paix d'Utrecht (1713) donne les Pays Bas méridionaux à l'Autriche de Charles VI. Ils doivent cependant assurer le financement du maintien de garnisons hollandaises dans les villes flamandes de Furnes, Ypres, Knokke, Warneton, Menin, Tournai et Termonde. La paix se maintient jusqu'en 1744, date où la France occupe à nouveau le pays (1744-1748). La situation économique s'améliore quelque peu. Marie-Thérèse (1744-1780) et Joseph II (1780-1790) tentent de réduire la puissance sclérosante des guildes. Joseph II fait démanteler les forteresses tenues par les Hollandais, qu'il chasse de Flandre (1782).

Les réformes radicales de l'Empereur sont brutales et imposées par le haut. Le comté, comme les autres structures administratives, est supprimé (1er janvier 1787), rétabli (30 mai 1787), supprimé de nouveau (17 décembre 1787) et les Autrichiens sont finalement chassés (révolution brabançonne). En 1790, lors de la première réunion des États-Généraux depuis 1632, le comté intègre les éphémères États-Belgiques-Unis proclamés à cette occasion. Mais, dès la fin 1790, l'Autriche occupe à nouveau le territoire.

Le glas définitif du comté sonne en 1795, date à laquelle, après la guerre (1792-1794) et la conquête (1794), il est transformé (hors Tournai, rattaché au département de Jemmapes) en deux départements français: l'Escaut et l'Yser, prototypes des futures provinces belges de Flandre-Orientale et de Flandre-Occidentale, créées en 1814 au sein du royaume des Pays-Bas et intégrées à la Belgique en 1830.

Le comte de Flandre était l'un des six pairs laïcs primitifs du Royaume de France (les pairs laïcs à l'avènement d'Hugues Capet en juillet 987).

Après le détachement officiel de la Flandre du royaume de France en 1559 (et même depuis les pertes de suzeraineté successives de 1435 — dispense d'hommage du comte de Flandre-duc de Bourgogne pour ses domaines français (alors que Charles-Quint, comte de Flandre, rend quand même le dernier hommage au Roi de France en 1515) — de 1468 — fin de l'appel au Parlement de Paris — et de 1526 — traité de Madrid non ratifié et concessions de François Ier), les sacres des Rois de France ont continué de se dérouler en affectant à l'un des plus grands personnages du royaume le rôle du comte de Flandre (voir référence sur la page dédiée : Le sacre des rois de France). Cet aspect du cérémonial du sacre s'est poursuivi après la reconquête par Louis XIV d'une partie de l'ancien comté de Flandre, bien que les terres recouvrées fassent partie du domaine royal, sans plus relever d'un comte particulier.

Deux comtes de Flandre eurent le titre de régent de France : le premier, Baudouin V, fut tuteur en 1060 de Philippe Ier, son neveu ; le second, Philippe d'Alsace, fils de Thierry d'Alsace, eut la tutelle de Philippe Auguste. Un autre comte, Baudouin IX, fut empereur de Constantinople (1204).

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Flandre française

Localisation du Westhoek et de la partie française de la Flandre romane avec tracé de la Lys

La Flandre française est aujourd'hui une région culturelle du département du Nord, qui correspond géographiquement à l'ancien comté de Flandre, comté devenu définitivement français au XVIIIe siècle. Dans le département du Nord on appelle cette région simplement la Flandre, et plus rarement ou les Flandres (cette dernière appellation se réfère davantage aux Flandres belges). On trouve aussi, plus rarement, les appellations Pays-Bas Français ou Flandre du Sud. La Flandre française correspond à peu près aux arrondissements départementaux de Dunkerque et de Lille.

Sous l'Ancien Régime français, à partir du XVIIIe siècle, la Flandre avait été érigée en "Province", qui débordait largement le cadre de l'ancien comté de Flandre puisque cette Province incluait aussi le Cambrésis et la partie sud de l'ancien comté de Hainaut. La "Province de Flandre" avait alors adopté le blason d'or au lion noir de l'ancien comté de Flandre.

Cette ancienne Province recouvrait à peu près l'aire actuelle du département du Nord, et encore aujourd'hui le blason d'or au lion noir de Flandre est utilisé de façon officieuse pour représenter le département du Nord. En revanche, de façon tout à fait officielle, le blason de Flandre est utilisé aujourd'hui par la gendarmerie nationale où le blason apparait sur l'uniforme des gendarmes non seulement du département du Nord mais aussi du département du Pas-de-Calais.

La Flandre française occupe une grande partie du département du Nord. Lille (Ryssel en flamand ou Rijsel en néerlandais) est sa principale ville, mais elle compte d'autres villes importantes : Douai (Dowaey), Cassel (Kassel), Dunkerque (Duynkerke), Hazebrouck (Hazebroek), Bailleul (Belle), Saint-Amand-les-Eaux (Sint-Amandt-aen-de-Scherpe)... Elle se compose de deux sous-régions : la Flandre flaminguante, également appelée Westhoek, de langue flamande et la Flandre romane, de langue picarde.

On inclut aussi parfois toute l'ancienne province française de Flandre, soit la partie française des comté de Flandre, et de Hainaut, voire une partie de l'Artois (arrondissements de Saint-Omer et de Calais), jadis de langue flamande.

La Flandre française est historiquement une région bilingue. Ce bilinguisme date du IIIe siècle, époque à laquelle les Francs occupent en partie la région et apportent avec eux le dialecte germanique qui deviendra le flamand. Le reste de la région garde la langue romane (latin populaire) dont naîtra la langue d'oïl. Le picard, encore parlé dans la région est un des dialectes de la langue d'oïl qui donnera également le français. La frontière linguistique suit de nos jours à peu près le tracé de la Lys.

