Architecture

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Posté par woody 28/03/2009 @ 00:15

Tags : architecture, culture

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Architecture

L'architecture est aussi porteuse d'expérimentation, de sens et de symbole. Ici, le  Familistère de Guise.

Architecture est un terme issu du grec αρχιτεκτων de αρχι (« chef, principe ») et τεκτων (« couvreur », « charpente », « construction » ) qui désigne l'art de concevoir et de réaliser des structures bâties (ou édifices), des villes avec des architectes ou spécialistes assimilés (ainsi que des parcs et jardins avec les architectes paysagistes ou des navires avec les architectes navals). Elle cherche généralement à concilier l'utilité, la beauté et la solidité de formes, espaces et structures (habitées ou directement utilitaires), ce qui distingue fondamentalement l'architecture des autres arts plastiques comme la sculpture.

La partie de l'architecture spécialisée dans les fortifications, les engins de guerre et les ouvrages de génie civil (ponts, ports, égouts, routes, mines, usines, etc.) a donné naissance à partir du XVIe siècle à la profession d'ingénieur. La conception des villes est désignée depuis le milieu du XXe siècle par le terme urbanisme, sans cesser d'appartenir à l'architecture dont l'échelle d'intervention varie de l'élément de mobilier, de construction ou de décor, jusqu'à la ville entière.

L'architecture désigne également le corpus de tous les édifices construits, leur classification et leur étude, qu'ils aient été conçus par des architectes ou non.

Par extension, le terme d'architecture est utilisé pour désigner la conception des systèmes d'objets complexes, comme par exemple l'architecture logicielle et l'architecture informatique. Dans ce cas, on fait référence à la structure générale du système.

Cet article ne traite pas des deux derniers sens du mot.

Les méthodes de la conception architecturale ont plus évolué que ses principes à travers le temps.

La théorie de l'architecture est exposée dans une suite continue des traités qui nous sont parvenus depuis l'Antiquité.

Sa pratique nécessite, en plus de la maîtrise des disciplines propres à l'architecture (programmation, composition, rendu, construction, métré, CAO-DAO), la connaissance de disciplines variées relevant des arts (dessin, arts décoratifs…), des mathématiques (géométrie descriptive, algèbre), de la physique (Physique, chimie et résistance des matériaux, statique), du droit ( civil, de la construction et de l'habitation, de l'urbanisme), de l'histoire (de l'architecture, histoire des villes, archéologie), des sciences sociales (sociologie, politique, anthropologie).

L'architecture intervient à de nombreuses échelles depuis la conception et la réalisation de pièces de charpenterie ou d'éléments de décors, jusqu'à la celle de villes entières, tout en restant centré sur celle des formes intermédiaires habitées comme les maisons, les hôpitaux, les mairies, les lycées, les ateliers, les tribunaux, les églises, etc .

C'est à tort qu'on tend à considérer comme des domaines spécialisés autonomes les échelles de l'architecture d'intérieur ou de l'urbanisme, comme si les décors pouvaient être conçus indépendamment des bâtiments qui les contiennent, et les villes indépendamment des édifices qui les constituent.

L'architecture navale est une discipline particulière qui désigne la conception des embarcations de toutes tailles et catégories. Certains architectes navals se sont spécialisés dans la conception de bateaux habitables, d'autres de bateaux de plaisance et de compétition.

La loi du 3 janvier 1977 sur l’architecture affirme que « L'architecture est une expression de la culture » et que « La création architecturale, la qualité des constructions, leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant, le respect des paysages naturels ou urbains ainsi que du patrimoine sont d'intérêt public ». Elle précise les conditions à partir desquelles l’intervention de l’architecte est obligatoire dans les projets de travaux. Elle fixe par ailleurs les conditions d’exercice de la profession d’architecte.

Comme profession, l'architecture est (en France, en vertu de cette loi, une activité non commerciale à caractère culturel, soumise à un code de déontologie et organisée comme profession réglementée. Dans la plupart des pays occidentaux, le titre d'architecte est réservé aux seuls membres de la profession.

L'un des prix le plus prestigieux qu'un architecte puisse recevoir est le Prix Pritzker.

On parle également de l'école de Chicago mais il ne s'agissait pas d'un lieu d'enseignement.

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Architecture acadienne

L'habitation de l'île Sainte-Croix.

L'architecture acadienne désigne à la fois un style d'architecture traditionnelle utilisé par les Acadiens, surtout dans les provinces maritimes du Canada, et l'architecture en général faite par les Acadiens.

Fondée 1604, l'Acadie voit se développer une architecture d'inspiration française, mais adaptée aux conditions climatiques et aux matériaux locaux. Plus tard, des techniques de construction amérindiennes sont utilisées, surtout pour améliorer l'isolation des maisons. Durant le Grand Dérangement, en 1755, la plupart des constructions acadiennes sont démolies. Durant plusieurs années, les maisons sont de piètre qualité et construites à la hâte. Malgré l'amélioration des conditions de vie, l'architecture est restée simple jusqu'au milieu du XIXe siècle, où disparaissent les traces d'influence française alors que l'influence américaine et anglaise commence à se faire sentir et que les premiers architectes acadiens commencent leur carrière.

Les exemples les plus anciens d'architecture acadienne encore intacte datent du début du XIXe siècle. De plus en plus de municipalités préservent leur patrimoine et plusieurs édifices ont été restaurés ou reconstruits dans sept villages historiques. Toutefois, aucune étude exhaustive n'a encore été faite au sujet de l'architecture acadienne et il est difficile de définir un style typique acadien. Certaines recherches sont tout de même faites sur des édifices existants ou lors de fouilles archéologiques et, depuis quelques années, plusieurs édifices sont construits en tenant compte de ces découvertes.

Les premiers colons européens s'établissent en Acadie en 1604, durant l'expédition de Pierre Dugua de Mons. L'Habitation de l'île Sainte-Croix est alors fondée et une douzaine de maisons sont construites et agencées de telle façon que l'impression donnée est celle d'un fort. Les édifices sont d'inspiration française, avec leur toit aigu à quatre versants. Le froid, le manque d'eau douce et le scorbut tuent au moins 35 hommes. En 1605, les maisons sont alors démolies afin de récupérer les matériaux qui sont transportés pour établir l'Habitation de Port-Royal, où tout est reconstruit sur le même modèle mais cette fois-ci l'établissement est mieux fortifié. En effet, les différents bâtiments sont organisés côte à côte autour d'une cour centrale et leurs murs arrière forment en quelque sorte une muraille ; un bastion est installé de chaque côté de l'entrée.

Il y a quatre types de maisons construites en Acadie à l'époque. La première est la maison à ossature de bois. Cette méthode de construction est en fait la toute première à avoir été utilisée, dans l'Habitation Sainte-Croix. Un autre type de maison très populaire est de type pièce sur pièce, c'est-à-dire construite avec des troncs d'arbre équarris empilés les uns sur les autres. Cette méthode permet de construire des maisons peu dispendieuses assez rapidement. Elle est surtout utilisée par les nouvelles familles ou dans les régions éloignées ne disposant pas de scierie. En 1688, à Port-Royal, toutes les maisons étaient construites de cette façon et couvertes d'un toit de chaume ou de planches. Un troisième type de maison est construite en torchis. Elle consiste en une charpente dont les espaces sont remplis de bousillage ou de bauge, fait de terre et de paille, le tout retenu en place par des poteaux appelés palissons ou palots, installés horizontalement entre les poteaux de la charpente. Cette technique de construction est originaire de Haute-Normandie et a probablement été importée par Abraham Dugas, parti de Toulouse en 1640. Ses descendants ont en effet répandu la technique dans diverses régions de l'Acadie jusqu'au XIXe siècle. Au tournant du XVIIIe siècle, ces maisons sont seulement lambrissées à l'intérieur, ce qui laisse le bousillage et la charpente exposée du côté extérieur. Quelques autres sont par contre recouvertes de terre glaise blanche à l'extérieur, ce qui est une invention locale. Le quatrième type de maisons est fait de madriers. Les spécialistes pensaient que la pierre était rarement utilisée mais une étude non publiée confirme que les maisons faites de pierres et de bois étaient très fréquentes et consistaient en une adaptation des maisons à colombage françaises. En 1704, Port-Royal compte une seule maison de briques, celle des Récollets, qui de toute façon est d'inspiration française.

Les premières églises acadiennes ressemblent souvent à des maisons et parfois à des granges, aussi bien dans leur construction que dans leur style. Elles sont peu confortables et n'ont même pas de cloche, les paroissiens étant plutôt appelés à l'aide d'un tambour ou d'un coquillage. À Port-Royal, l'église a du papier en guise de vitre. La situation change vers 1689 lorsque le seigneur Richard Denys construit son fort à Burnt Church, composé d'une palissade de bois entourant plusieurs bâtiments en pierre dont l'église. Vers 1690, l'église Saint-Charles-des-Mines est construite à Grand-Pré, qui a alors supplanté Port-Royal en termes de population. Selon des fouilles récentes, le presbytère de l'église était le seul bâtiment dans toute l'Acadie avec un toit en tuiles d'argile, témoignant de l'importance du lieu. L'église Saint-Joseph-des-Mines était également connue pour sa beauté, avec un intérieur décoré de moulures de bois.

La Déportation des Acadiens commence en juin 1755 lorsque le fort Beauséjour tombe aux mains des Britanniques. Durant les années suivantes, de nombreux villages sont détruits, mettant fin au style de vie prospère basé sur l'autosuffisance. Jusqu'en 1784, les Acadiens sont sans cesse pourchassés par les Britanniques et doivent ensuite vivre sans titre de propriété.

Les abris et maisons de cette période sont construits à la hâte. En 1761, Gamaliel Smethurst écrit qu'après une attaque sur leur village, les Acadiens de Nipisiguit construisent des abris en deux ou trois jours. Ces maisons sont petites, rectangulaires, presque carrées et comptent une seule pièce avec trois ou quatre ouvertures, incluant la porte, chauffée par une maçoune, un foyer de pierres. Le type de maison le plus populaire est construit pièce sur pièce avec du bois équarri et joint en utilisant des queues d'aronde, une influence américaine. Dans un autre type de maison, les pièces de bois sont plutôt jointes par des planches cornières et un système de tenons et de mortaises. Le plancher est fait en bois équarri, parfois en rollons, c'est-à-dire en bois rond, ou même en terre battue. La toiture est couverte de bardeaux et les murs sont plus tard revêtus à clins. La cheminée peut être en pierre des champs, en torchis ou même en pierres plates, percées puis liées avec du mortier. La cheminée est d'habitude installée au milieu de la maison, mais lorsqu'elle est installée sur l'un des murs pignons, on y annexe parfois un four à pain du côté extérieur. Les maisons sont mal isolées, avec de la terre glaise, de la mousse et de la bouse de vache. Un grenier, accessible par une échelle ou parfois un poteau encoché, sert de remise pour le foin et les outils et parfois de chambre pour les garçons. Il arrive également que le premier étage soit condamné pour l'hiver, les habitants profitant de la chaleur du grenier.

Deux traits caractérisent les maisons acadiennes à partir de cette époque, le premier, est la tête de mur dans la façade, qui mesure d'un mètre à un mètre et demi de haut entre les fenêtres du rez-de-chaussée et la corniche, le deuxième, est la toiture à deux versants, souvent en pente douce.

Les principaux outils utilisés durant la construction sont le godendard – grande scie que l’on manie à deux –, l'égoïne, la hache, la hache à équarrir, le couteau à deux manches et le canif. Les clous ne sont pas utilisés, sauf parfois pour les bardeaux. Les gournables, des chevilles de chêne, sont utilisées à la place pour joindre les pièces ; même les charnières sont fabriquées en bois.

Le mobilier est strictement fonctionnel, est généralement bas et n'a aucune décoration. La plupart du temps fabriqué par l'usager, il est généralement fait de pin, pour sa maniabilité et son abondance. Des encoches sont faites sur le banc du châssis, le cadre des fenêtres, pour servir de cadran solaire. Le foyer sert à la fois pour le chauffage et la cuisine et souvent pour l'éclairage, qui peut aussi se faire au moyen de boîtes de fer-blanc ou de bols remplis d'huile de morue ou de sureau.

Les îles de la Madeleine, faisant aujourd'hui partie du Québec, ont été colonisées par vagues successives, surtout par des Acadiens entre 1755 et 1792. Comme ailleurs, les premières maisons sont précaires et construites à la hâte dans l'idée de les remplacer plus tard par des maisons plus confortables, sauf qu'elles ont servi plus longtemps que prévu et les maisons ont conservé un caractère rustique pendant un siècle. Les premières maisons sont construites pièces sur pièces en bois rond, plus tard remplacé par des madriers, calfeutrées avec de la mousse et de la terre grasse (argile). Les maisons ont les coins en queue d'aronde, mais certaines, appelées maisons à coin, ont les madriers joints avec des chevilles de bois. Plus tard, les maisons sont construites en madriers fendus en deux et installés verticalement. Ceux-ci sont embouvetés, c'est-à-dire qu'une rainure est pratiquée avec un bouvet sur toute la longueur des deux côtés du madrier et qu'une latte est installée dans l'une des rainures, permettant ainsi de joindre les madriers ensemble. Les maisons sont généralement carrées et font en moyenne six mètres de côté, mais pas plus de dix mètres. Par contre, on y ajoute souvent un appentis, une pièce construite sur le modèle de la maison mais en plus petit. L'appentis est utilisé comme cuisine, salle à manger et salle de séjour. Une échelle donne accès au grenier, où sont remisés les graines et les agrès. Un tambour à toit plat est souvent construit à l'entrée de l'appentis, servant à la fois de remise et de protection contre vent hivernal.