Elle fit partie intégrante du comté de Flandre et, officiellement, du Royaume de Francie occidentale puis du Royaume de France de 843 (Traité de Verdun) à 1559 (Traités du Cateau-Cambrésis). Celui-ci passa sous domination bourguignonne (Seconde Maison capétienne de Bourgogne) puis habsbourgeoise au sein, très théoriquement, du Royaume de France dont il est vassal avant de devenir purement possession espagnole après 1559 dans le cadre du Saint-Empire Romain Germanique. Le territoire des arrondissements actuels de Lille, Douai et Dunkerque fut progressivement restitué officiellement à la France durant le règne de Louis XIV (mais dans le domaine royal cette fois et non comme fief vassal de la couronne de France comme avant 1559) par le traité des Pyrénées en 1659, par le traité d'Aix-la-Chapelle en 1668 et par le traité de Nimègue en 1678 (ce traité vient entériner notamment les conséquences de la bataille de la Peene à Noordpeene). La région n'est définitivement française qu'après 1713 avec le traité de la paix d'Utrecht.

Envahie en 1791 par les Autrichiens, Lille est un instant occupée malgré l'héroïque résistance de sa population. Pichegru la reprend en 1793.

La Flandre française n'a plus aujourd'hui la moindre institution politique ou administrative propre, si ce n'est par le biais de l'intercommunalité, instituée par les lois Chevènement-Voynet. Le mot Flandre apparaît en effet dans les dénominations de deux « pays » qui ont vu récemment le jour : le Pays Moulins de Flandre et le Pays Cœur de Flandre.

La Flandre française se caractérise surtout par son identité culturelle : jusqu’au début du XXe siècle, la majorité de la population du Westhoek, une bonne partie de l'arrondissement de Saint-Omer et une étendue non négligeable de la Flandre gallicante parlait le flamand, dialecte du néerlandais et nettement distincte du picard (dont le fameux chti), langue d'oïl parlée plus au sud et à l’ouest. Le flamand fut enseigné dans les écoles primaires de la région jusqu'à l'interdiction de 1853 par l'académie de Lille. Cet arrêté n'a jamais été remis en cause depuis. On pouvait lire sur les murs des écoles des inscriptions telles que « il est interdit de parler flamand et d'uriner sur les murs ». De même, jusque dans les années 1960, on encourageait les élèves à la délation en faisant porter un bonnet d'âne à ceux qui parlaient leur langue maternelle flamande..

Aujourd'hui, certaines personnes âgées dans les villages parlent toujours le flamand entre elles. Le néerlandais est enseigné dans des nombreuses écoles et collèges dans un cours d'une heure par semaine, ainsi que dans la plupart des lycées du nord de la région. Cependant ce n'est pas la langue régionale. L'Institut de la Langue Régionale Flamande, localisé à Cassel dispense des cours de flamand régional. Par ailleurs, des jeux flamands (comme la bourle) sont encore pratiqués. Les kermesses sont nombreuses, et les fêtes des moissons et de corporation revêtent un caractère traditionnel apprécié par les visiteurs.

La langue flamande n'est pas reconnue par l'État français comme langue régionale, ceci en dépit des cent mille citoyens français qui parlent ou comprennent cette langue. La demande d'une telle reconnaissance fut introduite auprès de Luc Ferry mais elle se heurta à un refus au motif que le flamand n'est « qu'une composante du néerlandais, langue étrangère ».

On trouve des traces de l'extension du flamand dans la toponymie : Dunkerque signifie « église de la dune », Godewaersvelde « champ de Geoffroy », Brouckerque « église du marais », Steenwerck « chemin ("ouvrage") de pierre » et Hazebrouck « marais du lièvre ».

Il existe des associations de défense du patrimoine culturel flamand, telles que le Comité flamand de France ou encore De katjebei.

La géologie et la faiblesse du relief (hormis les monts de Flandre ; buttes tertiaires relictuelles au sol plus acide, où le boisement a été conservé en raison des sols pauvres et pentus) expliquent des cours d'eau très lents qui ont créé ce paysage de "Plat-pays".

La nature sauvage et les grandes forêts ont précocement disparu de cette région en raison de son potentiel agricole exceptionnel, valorisé dès la fin de la préhistoire. Beaucoup d'espèces des anciennes lisières et clairières forestières et des zones humides ont néanmoins pu survivre de la préhistoire aux années 1950 dans le bocage et dans les nombreuses mares creusées dans l'argile des flandres (Chaque maison avait sa mare, et de nombreuses pâtures avaient les leurs).

Les ormaies caractéristiques de la plaine maritime ont disparues avec la régression du bocage encouragée par les remembrements, mais aussi à cause de l'épidémie de graphiose de l'orme qui a décimé cette espèce dans toute l'Europe dans les années 1970-1980.

Il reste néanmoins sur les monts et dans les dépressions plus humides des reliques de milieux naturels ou semi-naturels riches en biodiversité, qui sont des éléments de la trame verte régionale et nationale.

L'œuvre de l'auteur dunkerquois Michel de Swaen est encore reconnue de nos jours dans l'ensemble de l'espace néerlandophone comme l'une des plus importantes de la littérature flamande.

Le Théâtre populaire pour la Flandre française de Flor Barbry est une société théâtrale néerlandophone donnant des représentations en Flandre-Occidentale (Belgique) et Flandre française depuis 1954.

L'écrivain nordiste Maxence Van der Meersch et Marguerite Yourcenar qui a vécu au Mont noir ont notamment écrit sur cette région.

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Source : Wikipedia