Environ 3000 Acadiens sont déportés en Louisiane. En quelques années, ils adoptent une partie de la culture des Créoles louisianais et deviennent le groupe le plus important puis d'autres immigrants s'assimilant à eux. Ils sont maintenant connus sous le nom de Cadiens. Certains établissent des ranchs, ou vacheries, alors que la plupart restent de petits fermiers. Ils construisent des abris temporaires, étayés par des poteaux plantés dans le sol avec un toit recouvert de feuilles de palmier. La seconde génération de maisons est généralement de type pieux debout, c'est-à-dire avec des planches de cyprès installées verticalement dans une tranchée, alors que le toit est d'inspiration française et couvert d'écorce. Le plancher est toujours constitué de terre battue.

À la création de la province du Nouveau-Brunswick en 1784, les familles acadiennes se voient octroyer le titre de leurs terres. La population augmente et de nombreux villages ainsi que le commerce se développent,. L'apparence des maisons change peu et elles restent beaucoup moins confortables que celles des Canadiens anglais. Les maisons sont toujours basses et certaines ont encore un plancher en terre battue. Même si elles comptent toujours une seule pièce, elles sont plus grandes, devant obligatoirement mesurer au moins 20 pieds par 16 pieds au Nouveau-Brunswick. La plus grande innovation du XIXe siècle réside dans les nouveaux outils et méthodes de fabrication utilisées. Des scieries sont construites, rendant l'usage de planches plus fréquent et permettant de construire plus de maisons permanentes. Vers 1840, les clous tendent à remplacer complètement les chevilles et épines de bois utilisés dans la construction. L'économie se tourne vers la pêche et l'exploitation forestière au lieu de l'agriculture. Les bâtiments de ferme sont alors améliorés pour pouvoir permettre une production plus efficace. Les chandelles de fabrication domestique commencent à être utilisées pour l'éclairage et les chandelles en suif sont introduites vers 1820. Chez les familles les plus aisées, le chauffage s'effectue au moyen d'un petit poêle carré qui s'ajoute à la maçoune, encore utilisée pour la cuisson, mais qui tend à disparaître vers 1825. Cette amélioration importante permet de construire des maisons avec plus de fenêtres et au moins une séparation, créant ainsi de nouvelles pièces. Dans le cas d'une maison barrée en deux, la pièce la plus grande est généralement occupée par la cuisine et l'autre est une chambre où dorment tous les membres de la famille. Les murs extérieurs sont revêtus de bardeaux mais quelques maisons sont encore lambrissées en clins. Les maisons possèdent un toit à pente raide, souvent couvert de chaume. Une gravure de 1817 montre plutôt des toits galbés au niveau des sablières et des hangars rectangulaires à toit en pente très douce.

Le mobilier se fait plus varié, mais reste de conception simple. Les vaisseliers font leur apparition, les chaises remplacent les bancs et certains meubles sont fabriqués spécifiquement pour les enfants. L'armoire de coin est le meuble construit avec le plus de soin et représente le désir d'avoir une maison plus confortable. Ce meuble est la plupart du temps encastré dans le mur et ses moulures s'harmonisent souvent à celles de la maison. Les fenêtres sont à guillotine et comptent généralement douze petits carreaux vitrés mesurant chacun 15 centimètres de côté. Les rideaux sont faits de journaux dont le bas est découpé pour imiter une frange, pratique qui dure jusqu'en 1930. La tapisserie est également faite de journaux.

Le Madawaska est colonisé à partir de 1785 par des Acadiens, mais aussi des Canadiens français et des Canadiens anglais. Ses habitants sont généralement appelés Brayons. Les Brayons construisent des maisons semblables à ce qu'il se fait alors dans les autres régions acadiennes, c'est-à-dire des maisons de petite dimension, comptant une seule pièce et pas plus de deux fenêtres, faites pièce sur pièce (localement appelé pièces) avec des troncs équarris et chauffées d'une seule cheminée faites de pierres liées d'un genre de mortier à base d'argile. Trois méthodes sont utilisées pour attacher les pièces de bois. La plus populaire est la technique dite en coulisse, autrement dit au moyen de tenons et de mortaises, la seconde est en tête de chien, ou demi-queue d'aronde. La troisième technique, dite « empilé et goupillé », consiste à scier les troncs aux coins de la maison et de les empiler alternativement l'une par-dessus l'autre, de percer deux trous verticaux dans les troncs et de les attacher ensemble avec de longues goupilles de bois. Seulement quelques maisons connues sont construites de cette façon. Dès leur arrivée, les colons adoptent des techniques de construction malécites, en particulier l'usage de l'écorce de bouleau pour l'isolation, et ce autant pour les maisons que pour les églises ou les scieries. Par contre, dès que leur établissement devient plus important, les Acadiens cessent de recouvrir leurs édifices de bouleau et l'influence des Malécites dans l'architecture disparaît vers 1800.

La situation économique du Madawaska étant très bonne au début du XIXe siècle, la construction des maisons s'améliore. En 1815, l'arpenteur J. Bouchette note en effet que la plupart des maisons sont bien construites et en 1831, les recenseurs américains J.G. Deane et E. Kavanagh notent que certaines maisons comptent jusqu'à deux pièces, mais rarement plus, que la plupart sont lambrissées et certaines peintes. Les maisons sont construites au bord du fleuve Saint-Jean jusqu'au milieu du XIXe siècle, où certaines sont déplacées plus en hauteur, au bord de la route. Les propriétaires en profitent alors pour agrandir leur maison ou pour leur ajouter un étage ou deux, le tout en utilisant les techniques de construction originales. Au milieu du siècle, les maisons ont typiquement un plan géorgien, soit avec deux pièces de profondeur, un couloir central, une cheminée centrale, de un à un étage et demi, rarement deux, et un toit à pignon simple. L'extérieur ressemble aux grandes maisons de la Nouvelle-Angleterre avec les arrêtes peintes en blanc ainsi que des pilastres et des corniches de style néo-grec. Les plafonds sont souvent à caissons et les moulures intérieures rappellent souvent le style extérieur de la maison. Les familles les plus aisées recouvrent souvent leur maison de planches debout à l'extérieur et parfois aussi à l'intérieur, permettant une meilleure isolation.

Vers 1790, après avoir expérimenté différents types de maisons faites de torchis, les Cadiens adoptent trois styles de maisons différentes. Le premier, la maison créole acadienne, est populaire dans la région de la Nouvelle-Orléans et de l'embouchure du fleuve Mississippi ; selon Milton B. Newton, ce style serait la réplique d'habitations françaises aux Caraïbes. Celle-ci possède généralement deux salles de séjour. Une cheminée centrale faite de glaise et de bois s'ouvre sur les deux pièces. La plupart du temps, chacune des pièces dispose de sa propre porte extérieure et deux ou trois chambrettes s'alignent dans le fond de la maison. Ces chambrettes peuvent servir de bureau, d'entrepôt, de logement des domestiques ou de chambre pour la famille, en particulier pour les enfants. Un type de maison plus rare n'a qu'une seule pièce, avec la cheminée appuyée à l'un des pignons. Un troisième type de maison, plus fréquent, est la maison acadienne proprement dite. Toujours selon Milton B. Newton, la maison acadienne louisianaise est semblable à la maison créole acadienne, excepté qu'elle n'a pas de porche et que la garçonnière est accessible par un escalier intérieur. Une maison acadienne bourgeoise typique est celle du Acadian House Museum à Saint-Martinville. Elle garde le plan général tout en ayant un étage de plus. Si les résidents ont besoin de plus d'espace, une annexe d'une ou deux pièces est alors construite à l'arrière ou sur l'un des côtés. Cet ajout prend la forme soit d'un appentis constitué par la prolongation du toit arrière de la maison et le toit est alors galbé au-dessus de la rallonge tout en conservant une pente droite sur le côté opposé, soit celle que représente le corps principal de la maison. Une véranda courant sur toute la façade est pratiquée dans le corps même du logis. Les bardeaux de cèdre utilisés pour la toiture sont imprégnés de brai. Comme en France, les portes d'entrée n'ont pas de seuil, le plancher dépassant à l'extérieur pour constituer celui du perron. La garçonnière, ou grenier, est accessible par un escalier extérieur installé sous la véranda. La façade de la maison est recouverte de planches verticales blanchies tandis que les autres murs sont lambrissés à clins, mais non peints.

Au moins trois différences existent entre les maisons créoles et cadiennes, symbolique des tensions entre ces nouveaux arrivants et l'aristocratie en place. Une des raisons pour l'adoption du toit à pignons, moins populaire parmi les Créoles, est presque certainement le fait que presque toutes les maisons en Acadie avaient des toits à pignons. Ainsi, pour les émigrés, le toit à pignon représente et perpétue une partie de l'héritage perdu. En Acadie, le grenier était employé comme chambre pour les garçons et cette pratique continue en Louisiane, alors que les Créoles ne vivent pas dans le grenier, considéré comme trop chaud. En fait, il n'y a souvent pas d'escalier menant au grenier. Pour aménager le grenier en pièce habitable, les Cadiens aménagent de larges fenêtres dans chaque pignon, qui peuvent être ouvertes durant les chaudes nuits d'été. Il conservent l'usage d'un toit à forte pente pour donner plus d'espace. Les cheminées de torchis sont remplacées par des cheminées de briques dès que ce matériau devient disponible commercialement au milieu du XIXe siècle.

Au début du XIXe siècle, la maison d'une pièce ou deux avec galerie sur la façade et un toit à pignon est devenu le standard chez les Cadiens. Ces maisons sont construites à la main. Des poteaux de bois équarris sont montés sur des solives massives en cyprès. La toiture est soutenue par une charpente simple, comparativement à celle complexe d'origine normande utilisée par les Créoles. La maison est séparée du sol humide par des blocs de cyprès de deux pieds de haut, plus tard remplacés par des piliers de brique.

Avec l'accroissement du niveau de vie au XIXe siècle, les maisons sont agrandies et décorées dans le style néogrec ou Second Empire. Souvent, l'ancienne maison devint tout simplement une dépendance en arrière de la nouvelle construction installée en avant. Après la Guerre de Sécession, de nouvelles maisons sont construites en planches de cyprès, souvent récupérées des déchets des scieries. Un style de décoration populaire entre les années 1880 et 1930 est la fausse galerie, consistant en un toit dépassant de la façade et étayé par des consoles. Un autre élément caractéristique est la façade munie de plusieurs portes, permettant de mieux aérer la maison durant l'été.

Après la Déportation, quelques Acadiens se sont établis de façon permanente en France. En 1773, à Archigny et La Puye, le marquis Louis-Nicolas de Pérusse des Cars leur offre des terres. En tout, 58 fermes sont construites au bord de longues routes droites et larges. Construites selon le même plan rationnel, où l'habitation et les dépendances sont reliées ensemble dans le même long édifice, elles possèdent tout de même quelques différences d'organisation. Il existe deux sortes de maisons, l'une à une pièce mesurant 22 mètres de long et l'autre à deux pièces longues de 28 mètres. Elle compte une cheminée et est prévue pour une famille de 10 personnes. À cause de la pénurie de pierres dans le sol, Pérusse des Cars eut l'idée d'utiliser la terre caractéristique du plateau d'Archigny-La Puye, appelé le bornais. Extraite sur place, elle est tassée entre deux coffrages et mélangée avec de l'eau et des brins de brande pour former un mur de pisé ou bousillis. Plusieurs maisons furent rénovées ou agrandies au milieu du XIXe siècle et 38 existent toujours.

La renaissance acadienne s'étale entre 1840 et 1880 et est marquée par l'ouverture du Collège Saint-Joseph, l'élection d'Amand Landry et la fondation du journal Le Moniteur acadien.

À partir de cette époque, la méthode de construction et l'apparence des maisons ne sont plus dictées par la disponibilité des matériaux et des outils, mais par le style de vie du propriétaire. Les maisons deviennent plus spacieuses et les constructions pièces sur pièces disparaissent, à part dans certains villages isolés. La méthode de construction la plus populaire est l'ossature de bois, recouverte de planches et ayant en général une fondation de pierres. Ce type de construction permet d'avoir des maisons encore plus grandes et chaque pièce est maintenant construite pour un usage précis. En particulier, vers 1860, la grande cuisine est séparée en deux, formant une cuisine en arrière de la maison et un petit salon qui donne sur l'entrée principale, cette nouvelle pièce étant empruntée des Canadiens anglais. Les murs intérieurs sont de plus en plus enduits de plâtre pour les rendre plus beaux et pour en faciliter l'entretien. Plusieurs types de portes sont maintenant utilisés. Dès lors, la porte de la cuisine est la plupart du temps placée vis-à-vis la porte d'entrée. L'escalier, en général situé dans la cuisine, devient plus élaboré. Les escaliers restent caractérisés par deux premières marches, qui mènent à un palier, où une porte ferme l'accès au reste des marches. La trappe menant à la cave est toujours située dans la cuisine, près de l'escalier. Vers 1850, le poêle carré est remplacé par le poêle à deux ponts, dit poêle français, ou par le poêle Star, plus dispendieux. Ils servent à la fois pour la cuisson et le chauffage. La plupart des maisons en comptent deux, l'un dans la cuisine et l'autre à l'étage. Certaines maisons commencent alors à être éclairées par des lampes à paraffine.

Les maisons acadiennes sont à la fois différentes des maisons américaines, mais semblables aux maisons anglaises des Maritimes, malgré qu'il y ait quelques différences mineures au niveau de la charpente. Cela pourrait être dû à une adaptation des techniques de construction anglaises, mais cette explication semble peu probable à cause de l'isolement de nombreux villages vers la fin du XVIIIe siècle. Par ailleurs, les Acadiens étaient considérés comme d'excellents charpentiers et auraient formé une main-d'œuvre bon marché dans la construction des maisons anglophones. Quoi qu'il en soit, les Acadiens au XIXe siècle considèrent l'architecture canadienne-anglaise ou américaine comme un signe extérieur de prospérité et adoptent les décorations propres à celles-ci, mais de façon plus modeste. Les maisons existantes sont allongées et on y ajoute des galeries. Dans la première moitié du siècle, plusieurs maisons de style néogrec sont construites. Elles sont généralement très simples, ne sont pas aussi décorées qu'aux États-Unis, mais en conservent le plan d'ensemble. Quelques rares exemples plus complets existent, tels que l'ancien presbytère de Baie-Egmont. Dans la seconde moitié du siècle, l'aspect néogrec de certaines maisons est complété par l'ajout d'un lambris à planches à clins, de pilastres et de corniches, alors que les fenêtres à petits carreaux sont remplacées par des fenêtres à quatre carreaux. D'autres maisons sont quant à elles rénovées dans un style néogothique, revêtues de planches en clins et ayant des cadres et des planches cornières plus décoratives. L'élément fondamental de ce style est la lucarne, consistant souvent en une continuation du mur de façade, qui est traditionnellement sur le côté long de la maison. La lucarne est d'habitude vis-à-vis l'entrée principale, mais les constructions plus élaborées en ont souvent deux, installées de chaque côté de la porte. De nouveaux meubles sont introduits, les sofas sont rembourrés et les murs sont décorés de portraits.

Malgré l'amélioration de la qualité de vie, l'économie d'espace est de mise. Par exemple, une armoire est aménagée en dessous de l'escalier et le grenier, maintenant plus grand, devient une pièce habitable.

La dernière maison de style acadien en Louisiane est construite en 1911. Les Cadiens construisent dès lors des bungalows de brique sur fondations de béton, ou souvent des maisons mobiles, semblables aux maisons des autres américains.

Selon Pascal Poirier, les maisons des provinces maritimes de la fin du XIXe siècle sont construites avec un toit à pente douce. Les petites maisons à une seule pièce et à toit aigu tendent à disparaître durant les années 1920, subsistant dans seulement quelques villages pauvres. Elles consistaient en la dernière trace d'influence française dans l'architecture. L'architecture traditionnelle ne disparaît pas pour autant, par exemple avec l'utilisation continue de bardeaux de cèdre et de galeries, mais les maisons sont maintenant fortement influencées par les styles à la mode aux États-Unis et sont marquées par leur éclectisme. Une décoration fréquente à l'époque est les corbeaux installés sous la corniche. Des maisons de style colonial américain sont construites vers la fin du siècle, caractérisées par leur toit en croupe, leur grande superficie, leur fenestration symétrique et leur plan carré à deux étages. La maison du docteur Bourgeois, construite par l'architecte acadien René-Arthur Fréchette à Tracadie-Sheila en 1938, avec le style Foursquare, populaire durant la première moitié du XXe siècle, en particulier dans cette ville. Au tournant du XXe siècle, deux éléments fréquents sont le plan en « L » et le toit en pente raide à une lucarne. Le style Queen Anne est le plus populaire chez les familles aisées à l'époque. La maison qu'Olivier-Maximin Melanson fait construire à Shédiac en 1898 en est caractéristique par son toit tronqué, sa véranda sur deux côtés, sa tour octogonale et ses baies en saillie. Le style néogothique reste par contre le plus populaire jusqu'au début du XXe siècle. Le Château d'Acadie, construit en 1939 à Tracadie-Sheila, est un exemple unique de style Château, avec sa forme irrégulière, ses murs de pierres, son toit en croupe avec le pignon croisé fortement incliné et ses lucarnes qui traversent la ligne du toit. Avec l'usage important de l'automobile dans la plupart des communautés à partir des années 1940, la porte principale devient rarement utilisée, parfois même purement décorative.

La Confédération canadienne nuit à la condition économique des Acadiens des provinces maritimes. Pour en contrer les effets et libérer la population du joug des compagnies de pêche, le clergé fonde de nouveaux villages agricoles à partir de 1875. Le même type d'architecture utilisée 100 ans plus tôt est repris. Pour contrer les effets de la Grande Dépression, des villages tels qu'Allardville sont fondés, où les colons se déplacent à pied avec leurs outils et construisirent en premier lieu un abri de branches, avant de construire des maisons simples faites en planches.

Après la déportation, les messes se donnent dans des maisons. La première paroisse catholique de la « nouvelle Acadie » est fondée en 1781 à Memramcook et les premières chapelles puis églises apparaissent à la même époque. L'une des premières grandes églises est Saint-Henri de Barachois, actuellement la plus ancienne église en bois du Nouveau-Brunswick. Construite en 1824, elle affiche un mélange de styles gothique, néogothique, néorenaissance et d’éléments classiques, caractéristiques de l'architecture des églises à venir.

Avec l'accroissement de la population, les églises commencent à être agrandies ou reconstruites et à se différencier des autres bâtiments, s'inspirant de différents styles, mais puisant leur inspiration dans l'architecture religieuse européenne. Quelques églises ont des éléments néoclassiques, comme celle d’Arichat ou l'église Sainte-Marie de Pointe-de-l’Église. D’autres sont de style byzantin, comme celle de Saint-Ambroise de Yarmouth, bâtie en 1890, et l'église de l'Immaculée-Conception de Pobomcoup-Est, construite en 1877 et agrandie en 1910. On rencontre aussi des églises de style roman, telle Saint-Michel de Wedgeport, construite en 1867 et agrandie en 1913, ou encore de style néogothique, comme l’église Sainte-Agnès de Quinan, érigée en 1885. Plusieurs églises baroques se caractérisent par leur éclectisme, comme c’est le cas pour l’église Saint-Pierre de Chéticamp et surtout l'église de Saint-Isidore, qui affichent un style baroque à l'intérieur et d'autres styles à l'extérieur. Certaines églises comme Saint-Pierre de Pobomcoup-Ouest et l'église Sainte-Cécile sur l’île de Lamèque affichent plusieurs styles à l'intérieur. Le style bellotiste, qui fut le style dominant des années 1940 à 1960 au Québec, inspira quelques églises acadiennes, dont l'église Saint-Jean-Baptiste de Bouctouche est l'un des meilleurs exemples au pays.

En 1840, après quelques années de crise, les habitants de Memramcook et de Saint-Anselme font construire de nouvelles églises, gigantesques pour l'époque. À son inauguration en 1855, l'église Saint-Thomas de Memramcook attire une foule de 50 000 personnes. Inspirés par cette ferveur, les Micmacs de Beaumont construisent la chapelle Saint-Anne. Plusieurs églises acadiennes se démarquent également des autres lieux de culte par leurs dimensions. L'église Sainte-Marie de Pointe-de-l'Église serait la plus grande église de bois d'Amérique du Nord, Saint-Pierre-de-la-Vernière, aux Îles-de-la-Madeleine, est la plus grande du Québec et Saint-Simon, dans le village du même nom, la plus grande du Nouveau-Brunswick.

La pauvreté de plusieurs communautés poussa les habitants à développer des techniques ingénieuses. Ainsi, la première église de Saint-Antoine était ornée des mouchoirs de soie des villageoises, et les anciennes églises de Barachois et de Cap-Pelé avaient des bouteilles de vitre au col cassé installées dans les murs pour en améliorer la sonorité. La chapelle de Richibouctou-Village est devenue la sacristie de la nouvelle église, alors que la chapelle de Néguac fut séparée en deux en 1846, la façade devenant la sacristie de la nouvelle église et la partie restante transformée en résidence. L'église Notre-Dame-de-l'Assomption, à Pré-d'en-Haut, fut construite en 1935 dans un style relativement simple, les murs intérieurs étant finis en carton pressé et les bancs provenant de l'église Saint-Thomas de Memramcook.

Intérieur de l'église Sainte-Cécile, construite en 1813 mais dont la décoration plus récente lui a valu le surnom d'« église bonbon ».

La chapelle Sainte-Anne-du-Bocage de Caraquet (1818).

L'église Saint-Anselme de Dieppe (1840).

L'église Saint-Thomas de Memramcook (1840-1855).

La chapelle Sainte-Anne de Beaumont (1842).

L'église Saint-Augustin de Paquetville.

La cathédrale du Sacré-Cœur de Bathurst, construite en (1886).

L'église Saint-Simon et Saint-Jude de Grande-Anse (1940).

Le XIXe siècle voit l'industrialisation de la pêche. Le Banc de pêche de Paspébiac et les installations de la compagnie Robin à Caraquet sont les principaux exemples. Ils comptent de nombreux édifices dont certains sont de style acadien, en bois et au lambris peint en blanc et rouge.

L'ouverture de nombreuses lignes de chemin de fer dans la seconde moitié du XIXe siècle a un impact considérable sur les communautés desservies alors que les centres-villes se développent ou apparaissent près des gares. Auparavant, les Acadiens étaient peu présents dans le commerce, sauf parfois en région rurale. Fidèle Poirier ouvre le premier commerce acadien en milieu urbain à Shédiac en 1903. Cet édifice a la particularité d'avoir un toit plat et d'être construit en briques, matériau introduit dans la ville en 1887 par sa sœur Ombéline, l'une des premières femmes d'affaires acadiennes.

Le chemin de fer Intercolonial, puis le Canadien National, conçoit ses gares dans ses bureaux de Moncton, travail auquel participent certains architectes acadiens, dont Albert Sincennes. Au Nouveau-Brunswick, c'est dans les petites gares que se remarque le plus le style Arts & Crafts; la gare de Shédiac, construite en 1906, en est un exemple type. C'est un édifice en pierres taillées caractérisé par sa volumétrie simple, avec un toit en croupe dont les avant-toits débordent sur chaque côté et sont soutenus par des consoles décoratives en bois.

Peu d'hôtels existent à l'époque, certains auteurs considérant même le terme hôtel inapproprié car ceux-ci étaient d'habitude des maisons transformées en auberge, permettant au propriétaire d'avoir un revenu d'appoint. Selon un guide touristique de 1893, l'Acadie est même un endroit difficile à visiter à cause du faible nombre d'hôtels et de leur qualité souvent médiocre. La situation change à partir de 1886 par la construction du chemin de fer Intercolonial et de lignes secondaires. À part des grandes villes comme Bathurst et Moncton, Caraquet est possiblement l'endroit le plus marqué, où le nombre d'établissements explose jusqu'aux années 1920. Après l'hôtel Rive, l'hôtel Seagull et l'hôtel Paulin, la construction d'hôtels atteint son apogée avec le Château Albert, considéré comme un des chefs-d'œuvre de Nazaire Dugas. Un des établissements les plus luxueux reste l'hôtel Doiron de Bas-Caraquet, détruit dans un incendie en 1961.

Les bâtiments des fermes acadiennes sont variés dans leurs styles, non seulement à cause de la situation géographique et des dimensions de la ferme, mais aussi à cause des préférences et des aptitudes des agriculteurs. Les granges du Madawaska sont semblables à celles des fermiers anglophones de la Nouvelle-Angleterre, avec la porte principale située sur le côté et l'intérieur divisé en trois sections. Par contre, les fermiers acadiens ajoutent souvent des étables distinctives tout le long côté arrière et des cabanes au toit en croupe sur le mur pignon. Malgré la vente d'outils et de machines agricoles de fabrication industrielle à partir du XIXe siècle, cette situation change peu, sauf au Madawaska, où la construction du chemin de fer et le développement de l'industrie de la pomme de terre poussent à allonger les granges existantes et à construire des granges doubles, ces dernières sont probablement d'inspiration québécoise. Elles sont composées de deux structures parallèles ayant un toit à pignon ou un toit mansardé et relié par un toit à deux pentes.

Malgré le développement de nouveaux matériaux usinés, le bois reste le matériau de prédilection. Un rapport datant de 1886 indique que les essences suivantes sont utilisées par les Acadiens dans la charpente des maisons: le pin, le chêne, le prusse, le frêne, le châtaignier et le bouleau.

Les commerces ayant une façade avec parapet de style boomtown sont populaires durant la première moitié du XXe siècle, surtout dans les régions rurales.

La beurrerie de Bouctouche en 1900.

La Boîte-Théâtre, le seul vestige de la compagnie Robin à Caraquet.

Exemple élaboré de parapet à Caraquet.

Le Château Albert, au VHA.

Imprimerie du journal Le Moniteur acadien, au VHA.

Le moulin Riordon, au VHA.

Vers les années 1960, la société acadienne est transformée en profondeur. La plupart des villages pauvres voient apparaître des maisons plus grandes, alors que les anciennes maisons à une ou deux pièces sont agrandies ou deviennent des remises. On ne voit plus de toilettes extérieures, les derniers villages reçoivent également l'électricité et la plupart des cheminées disparaissent ainsi avec l'arrivée du chauffage électrique. Les fenêtres à quatre carreaux sont remplacées par des fenêtres usinées en aluminium, alors que les bardeaux et planches de bois sont recouverts de plastique ou de métal.

Cette époque est caractérisée par une architecture moderne. La Place de l'Acadie de Caraquet, construite en 1978 pour abriter les bureaux des Caisses populaires acadiennes, contraste avec son environnement rural par ses grandes lignes horizontales, ses murs de briques brunes et ses verrières. De nombreuses villes et villages sont constitués en municipalité à cette époque, dont les nouveaux hôtels de ville, écoles régionales, hôpitaux et autres édifices publics en sont caractéristiques.

La construction de gratte-ciel à partir des années 1960 à Moncton est un cas d'exception. Les Acadiens y représentent seulement le tiers de la population, mais trois des quatre plus hauts édifices habités abritent des institutions acadiennes. L'Université de Moncton ouvrit ses portes en 1963, comptant entre autres la Résidence Lafrance, haute de 11 étages. Un autre est la Place l'Assomption Vie, construite en 1972, qui est le plus haut édifice de la ville avec ses 81 mètres pour 20 étages. Ceux-ci viennent s'ajouter à la cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption, le quatrième plus haut édifice de la ville avec ses 75 mètres, construite en 1955.

À la suite du Concile Vatican II, de nombreuses églises sont transformées, dans certains cas défigurées. Une exception notoire est l'église Sainte-Anne-de-Kent, conçue dans le style néogothique par Léon Léger en 1886. Elle était surnommée la « chapelle Sixtine du Nouveau-Brunswick » à cause de ses nombreuses œuvres d'art, dont 48 fresques iconographiques d'Édouard Gautreau, un lustre de Murano et des sculptures de Léon Léger. Sa destruction dans un incendie en 2005 fut considérée comme l'une des principales pertes d'œuvre d'art de l'Acadie du Nouveau-Brunswick. L'église fut reconstruite en 2007 dans un style plus moderne, mais incorporant certaines œuvres ayant survécu, un nouvel autel ainsi que des vieux tableaux et bancs provenant d'autres églises. D'autres lieux de culte, tel que l'église Saint-Pierre-aux-Liens de Caraquet, voient des œuvres être réinstallées plus tard. La construction d'églises se poursuit pourtant, elles aussi caractérisées par leur style moderne, dont les principaux exemples sont à Saint-Léonard, ainsi qu'à Lakeburn et à Saint-Louis-de-Kent.

La culture matérielle acadienne, incluant son architecture, est une source importante sur l'histoire de l'Acadie. L'étude de l'architecture datant d'avant la déportation se base surtout sur des documents d'époque à cause de l'absence de maisons intactes,. Ces documents contiennent des descriptions vagues et incomplètes ainsi que quelques dessins d'une échelle trop petite. Par ailleurs, les auteurs de l'époque s'intéressaient surtout à la politique et non à la vie quotidienne et à la culture des Acadiens. Par contre, les fouilles archéologiques effectuées à partir des années 1960 apportent un éclairage nouveau sur le sujet. Les deux principaux sites sont l'établissement Melanson et l'établissement Bellisle, tous deux en Nouvelle-Écosse. Des fouilles sont actuellement en cours au site historique national de Grand-Pré, dans le but de retrouver les ruines de l'église Saint-Charles-des-Mines afin d'en savoir plus sur la déportation et aussi sur l'architecture de l'époque,.

En 1969, Anselme Chiasson publie un premier article intitulé Les vieilles maisons acadiennes. L'intérêt suscité par le projet du Village historique acadien et le nombre croissant de recherches sur l'architecture québécoise pousse par la suite les Acadiens à réaliser la valeur historique de l'architecture. La première étude importante, intitulée Social and Architectural Aspects of Acadians in New Brunswick, est réalisée en 1971 par J. Rodolphe Bourque pour le compte de l'Administration des ressources historiques du Nouveau-Brunswick (ARH). Cette recherche est poursuivie pour l'élaboration du Village historique acadien par les architectes Ross Anderson (employé de Parcs Canada) et Jacques Boucher (ayant son cabinet à Bathurst), par Jean Pelletier, du Musée du Madawaska, ainsi que par une équipe d'historiens. Le groupe de recherche À la découverte de l'habitation acadienne, du Centre d'études acadiennes (CEA), travaille sur le sujet à partir de 1976 et publie deux cahiers. En 1979, Jean-Claude Dupont publie dans Histoire populaire de l'Acadie une analyse intitulée Habitation rurale, où il décrit l'architecture par rapport à son environnement et au folklore. Clarence LeBreton est le pionnier des études sur le terrain au Village Historique Acadien.

La recherche sur l'architecture acadienne reste peu développée et se concentre surtout sur l'architecture domestique. Le CEA avait annoncé une étude exhaustive en 1976, mais le projet fut annulé en 1978, faute de moyens.

Aux États-Unis, la French Heritage Society aide à financer la conservation de l'héritage architectural français depuis 1982, incluant celui des Cadiens.

Le Village Historique Acadien de Rivière-du-Nord, au Nouveau-Brunswick, ouvrit ses portes en 1976. En constante expansion, il recrée la vie quotidienne en Acadie de 1770 à 1939 au moyen de 38 édifices historiques et de 9 reproductions. Le Village acadien de Van Buren, au Maine, a ouvert ses portes en 1976. Il comprend entre autres une gare, une église, une forge, une école et un magasin général. En Louisiane, on retrouve Vermillonville et l'Acadian Village, près de Lafayette, ainsi que le Village historique acadien, à Saint-Martinville. Le Village de l'Acadie, situé à Mont-Carmel, à Île-du-Prince-Édouard, est un complexe récréotouristique installé dans une reproduction d'un village acadien. Le Village Historique Acadien de Pobomcoup, en Nouvelle-Écosse, a ouvert ses portes en 1999. Il recrée la société de 1653 à nos jours et comprend quelques maisons, une forge et une usine de transformation du poisson. On prévoit y reconstruire le château seigneurial de Philippe Mius d'Entremont.

Un projet de village historique à Grand-Pré n'a pas porté fruit.

La tendance de ces dernières années est plutôt de remettre en valeur l'architecture traditionnelle. L'une des pionnières en cette matière est la ville de Caraquet. La municipalité a mis sur pied un comité de sauvegarde du patrimoine, instauré une liste d'édifices patrimoniaux protégés et publié un guide de sauvegarde. Des dizaines de maisons et de commerces ont ainsi été restaurés et de nouveaux bâtiments sont construits en respectant l'architecture traditionnelle, en particulier tous les édifices récents du port de Caraquet.

À partir des années 1980, la plupart des villes des provinces Maritimes bénéficient de projets de renouvellement urbain, caractérisés par de grands édifices à bureaux abritant un établissement public important, d'habitude une bibliothèque. Un bon exemple est le Centre Croix-Bleue de Moncton. Avec ses huit étages, le complexe est centré sur la rue et la circulation piétonne. Son parement de briques polychromes et de pierre reflète l'architecture traditionnelle de la ville et sa galerie rappelle les grandes gares de l'ère victorienne.

La remise en valeur du patrimoine ferroviaire est très récente dans les régions acadiennes. La gare de Saint-Quentin, détruite en 1987, fut reconstruite en 2004 et abrite maintenant un centre d'information touristique. Une nouvelle gare est en construction à Petit-Rocher en 2008, reprenant les plans de l'ancienne résidence du chef de gare datant des années 1940. Le Village Historique Acadien du Nouveau-Brunswick comprendra bientôt une réplique d'une gare.

La culture cadienne, incluant son architecture, est remise en valeur depuis les années 1970. Depuis les années 1990, de nombreuses nouvelles maisons sont construites dans le style traditionnel cadien.

Près de Bouctouche, l'écocentre de la dune de Bouctouche a été construit entre 1996 et 1997 selon les plans d'Élide Albert. Une promenade de bois sur pilotis longue de 1,8 km circule le long des différents écosystèmes de la dune. À l'entrée, un centre d'accueil composé d'une tour d'observation et de petits édifices à pièce unique munis de systèmes d'égouts écologiques. D'inspiration acadienne, l'édifice s'approche par contre plus de lieux semblables en Nouvelle-Angleterre avec ses toits pyramidaux.

Toujours à Bouctouche, le Pays de la Sagouine a été construit entre 1991 et 1999 selon les plans d'Élide Albert et de Dianne Van Dommelen. Ce parc a la particularité de recréer un village acadien fictif, provenant de l'œuvre d'Antonine Maillet La Sagouine. Le village est entièrement construit sur pilotis pour ne pas endommager les marais, alors que les bâtiments et routes ont été construits sur des traces laissées par d'anciens édifices. Les formes simples des édifices et leur charpentes de bois, les murs extérieurs lambrissés de planches ou de bardeaux et les fenêtres à meneaux s'inspirent de l'architecture rurale du Nouveau-Brunswick.

Quelques bâtiments sont propres aux régions acadiennes.

Le camp à façade abritée, aussi appelé casque à palette et comparable au chalet suisse, était autrefois très répandu. La façade de ce type d'édifice s'ouvre dans un mur à pignon. La véranda résulte alors du prolongement des fermes sur les sablières. Ce type de construction servait surtout à entreposer le blé d'Inde en Louisiane, d'abris pour les animaux à Saint-Théophile ainsi que de camps de bûcherons au Nouveau-Brunswick et dans la Matapédia et à Bonaventure.

La baraque à foin consiste en une construction carrée mesurant de 4 à 4,5 mètres de largeur servant à entreposer le foin. Elle est construite avec quatre poteaux hauts de 5 mètres soutenant un toit pyramidal. L'extrémité de chaque poteau est munie d'une poulie actionnée par des câbles, permettant de monter le toit à volonté selon la quantité de foin à conserver. Les murs pouvaient être lambrissés pour empêcher les animaux de manger le foin. Il s'en trouvait à Chéticamp, aux Îles de la Madeleine, à l'Île-du-Prince-Édouard jusqu'au début du XXe siècle, mais elles subsistent seulement aux Îles de la Madeleine et chez les anglophones de Terre-Neuve. L'origine de la baraque à foin est inconnue et il en aurait existé en Pennsylvanie, mais elles étaient plus grandes et probablement au toit fixe. Il y en aurait aussi en Roumanie.

Quelques hangars à toit vert subsistent à Terre-Neuve. Ce sont des édifices peu élevés, construits en colombage à bois longs dont les poteaux sont éloignés que d'une quarantaine de centimètres. La toiture est soutenue par des chevrons aussi rapprochés, reposant solidement sur des fermes. La toiture est recouverte de couennes herbées, des mottes de terre recouvertes d'herbe.

L'habitation en suite ou habitation continue se trouve surtout dans la région Chaleur, dans les Caps ou à la Baie-Sainte-Marie. Dans ce type de construction, la maison est reliée à toutes les dépendances, que ce soit au hangar, à l'étable, ou autres, et cela sans égard au style architectural.

La boucanière est un petit édifice fait de planches de cèdre ou d'épinette servant à la préparation du hareng boucané, ou fumé. Son utilisation est complexe, car le feu doit faire beaucoup de fumée et peu de flammes, sans endommager la structure. Vers les années 1910, les boucanières commerciales modernes firent leur apparition dans la région de Cap-Pelé, basées sur les techniques apprises des boucaneurs de Grand Manan, par contre, certaines installations artisanales existent toujours, surtout à Anse-Bleue.

La mer est un élément important de la culture acadienne. Les formes rappelant des phares se retrouvent dans plusieurs édifices et dépendances, tels des abris de puits, les cabanes à oiseaux, les kiosques de jardin et autrefois des latrines. Le clocher de l'église de Kouchibouguac a ainsi la forme d'un phare. Ces dernières années, le phare est également devenu un symbole du tourisme en Acadie. À Caraquet, un phare a été construit au parc Foley et non loin de là, deux édifices du port incorporent des phares dans leur architecture.

Au XVIIIe siècle, des familles établirent leurs maisons de toutes saisons plus loin dans les terres et plusieurs construisirent alors des cabanes de pêche au bord de la mer. Ce mode de vie dura jusqu'au début du XXe siècle et s'observait surtout au Québec entre Natashquan et Blanc-Sablon et dans le nord du Nouveau-Brunswick, où le village de Maisonnette serait nommé ainsi pour cette raison. Les endroits venteux étaient en fait le plus souvent évités pour la fondation d'un village, et les maisons étaient d'habitude protégées sur un côté.

À Chéticamp et aux Îles de la Madeleine, les vents peuvent être très forts et le demi-comble est préféré au plein comble ou au comble trois-quarts. Dû au suète, un redoutable vent du sud-est, les Chéticantins adaptèrent l'architecture en renforçant le côté exposé de la maison avec des pierres, avec une toiture plus basse que le côté opposé et un larmier très court pour ne pas être arraché. Souvent, les charpentes de maisons et de granges sont renforcées de guettes du côté de la mer.

Dans les régions côtières, les vieux filets de pêche servent parfois de clôture. Des brise-vent, des clôtures faites de pieux d'environ 3,6 mètres de haut servant à protéger les maisons et parfois les champs des vents du large. Aux Îles de la Madeleine, les clôtures étaient plutôt faites d'arrachis, c'est-à-dire de branches entremêlées.

Les naufrages de bateaux chargés de bois étaient fréquents et l'utilisation du matériau récupéré était importante dans la construction, principalement du XVIIIe siècle au XIXe siècle et surtout aux Îles de la Madeleine, où la forêt a rapidement disparue. L'église de L'Étang-du-Nord aurait été bâtie avec du bois d'un navire anglais naufragé.

Les maisons étaient rarement peintes à l'origine et si elles l'étaient, c'était d'habitude en rouge. Plus tard, les établissements acadiens sont souvent devenus distinctifs par leurs bateaux et maisons peintes de couleurs vives. Les pêcheurs utilisaient en effet le restant de peinture de leurs bateaux pour peindre leurs maisons.

Malgré que le Madawaska soit éloigné de la mer, certains éléments maritimes peuvent être discernés dans son architecture. Les coudes sont des pièces de bois installées dans le grenier pour en solidifier la structure. Certaines maisons avaient aussi des échelles de bateaux au lieu d'escaliers.

Cabanes de pêcheurs à Natashquan.

Une maison à façade abritée de Caraquet ressemblant à un phare.

Une maison d'Anse-Bleue décorée avec un thème maritime.

L'église de L'Étang-du-Nord, qui aurait été construite en bois de naufrage.

Certaines communautés acadiennes éloignées de la mer ont développé des aspects de leur culture différents liés à l'exploitation agricole et forestière. C'est le cas des Brayons du Madawaska. Leur économie traditionnelle est basée sur la culture du lin, qui servait entre autres à calfater les murs, et à l'exploitation forestière, dont la sciure rejetée des scieries avait aussi le même usage. La mousse avait aussi la même utilité. L'écorce de bouleau servait à enchausser les murs extérieurs, une technique empruntée des Malécites.

Durant tout le XIXe siècle, les bâtiments sont de conception simple, alors que certains édifices plus élaborés sont confiés à des architectes canadiens-anglais ou québécois. Parmi ceux-ci, notons David Ouelette, concepteur de l'église de Chéticamp, l'un des meilleurs exemples d'architecture québécoise en Acadie, Thomas Raymond, avec l'église Saint-Isidore et Edgard Courchesnes, avec l'église Saint-Jean-Baptiste de Bouctouche.

L'acadien Eucher Duguay fut un entrepreneur important dans la péninsule acadienne à la fin du XIXe siècle, ayant entre autres réalisé l'église Sainte-Rose-de-Lima.

Le premier architecte acadien fut Léon Léger (1848-1918), originaire de Barachois. Il étudia différentes formes d'art au Collège Saint-Joseph et à Boston mais se concentra sur l'ornementation architecturale. Très peu de ses réalisations existent toujours, mais on lui doit l'une des plus grandes réalisations du XIXe siècle au Nouveau-Brunswick, la chapelle Sacré-Cœur du Couvent de l'Immaculée-Conception à Bouctouche.

Contrairement à Léon Léger, les frères Nazaire Dugas (1864-1942) et Henri Dugas, originaires de Caraquet, furent les premiers à faire des études supérieures en architecture, à Montréal. Henri se concentra plutôt sur la construction et la fabrication de matériaux, tandis que Nazaire fut l'auteur de nombreux édifices dans la péninsule acadienne, dont les plus connus sont l'église Saint-Paul de Bas-Caraquet, l'église Saint-Joachim de Bertrand et le Château Albert de Caraquet.

Un autre architecte notoire de cette époque fut Anselme Roy (1895-1978), connu sous le nom de Samuel Roy et originaire de Sainte-Marie-de-Kent. Ce dernier conçut entre autres l'ancienne église Saint-Jean-Baptiste de Bouctouche et le manoir de Kenneth Colin Irving. Son œuvre la plus connue reste les premières stations-service d'Irving Oil, durant les années 1920. On y retrouve des éléments des styles néogothiques, Tudor Revival et Queen Anne, l'architecte ayant voulu créer un nouveau style pour un tout nouveau type de commerce.

Au XXe siècle, notons René-Arthur Fréchette, de Moncton, qui dessina l'église-souvenir de Grand-Pré et de nombreuses églises du Nouveau-Brunswick, dont celles de Saint-Antoine, de Scoudouc et de Tracadie. Ernest Cormier (1885-1980), né à Montréal et diplômé de l'École polytechnique de Montréal puis de l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris est l'auteur de l'édifice de la Cour suprême du Canada et de l'Université de Montréal. Il est considéré comme l'un des plus grands architectes montréalais. Pierre Gallant, né en 1949 à Moncton et diplômé du Nova Scotia Technical College, est l'auteur de plusieurs édifices importants de la ville, tels que la Banque Nationale et le Marché des fermiers et a participé à la conception de la nouvelle aérogare. Élide Albert, né en 1939 à Caraquet et diplômé du Collège Saint-Joseph et de l'Université de Montréal, est entre autres l'auteur de l'écoparc de la dune de Bouctouche et a contribué à la conception du Pays de la Sagouine.

Les premiers cabinets d'architectes acadiens ouvrent leurs portes en 1954 à Moncton (Leblanc et Gaudet) et à Edmundston (Bélanger et Roy). Dans les années 1960, ils font preuve d'une certaine autonomie créatrice, parallèlement à l'œuvre du sculpteur Claude Roussel.

Il y a dix écoles d'architecture au Canada et malgré l'amélioration de l'enseignement depuis un siècle, la faculté d'architecture et d'urbanisme de l'Université Dalhousie, à Halifax, est la seule située en région acadienne. Celle-ci donne uniquement ses cours en anglais mais des écoles françaises existent à l'Université Laval et à l'Université de Montréal.

L'architecture occupe une certaine place dans le folklore acadien. Lors de la construction des églises, des pièces de monnaie récentes et des journaux étaient enterrés, permettant la datation lors de sa démolition. On croyait alors qu'une église ayant des pièces de monnaie enterrées sous son seuil de porte ne connaîtrait jamais de problèmes financiers. Une coutume des Acadiens du Québec voulait que lorsqu'un terrain était arpenté, le père installât une borne faite d'objets divers et de pièces de monnaie enterrées en présence d'un enfant en bas âge et, pour qu'il s'en souvienne, lui administrait une fessée. La pratique de récupérer le bois des bateaux naufragés a donné naissance à cette prière: « Mon Dieu, je serais une bonne fille/garçon, mais faites pour papa qu'il y ait un naufrage, pas plus tard que demain ». Les constructions, surtout d'églises, se faisaient en corvées. Au Madawaska, le mai était planté après que le dernier chevron de la charpente eut été cloué. On installait alors un sapin sur le faîtage, qui était jeté en bas après un coup de feu. Un banquet était ensuite organisé. Lorsque la construction était finie, un prêtre venait la bénir.

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Architecture aux États-Unis

Mesa Verde, Colorado, architecture amérindienne

Les États-Unis ont une histoire relativement récente et les Amérindiens n'ont pas laissé de bâtiments aussi spectaculaires qu'au Mexique ou au Pérou. C'est pourquoi l'architecture américaine est marquée par la modernité et l'on pense spontanément aux gratte-ciel du XXe siècle comme symboles de cette modernité. Compte tenu de l'originalité du peuplement américain, il faut s'interroger sur le caractère spécifique de l'art du pays : existe-t-il une architecture spécifiquement américaine ? Ou bien n'est-elle que la pâle copie de traditions européennes ? L’architecture aux États-Unis est diverse selon les régions et s'est construite grâce aux apports extérieurs, qui n'ont pas été uniquement anglais. Il semble que cette architecture soit marquée par l'éclectisme, ce qui ne peut surprendre dans une société multiculturelle.

Les exemples d'architecture les plus anciens aux États-Unis se répartissent en deux foyers principaux : la première est la moitié orientale, où l'on trouve des témoignages très anciens de la culture des Mound Builders qui construisaient des tertres zoomorphes et des pyramides de terre pour enterrer leurs morts. Le sud-ouest est la seconde région qui abritait des civilisations disparues au moment où Christophe Colomb « découvre » l'Amérique : les sites archéologiques les plus connus viennent de la culture Anasazi, Mesa Verde (Colorado) et Aztec Ruins National Monument (Nouveau-Mexique).

Lorsque les Européens s'installent en Amérique du Nord, ils apportent avec eux leurs traditions architecturales et leurs techniques de construction. L'architecture coloniale est évidemment soumise aux influences occidentales. La construction est alors dépendante des matériaux disponibles sur place : le bois et la brique sont les éléments omniprésents des édifices anglais de la Nouvelle-Angleterre. Elle est aussi liée à la logique de colonisation qui donne lieu à une appropriation politique de l'espace par la métropole (palais du gouverneur, forts). La marque de la domination européenne est aussi économique (douanes, plantations, entrepôts) et religieuse (églises, temples protestants, missions franciscaines et jésuites).

L'exploration espagnole du sud-ouest américain commence dans les années 1540. Le conquistador Francisco Vásquez de Coronado parcourt cette région aride à la recherche des mythiques cités d'or des indiens Pueblos. Ces derniers édifient des maisons en adobe (une brique de terre crue séchée au soleil). Elles tiennent grâce à des poutres en bois apparentes. Leur forme cubique et leur enchevêtrement donnent aux villages cet aspect si singulier qui sera repris par la suite par les Américains (style pueblo). On imagine la déception du conquistador devant ces modestes constructions sans ornementation, mais à l'abri desquelles la température reste constante et fraîche. Les Espagnols ont finalement conquis ces villages et ont fait de Santa Fe la capitale administrative de la région en 1609. Le palais des gouverneurs est construit entre 1610 et 1614 en mêlant les influences indiennes (adobe) et espagnoles (grilles en fer forgé). La bâtisse est longue et possède un patio. La chapelle San Miguel de Santa Fe date de 1610 et emploie la technique de l'adobe qui donne à cet édifice religieux une massivité et une austérité frappantes.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les Espagnols fondent une série de forts (presidios) de l'actuelle Los Angeles à l'actuelle San Francisco. Ils créent un réseau de missions dans la région du sud-ouest. La plus célèbre est sans doute celle de San Antonio au Texas (Fort Alamo). Celle d'Isleta Pueblo au Nouveau-Mexique possède une église en adobe, avec une nef rectangulaire, des contreforts extérieurs, deux clochers symétriques et sans ornementation. La Mission San Xavier del Bac en Arizona est un bon exemple du style churrigueresque en vogue dans le reste de l'Amérique latine. La façade est encadrée par deux tours massives et le portail est rythmé par des estipites, colonnes ouvragées qui ne servent que d'ornementation.

La domination espagnole concerne également la Floride de manière discontinue de 1559 à 1821. Ici, le conch style connut un certain succès à Pensacola par exemple. Il s'agit d'orner les maisons avec des balcons en fer forgé ; on retrouve cette tendance dans le quartier français de la Nouvelle-Orléans, en Louisiane. Les Espagnols construisirent aussi des forts comme ceux de Pensacola et de St. Augustine (Castillo de San Marcos National Monument), qui demeurent les rares vestiges architecturaux du XVIIe siècle aux États-Unis.

L'architecture coloniale des 13 colonies est marquée par le modèle anglais. Mais les différences climatiques et religieuses introduisent des éléments américains. En Nouvelle-Angleterre, dans la maison du pasteur Capen à Topsfield (Massachusetts, 1683), la position centrale de la cheminée répond au besoin de chaleur en hiver. Elle est couverte de bardeaux et utilise le bois pour la charpente, deux traits spécifiquement américains. Le puritanisme impose des lieux de culte simples et sobres, dégagés de toute ornementation ostentatoire : les meeting houses (maison de réunion) font office de temple mais aussi de lieu de sociabilité. Dans la Old Ship Meeting House d'Hingham (Massachusetts, 1681), la chaire est placée au centre et la charpente est laissée volontairement visible et nue.

Au XVIIIe siècle se développent le style géorgien et le palladianisme à partir de la ville de Williamsburg en Virginie. Le palais du gouverneur, édifié en 1706-1720, est précédé d'un vaste pignon d'entrée et surmonté d'un lanternon posé sur une plate-forme à balustrade. Il respecte le principe de symétrie. Il associe des matériaux que l'on retrouve en Nouvelle-Angleterre : la brique rouge, le bois peint en blanc et l'ardoise bleue pour le toit à double pente. Il sert de modèle aux demeures des planteurs et des riches marchands de la côte atlantique (voir ci-dessous « maisons aristocratiques américaines »).

Dans l'architecture religieuse, les éléments communs sont l'utilisation de la brique, parfois du stuc imitant la pierre et d'une flèche unique qui surmonte l'entrée : l'église Saint Michael de Charleston (1761) ou celle de Saint Paul's Chapel of Trinity de New York (1766) en sont une bonne illustration. Les architectes de cette période sont fortement influencés par les canons du Vieux Monde. Peter Harrison (1716-1755) rapporte de ses voyages des techniques européennes qu'il applique dans l'État de Rhode Island : entre 1748 et 1761, il construit la bibliothèque Redwood et le marché de Newport. Boston et Salem sont les deux principales villes où le style anglais se manifeste, mais un style épuré et adapté au mode de vie américain. L'architecte Charles Bulfinch dote la Massachusetts State House en 1795-1798 d'un dôme doré original. Il travaille à la construction de plusieurs maisons du quartier de Beacon Hill et de Louisburg Square dans sa ville natale de Boston.

En 1776, les membres du Congrès déclarent l'indépendance des 13 colonies américaines. Le traité de Paris (1783) reconnaît l'existence d'un nouveau pays républicain, les États-Unis d'Amérique. S'il y a rupture avec le Royaume-Uni sur le plan politique, les influences anglaises continuent de marquer les édifices construits dans cette partie du Nouveau-Monde. Les commandes publiques, philanthropiques et commerciales se développent en parallèle avec la croissance démographique et l'extension territoriale. Les édifices des nouvelles institutions fédérales et judiciaires adoptent le vocabulaire classique (colonnes, dôme et fronton), en référence à l'Antiquité gréco-romaine. Les publications concernant l'architecture se multiplient : en 1797, Asher Benjamin publie The Country Builder's Assistant. Les Américains cherchent à affirmer leur indépendance dans tous les domaines : politique, économique mais aussi culturel, avec la fondation d'universités et de musées. C'est à la fin du XIXe siècle que cette indépendance et ce dynamisme s'expriment le mieux.

Thomas Jefferson, qui fut président des États-Unis entre 1801 et 1809, a manifesté de l'intérêt pour plusieurs domaines dont l'architecture. Ayant séjourné à plusieurs reprises en Europe, il souhaite appliquer la syntaxe formelle du palladianisme et de l'Antiquité à des édifices publics et privés, en ville et à la campagne. Il contribua à ce titre au plan de l'université de Virginie, construite à partir de 1817. Le projet, complété par Benjamin Latrobe, lui permet d'appliquer ses conceptions architecturales. La bibliothèque universitaire est située sous une rotonde coiffée d'un dôme qui s'inspire du Panthéon de Rome. L'ensemble présente une grande homogénéité grâce à l'utilisation de la brique et du bois peint en blanc. Pour le Capitole de Richmond en Virginie (1785-1796), Jefferson a pris le parti d'imiter la Maison Carrée de Nîmes, mais en choisissant l'ordre ionique pour ses colonnes. Homme des Lumières, Thomas Jefferson a participé à l'émancipation de l'architecture du Nouveau Monde en imposant sa vision d'un art au service de la démocratie. Il contribua à développer le style fédéral dans son pays et à adapter l'architecture néoclassique européenne aux valeurs républicaines nées de la Révolution américaine.

Le style néogrec, qui s'inscrit dans le courant néoclassique, exerce un véritable attrait sur les architectes travaillant aux États-Unis dans la première moitié du XIXe siècle. La jeune nation, affranchie de la tutelle britannique, est persuadée d'être la nouvelle Athènes, c'est-à-dire un foyer de la démocratie. La constitution, rédigée en 1787, donne naissance à de nouvelles institutions qui nécessitent des bâtiments et imposent les principes de souveraineté nationale et de séparation des pouvoirs. L'architecture officielle et même civile ou religieuse (ce qui constitue l'originalité des États-Unis), reflète cette vision et prend pour modèle les édifices de l'Acropole. Les Propylées sont reproduits à une autre échelle au-devant des maisons dans les campagnes de la côte orientale. Benjamin Latrobe (1764-1820) et ses élèves William Strickland (1788-1854) et Robert Mills (1781-1855) obtiennent des commandes pour construire des banques et des églises dans les grandes villes (Philadelphie, Baltimore et Washington DC). Surtout, les capitoles des États fédérés adoptent le type néogrec comme en Caroline du Nord (Capitole de Raleigh, reconstruit en 1833-1840 après un incendie) ou dans l'Indiana (capitole d'Indianapolis). Un des exemples les plus tardifs de cette tendance est le capitole de Columbus dans l'Ohio, dessiné par Henry Walters et achevé en 1861. La façade sobre, la corniche continue et l'absence de dôme donnent une impression d'austérité et de grandeur à l'édifice. Il présente un plan symétrique et abrite la cour suprême et une bibliothèque.

La capitale fédérale des États-Unis est un bel exemple d'urbanisme homogène : le plan d'ensemble fut imaginé par le Français Pierre Charles L'Enfant. Cet idéal de ville monumentale et néoclassique est repris par les tenants du mouvement City Beautiful. Plusieurs villes voulurent appliquer ce concept, qui s'inscrit dans la tendance des Beaux-Arts, mais Washington DC semble le plus abouti d'entre tous. La Maison Blanche a été construite après la création du Washington, DC par la loi du Congrès de décembre 1790. Après un concours, James Hoban, un Américain d'origine irlandaise, fut choisi et la construction commença en octobre 1792. Le bâtiment qu'il a conçu a été calqué sur les premier et deuxième étages de Leinster House, un palais ducal de Dublin en Irlande et qui est maintenant le siège du parlement irlandais. Mais pendant la guerre de 1812, une grande partie de la ville brûla, et la Maison Blanche fut ravagée. Seuls les murs extérieurs restèrent debout, mais elle fut reconstruite. Les murs furent peints en blanc pour masquer les dégâts causés par la fumée. Au début du XXe siècle, deux nouvelles ailes furent ajoutées pour faire face au développement du gouvernement.

Le capitole des États-Unis d'Amérique a été construit par étapes successives à partir de 1792. Peu après la fin de la construction, il est partiellement brûlé par les Britanniques durant la Guerre de 1812. Sa reconstruction débute en 1815 pour ne se terminer qu'en 1830. Durant les années 1850, le bâtiment fut agrandi de manière importante par Thomas U. Walter. En 1863, une imposante statue, Freedom, fut placée au sommet du dôme. Le Washington Monument est un mémorial en forme d'obélisque érigé en l'honneur de George Washington, le premier président américain. C'est Robert Mills qui a fait les plans originaux en 1838. On peut apercevoir une différence de couleur vers le bas, c'est parce que sa construction a été arrêtée à cause du manque d'argent. D'une hauteur d'environ 170 mètres, il a été achevé en 1884 et ouvert au public en 1888.

Le Lincoln Memorial (1915-1922) est un autre monument de la même série : d'un marbre et d'un calcaire blancs, le bâtiment reprend la forme d'un temple grec de l'ordre dorique sans fronton. Son architecte, Henry Bacon, formé aux idées des Beaux-Arts, voulut que les 36 colonnes du monument représentent chacun des 36 États de l'Union à la mort de Lincoln.

Enfin, le Jefferson Memorial est le dernier grand monument construit dans la tradition des Beaux-Arts, dans les années 1940. Son architecte, John Russell Pope, voulut mettre en relief le goût de Jefferson pour les bâtiments romains. C'est pourquoi il décida d'imiter le panthéon de Rome et de doter l'édifice d'un dôme spectaculaire, qui s'élève à 39 mètres au-dessus du sol. Il fut sévèrement critiqué par les partisans du style international.

Le goût pour le gothique n'a jamais totalement disparu, que ce soit en Europe ou en Amérique. Il n'y a qu'à voir les différentes églises qui sortent de terre au XVIIIe et au XIXe siècle au gré de la croissance démographique. À partir des années 1840, le style néogothique tend à s'imposer aux États-Unis, sous l'impulsion d'Andrew Jackson Downing (1815-1852). Il s'épanouit dans un contexte de réaction au classicisme et de développement du romantisme. Il se caractérise par un retour au décor médiéval (cheminées, pignons, tours à créneaux, fenêtres en ogive, gargouilles, vitraux...) et à l'utilisation de toits à forte pente. Les édifices adoptent un plan complexe qui s'écarte de la symétrie et de la rigueur néoclassique. Mais le néogothique fut aussi utilisé pour la construction des universités (Harvard) et des églises. Richard Upjohn (1802-1878) se spécialise dans les églises rurales du nord-est mais son œuvre majeure reste Trinity Church à New York. Son architecture en grès rouge fait référence au XIVe siècle européen, mais se trouve aujourd'hui noyée au milieu des immenses gratte-ciel de Manhattan.

Toujours à New York, c'est à James Renwick Jr que l'on doit la cathédrale Saint-Patrick, synthèse élégante des cathédrales de Reims et de Cologne. Le projet lui fut confié en 1858 mais complètement achevé par l'élévation des deux flèches en façade en 1888. L'utilisation de matériaux plus légers que la pierre permet de se passer d'arc-boutants et contreforts extérieurs.

Renwick illustra aussi son talent à Washington DC avec la construction de la Smithsonian Institution. Mais ses détracteurs lui reprochent d'avoir rompu l'harmonie architecturale de la capitale en édifiant un ensemble hétéroclite (emprunts byzantins, romans, lombards et ajouts personnels) en brique rouge.

Le succès du néogothique se prolongea jusqu'au début du XXe siècle dans de nombreux gratte-ciel, notamment à Chicago et New York.

L'éclectisme est une tendance en architecture qui se manifeste en Occident entre les années 1860 et la Première Guerre mondiale. Elle consiste à mélanger des éléments différents empruntés à des traditions hétéroclites. Elle se distingue du néoclassique qui construisait des bâtiments homogènes d'inspiration unique (antiquité gréco-romaine). L'Académie des Beaux-Arts de Paris met en application les préceptes de l'éclectisme et influence plusieurs architectes américains : Les églises ont aussi retenu l'attention des architectes. Formés à l'école des Beaux-Arts de Paris, les grands architectes américains appliquent à la lettre les principes qu'ils ont appris en France : plans symétriques, bâtiments grandioses et monumentaux, richesse de la décoration et grandes baies en demi-cercle. Le décor classique est appliqué à des édifices complètement nouveaux comme les gares.

L'église de la Trinité (Trinity Church) de Boston compte parmi les édifices les plus remarquables de cette époque. Adoptant un plan centré, l'architecte Henry Hobson Richardson empile plusieurs volumes pour donner à l'ensemble une configuration pyramidale. Il utilise différents matériaux, comme le grès et le granit. Les arcs en plein cintre qui encadrent les vitraux sont typiques du néoroman. La ville de New York est, avec Washington DC, le principal champ d'application du style Beaux-Arts : il est incarné dans la bibliothèque publique (New York Public Library), le campus de l'université Columbia, le Metropolitan Museum of Art, l'American Museum of Natural History et le musée de Brooklyn. Grand Central Terminal, la plus grande gare de Manhattan, est guidée par le même esprit et achevée en 1913. Sa façade monumentale est rythmée par les colonnes et les grandes baies en plein cintre.

Le Pont de Brooklyn est emblématique de l'éclectisme et de la ville de New York. Il donne l'image positive du progrès en marche et il peut être comparé à la tour Eiffel, car il est l'œuvre d'un ingénieur, John Augustus Roebling et parce qu'il a été critiqué par une partie des contemporains. Les arcs en ogive rappellent la tendance historiciste, mais les câbles en acier ainsi que la performance technique (480 mètres de portée, une des constructions les plus hautes de la ville à la fin du XIXe siècle) en font un édifice résolument moderne. À partir des années 1920, le style Beaux-Arts est concurrencé par la tendance Art Déco malgré les œuvres de Paul Philippe Cret (Detroit Institute of Arts, 1927) et de Bertram Grosvenor Goodhue (Rockefeller Memorial Chapel, 1928 ; capitole du Nebraska, 1919-1932). Les formes néoclassiques se raidissent mais continuent d'exister dans la capitale fédérale. La National Gallery of Art s'inspire encore du Panthéon de Rome et se trouve achevée en 1940, sur les plans de John Russell Pope.

Elles se développent sur la côte orientale où les riches propriétaires et les planteurs se font construire des demeures somptueuses et confortables dès le XVIIe siècle, qui cherchent à imiter les demeures anglaises.

La diffusion des traités d'architecture dans l'aristocratie coloniale permet au style géorgien de s'affirmer : au Mount Pleasant (Philadelphie), John McPherson fait construire une demeure en 1761-1762 dotée d'une entrée à fronton, soutenu par des colonnes doriques. On retrouve ici un toit avec balustrade et une ordonnance symétrique, caractéristique du style néoclassique alors en vogue en Europe. À Salem, Samuel McIntire est l'architecte de la maison John Gardner-Pingree (1805) ; il utilise le toit à pente faible, la balustrade et la brique. Il reprend l'idée de Palladio de relier les bâtiments par un portique semi-circulaire à colonnes. Dans les années 1780, le style fédéral s'écarte peu à peu du style géorgien et devient un genre proprement américain, à l'heure de la guerre d'indépendance : les maisons s'éloignent du plan strictement rectangulaire, adoptent des lignes courbes et favorisent les détails décoratifs comme les guirlandes et les urnes. Certaines ouvertures sont de forme ellipsoïdale ; une ou plusieurs pièces sont ovales ou circulaires.

Thomas Jefferson a élaboré les plans de sa propre maison de Monticello en Virginie, près de Charlottesville. Bel exemple de style palladien, elle rappelle l'hôtel de Salm situé à Paris, que Jefferson a pu contempler alors qu'il était ambassadeur en France. Il utilisa des composants antiques tels que des colonnes doriques, des portiques tétrastyles et un dôme central.

En Louisiane, les maisons coloniales se chargent parfois d'un fronton néogrec et de colonnes, comme c'est le cas à Belle Meade Plantation dans le Tennessee : d'allure symétrique, la demeure dispose d'un porche à colonnes et de fenêtres étroites. Mais l'architecture domestique du sud a su s'émanciper du modèle classique lorsqu'elle se charge d'un balcon à mi-hauteur sur la façade et qu'elles oublient le fronton sur le portique d'entrée (Charleston, Caroline du Sud ; Oak Alley plantation en Louisiane). Les maisons sont adaptées au climat de la région et s'inscrivent dans l'économie de plantation. Elles se chargent d'un décor en stuc et en fonte comme dans le quartier français.

Plus tard, les grandes familles de la côte est se firent construire d'immenses domaines et des villas dans le style néogothique, aux antipodes du néoclassicisme. Ils prirent modèle sur la maison anglaise de Sir Horace Walpole à Strawberry Hill. Alexander Jackson Davis (1803-1892) travailla sur les projets de villas de la vallée de l'Hudson et les habilla de détails fantaisistes tirés du répertoire médiéval. Pour la résidence de George Merritt à Lyndhurst, il choisit d'édifier un bâtiment au plan complexe et d'ouvrir plusieurs oriels qui peuvent faire penser à des vitraux d'églises.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les architectes Richard Morris Hunt, Henry Hobson Richardson et Frank Furness ont souvent répondu aux commandes de riches familles comme les Ames ou les Vanderbilt et ont construit des résidences de styles néoroman ou néorenaissance. Les magnats de l'industrie ou du transport investissent dans la pierre et commandent des villas pastichant les palais européens : le domaine Biltmore, près d'Asheville en Caroline du Nord, était la plus grande demeure privée du pays. Richard Morris Hunt copia les ailes Louis XII et François Ier du château de Blois. C'est l'âge d'or des grandes agences comme McKim, Mead et White et du style Beaux-Arts, y compris pour les constructions privées. L'architecture exprime le prestige des notables américains.

Au début du XIXe siècle, des manuels moins techniques se diffusent, les pattern books. Le peuplement de l'ouest des États-Unis modifie les besoins de l'architecture. Les pionniers utilisent la technique de la charpente-ballon (balloon frame) dans les années 1840 et 1850. La première utilisation semble remonter à 1833 pour l'édification de l'église St. Mary's à Chicago. Son succès tient à la rapidité de la construction (planches et clous standardisés). Elle permettait à chacun de monter facilement la charpente et l'ossature de l'habitation qui était ensuite recouverte de bardeaux. L'intérieur des murs était recouvert de plâtre ou de bois. Elle encouragea le développement rapide des villes et autorisait une grande mobilité. Cependant, ces maisons n'offraient pas de bonnes conditions sanitaires et brûlaient facilement en cas d'incendie.

Le Stick Style est une méthode américaine de construction des maisons qui utilise les clayonnages de baguettes de bois. Les constructions sont coiffées de toits hauts, à pentes raides. Le plan est asymétrique et l'espace intérieur s'ouvre sur plusieurs vérandas. L'extérieur n'est pas démuni de décoration (consoles surdimensionnées et raffinées), même si l'objectif principal reste le confort. Richard Morris Hunt construisit la maison de John N. Griswold à Newport en 1862. Le Stick Style est progressivement abandonné après la crise de 1873.

Puis le Shingle Style remplace le Stick Style. Il est caractérisé par la simplicité et la recherche de la commodité. Henry Hobson Richardson construit la maison de William Watts Sherman en 1874-1875 en laissant apparaître la structure en bois. La maison de Mrs. F. Stoughton à Cambridge (1882-1883) et le casino de Newport (1879-1881) conservent la couverture en bardeaux.

Sur la côte ouest, qui attire de plus en plus d'Américains et d'architectes, l'architecture domestique évolue également vers de plus en plus de modernité.

Le quartier d'Haight-Ashbury, à San Francisco, est représentatif des maisons de style victorien italianisant (1860-1900). Construites grâce au bois des séquoias, elles ont résisté à l'incendie de la ville en 1906 et sont extrêmement décorées et colorées. À l'époque, elles offraient tout le confort moderne : chauffage central, électricité, eau courante… Leurs dimensions sont standardisées : 8 mètres pour la façade et 30 mètres pour la profondeur. Elles comportent plusieurs étages et des oriels.

Le goût pour la simplification des volumes et de la décoration extérieure progresse grâce aux réalisations d'Irving Gill à qui l'on doit plusieurs maisons californiennes à toit plat dans les années 1910 (maison de Walter Luther Dodge, Los Angeles, par exemple). Rudolf M. Schindler et Richard Neutra adaptent le modernisme européen au contexte californien, dans les années 1920 (Lovell Beach House, Newport Beach (Californie) ; maison Health House à Los Angeles).

La seconde moitié du XIXe siècle est celui de la reconstruction après la guerre de Sécession et du développement économique des États-Unis. La révolution industrielle fait naître de nouveaux matériaux de construction (acier, béton). L'urbanisation, la croissance démographique et le capitalisme suscitent des bouleversements profonds dans l'architecture américaine (gare, bureaux, ...), qui connaît son âge d'or. Les architectes obtiennent une reconnaissance officielle et travaillent aussi bien pour l'État que pour une clientèle bourgeoise en quête de confort. La fin de cette période est marquée par l'apparition du cinéma qui exige de nouvelles constructions assurées notamment par Thomas W. Lamb à New York.

Au milieu du XIXe siècle, de nouvelles méthodes de fabrication directe de l'acier apparaissent (procédé Thomas-Gilchrist, fours Bessemer et Siemens-Martin). Ces découvertes permettent la fabrication en masse d'un acier de « qualité ». Les industriels font valoir les qualités du métal en architecture : les pièces standardisées réduisent le coût de la construction. Les risques d'incendie sont diminués grâce au procédé d'ignifugation. James Bogardus (1800-1874) est l'un de ces entrepreneurs qui fait la publicité de ce mode de construction lié à la révolution industrielle et appelé cast-iron building. Plusieurs usines et magasins utilisent cette technique à New York, comme l'immeuble Haper, construit en 1854 et qui imite la façade d'un palais de la Renaissance. Daniel Badger (1806-1884) fabrique les éléments métalliques qui décorent la façade de l'immeuble Haughwout. Il est doté du premier ascenseur à vapeur Otis qui dessert les cinq étages. Les fenêtres sont encadrées par des colonnes corinthiennes et l'ensemble est surmonté d'une corniche minutieusement ornée. Le décor de la façade cache l'ossature métallique interne.

L'architecture métallique se pare de verrières qui éclairent l'espace intérieur : à Cleveland, les arcades de 1890 ont été dessinées par John Eisenmann sur le modèle de la galerie Victor-Emmanuel de Milan. Elles sont composées de 1 800 panneaux de verre et ont été financées par les magnats John D. Rockefeller et Marcus Hanna.

Les constructions de gratte-ciel furent rendues possibles grâce à l'invention de l'ascenseur et au progrès de la sidérurgie. Le plan en damier et la spéculation foncière dans les centres urbains américains ne sont pas étrangers au succès de ce mode de construction. Enfin, le regroupement des entreprises et la compétition capitaliste incitent à l'élévation verticale des bâtiments.

Il est difficile de dire quel est le premier gratte-ciel de l'Histoire. Les New-Yorkais affirment qu'il s'agit du New York Tribune Building, dessiné par Richard Morris Hunt (1873, 78 mètres). D'autres considèrent que c'est le Home Insurance Building (1884-1885) à Chicago édifié par les membres de l'École de Chicago : Louis Sullivan, William LeBaron Jenney, Daniel Burnham, William Holabird et Martin Roche. Ils militent pour un style simple et utilitaire ; certains considèrent qu'ils préfigurent le mouvement rationaliste.

Le Woolworth Building de New York, œuvre de l'architecte Cass Gilbert (1913) est l'un des gratte-ciel néogothiques les plus réussis. Avec ses 60 étages, il dépassait alors la Metropolitan Life Tower. Les trois premiers niveaux sont parés d'un beau calcaire remplacé aux niveaux suivants par de la terre cuite. La tendance néogothique a poussé l'architecte à ajouter des faux contreforts et des gargouilles. Compte-tenu du gigantisme de l'édifice, les éléments décoratifs ont été surdimensionnés afin d'être visibles depuis la rue. À Chicago, le projet du siège du journal Chicago Tribune est décerné à Raymond Hood et John Mead Howells. Inauguré en 1925, il est l'un des immeubles emblématiques de la ville et figure une cathédrale laïque remarquable.

Rapidement, plusieurs architectes américains (dont Louis Sullivan…) critiquent cette nouvelle architecture verticale. L'élévation vertigineuse des buildings empêche la lumière d'atteindre le sol. Le plan orthogonal entraîne un engorgement de la circulation. On risque d'uniformiser l'aspect des centres-villes. Enfin, des problèmes nouveaux de sécurité émergent, notamment en matière d'incendie. Dès 1916, pour répondre à ces difficultés est adoptée à New York une loi sur le zonage (Zoning Law). Le règlement oblige les architectes à adapter la hauteur des immeubles en fonction de la taille de la parcelle. Il reste en vigueur jusqu'en 1961. Cela donne lieu à la construction d'édifices pyramidaux (derniers étages en retraits) tels que l'Empire State Building, voire construit sur une partie seulement de la parcelle, comme le Seagram Building (Ludwig Mies van der Rohe et Philip Johnson, 1958) qui ménage un retrait de 28 mètres par rapport à Park Avenue, et propose un moyen original d'intégration du gratte-ciel dans la ville. Encore aujourd'hui, ce droit au ciel est très réglementé (Tiffany a ainsi vendu le sien à Trump, permettant l'élévation du Trump Bulding).

En 1904, Frank Lloyd Wright s'intéresse aussi au problème de la lumière ; il dessine le Larkin Building à Buffalo) qu'il organise autour d'un grand puits central éclairé par le haut et sur lequel donnent les pièces de chaque étage. L'immeuble s'ouvre donc vers l'intérieur et ménage une grande salle commune en son milieu. En utilisant la pierre et la brique, en découpant des plans horizontaux, Wright refuse la standardisation des gratte-ciel.

La Prairie School inaugure la période de l'architecture organique aux États-Unis. Louis Sullivan et Frank Lloyd Wright sont considérés comme ses principaux représentants. La première grande maison de la Prairie est celle d'Highland Park dans l'Illinois, terminée en 1902 pour Ward W. Willitts. Wright prend le parti d'un plan centré et asymétrique, organisé autour de la cheminée. La maison est représentative de l'idée d'ouverture sur la nature et d'horizontalité. L'entrée est modeste et les pièces basses de plafond : dans son autobiographie (1932), Wright avoue qu'elles sont calibrées sur la taille d'un homme de 1,74 m. L'exemple le plus abouti de la Prairie School est certainement la maison Robie située à Chicago (1906-1909) qui fait penser à un paquebot élancé.

Après un séjour au Japon, Frank Lloyd Wright revient aux États-Unis et met au point la technique dite des textile blocks, c'est-à-dire qu'il a recours à des blocs de béton standardisés. Cela donne des maisons à l'aspect ramassé comme la maison d'Alice Millard à Pasadena (1923, Californie). Grâce au mécénat d'Edgar J. Kaufmann, Wright poursuit ses recherches et construit la célèbre Maison de la Cascade en 1936. Il exploite les possibilités de porte-à-faux et des fenêtres d'angle.

À la fin des années 1920, l'influence de l'Art déco se fait sentir dans l'architecture américaine, en se mélangeant avec les exigences urbanistiques locales et les sources d'inspiration précolombienne. Le parti pris de la simplification géométrique, de la stylisation et de l'emploi de matériaux luxueux s'illustre essentiellement dans les gratte-ciel de New York (Chrysler Building, Empire State Building, Chanin Building, etc.). Les autres réalisations sont isolées (Board of Trade Building, Chicago ; Fisher Building, 1928 et Guardian Building, 1929, Detroit) ou situées sur la côte ouest (Los Angeles : Argyle Hotel, The Eastern Building, 1929, par Claude Beelman ; San Francisco : Golden Gate Bridge, 1937).

Malgré la crise qui part de Wall Street en 1929, les gratte-ciel sortent de terre, parfois à une vitesse impressionnante comme pour l'Empire State Building, qualifié de merveille du monde moderne. Le Rockefeller Center, énorme complexe architectural au cœur de Manhattan, marque l'idée ambitieuse de construire une « ville dans la ville », à une époque plutôt morose. Pour soutenir cet élan et baisser le chômage dans le secteur du bâtiment, le président Roosevelt engage une série de grands chantiers publics. L'Art déco a connu un développement singulier en Floride : de nombreux hôtels sont construits à Miami Beach après l'ouragan de 1926. Les éléments décoratifs en stuc et en marbre reprennent la faune et la flore locales (flamants roses, palmiers...) si bien que l'on parle de tendance Tropical Art Deco. Elle utilise des couleurs pastel. La commission des sites historiques a classé plus de 800 de ces constructions parfois exubérantes, qui se concentrent sur Lincoln Road Mall et Ocean Drive. L'Art Deco floridien se décline en quatre tendances des années 1920 aux années 1940 : Zig-zag modern, Mediterranean revival, Streamline modern et Depression modern.

L'expression « Style international » est pour la première fois utilisée en 1932 dans un ouvrage de Henry-Russell Hitchcock et Philip Johnson, rédigé à la suite d'une exposition du MoMA de New York intitulée Modern Architecture. La montée des dictatures en Europe a laissé à l'Amérique l'initiative de diffusion du modernisme architectural en accueillant les architectes européens émigrés, en particulier allemands et autrichiens. En 1933, l'école du Bauhaus ferma ses portes en Allemagne sous la contrainte des nazis, ses artistes pourchassés durent s'enfuir souvent aux États-Unis, notamment à Chicago, alors que leurs œuvres étaient, en Allemagne, systématiquement détruites.

Les trois règles de base marquent une rupture avec l'architecture traditionnelle : mettre en valeur les volumes par des surfaces externes lisses ; éviter tout élément décoratif mais soigner les détails architecturaux ; enfin suivre le principe de régularité. Le Style international se présente donc comme une tendance résolument moderniste et recherche le dépouillement.

Le siège de l'ONU à New York est l'illustration la plus remarquable du style international après 1945. Il fut construit le long de l'East River sur un terrain acquis grâce à une donation de John Davison Rockefeller Junior. Il a été inauguré le 9 janvier 1951 et devient le symbole de l'internationalisme et du progrès. Il applique la conception de bâtiments séparés selon leur fonction. Le gratte-ciel abritant le secrétariat des Nations unies culmine à 164 mètres et se présente sur deux faces comme un mur-rideau de verre et aluminium, alors que les autres côtés sont couverts de plaques de marbre.

La période de l'après-guerre est marquée par les œuvres du Finlandais Eero Saarinen dont l'éclectisme se manifeste dans l'auditorium Kresge du Massachusetts Institute of Technology (MIT - 1956), l'arche de Saint Louis (1967) ou encore dans son travail sur les terminaux des aéroports de New York et Washington DC. L'Allemand Walter Gropius enseigne l'architecture à Harvard et construit avec Pietro Belluschi l'immeuble controversé de la Pan Am à New York (1963). Il forme les grands architectes de la génération suivante. Ludwig Mies van der Rohe arrive aux États-Unis en 1937 et applique ses conceptions du classicisme moderniste à New York (Seagram Building, 1958), Chicago (université à South Side). Il est l'architecte le plus fécond de tous.

Victor Gruen (1903-1980), architecte d'origine autrichienne, concepteur de grands centres commerciaux (Le South Coast Plaza et le Southdale Center), était de conviction plutôt socialiste. Pour son concepteur, il s’agit de proposer des espaces publics protégés du climat, couverts et totalement contrôlés.

Le courant moderniste utilisa largement le béton, le laissant à l'état brut dans plusieurs ouvrages des années 1960 et 1970 : le Carpenter Center for the Visual Arts sur le campus de Harvard est le seul bâtiment dessiné par Le Corbusier aux États-Unis. Les représentants les plus célèbres de la tendance brutaliste sont Paul Rudolf, Marcel Breuer, Bertrand Goldberg et Louis Kahn.

Après la Seconde Guerre mondiale, les années de croissance économique voient éclore le Pop Art qui influença les réalisations architecturales. Robert Venturi et Charles Willard Moore sont des architectes qui osent utiliser une décoration pittoresque et variée, en totale contradiction avec l'austérité du style international contemporain. La mode du California Crazy, utilisée par James Wines, consiste à faire d'un objet trivial et quotidien une forme architecturale (un snack bar en forme de hamburger). Les parcs d'attraction utilisent cette architecture du loisir, critiquée comme étant une architecture de façade, vulgaire et éphémère. On trouve cette tendance colorée, voyante et excentrique à Las Vegas.

Les années 1970 marquent un tournant dans l'architecture américaine : le choc pétrolier et la prise en compte de l'héritage patrimonial constituent la nouvelle donne pour les architectes. On assiste alors à la critique du style international et de sa tendance minimaliste et austère. De nombreux architectes réhabilitent les styles Beaux-Arts et Art déco.

Les œuvres majeures du postmodernisme sont le Lincoln Center et le Metropolitan Opera (New York, 1962–1966). La tendance éclectique s'exprime sur les campus universitaires comme celui de Yale (Gordon Wu Hall, 1980, Robert Venturi). Les gratte-ciel de Philip Johnson s'éloignent aussi de la banalité et de la tendance à l'uniformité (IDS Center à Minneapolis). Cet architecte cherche à placer des codes érudits, les références au passé et des éléments totalement modernes. L'American Telephone and Telegraph Company à New York dispose d'un arc d'entrée monumental sur 8 niveaux et d'un sommet en forme de fronton inachevé ; il a été largement critiqué.

Enfin, les musées ont besoin d'un renouvellement architectural pendant cette période. On pense en premier lieu au Musée Guggenheim de New York. Le Metropolitan Museum of Art se dote de nouvelles ailes confiées à John Dinkeloo et Kevin Roche, qui utilisent de grandes verrières (aile Sackler par exemple). Edward Larrabee Barnes adopte un plan audacieux en hélice pour le Walker Art Center de Minneapolis (1968–1971). Il travaille aussi pour le Dallas Museum of Art (1984) et le Smart Museum of Art de Chicago. Enfin, Pei et Richard Meier marquent de leur empreinte plusieurs lieux de culture dans les années 1980. Pour la National Gallery of Art, Pei juxtapose les volumes. Richard Meier renouvelle le genre Le Corbusier (Getty Center à Los Angeles (1985–1997), High Museum of Art à Atlanta (1980-1983)).

Les autres grands représentants du postmodernisme américain sont Charles Willard Moore, Stanley Tigerman, Wallace K. Harrison, Cesar Pelli et Robert Venturi. Certains connaissent une carrière internationale.

Les attentats du 11 septembre 2001 ont provoqué le début d'une réflexion sur les gratte-ciel, leur symbolique et leur sécurité. De nouvelles exigences écologiques (architecture verte) apparaissent et l'utilisation de l'informatique bouleverse la façon d'appréhender l'architecture. Dans le contexte de la mondialisation, on aurait tendance à penser que les mégapoles se ressemblent toutes. Pourtant, on assiste plutôt à une augmentation de la diversité grâce aux nouveaux matériaux (acier tendu, structures membranes) et à l'audace des architectes. L'architecture du site prend en compte les contraintes du milieu (séisme, froid, ...) et cherche à utiliser des panneaux solaires (Californie). Une nouvelle génération de gratte-ciel « verts » (« green buildings ») voit le jour dans les métropoles américaine : le cabinet d'architectes basé à Chicago Skidmore Owings et Merrill a élaboré l'immeuble 7 World Trade Center, à New York qui maximise l'usage de la lumière naturelle et l'emploi de matériaux recyclés.. L’US Green Building Council (USGBC) est chargé d'attribuer le label « construction écologique ».

Enfin, les architectes américains sont invités à réfléchir, avec leurs collègues urbanistes, à la revitalisation des centres d'affaires et des quartiers intermédiaires dégradés (création de loft, réhabilitation du quartier de Harlem par Roberta Wash). Le principal projet aux États-Unis est actuellement celui de la Tour de la Liberté à New York, sur le site du World Trade Center.

Les États-Unis eurent la chance d'être épargnés par les destructions occasionnées par les deux guerres mondiales. Ils n'ont pas connu les bombardements et la destruction des villes comme l'Europe ou le Japon. Par contre, le territoire présente des risques naturels importants pour le patrimoine : séismes en Californie, cyclones autour du golfe du Mexique sont particulièrement dévastateurs. Pour protéger les bâtiments historiques des appétits spéculatifs et privés, l'État fédéral s'est doté de plusieurs institutions : au début du XXe siècle, les monuments nationaux américains sont créés pour protéger des sites naturels mais aussi des réalisations architecturales (villages amérindiens, forts de l'époque coloniale, missions espagnoles…) ; depuis 1935, le Service des parcs nationaux (National Park Service en anglais) se charge de répertorier les bâtiments, les monuments ou les quartiers d'intérêt historique aux États-Unis.

Mais le mouvement de réhabilitation des bâtiments anciens se développe surtout à partir des années 1970. On proteste contre les opérations de rénovation urbaine destructrice (gare de Pennsylvanie, démolie en 1965 et Singer Building détruit en 1968). En 1975, une campagne d'opinion à laquelle participe Jackie Kennedy sauve de la destruction la gare Grand Central Terminal de New York, construite au début du XXe siècle. En 1998, les travaux de restauration intérieure ont fait réapparaître le plafond constellé du hall principal.

À l'occasion du bicentenaire de la Déclaration d'Indépendance (1976), le gouvernement décide de rénover l'héritage urbain et local de la nation. Il prend conscience de défendre aussi le patrimoine plus récent : c'est ainsi que le lycée de Little Rock fut enregistré comme site historique protégé le 6 novembre 1998 pour son importance dans le mouvement des droits civiques à la fin des années 1950. Avec la désindustrialisation, la réhabilitation des anciens entrepôts ou usines est devenue très active. On parle d 'Adaptive re-use, volonté d'adapter une vieille structure à de nouveaux usages tout en conservant leur intérêt historique. Enfin, les associations telles que Historic New England sont attentives à préserver et entretenir le patrimoine local.

L'enseignement de l'architecture dans la première moitié du XIXe siècle reste sous l'influence des méthodes anglaises. D'autre part, il n'existe pas encore de lieux de formation spécialisée. Les agences d'architecture et leurs bibliothèques font office d'écoles. Les sketching clubs donnent des cours du soir dans les grandes métropoles. Ils se fédèrent en 1891 pour former l'Architectural League of America.

En 1865, les premiers cours d'architecture sont dispensés au MIT sous la houlette de William Robert Ware, puis à l'université de Columbia en 1881. Le congrès de l’American Institute of Architecture (AIA) se réunit pour la première fois en 1867. La société des architectes des Beaux Arts (Society of Beaux-Arts architects) est créée en 1894. Il faut attendre 1903 pour qu'un département d'architecture ouvre sur la côte ouest, à l'université de Berkeley. En 1905, l'académie américaine ouvre ses portes à Rome. Cet enseignement s'ouvre lentement aux minorités (le noir William Taylor sort major de sa promotion au MIT en 1892) et aux femmes. L'architecte Julia Morgan est choisie par William Randolph Hearst pour construire sa résidence de San Simeon.

Les revues d'architecture contribuent à diffuser l'intérêt pour cette discipline : l'une des premières est l'American Architect and Building News à Boston en 1876. À San Francisco, on peut lire le Californian Architect and Building News dès 1879.

L'influence de l'École des Beaux-Arts de Paris reste prépondérante et les architectes américains sont formés là-bas. Le Beaux-Arts Institute of Design est créé en 1916.

L'académie Cranbrook, près de Detroit, a formé des architectes américains au XXe siècle. Voulue par George G. Booth, un magnat de la presse, le projet fut confié à Eliel Saarinen. Une école de garçons est construite entre 1926 et 1930 ; puis vient une école de filles (1929-1931). Avec son fils, il construit à Cranbrook l'Institut des sciences (1936-1937) et la bibliothèque de l'académie (1938-1942), qui s'inspire du palais de Tokyo à Paris.

Voir Liste des architectes américains.

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Source : Wikipedia